Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour,

je suis actuellement en 1ère S et je dois effectuer un commentaire de texte sur un extrait du chapitre 17 du livre Voyage au bout de la nuit écrit par Céline et publié en 1932.

"N'ayant plus que trois dollars en poche, j'allai regarder frétiller au creux de ma main mes dollars à la lueur des
annonces de Times Square, cette petite place étonnante où la publicité gicle par-dessus la foule occupée à se choisir
un cinéma. Je me cherchai un restaurant bien économique et j'abordai à l'un de ces réfectoires publics rationalisés où
le service est réduit au minimum et le rite alimentaire simplifié à l'exact mesure du besoins naturel.
Dès l'entrée, un plateau vous est remis entre les mains et vous allez prendre votre tour à la file. Attente. Voisines,
de fort agréables candidates au dîner comme moi ne me disaient mie*… Ça doit faire un drôle d'effet, pensais-je,
quand on peut se permettre d'aborder ainsi un de ces demoiselles au nez précis et coquet : « Mademoiselle, lui dirai-t-on,
je suis riche, bien riche… dites-moi ce qui vous ferait plaisir d'accepter... »
Alors tout devient simple à l'instant, divinement, sans doute, tout ce qui était si compliqué un moment auparavant…
Tout se transforme et le monde formidablement hostile s'en vient à l'instant de rouler à vos pieds en boule sournoise,
docile et veloutée. On la perd alors peut-être du même coup, l'habitude épuisante de rêvasser aux êtres réussis, aux
fortunes heureuses puisqu'on peut toucher avec ses doigts à tout cela. La vue des gens sans moyens n'est qu'un long
refus dans un long délire et on ne connaît vraiment bien, on ne se délivre aussi que de ce qu'on possède. J'en avais
pour mon compte, à force d'en prendre et d'en laisser des rêves, la conscience en courant d'air, toute fissurée de mille
lézardes et détraquée de façon répugnante.
En attendant je n'osais entamer avec ces jeunesses du restaurant la plus anodine conversation. Je tenais mon
plateau bien sagement, silencieux. Quand ce fut à mon tour de passer devant les creux de faïence remplis de boudins
et de haricots je pris tout ce qu'on me donnait. Ce réfectoire était si net, si bien éclairé, qu'on se sentait comme porté
à la surface de sa mosaïque tel qu'une mouche sur du lait.
Des serveuses, genre infirmières, se tenaient derrière les nouilles, le riz, la compote. A chacune sa spécialité. Je
me suis rempli de ce que distribuaient les plus gentilles. À mon regret, elles n'adressaient pas de sourire aux clients.
Dès que servi il fallait aller s'asseoir en douce et laisser la place à un autre. On marche à petits pas avec son plateau
en équilibre comme à travers une salle d'opération. Ça me changeait d'avec mon Laugh Calvin et de ma chambrette
ébène liserée d'or.
Mais si on nous arrosait ainsi clients de tant de lumière profuse, si on nous extirpait pendant un moment de la nuit
habituelle à notre condition, cela faisait partie d'un plan. Il avait son idée le propriétaire. Je me méfiais. Ça vous fait un
drôle d'effet après tant de jours d'ombre d'être baigné d'un seul coup dans des torrents d'allumage. Moi, ça me procurait
une sorte de petit délire supplémentaire. Il ne m'en fallait pas beaucoup, c'est vrai.
Sous la petite table qui m'était échue, en lave immaculée, je n'arrivais pas à cacher mes pieds ; ils me débordaient
de partout. J'aurais bien voulu qu'ils fussent ailleurs mes pieds pour le moment parce que de l'autre côté de la
devanture, nous étions observés par les gens en file que nous venions de quitter dans la rue. Ils attendaient que nous
eussions fini, nous, de bouffer, pour venir s'attabler à leur tour. C'est même à cet effet et pour les tenir en appétit que
nous nous trouvions nous si bien éclairés et mis en valeur, à titre de publicité vivante. Mes fraises sur mon gâteau
étaient accaparées par tant d'étincelants reflets que je ne pouvais me résoudre à les avaler.
On n'échappe pas au commerce américain."



La problématique que j'ai trouvée est la suivante : Quels sont les moyens utilisés par Céline pour montrer les multiples facettes du restaurant ?

