Ce sujet n’est pas une initiation au finnois. Il s’agit tout simplement de donner un aperçu du système de la langue en partant de textes littéraires et non littéraires.

J’ai choisi ici de m’appuyer sur des extraits du livre d’Arto Paasilinna «Le lièvre de Vatanen » ou, plus exactement, « l’année du lièvre » dans la langue originale. Je vous recommande ce livre, à la fois humoristique, poétique et plus profond qu’on peut le penser au premier abord. Vatanen est un héros picaresque qui recueille un lièvre blessé et qui, au gré d’aventures cocasses, « monte » dans le Nord, lieu de prédilection de l’auteur qui y situe l’action de bon nombre de ses romans. Un Nord que je connais bien et que j’aime tout autant que lui…

Le finnois appartient au groupe des langues ouraliennes (ou ouralo-altaïques), dont l’aire actuelle de répartition va de la Laponie à la presqu’île de Taïmyr au nord et à l’est, s’étend vers le sud en Finlande, en Carélie et en Estonie, et possède un « ilôt » en Hongrie, à l’extrême sud-ouest. Ces langues ne sont pas autochtones, leur berceau semble devoir être placé dans la partie centrale de l’Oural, de part et d’autre de la chaîne. Elles regroupent un certain nombre de familles sur lesquelles je ne m’étendrai pas.

Seuls le finnois, le hongrois et l’estonien sont des langues nationales. Le lapon est parlé dans le nord de la Scandinavie, dans le nord de la Finlande et dans la presqu’île de Kola ; le mordve, le votiak, le tchérémisse, le permien, le zyriène, etc… sont parlés au nord de la Russie d’Europe et au nord-ouest de la Sibérie. Il reste parfois très peu de locuteurs pour certaines de ces langues (3000 pour le vogoul).

Ces langues non indo-européennes sont caractérisées, comme les langues turco-mongoles, par :
- l’harmonie vocalique (v. ci-dessous) ;
- l’agglutination, c'est-à-dire la constitution de « mots » formés d’une base à laquelle s’adjoignent un certain nombre d’affixes parfaitement identifiables et distincts les uns des autres. Les langues agglutinantes s’opposent ainsi aux langues flexionnelles, dans lesquelles les morphèmes peuvent avoir fusionné entre eux ou avec la racine, et où les homonymies sont fréquentes (qu’on songe au latin). Il existe malgré tout quelques homonymes : ainsi, en finnois, l’affixe -i est à la fois la marque du pluriel et celle du prétérit ;
- un système grammatical qui n’a pas toujours de correspondance exacte avec celui des langues indo-européennes. Depuis le XIXème siècle, on s’est ingénié à « latiniser » la grammaire du finnois en donnant aux « cas » de la « déclinaison » des noms tirés du latin (nominatiivi, akkusatiivi, etc…), et en parlant d’adverbes, de conjonctions, de participes présents ou passés… Ce mode d’analyse est commode, et je l’adopte ici, mais il faut savoir qu’il altère quelque peu l’image du système de la langue.

Le finnois est d’un abord difficile et nécessite un long apprentissage pour être parfaitement maîtrisé. Les difficultés qu’il pose proviennent :
- du dépaysement lexical : les mots ne ressemblent pas à ceux des langues que nous connaissons en Europe et se retiennent assez mal au début. Heureusement, il y aussi des emprunts ;
- de la paronymie des racines du fait du petit nombre de sons disponibles (ni b], ni [f], ni [z], aucune chuintante ; [d] est assez rare, [g] n’est qu’une variante de [k], et ces deux derniers sons ne peuvent jamais commencer un mot). Ex : sade (pluie) n’est pas säde (rayon) ; kulua (s’user) n’est pas kuulua (entendre) ; vesi (eau) n’est ni viisi (cinq) ni vissi (sûr), etc…
- de la grande complexité des mutations consonantiques qui peuvent rendre une base méconnaissable ; l’adjonction des affixes provoque en effet des rencontres de sons non perçues comme « euphoniques » et entraînant des transformations parfois assez importantes (v. plus bas). En revanche, ces mutations sont régulières ; les quelques anomalies proviennent de sons disparus de la langue moderne, mais qui ont laissé des traces de leur influence sur les autres sons ;
- du fait que la base d’un mot est parfois distincte de la forme sous laquelle elle est présentée dans les dictionnaires (nominatif pour les noms, adjectifs et pronoms, infinitif I pour les verbes). Pour kylä (village), il y a identité (donc kylä, kylän, kylässä, kylästä, kylälle…), mais pour viimeinen (dernier), la base est viimeise- (donc viimeinen, viimeisen, viimeisessä, viimeisestä, viimeiselle…)
- de l’emploi des nombreux « cas », qui n’ont qu’une correspondance partielle avec ceux du latin, du grec ou du russe. Par ailleurs, un même cas peut avoir de très nombreuses significations (j’en ai recensé 18 pour le seul partitif !). Le régime des verbes, quant à lui, a souvent de quoi dérouter, comme nous le verrons.
- du fait qu’ici moins qu’ailleurs, on ne peut faire de calque. Un seul exemple : si vous voulez dire : « Puis-je avoir du pain ? », il faudra composer la phrase : « Est-ce que je reçois du pain ? Le finnois n’est donc même pas une langue facile à baragouiner, comme peuvent l’être l’anglais ou l’italien.
En revanche, le grand nombre de cas et l’agglutination des affixes ne constituent pas une grosse difficulté en eux-mêmes, une fois une certaine habitude acquise : il n’est en effet pas plus difficile de comprendre le mot finnois talossasi (« maisondansta ») que le groupe français « dans ta maison ». A l’oral, toutes les langues ne sont-elles pas agglutinantes ? De plus, le finnois est assez facile à prononcer, il s’écrit phonétiquement, ignore le genre et ne comporte pas une pluralité de conjugaisons ou de déclinaisons plus ou moins régulières. L’accent tonique, peu prononcé, frappe la première syllabe et la troisième ou la quatrième syllabe des mots longs. Sur tous ces plans, le finnois est infiniment plus simple que le russe. Signalons enfin que l’ordre des mots ne constitue pas non plus une difficulté majeure, tout au moins pour les locuteurs « latins » : on a souvent l’ordre sujet + verbe + compléments du verbe ; les épithètes et les compléments de nom se placent devant le nom complété.


1° Principe de l’harmonie vocalique :
Les voyelles se répartissent en trois groupes :
- les voyelles d’arrière : a (comme dans pâte), o, u (comme dans loup),
- les voyelles d’avant : ä (comme dans patte, pas comme dans le mot allemand Aufklärung), ö (comme dans beurre), y (comme dans mur),
- les voyelles neutres : e (comme dans pêche, mais un peu moins ouvert) et i.
En gros , un mot ne doit comporter :
- que des voyelles d’arrière et éventuellement des neutres. Ex : auringon, askeltamaan.
- que des voyelles d’avant et éventuellement des neutres. Ex : hämärtyvään, nyökkäsi.
- que des voyelles neutres. Ex : tielle.
Si une base ne comportant que des voyelles neutres doit recevoir des affixes à voyelles non neutres, ces dernières seront prises dans la série des postérieures. Ex : tie (route), tiellä et non *tiella (sur la route).

Tableau des principales mutations consonantiques.
(Par "consonne", j'entends ici : "son consonantique")

- Elles affectent les consonnes k, p, t.
- Principe : ces consonnes s’adoucissent quand elles entrent dans une syllabe fermée, c'est-à-dire une syllabe terminée par une consonne ou une aspiration (phonème ancien, non marqué).
Ex : dans Helsinki, la syllabe -ki est ouverte. Dans Helsingin, elle est fermée, et le –k a subi une mutation.

1° Consonne k
a) kk > k. Ex : kirkko (église) – kirkon (de l’église).
b) k disparaît. Ex : poika (garçon) – pojan (le i intervocalique devient la consonne j).
c) k > j dans taika (sortilège) > taijan.
d) nkk > nk. Ex : ankka (canard) – ankalle.
e) nk > ng. Ex : Helsinki – Helsingistä.
f) rk > r. Ex : Turku – Turussa.
g) uku > uvu. Ex : puku (costume) – puvut.

2° Consonne p.
a) pp > p. Ex : lippu (drapeau) – lipun.
b) p > v. Ex : apu (aide) – avulla.
c) mp > mm. Ex : parempi (meilleur) – paremmin.

3° Consonne t
a) tt > t. Ex : katto (toit) – katolla.
b) t > d. Ex : pitää (tenir) – pidan (je tiens) ; syödä (manger) s’explique par l’aspiration ancienne qui terminait le mot (syödä’).
c) nt > nn. Ex : tunti (heure) > tunnit.
d) rt > rr. Ex : ymmärtää (comprendre) – ymmärrät (tu comprends).
e) lt > ll. Ex : puhaltaa (souffler) – puhallamme (nous soufflons)

Note : certains emprunts peuvent ne pas suivre la règle des mutations : pankki (banque) s’y conforme : pankissa, mais pas auto (voiture) : auton, et non *audon.

Cas du groupe ti :
tti > ti, hti >hdi, sti demeure. Ex : näyttää (montrer) – näytin ; unohtaa (oublier) – unohditte.
ti > si dans les autres cas. Ex : suteen (vers le loup) – susi (le loup).

