Plan d'une dissertation sur l'évolution du personnage romanesque

Bonjour à tous,

Je dois rédiger une dissertation en Littérature et le sujet m’inspire très peu. Habituellement, je suis plus sensible à l’exercice du commentaire, bien que je maîtrise la méthode de la dissertation. J’ai simplement besoin d’aide pour pour être orientée. Voici mon sujet :

Sujet : Nathalie Sarraute écrit dans L’Ere du soupçon : « Il se produit comme un déplacement, du dehors vers le dedans, du centre de gravité du personnage, déplacement que le roman moderne n’a cessé d’accentuer. » (L’Ere du soupçon, « De Dostoïevski à Kafka », Gallimard, coll. « Folio/essais », p. 43). Cette observation vous semble-t-elle rendre compte de l’évolution du personnage romanesque dans la littérature française ?

Pour le moment j’ai peu de pistes. J'ai pensé à mettre en parallèle le personnage du nouveau roman au personnage traditionnel. Peut-être un plan thèse > antithèse > synthèse. J'avais l'idée d'une première grande partie sur : "le personnage comme vision de l’auteur". Mais je n'ai pas encore défini la problématique... Il me semble évident qu'elle doit concerner l'évolution du personnage. Peut-être : "Le personnage romanesque traditionnel est-t-il désacralisé par les auteurs modernes ?"

Merci d'avance à ceux qui pourront m'orienter !
«1

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Pour te mettre sur la piste.
    Nathalie Sarraute pointe l'évolution du personnage romanesque par l'intériorisation.
    Par définition le roman est un récit.
    Donc ce qui le caractérise, c'est l'action.
    Le personnage romanesque est au service de cette action.
    Il peut être analysé grâce au schéma actanciel.
    Mais au fur et à mesure de l'évolution du récit romanesque, les motivations du héros, son analyse psychologique prendraient de plus en plus d'importance...
  • Je vous remercie pour votre réponse.
    Je suis d'accord pour l'intériorisation, je comprends maintenant mieux le début de la citation.
    En revanche, j'ai un doute pour le reste... Nathalie Sarraute est une auteur du nouveau roman. Or, ce mouvement avait pour but d'effacer la psychologie des personnages et le déroulement chronologique de l'action. Donc l'analyse psychologique prenant de plus en plus d'importance est valable pour le personnage de roman traditionnel, mais pas pour le personnage moderne de Nathalie Sarraute, c'est bien cela ?
  • Cette observation vous semble-t-elle rendre compte de l’évolution du personnage romanesque dans la littérature française ?

    Il y a un monde en effet entre le héros épique, le personnage selon Balzac qui voulait faire concurrence avec l'état civil, les héros ordinaires ou anti-héros et la quasi disparition du personnage dans le nouveau roman.
    Nous en a-t-on assez parlé du « personnage » ! Et ça ne semble, hélas, pas près de finir. Cinquante années de maladie, le constat de son décès enregistré à maintes reprises par les plus sérieux essayistes, rien n'a encore réussi à le faire tomber du piédestal où l'avait placé le XIXe siècle. C'est une momie à présent, mais qui trône toujours avec la même majesté quoique postiche au milieu des valeurs que révère la critique traditionnelle. C'est même là qu'elle reconnaît le « vrai » romancier : « il crée des personnages »...
    Pour justifier le bien-fondé de ce point de vue, on utilise le raisonnement habituel : Balzac nous a laissé Le Père Goriot, Dostoïesvski a donné le jour aux Karamazov, écrire des romans ne peut plus donc être que cela : ajouter quelques figures modernes à la galerie de portraits que constitue notre histoire littéraire.
    Un personnage, tout le monde sait ce que le mot signifie. Ce n'est pas un il quelconque, anonyme et translucide, simple sujet de l'action exprimée par le verbe. Un personnage doit avoir un nom propre, double si possible : nom de famille et prénom. Il doit avoir des parents, une hérédité. Il doit avoir une profession. S'il a des biens, cela n'en vaudra que mieux. Enfin il doit posséder un « caractère », un visage qui le reflète, un passé qui a modelé celui-ci et celui-là. Son caractère dicte ses actions, le fait réagir de façon déterminée à chaque événement. Son caractère permet au lecteur de le juger, de l'aimer, de le haïr. C'est grâce à ce caractère qu'il léguera un jour son nom à un type humain, qui attendait, dirait-on, la consécration de ce baptême.
    Car il faut à la fois que le personnage soit unique et qu'il se hausse à la hauteur d'une catégorie. Il lui faut assez de particularité pour demeurer irremplaçable, et assez de généralité pour devenir universel. On pourra, pour varier un peu, se donner quelque impression de liberté, choisir un héros qui paraisse transgresser l'une de ces règles : un enfant trouvé, un oisif, un fou, un homme dont le caractère incertain ménage çà et là une petite surprise... On n'exagérera pas, cependant, dans cette voie : c'est celle de la perdition, celle qui conduit tout droit au roman moderne.
    Aucune des grandes œuvres contemporaines ne correspond en effet sur ce point aux normes de la critique. Combien de lecteurs se rappellent le nom du narrateur dans La Nausée ou dans L'Étranger ? Y a-t-il là des types humains ? Ne serait-ce pas au contraire la pire absurdité que de considérer ces livres comme des études de caractère ? Et Le Voyage au bout de la nuit, décrit-il un personnage ? Croit-on d'ailleurs que c'est par hasard que ces trois romans sont écrits à la première personne ? Beckett change le nom et la forme de son héros dans le cours d'un même récit. Faulkner donne exprès le même nom à deux personnes différentes. Quant au K. du Château, il se contente d'une initiale, il ne possède rien, il n'a pas de famille, pas de visage ; probablement même n'est-il pas du tout arpenteur.
    On pourrait multiplier les exemples. En fait, les créateurs de personnages, au sens traditionnel, ne réussissent plus à nous proposer que des fantoches auxquels eux-mêmes ont cessé de croire. Le roman de personnages appartient bel et bien au passé, il caractérise une époque : celle qui marqua l'apogée de l'individu.

