Concordance des temps - Conditionnel présent / subjonctif présent

Je connais deux grands usages du conditionnel, le premier où il est en tête de la phrase et où son sens est modal, comme pour la politesse ou l'irréel, puis quand il est en subordonnée, où il est communément référé comme étant "le futur du passé".

Dans le premier cas, il me semble qu'il n'exprime que le présent.
Or, je me demande s'il ne pourrait pas également exprimer une simultanéité future quand il est employé avec un subjonctif présent, qui lui, peut exprimer aussi bien une simultanéité qu'une postériorité par rapport au locuteur.

Exemples :

Il est bon qu'il passe cet examen (maintenant).
Il est bon qu'il passe cet examen (demain).

Il serait bon qu'il passe cet examen.

Le conditionnel laisse entendre que c'est quelque chose d'irréalisé au moment où le locuteur parle. Forcément l'événement se situe dans le futur.

Simplement comment comprendre?

1. Ce ne sera bon qu'au moment où effectivement la réussite à l'examen se réalisera. Dans ce cas-là, le conditionnel exprimerait un futur par rapport au locuteur, mais une simultanéité par rapport à la réussite future.
2. Pourrait-on comprendre autrement, comme si le locuteur envisage la future réussite éventuelle comme déjà étant bonne maintenant, au moment où il parle, car normalement, le conditionnel dans la phrase principale a un usage modale, pas à proprement parler temporelle (expriment toujours une contemporanéité avec le locuteur).

Voilà pour moi une énigme...

Réponses

  • L'une des valeurs courantes du conditionnel est d'exprimer le souhait : j'aimerais bien, je voudrais bien, il serait bon...
  • Il serait bon qu'il passe cet examen.
    Pourquoi sauter du passage à la réussite ?
    C'est un souhait, comme l'écrit Gabiana, qui par définition a pour objet un événement non réalisé. Et cela qu'il s'agisse de passer ou de réussir l'examen.
  • Oui, mais ne pourrait-on pas tout de même se poser la question ?

    Ce sens de souhait n'est pas présent p.ex. dans la tournure suivante :
    Il serait utile qu'il réussisse à cet examen.

    Dans ce cas-là, le conditionnel n'exprime pas le souhait mais l'éventualité qui ici ,me semble-t-il, se situe au futur, car "conditionnée" par la réussite (ou non) à l'examen.
  • JehanJehan Modérateur
    Pas d'expression de l'éventualité. C'est un simple conditionnel d'atténuation polie, permettant de formuler une appréciation moins abrupte que "Il sera utile".
  • OK, mais du point de vue de la concordance des temps, ce conditionnel d'atténuation polie, remplaçant un "Il sera utile" exprime donc bien une postériorité par rapport au locuteur et une simultanéité par rapport au verbe principal au futur? C'est bien cela?
  • Assurément, il ne peut pas réussir l'examen avant de l'avoir passé !
  • c'est évident, mais cela confirme ce pour quoi j'ai fait ce post, à savoir qu'un conditionnel dans la principale n'a pas qu'un sens modal, le temporel étant supposé être toujours le présent, il peut exprimer un futur, une postériorité par rapport au locuteur. Voilà, je voulais juste en être sûr.
  • Je voudrais bien une tasse de café, j'aimerais bien voir ce film, pourrais-tu m'expliquer...
    Oui, c'est évident, ces formules renvoient à quelque chose qui ne s'est pas produit.
  • oui, mais la question n'est pas vraiment là :

    ce qui est n'est pas simultané au locuteur, c'est l'objet de ce que je voudrais, j'aimerais etc... , mais l'acte de désirer, d'aimer, etc est bien simultané au locuteur parlant à ce moment-là.

    Dans l'exemple que je donne, on peut se poser la question.
    Il est/serait utile qu'il passe cet examen.

    Cette utilité-là, existe-t-elle déjà au moment où le locuteur parle (un peu comme quand on dit une vérité générale, comme p.ex. Il est utile de passer son permis de conduire, sans véritable connotation temporelle), même si l'examen n'a pas encore eu lieu - il me semble que non - ou cette utilité-là ne sera réalisée vraiment (n'existera comme telle) qu' au moment où effectivement l'examen sera passé - c'est ce qui me semble.

