Faute d'auteur ?

Un copain me dit avoir lu dans un bouquin traitant des fautes d'auteur sans aucune explication de ce qui ne convient pas :
Je remange de la saucisse Céline.
je n'ai pu vérifier l'exactitude de la phrase, mais je fais confiance à sa mémoire.

Le de me semble plus que nécessaire car l'on pourrait sinon penser que le type remange la saucisse qu'il vient de régurgiter.
Hors cela, on dirait sans doute aujourd'hui Je reprends de la saucisse. mais cela ne peut suffire, me semble-t-il, à considérer que remange soit fautif.

Remarque : Je me demande à propos de remanger si la définition du Larousse est bien convenable.
Remanger : Manger de nouveau de ce dont on a déjà mangé, faire un autre repas.
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Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    C'est dans ce recueil :
    http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20150930.OBS6823/jusqu-a-ce-qu-il-se-dissoude-hugo-quand-nos-grands-auteurs-ecrivent-comme-des-cancres.html

    http://www.chez-mon-libraire.fr/livre/9782228914031-les-plus-jolies-fautes-de-francais-de-nos-grands-ecrivains-anne-boquel-etienne-kern/
    Céline a exactement écrit : "On va remanger de la saussisse."
    Je suis sûr que vous voyez mieux la faute, à présent !
    N'en déplaise à votre ami, je ne pense pas qu'elle nécessitait une explication... :P
    Je me demande à propos de remanger si la définition du Larousse est bien convenable.
    Remanger : Manger de nouveau de ce dont on a déjà mangé, faire un autre repas.
    Bien sûr, elle est convenable. Il n'est pas interdit, que je sache, de répéter "de" dans une même phrase. Et vous n'allez tout de même pas contester le bien fondé du deuxième "de", vous qui venez d'écrire :
    Le de me semble plus que nécessaire car l'on pourrait sinon penser que le type remange la saucisse qu'il vient de régurgiter.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Il y aurait fort à dire sur ces prétendues fautes d'auteur mentionnées dans l'article :
    http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20150930.OBS6823/jusqu-a-ce-qu-il-se-dissoude-hugo-quand-nos-grands-auteurs-ecrivent-comme-des-cancres.html
    Par exemple, les auteurs épinglent Balzac :
    Dans dix ans, j’aurai la plus belle clientelle de Paris.
    Balzac, «Un début dans la vie»
    Ce faisant, les auteurs montrent leur ignorance de la langue française. La graphie "clientelle" est une graphie alternative qui a eu cours longtemps. C'est par exemple celle qui a été retenue dans l'Encyclopédie :
    https://books.google.fr/books?id=NgRdAAAAcAAJ&pg=PA85#v=onepage&q&f=false
    Cette orthographe qu'on trouve déjà dans Cotgrave ou encore dans Bescherelle en 1845 était donc parfaitement correcte même si, de son côté, l'Académie avait toujours fait le choix de ne recueillir que "clientèle". Il ne s'agit en aucun cas d'une faute de Balzac.
  • JehanJehan Modérateur
    Oui, dans ce cas précis, effectivement...
    Et "saussisse" est peut-être une orthographe alternative, alors ? :P
    Mais il y en a tout de même aussi de belles erreurs, et des vraies, celles-là !
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Tu ne crois pas si bien dire. "Saussisse" a été une orthographe alternative :
    https://books.google.fr/books?id=amgTAAAAQAAJ&pg=PA717&dq=%22saussisse%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjiv_rS3OrJAhXIbBoKHZAGCOoQ6AEIXjAJ#v=onepage&q=%22saussisse%22&f=false
    https://books.google.fr/books?id=ZWATAAAAQAAJ&pg=RA2-PA16&dq=%22saussisse%22&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjiv_rS3OrJAhXIbBoKHZAGCOoQ6AEIWTAI#v=onepage&q=%22saussisse%22&f=false
    Je reconnais qu'à l'époque de Céline, cette coquetterie n'était plus de mise. Cela dit, la "faute", puisque faute il y a bien, se trouve dans une lettre privée de Céline à une amie. Elle entre à mon avis précisément dans le cadre de ce que les auteurs prétendaient ne pas vouloir relever :
    On a sélectionné quelques-unes de ces bourdes. A quelques exceptions près, on a laissé de côté les fautes d’inattention, trouvées dans les manuscrits ou les correspondances, pour privilégier les erreurs qui ont survécu aux relectures et figuré dans les éditions originales (la plupart de ont été corrigées depuis).
    Il s'agit précisément d'une faute d'inattention dans une correspondance manuscrite !
    Si après ma mort, on se met à éplucher ma correspondance, je suis sûr qu'on y trouvera un bon nombre de fois le mot "ascenseur" mal orthographié, et même "bicyclette". Il y a de certains mots qui nous font toujours trébucher, on s'emmêle dans les lettres.
  • C'était donc une faute d'orthographe que mon copain n'aura pas remarquée. Je vais dès ce soir lui secouer les puces pour cette ignorance.