    Alain Robbe-Grillet
    Pour un nouveau roman 1963
  • Bonjour à tous,
    Je me posais une question quant à la signification du "déplacement du dehors vers le dedans".
    D'après les réponses apportées, il faut comprendre qu'on s'intéresse à la psychologie du personnage, à l'intériorisation du personnage et plus à l'extérieur, à l'action etc.
    Mais peut-on aussi comprendre que le "dehors" = la réalité, et le "dedans" = la fiction, donc le personnage rend compte du réel, il est une sorte de miroir et il est imprégné de la réalité de l'auteur.
    Est-ce que cette définition serait hors sujet, ou pourrait-il y avoir en fait 2 significations à ce "déplacement du dehors vers le dedans".
    Merci à ceux qui répondront.
  • Le commentaire du dessus est intéressant. En fait, je comprends l'essence de la question posée mais je ne parviens pas à définir clairement les mots du sujet pour réussir à définir une problématique.

    -> "Il se produit comme un déplacement, du dehors vers le dedans, du centre de gravité du personnage, déplacement que le roman moderne n’a cessé d’accentuer".

    Je pense que le déplacement équivaut à l'évolution. Mais que symbolise le dehors vers le dedans ? La réalité et la fiction comme dit au-dessus ? Ou l'intérieur du personnage (= sa psychologie) et l'extérieur (= ses actions) ? Quant à la gravité, je pensais aussi à la psychologie, ou plus à l'identité... puisque le roman moderne a accentué cette perte d'identité du personnage.

    Qu'en pensez-vous ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Le sujet est très clair : l'évolution du roman consiste dans le déplacement du centre de gravité du personnage du dehors au dedans.
    Qu'est-ce que le centre de gravité ? En physique, le centre de gravité est le point d'application de la résultante des forces de gravité ou de pesanteur. Il faut donc transposer ce sens en littérature. Le centre de gravité du personnage romanesque est le point où s'appliquent les forces du récit (schémas narratif et actanciel).
    Le passage du dehors au dedans est l'intériorisation de ces forces.
    Le récit progresse alors plus par les forces intérieures que les événements extérieurs.
  • Je suis parvenue à dégager une problématique. Je ne la formulerai pas ici pour éviter que l'on se approprie, mais pour la résumer je me suis focalisée sur l'évolution du personnage traditionnel vers un personnage dont l'action de l'histoire dépend de sa psychologie. J'essaie maintenant de réaliser un plan... Voici une ébauche :

    I – Les origines du personnage
    1) le héros antique
    2) le héros héroïque
    3)

    II – Le personnage du roman réaliste
    1) la transformation de la société
    2) l’évolution du personnage
    3)

    III - La remise en question du personnage
    1) la crise du personnage
    2) la méfiance à l’égard du roman
    3) le personnage de nos jours