Analyse grammaticale d’un texte
Notes :
1° Pour le moment, je n’analyse pas les adverbes ou les conjonctions qui, bien qu’ils soient à l’origine dérivés de thèmes adjectivaux ou pronominaux, ont vu au cours des temps leur formation « figée » au point de bénéficier d’une entrée distincte dans les dictionnaires.
2° Je note A et U les archiphonèmes a/ä et u/y.

Voici un passage où Vatanen, qui vient de recueillir un lièvre blessé, décide de ne pas retourner à Helsinki :

Vatanen nousi seisomaan, katseli auringon viimeistä kajoa metsän takaa, nyökkäsi jänikselle. Hän katsoi maantien suuntaan, mutta et ottanut askeltakaan mennäksen tielle. Hän nosti jäniksen maasta, asetti sen varovasti takkinsa sivutaskuun, ja lähti askeltemaan peltotikulta hämärtyvään metsään.
Arto Paasilinna, Jäniksen vuosi, 1, WSOY, Helsinki.

Si vous voulez avoir une idée de la prononciation du texte, entrez-le dans google traduction (choisissez la bonne langue !) et cliquez sur le petit haut-parleur, vous aurez une excellente restitution sonore.

En revanche, le robot traducteur a manifestement été influencé par le Surréalisme…
« Vatanen se leva, regarda falsification dernière du soleil avec la forêt derrière »


Vatanen : « Vatanen »
Nominatif car ce nom est sujet. Sa base est Vatase-
nousi : « se leva »
nous/i : base du verbe nous/ta, (monter, « s’élever » + -i, morphème servant à former la 3ème personne du singulier du prétérit.
seisomaan : « pour le être debout »,
seiso/ma/an : base du verbe seiso/a, (être debout) + -mA, morphème de l’infinitif III (servant à dériver une forme nominale d’une base verbale) + morphème de l’illatif, formé du redoublement de la voyelle précédente auquel s’adjoint un -n. L’illatif sert ici à exprimer la destination de l’action exprimée par le verbe précédent.
katseli : « regarda »
katsel/i : base du verbe katsel/la, (regarder) + -i, morphème du prétérit 3ème pers. du sg.
auringon : « du soleil »
auringo/n : base du nom aurinko (soleil) + -n, morphème du génitif singulier. Du fait que la dernière syllabe est à présent fermée, le groupe -nk- passe à -ng- suivant la loi des mutations (v. plus haut).
viimeistä : « la dernière »
viimeis/tä : base de l’adjectif viimeinen (dernier) + -(t)A, morphème du partitif.
kajoa : « lueur »
kajo/a : base du nom kajo (lueur) + -(t)A, morphème du partitif. Le complément des verbes signifiant « regarder » se met toujours au partitif.
metsän : « de la forêt »
metsä/n : base du nom metsä (forêt) + -n, morphème du génitif.
takaa : « à l’arrière »,
Formation adverbiale postposée.
nyökkäsi : « fit un signe de tête »
*nyökkät(ä)/i : base du verbe nyökätä (hocher la tête), qui perd un -k pour des raisons encore inconnues de moi. Dans ce type de verbes en -tA, le A disparaît, et le résultat de la rencontre du t et du s donne -si.
Les bases verbales terminées en -tA ont des traitements qui varient avec l’environnement vocalique. Leur étude est en cours…
jänikselle : « au lièvre »
jänikse/lle : base du nom jänis (lièvre) + -lle, morphème de l’allatif. Ce cas exprime ici le destinataire de l’ action.
Hän : « Il »
Ce pronom sujet pourrait tout aussi bien signifier « elle ». Le finnois ne distingue pas les genres.
katsoi : « regarda »
katso/i : base du verbe katsoa (regarder) + -i, morphème du prétérit 3P. Le verbe katsoa est plus utilisé que son synonyme katsella (v. plus haut). J’ignore s’il existe une nuance entre les deux, le dictionnaire consacre un article bien plus développé à ce dernier verbe.
maantien : « de la route de pays »
maa/n//tie/n : mot composé de la base du nom maa, (pays) + -n, morphème du génitif, et de la base du nom tie, (route) + -n, morphème.
suuntaan : « dans la direction »,
suunta/an : base du nom suunta (direction, sens) + morphème de l’illatif. Ce cas indique ici le lieu vers lequel on se dirige ou vers lequel on tend.
mutta : « mais »
Formation conjonctive.
ei : « n’a pas »
Il est difficile de traduire ce verbe servant à former la négation, ici à la 3PS. C’est un peu l’équivalent de l’anglais « does not ». J’ai employé le passé composé pour montrer son caractère verbal. Il est ici à la troisième personne du singulier.
ottanut : « entrepris »
otta/nut : base du verbe ottaa, (prendre, entreprendre) + -nUt, morphème du « participe passé actif ». Ei ottanut exprime donc la forme négative du prétérit du verbe ottaa.
askeltakaan : « un seul pas »
askel/ta/kaan : base du nom askel (pas) + -(t)A, morphème du partitif, de règle derrière une négation, + formation adverbiale amalgamée -kAAn servant d’intensif, fréquemment associée à une négation ; askelta : « (pas) un pas », askeltakaan : « (pas) un seul pas », « même pas un pas ».
mennäkseen : « pour lui aller »
men/nä/kse/en : base du verbe mennä, (aller) + -(t)A, morphème de l’infinitif I + -kse, morphème du translatif, pour exprimer le but + affixe de la 3ème personne formé du redoublement de la voyelle précédente auquel s’ajoute un -n (comme pour l’illatif).
tielle : « à la route ».
tie/lle : base du nom tie (route) + -lle, morphème de l’allatif. Ce « cas » exprime ici le lieu sur lequel on se dirige ou sur lequel on veut se diriger.
Hän : « Il »
Vide supra.
nosti : « souleva »
nost/i : base du verbe nostaa (soulever) dont le a final disparaît + -i, morphème du prétérit 3P.
jäniksen : « le lièvre »
jänikse/n : base du nom jänis (lièvre) + -n, morphème de l’accusatif, semblable au génitif au singulier.
maasta : « de terre »,
maa/sta : base du nom maa (terre, pays) + -stA, morphème de l’élatif, pour exprimer l’origine du mouvement.
Pour la localisation, il y six cas qui s’associent trois par trois :
asetti : « plaça »
asett/i : base du verbe asettaa (placer) dont le a final disparaît + -i, morphème du prétérit 3P.
sen : « lui »
se/n : base du pronom se (il, cela), utilisé pour les non animés et les animaux + -n, suffixe de l’accusatif. On remarque que le « COD » est placé après le verbe, même si c’est un pronom.
varovasti : « précautionneusement »
Formation adverbiale.
takkinsa : « de sa veste »
takki/nsa : base du nom takki (veste) + -nsA, un des deux morphèmes exprimant la possession à la 3ème personne. Le mot devrait perdre un -k, mais il s’agit probablement d’un emprunt.
sivutaskuun : « dans une poche latérale »
sivu//tasku/un : base du nom sivu (côté) + base du nom tasku (poche) + morphème de l’illatif exprimant la direction de l’action.
ja : « et »
Conjonction.
lähti : « partit »
läht/i : lähte-, base du verbe lähteä + -i, morphème du prétérit 3P ; le -e de la base disparaît devant ce -i.
astelemaan : « marcher »
astele/ma/an : astel(e)-, base du verbe astella (marcher) + -ma, phonème de l’infinitif III (v. supra) + morphème de l’illatif pour exprimer la destination de l’action exprimée par le verbe précédent.
peltotilkulta : « de sur le carré de terre »
pelto//tilku/lta : base du nom pelto (terrain) + base du nom tilkku (morceau, pièce) + -ltA, morphème de l’ablatif exprimant le lieu hors de la surface duquel on va.
Si l’on résume, pour exprimer la localisation, on dispose de six cas qui s’associent trois par trois :
A) 1 - l’inessif : metsässä « dans la forêt » 2 - l’illatif : metsään « dans la forêt (avec mt) » 3 - l’élatif : metsästä « hors de la forêt »
B) 1 - l’adessif : tiellä « sur la route » 2 - l’allatif : tielle « sur la route (avec mt) » 3 - l’ablatif : tieltä « hors de la route ».
hämärtyvään : « en direction de la devenant sombre »
hämärty/vä/än : hämärty-, base du verbe hämärtyä, (devenir sombre) + -vA, morphème du « participe présent actif » + morphème de l’illatif. Ce participe se rapporte au nom qui suit.
metsään : forêt.
metsä/än : base du nom metsä (forêt) + morphème de l’illatif.