Mon plan est celui-ci:
I) L'enthousiasme des débuts
a) L'organisation du restaurant
b) Les jeux de lumière
c) Une échappatoire
II) La désillusion
a) La facticité du lieu
b) La solitude de Bardamu
d) La fatalité du picaro moderne

et voici le développement et l'introduction du commentaire:

Ce texte est un extrait du roman Voyage au bout de la nuit, un roman autobiographique écrit par Louis Ferdinand Destouches connu sous son nom de plume Céline et mettant en avant les aventures de Bardamu, un picaro moderne, du temps de l'entre-deux-guerres.
Cet extrait, situé au milieu du livre, relate l'arrivée de Bardamu, qui se trouve alors en Amérique et plus précisément à New York City, dans un restaurant situé non loin de Times Square.
Nous allons donc voir dans cet extrait quels sont les moyens utilisés par Céline pour montrer les multiples facettes du restaurant.
Nous verrons au préalable comment Céline fait ressortir l'enthousiasme et l'engouement de Bardamu à son arrivée au restaurant ; puis nous verrons de quelle manière il arrive à mettre l'accent sur la désillusion et le mécompte de Bardamu.

Dans cet extrait, le restaurant fait l'objet d'un enthousiasme particulier chez Bardamu et lui permet d'atteindre un semblant de sérénité.
On observe que l'organisation même du restaurant joue un rôle majeur dans l'explication de l'état d'esprit de Bardamu. La citation « Je me cherchai un restaurant bien économique et j'abordai à l'un de ces réfectoires publics rationalisés où le service est réduit au minimum et le rite alimentaire simplifié à l'exact mesure du besoins naturel. » ligne 3, fait la description d'un endroit simple, dénué de futilités et répondant qu'aux besoins les plus primaires, ce qui suscite l'intérêt de Bardamu puisque cela correspond totalement aux idéaux de celui-ci. À la ligne 5, « Dès l'entrée, un plateau vous est remis entre les mains et vous allez prendre votre tour à la file. », nous pouvons voir que le personnel de l'établissement n'est pas sujet aux simagrées et autre forme d'obséquiosité, ce qui va encore une fois dans le sens des idéaux de Bardamu. La mention « Je tenais mon plateau bien sagement, silencieux. », à la ligne 16, montre l'atmosphère sereine et calme du lieu. À la ligne suivante, la périphrase « creux de faïence », désignant les plats contenant les aliments, est très méliorative et montre un certain faste et encore une fois le ravissement de Bardamu et le mot « rempli » montre une certaine abondance des denrées alimentaires. Le passage « je pris tout ce qu'on me donnait » et plus particulièrement le mot « tout » nous donne une impression d'exaltation et que Bardamu a hâte de goûter à ces mets. Quelques lignes plus tard, à la ligne 20, on voit Céline comparant les serveuses à des infirmières, cette comparaison dépeint en apparence des serveuses bienveillantes aimables certainement vêtues de blanc, symbole de noblesse et de pureté. « Je me suis rempli de ce que distribuaient les plus gentilles » nous revoie à une impression satiété de Bardamu et qu'il a mangé à sa faim. L'organisation intrinsèque du restaurant est donc rassurante pour Bardamu et lui permet de lâcher prise.
En outre, on observe que les jeux de lumières sont prédominants dans ce passage et très importants dans l'appréhension du restaurant par Bardamu. En effet, la lumière environnante donne un effet de quiétude. Le passage suivant : « Ce réfectoire était si net, si bien éclairé, qu'on se sentait comme porté à la surface de sa mosaïque tel qu'une mouche sur du lait. », ligne 18, montre un Bardamu enjoué par la décoration de la salle à manger et plus particulièrement de sa mosaïque qui l'attire comme, pour reprendre ses mots et sa comparaison, une mouche serait attirées par du lait. De plus, l'emphase répétitive du mot « si », montre que Céline à voulu appuyer sur les termes « net » et « éclairé ». À la ligne 25, « tant de lumière profuse », on note une redondance avec les mots « tant » et « profuse », tous les deux soulignant l'abondance de lumière et encore une fois, le rôle important qu'elle joue. Dans l'avant-dernière phrase, « Mes fraises sur mon gâteau étaient accaparées par tant d'étincelants reflets que je ne pouvais