Prépa littéraire Licence lettres modernes
Capes lettres modernes

Bonjour,

Je viens de découvrir ce merveilleux forum (un lieu qui regroupe des êtres qui aiment les mots, quoi de plus beau ? :) )
Je cherchais en fait des sujets sur les réorientations médecine-->lettres et j'ai découvert qu'on en trouvait ici de nombreux cas.

Je suis actuellement en "deuxième première année" de médecine, en tant que bachelière Scientifique mention TB, amoureuse de l'école, de toutes les matières et encore plus des matières littéraires.

Je ne sais pas si d'autres personnes qui ont fait la PACES passeront par là, mais je ne l'ai pas du tout vécue comme un lieu d'épanouissement intellectuel. L'ambiance concours est très particulière, les discussions entre les étudiants sont souvent limitées à la perspective de cocher AB plutôt que B à tel exercice d'entraînement. Le fait de cibler mon attention, ma concentration, mon énergie sur un concours qui sélectionne de façon binaire sur des cases coloriées ou vides a fait naître en moi un véritable sentiment de frustration littéraire.

J'ai tellement envie, besoin d'écrire, d'analyser, de lire, de réfléchir plutôt que d'ingurgiter des connaissances parfois très techniques et pointues... Ce besoin commence à dépasser ma volonté, un peu comme une pulsion sur laquelle je ne saurais agir. Et pourtant, j'aimerais être certaine de ne pas renoncer pour rien.

Je suis allée en médecine pour devenir psychiatre, parce que j'adore la psychologie, la psychanalyse, les neurosciences et mon peu d'expérience professionnelle m'a confirmé que j'appréciais beaucoup le contact avec les personnes atteintes de handicap mental. Le fonctionnement du corps humain m'intrigue également. Les matières médicales m'intéressent beaucoup (j'aime particulièrement la biochimie, la biologie moléculaire et toutes ces matières qui nous font voir le corps un peu comme une immense usine avec pleins d'ouvriers qui interagissent).
Mais l'aspect "technique" et concret de la médecine me fait un peu peur et ne m'attire pas : la prise de sang, l'ECG, les examens médicaux...
Je n'aime pas trop l'ambiance non plus et surtout : Les matières littéraires me manquent terriblement ! à chaque fois que j'entends le mot "dissertation" je ressens un pincement au cœur (Oui, ça peut paraître risible, mais c'est vrai ^^)

En clair, je sens que ma place est dans la réflexion et l'analyse plus que dans l'action et l'application.

Je songe donc à me réorienter vers des études littéraires (bilicence lettres/philo par exemple) pour m'orienter vers l'enseignement voire la recherche.

Je serais intéressée par des témoignages d'étudiants en médecine ayant un intérêt pour les matières littéraires sur les années qui suivent. On m'a dit qu'il y avait finalement beaucoup de concret et de par cœur et peu de place pour la réflexion et l'analyse. Qu'en pensez-vous ? Avez-vous déjà ressenti cette "frustration littéraire" ? Qu'en avez-vous fait ?

Je suis aussi preneuse des avis des non-carabins, bien évidemment :)

Merci d'avance.
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Réponses

  • Bonjour,
    Je vais donc te donner mon avis de non carabin.
    Je crois que ce serait vraiment dommage d'abandonner les études de médecine pour les études littéraires si tu passes cette première année sélective.
    Si tu échoues, bien sûr, tu pourras y repenser.
    J'ai connu un pédiatre extraordinaire qui était aussi amateur de littérature, d'histoire et de musique, et avait fait du latin et du grec. L'un n'empêche pas l'autre.
    Mais si tu abandonnes les matières de la medecine, tu ne pourras pas y revenir.
  • Autre avis, cette fois d'une littéraire pure et dure.

    Je comprends ta frustration liée au mode d'apprentissage, mais honnêtement je te conseille moi aussi tout faire pour réussir ton année de Paces. Certes, le concours de première année est très sélectif, mais ensuite les études te donneront -à mon sens- un travail assuré (on a toujours besoin de médecins).

    Quant aux études pour devenir enseignant-chercheur, elles sont tout aussi difficiles : en prépa, par exemple, il faut développer son sens de l'analyse à un niveau très élevé pour être en mesure de réussir le concours de Normale Sup, qui a un taux de sélectivité de 5% de reçus et donc 95% de recalés (du moins à mon époque). Et ensuite, tout n'est pas terminé : quand j'ai intégré cette école, on nous a clairement fait comprendre que, si Normale était la voie royale pour devenir enseignant-chercheur, il n'y avait plus de postes à l'université et que nous finirions en collège ou à tout le moins en lycée (discours de rentrée). Et c'est vrai !