Traduction d’Anne Colin du Terrail :
Vatanen se leva, contempla les derniers feux du soleil au-delà de la forêt et hocha la tête en direction du lièvre. Il regarda vers la route, mais ne fit pas un pas pour s’y diriger. Il souleva le lièvre, l’installa soigneusement dans la poche de son veston et s’éloigna le long de la prairie vers le crépuscule naissant de la forêt.
A. Paasilinna, Le lièvre de Vatanen, éd. Folio – Denoël, p. 13
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Réponses

  • Hello !

    j'aurais une question : quelle est la différence entre le a et le ä ?
    les voyelles d’arrière : a (comme dans pâte)
    les voyelles d’avant : ä (comme dans patte
    Je prononce les deux pareillement ^^"

    PS :J'ai toujours trouvé cette langue mélodieuse (merci Nightwish !)
  • JehanJehan Modérateur
    Si tu prononces les mots pâte [pɑt] et patte [pat] de façon identique, effectivement, il te sera difficile de saisir la différence entre a fermé et a ouvert. C'est vrai que certains accents régionaux ne les distinguent pas...
  • D'ailleurs google et reverso sont d'accord avec moi :P
    Sinon j'ai mis le texte dans le traducteur et effectivement le ä est un a normal alors que le a ressemble presque à un o
  • JehanJehan Modérateur
    Oui... Ce que tu appelles "a normal" est un a ouvert, l'autre "qui ressemble à un o" est un a fermé... ;)
  • guigeek, tu prononces aussi mâle et mal de la même façon ?
  • Bonsoir,

    Dans les mots "mâle", "mal", "pâtes", "patte", quels sont les "a" fermés ? quels sont les "a" ouverts ?

    Qu'est-ce que c'est que cette histoire de "a" ressemblant à des "o" ???
    Je peux avoir des exemple, svp ?
  • Guigeek faisait allusion à la prononciation du a finnois.
  • JehanJehan Modérateur
    Les a fermés s'entendent dans mâle et pâte.
    Les a ouverts s'entendent dans mal et patte.

    Mais assez de considérations franco-françaises... Place au finnois ! :)
  • Merci J.
  • Puisqu'il y avait beaucoup d'illatifs dans le passage que j'ai analysé, je vous livre une petite synthèse sur ce "cas".

    1° Formation :

    - Comme je l'ai déjà dit, l'illatif se forme en allongeant la voyelle de la base du nom (dans la graphie, on obtient une voyelle doublée), et en ajoutant -n au tout.
    Ex : kylä (village) donne kylään ; talo (maison) donne taloon ; Helsinki donne Helsinkiin : jänis, dont la base est jänikse- donne jänikseen.
    - Si la base se termine par une voyelle longue ou une diphtongue, et qu'elle est monosyllabique, un -h (prononcé) s'interpose entre cette voyelle longue ou cette diphtongue et la voyelle du morphème :
    Ex : maa (pays) donne maahan ; puu (arbre) donne puuhun (attention à ne pas confondre avec puhun (je parle)) ; työ (travail) donne työhön.
    - Si la base se termine par une voyelle longue ou une diphtongue, et qu'elle est polysyllabique, le morphème est -seen au singulier, -siin ou -hin au pluriel.
    Ex : kirje (lettre), dont la base est kirjee- donne kirjeeseen au singulier, kirjeisiin ou kirjeihin au pluriel ; vieras (étranger), dont la base est vieraa- donne vieraaseen au singulier, vieraisiin ou vieraihin au pluriel.
    Note : le morphème -i du pluriel cause systématiquement la diphtongaison de la finale des bases.
    Ex : kirkko (église) donne kirkkoon au singulier et kirkkoisiin ou kirkkoihin au pluriel.
    - Le cas des pronoms sera traité ultérieurement.

    Suite plus bas.
  • guigeek, tu prononces aussi mâle et mal de la même façon ?

    oui en effet, mais je me souviens d'alsaciens prononçant "mâle" je vois à peu près le son que ça peut faire, bouche bien ouverte, un son qui sort du fond de la gorge ;)


    Edit :
    suunta/an : base du nom suunta (direction, sens) + morphème de l’illatif. Ce cas indique ici le lieu vers lequel on se dirige ou vers lequel on tend.
    N'est-ce pas tout simplement le directif ?
  • La terminologie peut varier suivant les grammaires (comme en russe pour le locatif/prépositionnel). Les finnois nomment couramment ce cas illatiivi.
  • Donc notre directif/locatif correspond à illatif/? c'est bien ça ?
  • Oh non, c'est beaucoup plus compliqué. Je donnerai un aperçu des emplois de ce cas demain.
    Si tu veux avoir une idée de l'organisation des six cas locatifs, regarde le petit tableau des correspondances que j'ai établi.

    Synthèse sur l'illatif (suite)
    2° Les emplois de l'illatif
    a) Lieu (réel ou figuré) dans lequel on va (question QUO en latin).
    Ex astun taloon : j'entre dans la maison ; menen Helsinkiin : je vais à Helsinki ; menen Suomeen : je vais en Finlande.
    b) Lieu dans lequel on a l'intention d'aller, sans y entrer encore.
    Ex lähden Helsinkiin : je pars pour Helsinki.
    On remarquera la complexité... du français : j'ai dû utiliser quatre prépositions...
    c) Activité envisagée, associée à un verbe de mouvement.
    Ex : menen puolukkaan : je vais "aux airelles" (comme on dit "je vais aux champignons"). Notez que le nom reste au singulier.
    d) Achèvement, destination, finalité d'une action exprimée par un verbe antérieur. Le verbe dépendant doit être utilisé à l'infinitif III (phonème -mA, sorte d' "interface" destinée à transformer une base verbale en base nominale).
    Ex : menen syömään : je vais manger (je me déplace pour le manger) ; nousi seisomaan : "il se leva en sorte d'être debout" (= il se mit debout).
    e) Nombre d'éléments atteint.
    Ex : miesten luku nousi kahteensataan : le nombre d'hommes atteignit deux cents ("monta dans le deux cents"). Noter que l'expression numérale reste au singulier.
    f) Lieu où finit une action ou un état.
    Ex : tie loppuu metsään : la route finit à la forêt.
    g) Lieu où quelque chose a été laissé ou oublié :
    Ex : unohdin avaimet toimistoon : j'ai oublié les clés au bureau ; toiset jäivät metsään : les autres restent dans la forêt.
    Emploi difficile à justifier eu égard au sens originel du cas...
    h) Époque à laquelle une action sera faite :
    Ex : mihin aikaan tulee ? : à quelle heure viendra-t-il ?
    i) Comparaison avec les verbes ole- (être), tule- (venir), etc...
    Ex : tämä mies tulee karhuun : cet homme ressemble à un ours ("vient à un ours", "donne dans l'ours")
    j) Usage pour lequel une chose est faite :
    Ex : Se ei kelpaa mihinkään : cela ne sert à rien.

    Il serait bon que j'indique mes sources :
    - D'une part l'ouvrage "Teach yourself finnish" de H. Arthur et de M. A. Whitney, in The english universities press ltd.
    Cet ouvrage n'est nullement un gadget, mais propose une grammaire méthodique assez complète, des exercices, des textes pour la lecture "courante". Par contre, il est un peu ancien. Mon père l'avait acheté dans les années 60...
    - Un assez bon dictionnaire bilingue (mais aucun bilingue n'est parfait) "Suomi-ranska sanakirja", éd. WSOY.
    - Quantité de textes littéraires ou non littéraires : livres, journaux et revues achetés en Finlande, articles ou textes obtenus sur le Net, radio et télévision finlandaise (mais j'ai un peu de mal à comprendre, je vous l'avoue).

    Tous les exemples proviennent de ces ouvrages ; certains sont adaptés, mais tous sont soigneusement vérifiés. Il suffit d'entrer une expression dont on doute sur le Net, il est rare que cette expression n'entre pas dans le texte d'un article ou d'une discussion dans un forum ou sur un site quelconque... On voit immédiatement si cette expression est acceptable ou si elle doit être corrigée, les finnois ne faisant apparemment pas de fautes de langue (la réciproque est moins vraie, n'est-ce pas ?).

    Quand j'aurai progressé dans la pratique, je m'inscrirai à un forum de langue finnoise. Il paraît qu'il y en a un très bon ou un certain Ivanen et un certain lämänöri donnent toutes les explications souhaitables.

    A voir.

    Kiitos ! (Merci)

    Poursuivons un peu...

    Vatanen, décidé à ne pas retourner à Helsinki où son métier de journaliste et sa vie conjugale l’ennuient profondément, passe quelque temps dans un village, le temps de soigner le lièvre, puis se rend à Heinola. Le voici au restaurant de l’hôtel avec son fidèle compagnon. On admirera la réponse saugrenue qu’il adresse au maître d’hôtel…

    Hovimestari katsoi sitä ruokalista kädessään:
    - Oikeastaan tänne ei saisi tuoda eläimiä.
    - Se ei ole vaarallinen.
    Vatanen tilasi itselleen ruokaa ja jänikselle tuoretta salaattia sekä porkkanaraastetta ja raikasta vettä.

