Utilisation de l'adverbe beaucoup, de beaucoup

Bonjour,

J'étudie actuellement certains mécanismes de notre belle langue et j'ai une question qui reste sans réponse et semble insolvable....

L'adverbe beaucoup est utilisé pour modifier un verbe

par exemple :
J'aime beaucoup le cinéma

il parle beaucoup
....
Mais utilisé avec le verbe préférer, il faut lui ajouter la particule "de" : " je préfère de beaucoup...."

Et la grande question de jour... c'est... pourquoi?

Y a - t -il une raison ou est-ce juste une exception?
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Enkariss,

    Un début de réponse à ton problème insoluble :

    Dans un certain nombre d'expressions, l'adverbe beaucoup se combine avec les prépositions :

    à beaucoup près indique l'écart, la différence (surtout faibles) possibles ou réels.

    De beaucoup, exprime une différence ou un degré très notables : Il est de beaucoup le plus jeune. Dans ce dernier cas, le "de" pourrait avoir sa signification de provenance. Bâ devrait nous dire si cette supposition entre dans son schéma théorique.
  • hum, je vois, mais cela n'explique pas que l'on ne puisse dire "il prefere beaucoup" par exemple. Et que l'on soit obligé d'y rejouter une particule, ou un "plus"
    en effet
    "preférer beaucoup plus" est possible.....
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Préférer impose une comparaison, donc un avis relatif.
    J'aime beaucoup est un avis absolu.
    Si j'utilise préférer, je suis obligé de l'assortir d'une expression comparative.

    J'aime beaucoup le thon.
    J'aime beaucoup plus le thon que mes illusions (qui sont détruites).
    Je préfère le thon à mes illusions.
    Je préfère beaucoup plus le thon que mes illusions.
    Je préfère de beaucoup le thon à mes illusions.
  • ah ! merci beaucoup ! Tu viens d'éclairer ma lanterne !
    Je ne sais pas où tu as "pêché" ces exemples, mais ils m'ont bien aidé, merci. (et donné envie de manger du poisson)
  • En effet, avec préférer tu as l'idée d'un choix
    Je préfère "de" beaucoup = je préfère, je choisis "parmi" beaucoup, celui-ci
  • Bâ Membre
    Bonjour...
    Léah a écrit:
    Je préfère "de" beaucoup = je préfère, je choisis "parmi" beaucoup, celui-ci
    Ne serait-ce pas plutôt: << préférer à beaucoup >>?


    Quant à << préférer beaucoup plus >>, il ne me semble pas que ce soit très cohérent au niveau du sens, et je pense que ce doit être << limite >> en syntaxe...

    Préférer X à Y c'est aimer plus X qu' Y. Peut-on aimer plus beaucoup plus X qu'Y? C'est un peu redondant! J'y préférerais << aimer largement plus >>, cest-à-dire: << préférer largement >>.
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir !

    BEAUCOUP

    Puisque je ne mange pas suffisamment de thon, j'ai dû aller chercher des oméga 3 chez Grevisse, Hanse, Le Robert et Thomas.
    Toutes les formules grammaticales ne seront pas indiquées ; celles qui ne le sont pas seront indiquées comme telles.

    1 UN COMPARATIF DE SUPÉRIORITÉ OU D’INFÉRIORITÉ peut recevoir des indications de degré, exprimées par les adverbes bien, beaucoup, un peu, infiniment, de loin, autrement, tellement, infiniment.
    * L’avenir est BIEN / BEAUCOUP PLUS INQUIÉTANT que je ne pensais.
    * C’est TELLEMENT PLUS BEAU quand on est seul ! (Romain Rolland)

    Avec MEILLEUR et MOINDRE, BIEN est plus courant que beaucoup. NÉANMOINS :
    * Ce vin est BEAUCOUP MEILLEUR. (Académie)
    * La situation n’est pas BEAUCOUP MEILLEURE. (Gide)
    * Le phénomène est BEAUCOUP MOINDRE qu’en U.R.S.S. (Sartre)

    BEAUCOUP MIEUX : reste courant.
    Beaucoup pire / pis : devenus très rares. → BIEN PIRE / PIS.

    PLACÉ APRÈS L’ADJECTIF AU COMPARATIF, beaucoup doit être précédé de la préposition DE ; celle-ci est facultative quand beaucoup est placé DEVANT.
    * Vous êtes PLUS SAVANT DE BEAUCOUP. (Académie)
    * Il est (DE) BEAUCOUP PLUS SAVANT. (Académie)
    (Je n’ai pas trouvé la signification de la préposition « de ».)

    Gide trouvait déplorable « AUTREMENT PLUS ».
    Grevisse le cite cependant chez Thérive, Tharaud, R. Martin du Gard, Montherlant, Vercors ; il a trouvé « AUTREMENT MIEUX » chez Miomandre et Kessel.

    2 DEVANT OU APRÈS UN SUPERLATIF :
    * Il est DE BEAUCOUP / DE LOIN LE PLUS SAVANT.
    * C’est LE PLUS MALIN DE BEAUCOUP.

    3 DEVANT L’ADVERBE DE COMPARAISON SEUL (non suivi d’un adjectif) : mieux, moins, plus, trop.
    * Il travaille BIEN / BEAUCOUP MIEUX.
    * Il travaille BIEN / BEAUCOUP PLUS.