me résoudre à les avaler. », le verbe « accaparer » présente la lumière la lumière comme omniprésente et le groupe nominal « étincelants reflets » comme magnifiant le lieu. « Ça vous fait un drôle d'effet après tant de jours d'ombre d'être baigné d'un seul coup dans des torrents d'allumage. », ligne 26, nous indique que le personnage, Bardamu, a été tiré assez brutalement et soudainement de son quotidien à son entrée dans le restaurant comme nous le précise l'expression « d'un seul coup ». Le mot « torrent » aussi, nous montre une transition violente dans un lieu bien éclairé. « après tant de jours d'ombre » peut être interprété de deux manière différentes, soit littéralement, Bardamu retrouve de la lumière après avoir erré dans New York, une ville qu'il décrit comme étant sombre et dont les grattes-ciel empêche de voir le ciel ; soit de manière imagée, c'est la fin d'une période difficile pour Bardamu et le début de quelque chose de nouveau, de neuf. La phrase suivante : « Moi, ça me procurait une sorte de petit délire supplémentaire. Il ne m'en fallait pas beaucoup, c'est vrai. » nous fait observer dans quel état de frénésie est Bardamu, il va même jusqu'à utiliser le mot « délire », signe d'une griserie exubérante voire qu'il perd momentanément prise avec la réalité ; le mot « supplémentaire » quant à lui, nous révèle que ce n'est pas le premier délire dont il est victime dans le restaurant. En définitive, nous pouvons dire que les jeux de lumière sont très important dans ce passage et tendent à rendre ce restaurant accueillant, contrairement au reste de la ville.
Comme nous venons de le voir, avec la dernière citation du texte, Bardamu se retrouve totalement dépaysé et le restaurant fait office d'échappatoire et d'enclave à sa vie quotidienne. Dans la mention « Ça doit faire un drôle d'effet, pensais-je, quand on peut se permettre d'aborder ainsi un de ces demoiselles au nez précis et coquet : « Mademoiselle, lui dirait-on, je suis riche, bien riche… dites-moi ce qui vous ferait plaisir d'accepter... », à la ligne 6, Bardamu s'autorise à s'imaginer riche et cherche à échapper l'espace d'un instant à sa situation de picaro, en bas de l'échelle sociale. «  Ça doit faire un drôle d'effet » montre que Bardamu n'est pas coutumier de ce genre de « relâchement », et que ce qu'il fait a une connotation inhabituelle. De plus l'emphase et la répétition du terme « riche » donnent l'impression que Bardamu insiste fortement sur le fait qu'il espère avoir un jour accès à ces richesses et qu'il puisse échapper à sa misérable condition actuelle. La phrase « Alors tout devient simple à l'instant, divinement, sans doute, tout ce qui était si compliqué un moment auparavant… » nous révèle que l'esprit, la conscience de Bardamu est comme libérée, et il imagine toutes les possibilités s'offrant à lui avec toutes ces richesses qu'il rêve d'avoir, chose qu'il n'aurait pas pu faire avant, alors que son esprit était encore entravé. Dans le passage « La vue des gens sans moyens n'est qu'un long refus dans un long délire et on ne connaît vraiment bien, on ne se délivre aussi que de ce qu'on possède. », Céline utilise la périphrase « gens sans moyens » pour désigner les pauvres, ce qui fait dans le même temps office d'euphémisme, ce qui permet à Bardamu de savourer pleinement son instant. Là encore il y a une répétition du mot « long », insistant sur le fait que sa vie de picaro n'était qu'un cauchemar dont il s'est enfin extirpé. Dans la phrase « J'en avais pour mon compte, à force d'en prendre et d'en laisser des rêves, la conscience en courant d'air, toute fissurée de mille lézardes et détraquée de façon répugnante. », l'expression « J'en avais pour mon compte à force d'en prendre et d'en laisser des rêves», avec utilisation du passé imparfait montre justement que la situation difficile dans laquelle il se trouvait, dans l'incapacité réaliser ses rêves et contraint de les abandonner, n'est qu'un lointain souvenir. Ce restaurant fait donc pour Bardamu office d'échappatoire, de lieu où il peut abandonner ses démons de tous les jours.
Céline décrit donc dans un premier temps un Bardamu enthousiaste et satisfait d'être dans ce restaurant.