    A. Paasilinna, Jäniksen vuosi, p. 17, éd WSOY.

    Hovimestari : « Le maître d’hôtel »
    hovi//mestari : nom composé du nom hovi, « cour (= maison d’un prince) » et du nom mestari, « maître ». C’est le correspondant exact du mot « majordome », ou d'un mot germanique équivalent. Il est bien sûr au nominatif.

    katsoi : « regarda »
    katso/i : base du verbe katsoa, « regarder » + -i, morphème du prétérit + morphème zéro de la 3PS (j’ai négligé de le préciser précédemment).

    sitä : « le [lièvre]»
    si/tä : si-, base du pronom de 3PS se (pour désigner une chose ou un animal) + (t)A, morphème du partitif. Le complément des verbes signifiant « regarder », « considérer » est toujours au partitif.

    ruokalista : « la carte »
    ruoka//lista : nom composé du nom ruoka, « nourriture » et du nom lista, « liste ». Le nom est au nominatif en tant que noyau d’une proposition elliptique.

    kädessään : « dans sa main ».
    käde/ssä/än : kate-, base du nom käsi, « main » + -ssA, morphème de l’inessif, pour exprimer une localisation statique + morphème possessif 3PS formé comme l’illatif (mais sans rapport avec lui). Le -t de la base passe à -d car la syllabe est à présent fermée. La possession s’exprime au moyen de morphèmes personnels invariables toujours placés à la fin du mot.

    Oikeastaan : « En vérité, »
    Formation adverbiale.

    tänne : « ici, »
    Idem. On devine dans ces deux mots des formes fléchies qui se sont « figées ».

    ei saisi: « on ne devrait pas »
    - ei est le verbe de négation dont j’ai déjà parlé. Il est ici à la 3PS.
    - sa/isi est formé sur la base saa- du verbe saada, qui a quantité de sens : « avoir », « pouvoir », devoir »… + -isi, morphème du « conditionnel » qui, ajouté ici à une voyelle longue, entraîne sa réduction. Aucun autre élément n’est ici ajouté, et ce thème restera invariable à toutes les personnes : en saisi, et saisi, ei saisi, etc…
    Le conditionnel est ici employé pour donner un caractère plus poli aux paroles.
    - Le sujet non exprimé correspond à un impersonnel.

    tuoda : « amener »
    tuo/da : infinitif I du verbe, utilisé derrière les verbes signifiant devoir, vouloir, pouvoir… Le -d ne saurait être "premier" ; il est en fait le résultat d'une mutation provoquée par un son disparu, une sorte d'aspiration faible notée ' dans les vieux livres. Le morphème -tA de l'infinitif I comporte donc une syllabe fermée. Même remarque pour le verbe saada étudié plus haut.

    eläimiä : « des animaux. »
    eläim/i/ä : eläime-, base du nom eläin, « animal » + -i, morphème du pluriel qui entraîne la chute du -e de la base + (t)A, morphème du partitif. Comme on le voit, le pluriel nécessite un morphème particulier, et il n’existe donc qu’une seule forme pour chaque cas. Le partitif est utilisé ici pour désigner des éléments appartenant à une classe.

    Se : « Il »
    nominatif du pronom de 3PS utilisé pour les choses et les animaux (ici le lièvre).

    ei ole : « n’est pas »
    Forme négative du verbe olla, « être », seul verbe que l’on peut qualifier d’irrégulier. C’est sa base seule ole- qui figure ici.

    vaarallinen : « dangereux. »
    L’adjectif est au nominatif car il est attribut du sujet se, mais il ne faut pas en faire une règle générale !

    Vatanen : « Vatanen »

    tilasi : « commanda »
    tilat(a)/i : base du verbe tilata + morphème -i du prétérit entraînant la chute du -a final et le passage du t à s, comme vu précédemment. La détermination exacte des transformations m’échappe encore. Pas de morphème personnel, donc 3PS.
    Note : l'infinitif est bien tilata', réduction de *tilatta.

    itselleen : « pour lui-même »
    itse/lle/en : base itse- du pronom exprimant l’ipséité + -lle, morphème de l’allatif pour désigner le destinataire ou le bénéficiaire de l’action + morphème possessif de la 3ème PS, formée comme l’illatif.

    ruokaa : « de la nourriture »
    ruoka/a : base du nom ruoka + morphème (t)A du partitif. Le partitif est ici employé pour désigner la partie d’un ensemble.

    ja : « et »

    jänikselle : « pour le lièvre »
    jänikse/lle : base jänikse- du nom jänis + -lle, morphème de l’allatif pour exprimer le destinataire.

    tuoretta : « de la fraîche »
    tuoret/ta : base tuoree- de l’adjectif tuore, « frais (= récent) » + -(t)A, morphème du partitif. Les bases en -ee forment leur partitif en -t/tA.

    salaattia : « salade »
    salaatti/a : base du nom + morphème (t)A du partitif. Les bases en -i forment régulièrement leur partitif en -A.

    sekä : « ainsi que »

    porkkanaraastetta : « du râpé de carottes »
    porkkana//raastet/ta : nom composé du nom porkkana, « carotte » + base raastee- du nom raaste « râpé » + morphème (t)A du partitif (v. ci-dessus).

    ja : « et »

    raikasta : « de la fraîche »
    raikas/ta : base raikaa- de l’adjectif raikas, « frais (= froid) » + morphème (t)A du partitif. Les bases terminées par un aa long forment leur partitif en -s/tA.

    vettä : « eau »
    vet/tä : base vete- du nom vesi, « eau » + morphème (t)A du partitif. Les bases en -e voient cette voyelle élidée.

    Comme on le voit, le partitif est la cas le plus difficile à former, et aussi le plus difficile à employer.

    Je crois inutile de vous donner la traduction française.

    Iltaa!



    HYVÄÄ JOULUA!
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Quand j'aurai progressé dans la pratique, je m'inscrirai à un forum de langue finnoise. Il paraît qu'il y en a un très bon ou un certain Ivanen et un certain lämänöri donnent toutes les explications souhaitables.
    De lointains cousins, sans doute !
    Joyeux Noël à toi.
    https://www.youtube.com/watch?v=c9W1TWq_YG0
  • Génial ! Merci à toi et joyeux Noël !

    Jatkamme lukemista (continuons l’étude)...

    Larguer les amarres, c'est bien beau, mais on ne brise pas comme cela les attaches familiales et professionnelles, et, même si le ménage de Vatanen bat sérieusement de l'aile, son épouse le somme de revenir à Helsinki.
    Il passe outre, mais le lendemain, il a comme un pressentiment sur le chemin de la banque...

    Pankkisalissa selin oveen istui Vatasen vaimo. Vatasen sydän hypähti, viha ja pelko tunkivat yli ruumiin. Jäniskin säpsähti.
    Vatanen säntäsi pankista kadulle
    (op. cit. p. 20).

    Pankkisalissa : « dans la salle de la banque »
    Pankki/sali/ssa : nom composé de pankki, « banque » et de sali « salle » ; -ssA est le morphème de l’inessif.

    selin : « de dos »
    Formation adverbiale.

    oveen : « en direction de la porte »
    base ove- du nom ovi, « porte » + morphème de l’illatif.

    istui : « était assis(e) »
    istu/i : base istu- du verbe istua + morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS.
    Le prétérit correspond aussi bien à l’imparfait qu’au passé simple français.

    Vatasen : « de Vatanen »
    Vatase/n : base Vatase- du nom + morphème du génitif. Les noms et les adjectifs terminés en –nen au « nominatif » ont généralement une base en -se-.

    vaimo : « l’épouse »
    « Nominatif » et base du nom.
    Notons que le fait de commencer la phrase par des compléments « circonstanciels » a entraîné la postposition du sujet, comme en français, sans que ce soit une obligation.

    Vatasen : « de Vatanen »

    sydän : « le cœur »
    « Nominatif » du nom.

    hypähti : « bondit, »
    hypäht(ä) : base du verbe hypahtä/ä + morphème du prétérit entraînant la chute du ä de la base. -ti ne passe pas à -si (v. supra) pour des raisons que j’ignore.

    viha : « le courroux »
    Nom. et base du nom.
    ja : « et »

    pelko : « la peur »
    Nom. et base du nom.

    tunkivat : « s’entassèrent »
    tunk/i/vat : base du verbe tunke/a + morphème du prétérit entraînant la chute du -e + -vAt, morphème de la 3PP.

    yli : « par dessus »
    Formation adverbiale.

    ruumiin « le corps, »
    ruumi/in : base du nom rumis, « corps » + morphème de l’illatif.
    L’expression est malaisée à traduire littéralement ; dans le dictionnaire, ruumiin fait partie de quelques expressions comme vain minun rumiini yä! : « il faudra me passer sur le corps ». Il est difficile de dire si l’expression employée ici par l’auteur est originale ou non ; c’est une des grosses difficultés de la langue.

    Jäniskin : « même le lièvre »
    jänis/kin : le nom jänis est suivi d’une particule intensive -kin dont le correspondant dans une phrase négative est -kAAn (v. supra).

    säpsähti : « sursauta. »
    säpsäht(ä)/i : base du verbe säpsähtä- + morphème du prétérit.
    Formation semblable à celle de hypähti (v. supra).