    4 APRÈS UN VERBE EXPRIMANT LA SUPÉRIORITÉ :
    * Ce projet l’emporte DE BEAUCOUP / DE LOIN sur l’autre.
    En dehors de cette hypothèse :
    * La valise déborde (DE) BEAUCOUP.
    * On aurait BEAUCOUP surpris le Joseph… (Giono)
    Si j’ose extrapoler modestement :
    * Je préfère DE BEAUCOUP / DE LOIN le thon À mes illusions.
    * J’aime BEAUCOUP PLUS le thon QUE mes illusions.

    5 AU POSITIF :
    * Vous êtes BIEN AIMABLE. (° beaucoup aimable.)
    * Vous n’êtes PAS TRÈS AIMABLE. (J’ai déjà lu : pas bien aimable.)
    * Dévoué, il L’EST BEAUCOUP.

    6 DIVERS
    * IL Y EN A BEAUCOUP qui le croient. (En renvoie au nom représenté.)
    * IL EN FAUT BEAUCOUP. (Idem)
    * J’EN connais BEAUCOUP qui seraient contents. (Renvoie à « des gens ».)
    * Il S’EN FAUT DE BEAUCOUP. (Quantité ou qualité, cela semble acquis.)
    * Il a BEAUCOUP DE courage. (Déterminant indéfini)
    * Il a BIEN DU courage. (Idem. Appréciation subjective)
    * Il N’A PAS BEAUCOUP / N’A GUÈRE DE courage. (Idem)
    * BEAUCOUP D’ENTRE / PARMI NOUS. (° Beaucoup de nous.) (Pronom indéfini)
  • Bonsoir!


    Édy, vous dîtes n'avoir pas trouvé le sens de la préposition << de >> dans << Il est de beaucoup plus savant (que...). >>.

    Je pense que la syntaxe de cette phrase est radicalement différente de celle de << Il est beaucoup plus savant. >>! Il y a nuance sémantique.

    Dans << beaucoup plus >>, l'adverbe se rapporte au comparatif de supériorité dont il accentue le sens.

    Dans << Il est, de beaucoup, plus savant. >> (j'ai mis les virgules pour que ce soit plus clair), << de beaucoup >> n'est pas un complément du syntagme adjectival, mais un complément de phrase. Au niveau sémantique, il indique une manière, plus précisément, à quel point << il >> est ainsi.

    Bon... Vous direz qu'il s'agit de deux manières pour dire la même chose... Je pense que d'insérer (entre virgules) un complément de phrase entre la copule et l'attribut permet de marquer une différence de ton et une rupture dans la syntaxe qui offrent une possibilité d'insistance et de conviction...

    À noter que ce << de beaucoup >> peut s'employer ailleurs, sans adjectif, ce qui permet de lever l'ambiguïté quand à la syntaxe de la phrase: << Elle a raté son examen, et de beaucoup. >>.


    Bonne soirée!
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Je serais plutôt d'accord avec Bââ.
    Dans la nuit profonde, comptant mes moutons, cher Edy, je comparais "je préfère de beaucoup le thon" où "de beaucoup" renforçait le comparatif à d'autres énoncés du type "Le thon bat tous les autres poissons de beaucoup", "Le thon dépasse de beaucoup les illusions", "il s'en faut de beaucoup (de peu) que le thon ne soit sot, piqué"...
    J'en concluais alors que dans ces énoncés la comparaison s'estompait et mon attention était attirée sur cette fameuse préposition "de". J'en suis arrivé à formuler cette hypothèse qui contredirait l'avis de Léah qui y voyait un "parmi" : j'envisagerais plutôt une focalisation sur la distance qui sépare l'objet considéré de la population de référence = de (origine) beaucoup à (état d'arrivée).
    Fatigué par ce remue-méninges, je me suis endormi...
  • Bâ Membre
    Oui, Jean-Luc... Il s'agit d'une légère nuance sémantique, assez fine, décrite une peu plus haut...

    Mais, si la nuance sémantique est fine, la différence de construction syntaxique des deux types de phrase est énorme! On passe d'un complément du syntagme adjectival à un complément de phrase!
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Bâ,

    Tout à fait.
    Mon propos visait simplement à éclairer sur le sens possible de la préposition.
  • Bâ Membre
    Nous sommes d'accord, Jean-Luc...

    Ce que je veux dire, c'est qu'il faut bien étudier la construction des phrases, dans ce type d'analyses, pour savoir ce qui, formellement, est différent, avant de chercher l'effet produit.

    Généralement, la première étape n'est pas difficile, comme ici, et la seconde non-plus, grâce à la première...

    Alors que quand on s'attaque directement à la petite nuance sémantique sans avoir compris d'abord ce qui est formel, on peut avoir bien des soucis...

    Voilà!

    Bonne journée!
  • Eh bien merci beaucoup ! (et oui encore un beaucoup) Je ne pensais soulever tant de question mais je préfère de beaucoup un forum très actif ;) merci à vous tous, c'est un plaisir de vous lire !
    (Jean-Luc toute fois, attention aux indigestions tout de même, ce même si le thon c'est bon)
  • MurielMuriel Membre
    Bonjour,

    Jean-Luc a écrit :
    "il s'en faut de beaucoup (de peu) que le thon ne soit sot, piqué"...
    Et... il serait de bon ton de vous rappeler l'interdiction de citer des marques ! ;)

    Muriel
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Aïe ! J'ai été repris par la patrouille.
    Promis, j'essaierai de ne pas me faire remarquer une prochaine fois. :D
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