    Dans ce cas, non seulement l'évènement de l'examen est postérieur par rapport au locuteur, mais même l'utilité qu'il en conçoit.
    Dans ce cas, encore une fois, le conditionnel aurait un sens temporel de postériorité par rapport au locuteur, ce qui ne me semble pas être le cas dans les exemples ci-dessus comme je voudrais, j'aimerais, pourrais-tu.

    Bon, les réflexions ne fusent pas ... :|
  • Je ne suis pas sûre de bien comprendre ta question, je tente un truc.

    Quand tu dis :
    Cette utilité-là, existe-t-elle déjà au moment où le locuteur parle (un peu comme quand on dit une vérité générale, comme p.ex. Il est utile de passer son permis de conduire, sans véritable connotation temporelle), même si l'examen n'a pas encore eu lieu - il me semble que non - ou cette utilité-là ne sera réalisée vraiment (n'existera comme telle) qu' au moment où effectivement l'examen sera passé - c'est ce qui me semble.

    Je me demande si tu ne confonds pas selon que le jugement d’utilité porte sur le fait de passer l’examen (i) ou sur l’examen lui-même (ii) (avec dans ce dernier cas tout de même deux implicites : l’examen sera réussi, et les conséquences en seront positives).

    Avant de considérer « Il serait utile qu’il passe cet examen », imaginons que la décision de passer l’examen a été prise. Il y a trois cas de figure : 1) le passage de l’examen est en cours ; 2) le passage est certain, mais à venir ; 3) le passage de l’examen est passé.

    1)
    i - *Il est en train de passer cet examen, et ce sera utile qu’il le passe (le jugement porte sur le passage – futur impossible)
    - Il est en train de passer cet examen, et c’est utile qu’il le passe (le jugement porte sur le passage – présent obligatoire)

    ii - Il est en train de passer cet examen, et il lui est utile (s’il le réussit) (le jugement porte sur l’examen – présent impossible)
    - Il est en train de passer cet examen, et il lui sera utile (s’il le réussit) (le jugement porte sur l’examen – futur obligatoire)

    2)
    i - ??Il va passer cet examen, et ce sera utile qu’il le passe (la décision étant prise, j’ai un gros doute sur la possibilité de mettre un futur)
    - Il va passer cet examen, et c’est utile qu’il le passe

    ii - Il va passer cet examen, et il lui sera utile (s’il le réussit)
    - *Il va passer cet examen, et il lui est utile (s’il le réussit)

    3)
    i – Il a passé cet examen, et c’était utile qu’il le passe
    - *Il a passé cet examen, et c’est utile qu’il le passe
    - *Il a passé cet examen, et ce sera utile qu’il le passe

    ii – Il a passé cet examen, et il lui a été utile
    - Il a passé cet examen, et il lui est utile
    - Il a passé cet examen, et il lui sera utile


    Si le jugement d’utilité porte bien sur le fait de passer l’examen (et non sur l’obtention de l’examen), ce jugement est antérieur ou concomitant au passage de l’examen.


    Maintenant, reprenons le cas au conditionnel.

    Je comprends cet énoncé de deux façons différentes.

    A) le locuteur apprend que « il » a décidé de ne pas passer l’examen

    > Ah, c’est dommage ! Il serait pourtant utile qu’il passe cet examen.

    Le locuteur exprime un regret sur une situation qui ne se produira vraisemblablement pas

    B) le locuteur sait que « il » n’a encore pris aucune décision concernant le passage de l’examen

    > J’espère qu’il prendra la décision de passer cet examen, parce qu’il serait utile qu’il le passe

    Ici, le locuteur exprime un souhait ; s’il s’adressait directement à la personne, ce pourrait être un conseil.


    Le fait de passer dans du virtuel (irréel pour A) et potentiel pour B)) ne me semble pas pouvoir changer l’ordre entre le jugement d’utilité et le passage de l’examen. Celui-là reste antérieur à celui-ci.
    Et par rapport au locuteur, il donne son avis présentement, ici et maintenant « Je dis que / J'affirme que / Je pense qu’il serait utile qu’il passe cet examen », mais sur une situation envisagée sous le mode virtuel. Il me semble dès lors difficile de conférer une valeur temporelle au conditionnel.

    Qu’en penses-tu ?
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