    Vatanen : « Vatanen »

    säntäsi : « se précipita »
    säntät(ä)/i : base du verbe sännätä + morphème du prétérit. Cette fois t+ i donne -si. L’infinitif présente une mutation nt > nn en raison d’une ancienne aspiration.

    pankista : « de la banque »
    panki/sta : base du nom panki + - stA, morphème de l’élatif pour marquer le lieu d’où l’on vient.

    kadulle : « dans la rue »
    kadu/lle : base du nom katu + -lle, morphème de l’allatif pour marquer le lieu sur lequel on va. Le t passe à -d puisque la syllabe est fermée.
    C’est l’allatif qui est utilisé ici et non l’illatif, comme dans le cas de tie (v. supra). Notons qu’en français, on dit « dans la rue », mais « sur la route », ce qui peut paraître illogique. Pour le nom katu, les trois cas locatifs sont donc : kadulla (UBI) – kadulle (QUO) – kadulta (UNDE)

    Traduction d’Anne Colin du Terrail :
    A l’intérieur de la banque, le dos à la porte, sa femme l’attendait. Le cœur de Vatanen fit un bond, la fureur et la peur le submergèrent. Même le lièvre sursauta.
    Vatanen se rua hors de la banque
    . (op. cit. p. 28)

    Sur la route de Kuopio, Vatanen connaît quelques désagréments… Le voici à présent qui s'est lié d'amitié avec un individu qui a de lourds secrets à lui révéler. Écoutons celui-ci :


    - On kysymys niin suuresta asiasta, että voin vain pyytää sinua pitämään kunniassa sitä minkä nyt aion sinulle kertoa, vaadin, ettet koskaan paljasta minua. (op. cit. p. 44)

    On : « (c')est »
    Verbe olla (être) à la 3P. C’est le seul verbe irrégulier. En tête de proposition, c’est l’équivalent de « c’est » ou de « il y a

    kysymys : « une question »
    Nominatif.

    niin : « tellement »
    Adverbe.

    suuresta : « d’un grand »
    suure/sta : base de l’adjectif « suuri » + morphème de l’élatif.

    asiasta : « cas »
    asia/sta : base du nom asia + morphème de l’élatif, utilisé ici pour exprimer un complément de détermination.

    että : « que »
    Adverbe conjonctif.

    voin : « (je) peux »
    voi/n : base du verbe voi/da + morphème 0 du présent de l’indicatif + morphème de la 1PS.

    vain : « ne… que »
    Adverbe.

    pyytää : « prier »
    pyytää : Infinitif I du verbe, utilisé derrière les verbes signifiant devoir, pouvoir, vouloir.

    sinua : « toi »
    sinu/a : base du pronom de 2PS sinä + morphème (t)A du partitif. C’est le partitif et non l’accusatif qui exprime l’objet des verbes exprimant un sentiment, une volonté, une subjectivité (je préciserai tout cela ultérieurement).

    pitämään : « à garder »
    pitä/mä/än : base du verbe pitää + -mA-, morphème de l’infinitif III + morphème de l’illatif. L’llatif de l’infinitif sert à exprimer la finalité de l’action du verbe dont il dépend (v. supra)

    kunniassa : « dans l’honneur »
    kunnia/ssa : base du nom + -ssA-, morphème de l’inessif pour exprimer une localisation.

    sitä : « ce »
    si/tä : base du pronom se, utilisé pour les non animés (et les animaux) + morphème -tA- du partitif. Ce cas est employé ici parce que l’action n’est pas envisagée dans son terme. C’est par le régime du verbe que le finnois exprime l’aspect et non par le verbe, comme en russe. Dans ces deux langues, l’expression de l’aspect constitue une grosse difficulté.

    minkä : « que »
    mi/n//kä : accusatif du pronom « relatif » mikä. Seule la première partie du mot se décline. Cette fois on a l’accusatif parce que l’action de dire est bien circonscrite dans le temps. (On sous-entend presque : « ce que je te dis là, je ne te le répéterai pas »).
    Notons que l’accusatif et le génitif ont le même morphème -n- au singulier.

    nyt : « maintenant »
    Adverbe.

    aion : « (j')ai l’intention »
    aio/n : base du verbe aiko/a + Morphème 0 du présent + morphème de la 1PS. Le -k- disparaît à cause de la fermeture de la syllabe.
    Si l’on veut pratiquer le finnois, il faut se familiariser avec les formes les plus courantes à l'aide d'une bonne méthode audio-orale ou d'un professeur : il est impossible autrement de forger des mots, même élémentaires, à la vitesse réclamée par l’oral…

    sinulle : « à toi »
    sinu/lle : base du pronom 2PS sinä + -lle-, morphème de l’allatif employé pour désigner le destinataire de l’action (v. supra).

    kertoa : « (de) dire »
    Infinitif I attendu derrière un verbe signifiant « vouloir ».

    vaadin : « (j') exige »

    vaadi/n : base du verbe vaati/a + morphème 0 du présent + -n, morphème de la 1PS. Le -t- passe à -d- par mutation.

    ettet : « que tu ne… pas »
    Celui-là m’a fait chercher un bon quart d’heure… C’est la contraction de la « conjonction « että », « que » et de « et », verbe de négation à la 2PS (v. supra)

    koskaan : « jamais »
    Adverbe

    paljasta : « trahis(se) »
    base du verbe paljasta/a utilisée avec le verbe de négation pour exprimer la forme négative du présent de l’indicatif.
    En résumé : en paljasta : « je ne trahis pas » ; en paljastanut : « je n’ai pas trahi » (v. supra)
    Il n'y a pas de subjonctif en finnois, pas plus que de futur.

    minua : « moi »
    minu/a : base du pronom de 1PS + (t)A, morphème du partitif, de règle si la forme du verbe est négative.
    En fait, comme on le constate, l’accusatif sert assez peu.

    Traduction d'Anne Colin du Terrail :
    "Il s'agit d'une chose si grave que je ne peux que te demander de garder le secret sur ce que je te dirai, j'exige que tu n'en révèles jamais rien".(op. cit. p. 59)

    Un petit point sur la conjugaison :
    1° Indicatif présent (actif)
    a) Forme affirmative

    Exemple de verbe sans mutation : asua (habiter) :
    asun
    asut
    asuu
    asumme
    asutte
    asuvat

    Exemple de verbe avec mutation : antaa (donner) : -nt->-nn- en syllabe fermée,
    annan
    annat
    antaa
    annamme
    annatte
    antavat

    b) Forme négative
    en asu
    et asu
    ei asu
    emme asu
    ette asu
    eivät asu

    en anna
    etc...

    Il y a mutation dans anna parce qu'en ancien finnois, la base se terminait par un phonème (noté ' ou Q par les spécialistes). Ce phonème a disparu, mais son effet demeure.

    2° Indicatif prétérit
    a) Forme affirmative
    asuin
    asuit
    asui
    asuimme
    asuitte
    asuivat

    annoin
    annoit
    antoi
    annoimme
    annoitte
    antoivat

    Il y a aussi une mutation vocalique a>o devant le -i du prétérit pour ce type de verbes.
    La diphtogue oi ne compte ici que pour une voyelle brève ; la syllabe est donc fermée dans 1PS, 2PS, 1PP, 2PP.

    b) Forme négative
    en asunut
    et asunut
    ei asunut
    emme asuneet
    ette asuneet
    eivät asuneet

    en antanut
    etc...

    Note : le suffixe -nut se décline sur la base nee-. Ici, on n'a besoin que des nominatifs singulier et pluriel.

    Trop géniale la traduction google :

    Banque Hall siège dos à la porte de la femme de Vatanen. Le cœur de Vatanen bondit, colère et la peur a forcé le sur le corps. Jäniskin grimaça.
    Vatanen en pointillés de la banque sur la rue

    Banque Hall : ah oui, elle est... bancale leur traduction ! :D


    Toivotan teille hyvää yötä ! (Je vous souhaite une bonne nuit)

    J'ai enrichi le tableau des mutations consonantiques.

    ONNELLISTA UUTTA VUOTTA! (Inutile de traduire, n'est-ce pas ?)
  • A Sonkajärvi, (au centre-est de la Finlande), Vatanen décide de visiter l’église pour se remettre de ses émotions. Mais le lièvre entend visiter l’église de son côté… Le pasteur tente de faire sortir l’intrus, mais le constat de son impuissance va lui faire « péter les plombs » Il va chez lui et revient quelques minutes après.

    Pappi kiirehti kirkon keskikäytävälle. Siinä hän pysähtyi ja veti kaapunsa kätköistä mauserpistoolin. Hän tarkisti, että lipas oli paikoillaan, ja poisti varmistimen. Miehen silmät kiiltelivät kirkon hämärässä, hän etsi katseellaan jänistä. (op. cit. p. 78)

    La restitution sonore sur Google Traduction est d’une surprenante perfection.

    Pappi : « L’ecclésisatique »
    Nom-base au nominatif. Ce mot peut aussi bien désigner un prêtre qu’un pasteur (comme ici).

    kiirehti : « se dépêcha »
    kiireht/i : kiirehtä-, base du verbe kiirethiä + i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -i de la base tombe devant le -i de l’affixe.

    kirkon : « de l’église »
    kirko/n : nom-base kirkko + -n, morphème du génitif. La fermeture de la syllabe réduit la géminée -kk (voir tableau).

    keski/käytävä/lle : « vers la centrale-allée »
    Mot composé de la base keski- + nom-base käytävä + -lle, morphème de l’allatif pour exprimer le mouvement en direction du lieu. On n’a pas l’illatif car on va sur une allée, pas dans celle-ci. (Cf tielle, kadulle… vus plus haut).