Parallèlement, le restaurant est montré comme étant un haut lieu du mercantilisme et Bardamu se rend compte que la réalité qu'il croyait fuir est en train de le rattraper, incapable de lui échappé.
Tout d'abord, le restaurant dégage une atmosphère de facticité et de fausseté. Bardamu sent au plus profond de lui-même qu'il s'agit d'une mise en scène. Dans le passage « À mon regret, elles [en parlant des serveuses] n'adressaient pas de sourire aux clients. », ligne 21, Céline veut nous montrer que l'attitude des serveuses envers les clients est indifférente et qu'elles ne privilégient aucunement le contact humain contrairement à ce que leur apparence d'infirmière pouvait laisser croire. À la ligne 25, la phrase « Mais si on nous arrosait ainsi clients de tant de lumière profuse, si on nous extirpait pendant un moment de la nuit habituelle à notre condition, cela faisait partie d'un plan. », renforce encore cette idée que l'ambiance générale qui règne dans le réfectoire est un leurre. Avec le parallélisme « si on nous », Céline, veut nous rendre attentif au fait que ce lieu est « trop beau pour être réel » et que le propriétaire fait tout ce qu'il peut pour rendre cet endroit attrayant, si bien que cela devient artificiel et pesant. « Il avait son idée le propriétaire. » et « Je me méfiais. », deux phrases très courtes et directes insistent encore sur ce point. Le mot « se méfier » indique que Bardamu n'accorde pas sa confiance au propriétaire et est soupçonneux quant à ses réelles intentions. Les phrases « De l'autre côté de la devanture, nous étions observés par les gens en file que nous venions de quitter dans la rue. […] C'est même à cet effet et pour les tenir en appétit que nous nous trouvions nous si bien éclairés et mis en valeur, à titre de publicité vivante. » aux lignes 30 et 32, souligne le fait que le rôle de Bardamu est qu'il appâte inconsciemment les clients pour qu'ils viennent s'attabler à cette enseigne. La répétition de « nous » attire notre attention sur les clients et Bardamu et provoque en nous une certaine consternation vis-à-vis de ces pratiques commerciales. Le terme de « publicité vivante » est une métaphore pour désigner les clients mangeant près de la devanture ; en les nommant ainsi, Céline veut montrer que pour le propriétaire, les clients n'ont aucune valeur humaine mais seulement une valeur monétaire. Céline veut clairement dénoncer le commerce américain, peu scrupuleux et capable de tromper ses clients pour obtenir plus de profits.
En plus de cela, le réfectoire se veut être un endroit convivial où l'ambiance serait joviale et allègre, or ce n'est pas le cas puisque c'est plutôt la solitude qui est de mise. La mention « Voisines, de fort agréables candidates au dîner comme moi ne me disaient mie… » stipule que les rapports humains sont dans cette cantine plutôt inexistants contrairement à ce que Bardamu aurait pu penser au premier abord puisqu'il va même qualifier ses voisines d'agréables. Un peu plus loin dans le texte, à la ligne 16, « Je n'osais entamer avec ces jeunesses du restaurant la plus anodine conversation. Je tenais mon plateau bien sagement, silencieux. », nous voyons que les conditions ne sont, pour Bardamu, pas propices pour entamer une conversation, même la plus « anodine ». Le passage «  la petite table qui m'était échue » laisse à penser que Bardamu est attablé à une petite table individuelle où il se retrouve seul. Le participe passé féminin du verbe échoir, « échue » sous-entend que Bardamu était destiné dès le départ à manger seul. Le réfectoire est donc un lieu où seule la solitude trône.
Comme dit précédemment, il y a tout au long de ce passage une pléthore d'indices, comme celui que nous venons d'analyser, qui montrent que Bardamu n'arrive pas à se défaire de son rôle de picaro et qu'il doit se plier à son fatum, son destin et qu'il ne pourra y échapper. « Dès que servi il fallait aller s'asseoir en douce et laisser la place à un autre. On marche à petits pas avec son plateau en équilibre comme à travers une salle d'opération. », le verbe « falloir » nous montre qu'il s'agit là d'une contrainte pour Bardamu. Le fait de marcher à petits pas, par prudence, nous renvoie au fait que l'avenir est toujours incertain et qu'il faut avancer prudemment pour éviter de ne pas se précipiter. Tandis que la métaphore du plateau en équilibre symbolise la fragilité et la vie et la salle d'opération quant à elle symbolise quelque peu un passage obligé, un couloir de la mort nous ramenant à l'idée omniprésente de fatalité. « Ils attendaient que nous eussions fini, nous, de bouffer, pour venir s'attabler à leur tour. », à la ligne 31, nous montre qu'il s'agit d'un cercle vicieux et implicitement que le futur échappe à tout contrôle de la part du picaro. Enfin, la dernière phrase du texte : « On n'échappe pas au commerce américain. » est la preuve que Bardamu ne pourra en aucun cas échapper au mercantilisme qu'il serait même vain de tenter d'y échapper. Ceci nous renvoie au personnage même du picaro, Bardamu, qui restera picaro quoiqu'il fera ou ne fera pas ; son avenir est déjà écrit. Nous pouvons donc affirmer que dans ce passage, de nombreuses allusions à la fatalité et à la condition du picaro sont faites.
Céline a donc voulu, dans un deuxième temps, nous montrer la désillusion et le désenchantement de Bardamu et que celui a fondé sur cet endroit, des espoirs qui n'avaient pas lieu d'être.





Voilà,
j'aimerais beaucoup avoir votre avis et que vous me disiez comment améliorer ce commentaire.
Je m'excuse d'avance pour toutes les éventuelles fautes d'orthographe et vous remercie pour vos conseils!

Réponses

  • Suggestion.
    Peut-être une formulation différente pour la problématique, qui ne remet pas en cause les axes que tu as choisis :

    Un lieu de restauration rapide : entre attraction et répulsion.
  • D'accord, je vais modifier ça.
    Merci pour votre aide !
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