    Je ne trouve pas de troisième sous-partie dans le I et le II. Je me demande si je ne devrais pas faire une première grande partie en faisant un mixte du I et du II et baser mon II sur la création du personnage (sa caractérisation, ses fonctions...). Qu'en pensez-vous ?
  • AmmyAmmy Membre
    Je n'ai pas suivi toute votre conversation mais je me permets une petite intervention par rapport à ton plan : il est plus proche d'un exposé chronologique que de la réponse à une problématique. Il me semble que tu devrais le retravailler par rapport à cela : la dissertation est un devoir argumentatif, tes titres doivent s'apparenter à des arguments qui étayent ou contredisent la citation. Tu devrais attendre l'avis de Jean-Luc ou d'autres personnes sur ce point avant de passer à la rédaction.
  • Merci pour cette remarque. Effectivement, j'avais un doute sur le type de plan. Au début je pensais partir sur un plan thèse / antithèse / synthèse, mais ma problématique allant dans le sens de la citation je me suis plus rapprochée d'un plan qui la confirme. Je pense qu'ici, c'est un plan analytique (éventuellement thématique ?) qui convient le mieux. Mais je ne prétends pas que le mien est bon... Je vais attendre d'autres avis.

    Personne pour me donner un autre avis sur mon plan... ?


    J'ai essayé d'améliorer mon plan :

    I – Les prémices du personnage jusqu’à la modernité
    1) le héros antique
    2) le héros de chevalerie
    3) un tournant moderne

    II – L’intrusion du réel (peut-être améliorer le titre du II et ces deux premières sous-parties... ?)

    1) la transformation de la société
    2) l’évolution du personnage
    3) les techniques du romancier pour créer un personnage

    III - La remise en question du personnage traditionnelle

    1) la crise du personnage
    2) la méfiance à l’égard du roman
    3) le regard du lecteur (j'ai enlevé le "personnage de nos jours" pour le mettre en ouverture dans la conclusion)

    Je dois rendre bientôt ma dissertation... Est-ce quelqu'un pourrait m'aider à corriger mon plan svp ? Merci d'avance
  • L'évolution du personnage romanesque est-elle marquée par plus d'action ou davantage d'intériorisation ?

    I – Il était une fois ... le héros admirable
    1) le héros antique
    2) le héros de chevalerie
    3) un tournant moderne

    II – Le héros en quête de réalisme
    1) Un personnage et son identité
    2) Un ancrage spatio-temporel
    3) L'effet de réel

    III - Le personnage en question
    1) la crise du personnage
    2) la méfiance à l’égard du roman traditionnel
    3) la part du lecteur
  • Merci beaucoup pour votre réponse ! Pour le II, je ne peux plus aborder les "les techniques des romanciers pour créer un personnage" ?
    Je pensais prendre cet exemple de Phillipe Hamon dans Poétique du récit (1977) : « On pourrait donc définir le personnage comme un système d’équivalences réglées destiné à assurer la lisibilité du texte ». Cet exemple conviendrait-il pour le petit 1) Un personnage et son identité ?
  • Tu avais demandé des avis, j'ai donné un simple avis de structure ...

    C'était juste une suggestion, en aucun cas une contrainte ... :)
    mais bien sûr que tu adaptes, que tu démontres en répondant à ta problématique. C'est ton devoir ...
  • Oui, bien sûr ! J'ai eu peur que mon idée soit fausse.

    Par rapport au commentaire d'Ammy :
    Ammy a écrit:
    Je n'ai pas suivi toute votre conversation mais je me permets une petite intervention par rapport à ton plan : il est plus proche d'un exposé chronologique que de la réponse à une problématique. Il me semble que tu devrais le retravailler par rapport à cela : la dissertation est un devoir argumentatif, tes titres doivent s'apparenter à des arguments qui étayent ou contredisent la citation. Tu devrais attendre l'avis de Jean-Luc ou d'autres personnes sur ce point avant de passer à la rédaction.

    Je peux conserver mon nouveau plan même s'il n'est pas dialectique ? Car il me semble pourtant qu'un plan thématique/analytique peut aussi convenir...
  • La faiblesse de ce que tu proposes est que ton plan ne répond pas à une problématique. Relis ma réponse.

    Tu as l'air de tenir beaucoup à ce que tu proposes mais tiens-tu compte des remarques ?
  • J'ai pourtant fait mon plan en fonction de ma problématique....

    Je tiens bien évidemment compte des remarques et je suis toute disposée à changer des éléments. Mon problème est que je ne vois pas d'autre plan possible.
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.