    Siinä : « Là »
    Formation adverbiale présentant la terminaison -nA d’un cas appelé essif.

    hän : « il »
    Pronom personnel au nominatif.

    pysähtyi : « s’arrêta »
    pysähty/i : base du verbe pysähtyä + -i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -ä de la base tombe devant le -i.

    ja : « et »

    veti : « tira »
    vet/i : base du verbe vetää + -i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -ä de la base tombe devant le -i.

    kaapunsa : « de sa robe »
    kaapu/n/sa : nom-base kaapu + -n, morphème du génitif + -sA, morphème possessif de la 3PS. Ce morphème prend une autre forme quand la base se termine par une voyelle.

    kätköistä : « hors des parties cachées »
    kätkö/i/stä : base du nom kätkö + -i, morphème du pluriel + -stA, morphème de l’élatif pour exprimer l’origine du mouvement.
    On remarque que le pluriel se forme au moyen d’un morphème spécial. Les affixes des « cas » ont donc une forme unique pour le singulier comme pour le pluriel. Il y a tout de même une exception que nous verrons plus bas.

    mauserpistoolin : « un pistolet mauser »
    mauser/pistooli/n : mot composé du nom mauser + nom-base pistooli + -n, morphème de l’accusatif.
    Ce cas, de forme semblable au génitif au singulier, indique que l’action exprimée par le verbe veti est perçue dans sa globalité, et qu’elle est donc parfaitement définie dans le temps.

    Hän : « Il »

    tarkisti : « vérifia »
    tarkist/i : base du verbe tarkistaa + -i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -a de la base tombe devant le -i.

    että : « que »
    C’est la conjonction à tout faire, tout comme notre « que ». Notez la virgule qui sépare le verbe de la conjonction, comme en allemand et en russe.

    lipas : « le chargeur »
    Nominatif.

    oli : « était »
    ol/i : base du verbe olla + -i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -a de la base tombe devant le -i.

    paikoillaan : « sur ses positions » (= à sa place).
    paiko/i/lla/an : base du nom paikka + -i, morphème du pluriel + -llA, morphème de l’adessif + morphème semblable à celui de l’illatif (mais sans rapport) exprimant la possession à la 3PS, morphème utilisé quand la base se termine par une voyelle (autrement, on à -sA, v. plus haut).
    Devant le morphème -i, le -A de la base ne tombe pas, mais passe à -O, comme dans tous les verbes dissyllabiques dont la voyelle de la première syllabe est -A. Quant au -kk, il se réduit car la syllabe où il se trouve est fermée, le group -oi étant considéré comme bref.

    ja : « et »

    poisti : « ôta »
    poist/i : base du verbe poistaa + -i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -a de la base tombe devant le -i.

    varmistimen : « le cran de sûreté »
    varmistime/n : base du nom varmistin + -n, morphème de l’accusatif (v. ci-dessus).

    Miehen : « De l’homme »
    miehe/n : base du nom mies + -n, morphème du génitif.

    silmät : « les yeux »
    silmä/t : nom-base + -t, morphème du nominatif et de l’accusatif pluriel. Ce morphème est l’un des rares à posséder deux valeurs : celle du cas et celle du nombre.

    kiiltelivät : « brillèrent » ou « brillaient »
    kiiltel/i/vät : base du verbe kiillellä + -i, morphème du prétérit + -vAt, morphème de la 3PP.

    kirkon : « de l’église »
    kirko/n : nom-base kirkko + -n, morphème du génitif.

    hämärässä : « dans le sombre »
    Nom-base hämärä + -ssA, morphème de l’inessif pour marquer la localisation statique.

    hän : « il »
    etsi : « chercha » ou « cherchait »
    ets(i)/i : base du verbe etsiä + -i, morphème du prétérit + morphème 0 de la 3PS. Le -i de la base tombe devant le -i de l’affixe.

    katseellaan : « avec son regard »
    katsee/lla/an : base du nom katse + -llA, morphème de l’adessif, utilisé ici pour exprimer le moyen + morphème possessif de la 3PS (v. plus haut).

    jänistä : « le lièvre »
    jänis/tä : base janikse- du nom jänis + morphème tA du partitif. Les bases en -kse, -pse, et -tse forment leur partitif en -stä. Ce cas est de loin le plus difficile à former et à employer.
    Il est employé ici parce que la recherche est envisagée ici dans son processus et non dans sa globalité ou son achèvement. D’une façon générale, je pense que ce verbe régit toujours le partitif.

    Traduction française :
    L’ecclésiastique se dépêcha vers l’allée centrale. Là, il s’arrêta et sortit des replis de sa robe un mauser. Il vérifia la position du chargeur et ôta le cran de sûreté. Les yeux de l’homme brillaient dans la pénombre de l’église, il cherchait le lièvre du regard. (op. cit. p. 100)


    La suite, de l'histoire, vous la connaissez peut-être, je l'ai écrite dans une autre discussion.

    SYNTHÈSE SUR L'INESSIF

    A- Formation
    - Morphème -ssA ajouté à la base.
    - Les pronoms personnels ont parfois des formes atypiques.

    B - Emplois
    1° Localisation interne prise au sens propre :
    Missä asut? Asun Ranskassa. Où habites-tu ? J'habite en France.
    (On notera que le mot interrogatif comporte le même affixe)
    Timo työ Helsingissä. Timo travaille à Helsinki.

    2° Localisation interne au sens figuré :
    a) État dans lequel se trouve une être ou une chose :
    Monet Lappilaiset elävät köyhyydessä. De nombreux Lapons vivent dans la pauvreté.
    Marraskuun lopulla, Inarijärvi on jo jäässä. A la fin du mois de novembre, le lac Inari est déjà gelé (litt. "en glace")

    b) Occupation dans laquelle on est engagé :
    Tänään, Arto on työssä, mutta Miko on kalassa. Aujourd'hui, Arto est au travail, mais Miko est à la pêche (litt. "au poisson")
    Arto on työmässä. Arto est en train de travailler (litt. "dans le travailler" ; exemple d'inessif appliqué à une base verbale)
    On constatera l'impossibilité de faire des calques systématiques d'une langue à l'autre. Le finnois est difficile dans la mesure où il faut apprendre une foule d'expressions propres à la langue pour exprimer des réalités très courantes. Bien sûr, on sera compris si l'on "calque", mais on parlera mal.

    c) Temps dans les limites duquel se déroule un procès :
    Kahdeksankymmentä kilometriä tunnissa. Quatre-vingts kilomètres à l'heure.

    d) Contact étroit entre deux ou plusieurs éléments :
    Tässä kirjassa on kaunis kansi. Ce livre a une belle couverture (litt. "Dans ce livre est une belle couverture").
    (Je pense qu'on peut dire aussi tälle kirjalle... Ce serait une question à poser à des spécialistes ; certes, il y a des usages, mais la langue semble assez souple)
    Kengät jalassa. Chaussures au pied.
  • Voici Vatanen arrivé à Rovaniemi, capitale de la Laponie, centre important pour le flottage des bois. C’est par ailleurs une ville très moderne, où Alvar Aalto a laissé quelques chefs-d’œuvre, dont la bibliothèque municipale. Le centre Articum comporte un très beau musée que je vous recommande. Vers le 15 du mois, on va commencer à voir poindre le soleil...

    Rovaniemellä Vatanen tapasi vanhan metsätyömiehen, onnettoman juopon Lapinmaan ravintolan alakerrassa. Miestä kutsuttiin Kurkoksi ; nuorena miehenä hänet oli villien savottojen aikoihin tunnettu Lapissa « metsien kuninkaana », siitä lyhenneväännös Kurko. (op. cit. p. 88.)

    Ne manquez pas d’écouter la restitution sonore sur Google traduction...

    Ce texte va nous permettre de découvrir trois nouveaux cas ainsi que ce qu’on appelle le « passif ».

    Rovaniemellä : « A Rovaniemi »
    Rova/nieme/llä :
    1° Les noms de ville désignant un élément géographique ou comportant un second terme désignant cet élément ( Ex : järvi, « lac », niemi, « promontoire » ou « presqu’île », joki, « rivière », etc…) nécessitent l’emploi des cas locatifs de la seconde série, soit l’adessif, l’allatif et l’ablatif.
    (Rappel des cas de la première série : inessif – illatif – élatif)

    On a donc :
    - Helsingissä – Helsinkiin – Helsingistä (à Helsinki – vers Helsinki – (hors) d’Helsinki)
    - Turussa – Turkuun – Turusta (à Turku, etc…)
    - Oulussa – Ouluun – Oulusta (à Oulu, etc…)

    MAIS :
    - Kemijärvellä – Kemijärvelle – Kemijärveltä (à Kemijärvi – vers Kem. – de Kem.)
    - Kalajoellä – Kalajoelle – Kalajoelta (à Kalajoki, etc…)
    - Tampereella – Tampereelle – Tampereelta (à Tampere, etc… , Tampere étant le nom d’une rivière)
    Tampereessa, par exemple, signifierait « dans le Tampere ». Dans la pratique, on sera compris tout de même compris.