    Donc, ne serait-il pas plutôt préférable de mener à bien tes études de médecine (avec prises de sang et compagnie), te spécialiser en psychiatrie et, une fois installée comme libéral ou salariée d'un établissement, lire des ouvrages de sciences humaines ou de littérature, ce qui te permettrait d'ailleurs de mieux aider tes patients ?
    En cas de nouvel échec en fin de Paces, là, effectivement, la question de l'orientation se posera. Mais je te suggèrerais plutôt de mettre toutes les chances de ton côté pour réussir médecine. À présent, à toi de voir !
  • Merci beaucoup pour vos avis qui me font avancer dans la réflexion ! :)

    Merci Brenhilde pour ton témoignage ! Moi qui pensais que les étudiants de l'Ecole Normale avaient une liberté totale sur leur mode d'exercice... C'est sûr que ça fait réfléchir.

    Gwynplaine, ton message est vraiment rassurant ! :) Malheureusement, j'ai l'impression que ton pédiatre n'est pas forcément représentatif de l'ambiance majoritaire qui règne dans le monde médical.

    Au niveau stabilité et liberté professionnelle, c'est sûr que médecine me paraît un peu une voie royale. En fait, j'étais partie en médecine un peu dans cette logique là (parce que sinon, j'aurais aimé tenter une prépa littéraire). Mais face à ce mode d'apprentissage et cette ambiance, je me demande si je suis prête à passer tant de temps et d'énergie dans des études qui ne me satisfont pas totalement (même si le métier au bout me fait rêver).
    Je vais continuer de travailler, puis je prendrai une décision :)
  • J'ai l'impression que c'est moi qui ai écrit ça... Je suis aussi en S, rêvant d'étude en psychiatrie, amoureux de la littérature, je me sens, tout comme toi, appelée par les études littéraires... Suis ton coeur, la seule contrainte qui m'a fait refuser un bac littéraire c'est les débouchés :(
  • Salut Berlioz1 !

    ça me fait plaisir de me sentir moins seule ^^ En réalité, avec le temps, je me suis aperçue qu'il y avait une corrélation très forte entre le fait d'aimer la littérature et le fait de s'orienter vers la psychiatrie.

    On peut citer le pédopsychiatre Serge Tisseron qui a fait une année d'Hypokhagne avant de s'orienter vers la psychiatrie (il a écrit sa thèse de médecine sous forme de planches de BD), la psychiatre Colette Chiland, agrégée de philosophie, Christophe André, psychiatre et écrivain... Il y en a tellement !

    De même, j'ai remarqué que la psychanalyse intéresse beaucoup plus les "littéraires" que les "scientifiques" (en partant du principe qu'il y a des "scientifiques" et des "littéraires").

    Peut-être Est-ce au fond, parce qu'il me semble qu'il serait réducteur de considérer le psyché comme réglé par des lois scientifiques. Nous sommes, je crois, plus que les réactions chimiques qui se produisent dans notre cerveau.
    Et donc, comprendre ce qu'est un trouble mental exige aussi (me semble-t-il) une certaine analyse des paroles de la personne. Or, analyser ce que disent les mots, c'est un travail littéraire.

    Malheureusement, les études de médecine et l'ambiance qui y règne ne valorisent pas ce genre d'interrogation et de réflexion, et j'en souffre (un peu). Apprendre les gestes pratiques de la médecine m'intéresse, mais dans l'état actuel des choses, j'ai une réelle envie (pour ne pas dire "besoin") d'analyser, d'écrire et de m'interroger. Rationnellement, je sais que ce serait mieux que je pense à l'avenir lointain plutôt qu'au proche, mais le cœur a ses raisons que la raison ignore.
    En tout cas, je te souhaite de te lancer dans la première année de médecine pour te faire ta propre opinion ! Et parce qu'on y découvre un certain nombre de choses très intéressantes.
  • je n'y connais rien, mais lorsqu'on s'oriente vers la psychiatrie on quitte à un moment donné le cursus médical général pour se spécialiser ? Sans doute qu'à ce moment là tu te sentiras plus à l'aise ? Un de mes proches a eu du mal à supporter le début de ses études de médecine mais s'est épanoui ensuite lorsqu'il s'est spécialisé (en orthodontie, ce n'est pas la même chose mais bon...).
  • Il parait que jusqu'à la deuxième guerre mondiale et même un peu après on soignait avec des bains, des chocs et on enfermait beaucoup. La chimie a changé les choses. Le matériel et la technique ont du bon. L'analyse littéraire n'est pas tournée vers une action et nulle urgence ne la concerne. La médecine, elle, veut soulager.
  • La philosophie se veut une médecine des âmes, et je ne suis pas certain que l'urgence soit moindre.