    Pour ce qui est de la définition de remanger, on trouve ailleurs plus volontiers à nouveau.
    Sur le deuxième de il me semblait inutile en présence de dont.
    Manger à nouveau ce dont on a déjà mangé.
    Manger à nouveau de ce que l'on a déjà mangé.

    En présence de dont, il me semble que la régurgitation ne s'impose pas. On comprend qu'il s'agit d'une autre part de saucisse, ce qui n'est pas le cas avec que sans de. Maintenant, ce que j'en dit...
    Et comme je suis dans un bon jour, j'ajoute que dont on avec ou sans liaison, c'est moche. ;)
  • JehanJehan Modérateur
    lui secouer les puces pour cette ignorance.
    J'appellerais plutôt ça de l'inattention.
    Pour ce qui est de la définition de remanger, on trouve ailleurs plus volontiers à nouveau.
    Les deux peuvent s'employer, dans un registre courant. Mais si l'on est puriste, de nouveau est ici préférable. Car à nouveau signifie "une nouvelle fois, mais d'une façon différente, sur de nouvelles bases".
    Tandis que de nouveau n'implique que l'idée de "encore une fois".
  • On ne peut que remanger de ce poulet dont on a déjà mangé.
    Comment pourrait-on remanger ce poulet dont on a déjà mangé ? Il se serait regénéré ?
  • Peut-être qu'on ne l'a pas mangé en entier.
    On en a mangé à midi et comme il en reste et qu'on n'est pas difficile, on en remange le soir...
  • JehanJehan Modérateur
    C'est même sûr qu'on ne l'a pas mangé en entier.
    Mais "le remanger" (comme Paulang préfèrerait que l'on dise) voudrait justement dire que la seconde fois, on le mange en entier.
    Impossible, puisque précisément on en a déjà mangé une partie.
    Alors, on ne le remange pas, on en remange.
    On remange de ce poulet.
  • Ah oui, d'accord bien sûr !
  • Mais enfin, Céline adopte souvent un parler "populaire", volontiers incorrect, avec des formules redondantes ou pléonastiques, comme Queneau. Je ne vois pas où est le problème...

    "Je vais t'esspliquer, dit Gabriel. Quelquefois, il (= le métro) sort de terre et ensuite il y rerentre"
    R. Queneau, Zazie dans le métro, éd. Folio - Gallimard
  • JehanJehan Modérateur
    Mais il n'y a pas de problème.
    La discussion avait pour but de trouver la faute (ou alors, disons plutôt ici "l'écart intentionnel par rapport à la norme") dans la phrase de Céline citée dans le recueil de "bourdes" d'écrivains.
    L'ami de Paulang ne l'avait pas décelée.
    Alors, on a cherché...

    Et puis, sur la lancée, Paulang en a profité pour traquer aussi de prétendues incorrections dans une définition du Larousse.
  • lamaneur a écrit:
    Il y aurait fort à dire sur ces prétendues fautes d'auteur mentionnées dans l'article :
    http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20150930.OBS6823/jusqu-a-ce-qu-il-se-dissoude-hugo-quand-nos-grands-auteurs-ecrivent-comme-des-cancres.html
    Par exemple, les auteurs épinglent Balzac :
    [...]

    Bravo lamaneur pour cette remarque excellente qui me fait beaucoup rire - et ça fait du bien ! :lol:


    L'article - non signé - se passe de commentaires :
    Le 10 décembre 1913, un critique littéraire nommé Paul Souday s’en prit à Marcel Proust et à aux fautes de conjugaison qu’il avait trouvées dans «Du côté de chez Swann». «Visiblement, les jeunes ne savent plus du tout le français, écrivit-il [...].»
    Cette introduction aurait pu mettre la puce à l'oreille de notre critique avant qu'il ne se ridiculise. :D

    (Mention spéciale pour Balzac, le cancre en chef de ce recueil, qui mériterait un livre à lui tout seul.)
    Au lieu de gâcher du papier avec de telles âneries, il (ou elle) ferait mieux de lire Balzac. ;)
  • Justement mon copain n'a pas prété attention à l'orthographe de la saucisse parce qu'il avait lu une bonne phrase de Balzac juste avant et s'attendait à une "faute" du même genre.
    D'un seul bond, il sauta sur le timonier, et l'atteignit si furieusement de son poignard, qu'il le manqua
    Soit il l'a atteint, soit il l'a manqué, non ?
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    La phrase complète est :
    D'un seul bond, il sauta sur le timonier, et l'atteignit si furieusement de son poignard, qu'il le manqua, mais il le précipita dans la mer.
    On peut donc penser que dans cette action trop furieuse pour être parfaitement maîtrisée, le capitaine a bien atteint le timonier et l'a flanqué à la mer, mais que le poignard n'a pas tué l'homme, ne l'atteignant que superficiellement, ce en quoi il a manqué au but.
    Je concède volontiers que la phrase n'est pas du meilleur Balzac !
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