    Pour les noms de pays, on utilise évidemment les cas de la première série sauf – et je ne sais pas pourquoi –, dans le seul cas (à ma connaissance) du nom Venäjä (Russie).
    Donc :
    Suomessa (en Finlande), Ranskassa (en France), Saksassa (en Allemagne), Ruotsissa (en Suède)…
    MAIS :
    Venäjällä (en Russie).
    On dit aussi Suomenmaalla (Suomenmaa, « terre de Finlande », terme ancien, poétique ou affectif), mais cette fois, c’est attendu.

    2° Rovaniemellä étant un mot composé, il n’est pas soumis aux lois de l’harmonie vocalique.

    Vatanen : « Vatanen »

    tapasi : « rencontra »
    tapat/i > tapas/i, formé sur la base du verbe tavata (se reporter au tableau des mutations). -i est le morphème du prétérit, et il n’y a pas de marque pour la 3PS.

    vanhan : « (un) vieux »
    vanha/n : adjectif-base vanha à l’accusatif.

    metsätyömiehen : « travailleur forestier »
    metsä/työ/miehe/n : nom composé de metsä, « forêt », de työ, « travail » et de la base du nom mies, « homme » à laquelle s’adjoint le morphème de l’accusatif. C’est ce cas qui est ici employé car le procès concerne l’ensemble de l’objet et se déroule en une seule fois.

    onnettoman : « déshérité »
    onnettoma/n : adjectif-base à l’accusatif. Se rapporte au nom suivant.

    juopon : « ivrogne »
    juopo/n : nom-base à l’accusatif. Apposition à metsätyömiehen.

    Lapinmaan : « (du) Terre de Laponie » (ici, c’est le nom du restaurant)
    Lapi//n/maa/n : Mot composé du nom-base Lappi, « Laponie » et du nom-base maa, « terre ». Les deux noms sont au génitif qui, je le rappelle, possède au singulier un morphème homonyme de celui de l’accusatif.

    ravintolan : « restaurant »
    ravintola/n : nom-base au génitif ; ce nom est le complément du nom qui le suit.

    alakerrassa : « dans le rez-de-chaussée »
    ala//kerra/ssa : mot composé de l’adverbe alas « en bas », et du nom « kerros », étage. Ce nom est à l’inessif pour marquer la localisation interne statique.

    Miestä : « L’homme »
    Mieh(e)/tä : base du nom mies, « homme » + morphème -(t)A du partitif. Le -e de la base tombe régulièrement en ce cas et le -h se mue en -s. Cette dernière mutation n’est pas régulière (lohti, « saumon » fait lohta au partitif) et peut constituer une « exception » bien qu’il n’y en ait théoriquement pas dans la langue finnoise. Il y a peut-être à cela des explications historiques. Le partitif est utilisé parce que le procès implique une subjectivité.

    kutsuttiin : « il était appelé (on appelait)»
    kustu/tt/i/in : base du verbe kutsua, « appeler » + morphème -tt(A) du « passif » + -i, morphème du prétérit + allongement de cette voyelle suivi de -n pour marquer l’unipersonnalité. Le A du morphème -ttA chute devant le -i.
    Le « passif » finnois est une forme à la fois impersonnelle et unipersonnelle. Il n’a donc pas de sujet et ne peut se conjuguer. Son objet est celui d’un verbe actif et tout verbe peut en théorie être mis au « passif ». Cette forme peut être comparée au passif impersonnel latin. Ex : pugnatur, « il est combattu », « il y a combat », donc « on combat ».

    Kurkoksi : « en Kurko »
    Kurko/ksi : Nom-base Kurko + -ksi, morphème du translatif. Ce cas exprime fondamentalement le changement d’état. Il est employé ici pour montrer que le nom de Kurko n’est pas le nom d’origine de l’homme, que c’est donc un surnom.

    nuorena : « du temps du jeune »
    nuore/na : base de l’adjectif nuori + -nA, morphème de l’essif. Ce cas s’emploie ici pour exprimer l'époque où s'est déroulé le procés.

    miehenä : « homme »
    miehe/nA : base du nom mies + -nA, morphème de l’essif.

    hänet : « lui »
    häne/t : une des deux formes que peut avoir l’accusatif. L’accusatif dit « court » (nous n’avons vu ici que le « long ») s’utilise quand le nom ou le pronom est complément d’un verbe au passif, à l’infinitif ou à l’impératif. La déclinaison du pronom étant atypique, je n’insiste pas. C’est l’accusatif qui est employé ici et non le partitif car le procès est considéré comme objectif.

    oli … tunnettu : « il avait été connu (on avait connu) »
    Je suis obligé de regrouper ces deux formes pour plus de clarté.
    ol/i : base du verbe olla, « être » + -i, morphème du prétérit + absence de marque pour la 3PS.
    tunne/ttu : base du verbe tuntea, « connaître » + -tt(A), morphème du passif. Le A devient U s’il s’agit, comme ici, d’exprimer le « participe passé (passif) ».
    L’ensemble forme le « plus-que-parfait » « passif » du verbe. Le finnois connaît un équivalent de nos temps composés, mais ceux-ci sont utilisés plus rarement qu’en français. L’ « auxiliaire » est toujours olla.

    villien : « des sauvages »
    vill(i)/i/en : adjectif-base villi + -i, morphème du pluriel + (t)en, morphème spécifique du génitif au pluriel (et non du génitif pluriel). Le -i de la base disparaît devant le -i qui le suit.

    savottojen : « campagnes d’abattage »
    savotto/j/en : nom-base + -i, morphème du pluriel + (t)en, morphème spécifique du génitif au pluriel (et non du génitif pluriel). Le -i devient le son consonantique -j entre les deux voyelles.

    aikoihin : « aux temps »
    aiko/i/hin : base du nom aika + -i, morphème du pluriel + morphème de l’illatif formé du redoublement de la voyelle précédente + -n (voir plus haut).
    1° Le -a final de aika devient -o comme dans les noms de plus de deux syllabes dont l’avant-dernière comporte un -i.
    Dit comme cela… Mais je vous assure que cette langue peut s'apprendre !!!
    Le plus dur, ce sont les mutations destinées à assurer l’euphonie de la langue. Au bout d’une certain temps, on arrive à les pressentir.
    Bien sûr, si l’on veut apprendre à parler, il faut s’y prendre autrement. Quand on a entendu et répété les mêmes formes de base, on les utilise comme l’enfant, en reproduisant ce qu’on a entendu. En français non plus, on n’ « invente » pas l’expression « du/au temps de » quand on en a besoin, on la reproduit. Il en est de même de aikoihin. A ce niveau, il n’y a pas de langue plus difficile qu’une autre.

    2° Un -h s’intercale entre les deux voyelles. La disparition du premier -i aurait produit une homonymie avec le génitif singulier.

    Lapissa : « en Laponie »
    Lapi/ssa : inessif du nom-base Lappi.

    « metsien : « « des forêts »
    mets/i/en : nom-base metsä + -i, morphème du pluriel + (t)en, morphème génitif au pluriel. Le ä de la base disparaît devant le -i, comme dans tout nom dissyllabique dont la première voyelle appartient à la série des postérieures ou des neutres.

    kuuninkaana » : « en tant que roi » »
    kuninkaa/na : base du nom kuningas, « roi » (on reconnaîtra aisément un emprunt au suédois) + -nA, morphème de l’essif. Ce cas exprime ici l’angle sous lequel on considère une chose. La différence avec le translatif utilisé plus haut, c’est que dans le premier cas, on attribue une qualité ou une appellation à l’objet : le translatif est un cas dynamique. Dans le second cas, la qualité apparaît spontanément : l’essif est un cas statique (d’où son nom latin).
    Là encore, cela paraît difficile quand on adopte un point de vue descriptif. Mais en pratique, dans bon nombre de cas, l’emploi de tel ou tel cas, la construction de tel ou tel verbe s’est trouvée « figée » avec le temps, et le dictionnaire mentionne ces emplois figés. La difficulté naît avec la possibilité, assez souvent donnée malgré tout, d’opérer un libre choix en fonction de la nuance à exprimer.

    siitä : « de cela »
    sii/tä : base du pronom se, équivalent de hän quand le référent n’est pas un être humain + -stA, morphème de l’élatif, servant ici à marquer la conséquence. Les pronoms présentent parfois des anomalies dans leur « déclinaison » ; ici, le -s du morphème a disparu, ce qui n’est jamais le cas dans les noms.

    lyhenneväännös : « l’abréviation déformée »
    Mot composé de formation peu claire en ce qui concerne le second élément. Je m’informe auprès de spécialistes.

    Kurko : « Kurko ».

    Traduction de madame du Terrail :

    A Rovaniemi, Vatanen rencontra un vieux bücheron, poivrot malheureux, dans la salle du bas du restaurant Lapinmaa. L'homme répondait au nom de Kurko ; dans sa jeunesse, au temps des grands chantiers aventureux, il était connu en Laponie comme "le roi des forêts", d'où cette abréviation déformée de Kurko. (op. cit. p. 113).