    En revanche, oui, c'est vrai que les débouchés sont peu nombreux, et il est peut-être plus prudent d'assurer votre condition matérielle avant de vous lancer dans des études. Malheureusement, vous ne serez jamais khâgneuse, mais en revanche, rien ne vous interdit de suivre par la suite un cursus à la fac en littérature, philosophie ou histoire. Difficile de vous conseiller davantage, à la fin, vous êtes seule devant le choix à faire.
  • La philosophie se veut une médecine des âmes, et je ne suis pas certain que l'urgence soit moindre.
    Eh bien moi, j'en suis sûre.
    Et je suis entièrement en phase, pour une fois, ;) avec ce qu'écrit Portia.
    Malheureusement, les études de médecine et l'ambiance qui y règne ne valorisent pas ce genre d'interrogation et de réflexion, et j'en souffre (un peu). Apprendre les gestes pratiques de la médecine m'intéresse, mais dans l'état actuel des choses, j'ai une réelle envie (pour ne pas dire "besoin") d'analyser, d'écrire et de m'interroger.
    Je trouve que ta réaction est normale, mais tu n'en es vraiment qu'au début, au tout début. Je dirais même si j'osais que tu n'as pas encore commencé.
    Si tu veux être un bon médecin, tu le seras.
    On a besoin de bons médecins.
    De bons professeurs également bien sûr, de beaux parleurs qui coupent les cheveux en quatre, un peu moins.
    Relis le message de Gwynplaine et d'Ammy.
  • Pour revenir sur le thème du pédiatre, celui de mes enfants est passionné de culture et en particulier de musique. Il demande toujours si les enfants font une activité culturelle, s'ils font du solfège, du théâtre, à quoi ils s'intéressent. Les miens sont grands (collégiens) et restent attachés à leur pédiatre car il leur pose toujours des questions sur leur vie culturelle et leurs progrès dans ce domaine. Je ne suis pas sûre qu'il soit médicalement plus compétent qu'un autre, mais cette ouverture intellectuelle a créé un lien entre ma famille et ce médecin.
  • Merci pour tous ces avis (je ne m'attendais pas à recevoir tant de réponses).
    Je trouve que ta réaction est normale, mais tu n'en es vraiment qu'au début, au tout début. Je dirais même si j'osais que tu n'as pas encore commencé
    Oui, c'est vrai que je suis en phase de découverte. Mais j'ai pas mal consulté des témoignages/blogs d'étudiants dans les années supérieures et la grande majorité s'accorde pour dire que ce sont des études avec une ambiance particulière et que l'enseignement a un certain nombre d'imperfections (beaucoup de bourrage de crâne) où il y a peu de places pour les discussions "philosophiques".
    je n'y connais rien, mais lorsqu'on s'oriente vers la psychiatrie on quitte à un moment donné le cursus médical général pour se spécialiser ?
    Oui, à partir de la sixième année, effectivement. C'est assez long donc, mieux vaut être motivé par ce qui précède.
    Si tu veux être un bon médecin, tu le seras
    Un bon médecin doit être passionné et à l'écoute des patients. J'espère le devenir. Cela dit, il est important que j'y réfléchisse bien car si tout au long de mes études, je me dis :"Mais qu'Est-ce que je fous là ? Pourquoi j'ai pas fait de la philo?", je risque de ne pas être un très bon médecin.
    Difficile de vous conseiller davantage, à la fin, vous êtes seule devant le choix à faire.
    Tout à fait juste ! Mais vos avis alimentent ma réflexion. Merci beaucoup !
  • Bonsoir Plumeverte,

    Je suis entièrement d'accord avec tout ce qui a été dit plus haut. Néanmoins, ton cas m'en rappelle deux autres et je veux apporter ma petite contribution à cette discussion.