    Pour terminer, une petite phrase que j’ai composée pour m'habituer à l’expression de la conséquence :
    Jumala sanoi Aatanille : « Omenaa söit, rangaistus siitä tulee ! ».
    Dieu dit à Adam : « Tu as mangé de la pomme, tu seras puni pour cela » (Mot à mot : « une punition viendra de cela").
  • lyhenneväännös : « l’abréviation déformée »
    Mot composé de formation peu claire en ce qui concerne le second élément. Je m’informe auprès de spécialistes.


    Et voilà, j'ai eu la réponse. Il s'agit d'un nom composé librement formé par l'auteur. Le finnois permet ce genre de liberté, et on peut même aller plus loin encore, comme nous le verrons dans le prochain passage (là encore, j'ai pris un avis autorisé).
    Le mot est formé du nom lyhenne, "abréviation" et du nom väännös, absent de la plupart des dictionnaires disponibles, mais non inventé par l'auteur. Il dérive du verbe vääntää, qui signifie "courber", "tordre" et ici "déformer" (Par contre, ne connaissant pas sa base, j'ignore comment il se "décline", j'ai oublié de le demander, mais passons).
    Ce mot composé de deux noms au "nominatif" est l'équivalent d'un nom et de son apposition, en plus expressif. Son sens exact est donc : "abréviation-déformation". Impossible de la traduire tel quel en français ; on ne peut que le banaliser.
  • Notre héros est parvenu à Sompio, à l’orée de l’actuel Parc National Urho Kekkonen, avec la mission de réparer une cabane où il passera l’hiver. Cette région, que je connais bien, est aussi vaste que l'île de la Réunion et quasiment désertique : sur les hauteurs (700 m), le thermomètre peut descendre à -50 en janvier-février, mais personne n’est assez fou pour aller vérifier… A la belle saison, on peut y rencontrer des ours (karhu), des loups (susi), des élans (hirvi), des renards (kettu), des lièvres (jänis), etc… mais pas de rennes (poro) ; cet animal n’existe pratiquement plus à l’état sauvage. Ceux que vous rencontrerez sur les routes (ne roulez pas trop vite !) appartiennent en fait à des élevages. Les moustiques (hyttynen), quant à eux, sont un vrai fléau certains étés.
    L’ours fuit l’homme d’aussi loin qu’il le sent... Mais, poussé par la faim, surtout au sortir de l’hibernation, il peut malgré tout piller les provisions du campeur imprudent ou se rapprocher dangereusement des habitations.
    C’est ce qui arrive à Vatanen : un jour de printemps, voilà un ours qui se présente à la fenêtre de sa cabane. Il passe la tête et le torse à l'intérieur, arrachant le cadre au passage, et entreprend de rafler méthodiquement tout ce qu’il y a sur la table, y compris un flacon de purée de tomates. Vatanen et son lièvre n’en mènent pas large...

    Haju tuntui kiinnostavan sitä – se puristeli purnukkaa eikä tuntunut ymmärtävän, miten sisällön kanssa menettelisi.
    Karhu puristi purnukkaa. Vatanen kuuli truuttaavan äänen ja hämmentyneen ähkäisyn, tomaattisosetta suihkusi seinälle Vatasen pään oheen.
    (op. cit. p. 163)

    J’adopte une présentation plus concise des faits de langues que j’ai déjà abondamment décrits.

    Haju : « l’odeur »

    tuntui : « semblait »
    tuntu/i : verbe tuntua au prétérit 3PS.

    kiinnostavan : « intéressant »
    kiinnosta/va/n : base du verbe kiinnostaa + -vA, morphème de « participe présent » + -n, morphème de l’accusatif « long ».
    Les verbes exprimant l’apparence se construisent avec un verbe au participe complément d’objet de ce verbe, d’où l’accusatif. Comme on le voit, cette construction n’est pas comparable à celle des langues indo-européennes.

    sitä : « lui »
    si/tä : pronom se au partitif. Ne pas confondre avec sittä, forme d’élatif vue dernièrement.
    L’objet du verbe kiinnostaa est au partitif car il implique une subjectivité.
    Le pronom se est utilisé car le référent est un animal.

    se : « il »

    puristeli : « ne cessait de presser »
    puristel/i : verbe puristella au prétérit 3PS. Ce verbe présente le suffixe -ele qui ajoute une nuance durative ou itérative, parfois imperceptible, au procès du verbe simple correspondant. Ces verbes dérivés sont en fait lexicalisés et bénéficient d’une entrée particulière dans les grands dictionnaires (cf katsoa/katsella rencontré au tout début de cette étude). La distinction entre les formations figées et les formations vivantes sont un problème épineux pour les lexicographes.

    purnukkaa : « le flacon »
    purnukka/a. L’objet du verbe est au partitif pour marquer que le procès ne s’achève pas quand le suivant commence.

    eikä tuntunut « et il ne semblait pas »
    ei/kä tuntu/nut :
    - La particule kä équivaut à une liaison associée à une négation.
    - ei est le verbe de négation à la 3PS.
    - tuntunut est le verbe tuntua, déjà rencontré, au « participe passé actif ».
    L’ensemble exprime la négation au passé, voir les tableaux ci-dessus.

    ymmärtävän : « comprenant »
    ymmartä/vä/n : base du verbe ymmärtää + -vA, morphème du « participe présent actif » + -n, morphème de l’accusatif.
    Sur la construction des verbes exprimant l’apparence, voir quelques lignes plus haut.

    miten : « comment »
    Formation adverbiale. A l’origine, ce doit être une forme déclinée du pronom mi(tä), mais j'ignore de quel cas il s'agit ; peut-être celui-ci a-t-il disparu.

    sisällön : « du contenu »
    sisältö/n : génitif du nom-bas sisältö. La mutation impose -ll du fait de la fermeture de la syllabe.

    kanssa : en compagnie »
    Cette « préposition » postposée est suivie du génitif, comme la plupart des autres (toutes ?).

    menettelisi : « il pourrait bien agir »
    menettel/isi : base du verbe menetellä + -isi, morphème du mode « conditionnel » + morphème 0 du présent + morphème 0 de la 3PS.
    Le « conditionnel » présent est utilisé ici pour exprimer l’éventualité de l’action.

    Karhu : "l'ours"

    puristi : "pressa"
    purist/i : prétérit 3PS du verbe puristaa.

    purnukkaa : "le flacon"
    purnukka/a : partitif du nom purnukka. Le partitif est employé parce que le procès n'est pas achevé quand commence le suivant.

    Vatanen : « Vatanen »

    kuuli : « entendit »
    kuul/i : verbe kuulla au prétérit 3PS.

    truuttaavan : « (un) faisant projection »
    truuttaa/va/n : participe présent du verbe truutata à l’accusatif. Ce verbe appartenant au registre familier est formé sur le nom truutta, d’origine onomatopéique, qui désigne tout instrument capable de projeter quelque chose (ne nous égarons pas) : lance à incendie, poche à douille… La traductrice rend très bien l'humour de la phrase malgré le choix d'une image qui force un peu le sens.

    äänen : « son »
    ääne/n : base du nom ääni + morphème de l’accusatif. Ce cas est utilisé pour exprimer le caractère total et défini de la perception sonore.

    ja : « et »

    hämmentyneen : « (un) troublé »
    hämmenty/nee/n : base du verbe hämmentyä + base du morphème -nyt servant à former le « participe passé actif » + -n, morphème de l’accusatif. Nous avons déjà vu que ce participe servait à exprimer la forme négative du verbe au passé. Ici, il sert à former un adjectif verbal, que nous traduisons par un participe passé passif en français, mais la conception finnoise des « voix » diffère de la nôtre : il faut comprendre exactement : "en qui se manifestait le trouble".

    ähkäisyn : « son « han ! » »
    accusatif du nom-base ähkäisy, terme rare formé sur une autre onomatopée, mais qui ne constitue pas pour autant un nonce word. On constate ici la différence entre nos habitudes lexicales et celles du finnois, qui permet une grande expressivité.

    tomaattisossetta : « de la purée de tomates »
    tomaatti//sose’(e)/ta (sose’/ta) : nom composé formé à partir du nom tomaatti, « tomate » et du nom-base sose, « purée » (cf français sauce) + morphème (t)A du partitif. La base de ce mot contenait autrefois une aspiration qui s’est assimilée au t du suffixe après la chute du second e, d’où le double tt.

    suihkusi : « jaillit »
    suihkut/i : verbe suihkuta au prétérit 3PS. Le t se change en s devant le -i du suffixe (voir tableau des mutations).

    seinälle : « sur le mur »
    seinä/lle : allatif du nom base pour indiquer le mouvement vers une surface.

    Vatasen : « de Vatanen »
    Vatase/n : génitif du nom.

    pään : « de la tête »
    pää/n : génitif du nom-base.

    oheen : « au-dessus »
    Formation adverbiale ; en fait, cette forme représente l’illatif de ohi, « au-dessus ». Les adverbes locatifs peuvent aussi se "décliner". Comparer avec le latin hic/huc, le russe здесь/сюда, etc...

    Traduction :

    L’odeur semblait l’intéresser – il pressait le pot sans avoir l’air de comprendre comment s’y prendre avec le contenu.
    L’ours appuya sur le flacon. Vatanen entendit un son de trompette et un grognement surpris, la sauce tomate aspergea le mur au-dessus de sa tête.
    (op. cit. p. 213)
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