    D'abord, j'ai l'impression de me revoir cinq ans plus tôt en te lisant. Je ne suis pas passée par la médecine pour me réorienter en lettres par la suite (je détestais trop la SVT au lycée pour cela :P ), mais j'ai hésité un an entre maths et lettres avant de me dire que je ne résisterais pas à l'appel de la littérature. Je ne regrette pas ce choix aujourd'hui (même si j'ai toujours une petite pensée nostalgique lorsque j'entends des étudiants de Maths parler entre eux...). Ce ne sera peut-être plus le cas dans vingt ou trente ans... Ce choix est le tien, mais maintenant que tu as passé un an et demi en médecine, il serait dommage de t'arrêter en si bon chemin (ce n'est qu'un avis personnel).

    Ensuite, tes propos me rappellent le cas d'un écrivain québécois que j'ai eu la chance de fréquenter l'année dernière : après des études de médecine générale (mais il a un ami dans le même cas qui est psychiatre, si je ne m'abuse), il a décidé de faire un Master et une thèse en Litté/Philo. Maintenant, il donne des cours de médecine ET de littérature dans la même université (je ne suis pas certaine que ce soit possible en France) et il essaie de faire aimer la littérature à ses étudiants de médecine, tout en analysant les œuvres avec un point de vue parfois original et fondé sur son expérience de médecin. Tout cela pour te dire que cet écrivain dit souvent qu'il a fait médecine pour l'amour de la psychanalyse et du corps humain (et aussi...pour la situation économique l'accompagnant !) mais qu'il n'a jamais abandonné les lettres qu'il trouve bien plus humaines. Pour lui, un psychiatre ne peut pas être un bon psychiatre s'il n'a pas lu Crime et Châtiment et il encourageait les étudiants de médecine à être les meilleurs possibles dans les QCM et à avoir un esprit très binaire en cours, mais en leur rappelant que les week-ends sont là pour écrire et lire de la poésie : la médecine ce n'est pas des QCM, c'est une relation humaine avant tout. Les études de médecine ont beau être du "bourrage de crâne", rien ne t'empêches d'en sortir au moyen de la littérature, sans forcément en faire ton métier.

    Tu as peur de rester en médecine et de te dire "qu'est-ce que je fais là ?". Mais supposons que tu ailles en philo. Qui te dis que tu ne te diras pas "mais pourquoi ne suis-je pas restée en médecine finalement ?". Tu peux être un bon médecin puis devenir un bon professeur de littérature après une reprise d'études. Je ne suis pas certaine que l'inverse soit possible.

    Ma réponse ne doit pas beaucoup t'aider à y voir plus clair (et elle répète sûrement ce que d'autres ont déjà dit), mais je voulais simplement te donner deux exemples te montrant que nous sommes tous partagé, à un moment ou à un autre, entre des voies différentes et qui nous font peur parce que l'on pense qu'elles vont avoir des conséquences sur notre vie entière. Mais tu ne sais pas de quoi la vie sera faite et peut-être que tu donneras un jour des cours de médecine et de littérature...

    Tu dis que tu veux écrire, analyser...Pourquoi ne pas le faire sur tes études et tes doutes, justement ? :)
  • Merci pour ton avis, Helisenne :)

    Je te comprends totalement. J'aimais aussi beaucoup les maths en terminale, mais je ne me suis jamais trop posé la question de l'orientation parce que travailler dans l'ingénierie de m'attirait pas plus que d'enseigner les maths. J'aime juste l'état d'esprit mathématique en fait. Et tu en es où actuellement ? En master de lettres ?

    Waouh ! J'aurais adoré rencontrer le médecin dont tu parles ou l'avoir comme professeur. C'est vrai que ça fait relativiser l'idée de choix radical. Peut-être en ce moment n'ai-je envie de faire que des matières littéraires par lassitude des matières médicales parce que ça fait un an et demi que je suis plongée dedans.
    Tu dis que tu veux écrire, analyser...Pourquoi ne pas le faire sur tes études et tes doutes, justement ?

    Je ne fais que ça justement, si bien que j'en suis à un point où j'ai bien identifié théoriquement la situation dans laquelle je me trouve mais ma réflexion était un peu entravée par mon manque d'informations concrètes (sur les études de lettres/philo, les débouchés) que j'ai trouvées ici et par l'avis d'autres étudiants en médecine qui pourraient confirmer/infirmer la vision que j'ai de études médicales.
  • Ravie d'avoir pu t'aider ! :)

    Oui, je suis actuellement en M2 de Lettres (Recherche) et je travaille sur un sujet me permettant de croiser l'histoire des sciences et la littérature.

    Je te comprends lorsque tu parles d'être entravée par le manque d'informations. Mais je ne sais pas si les avis d'autres personnes pourront vraiment t'aider : chacun a une vision différente de études qu'il mène et cela te ferait encore plus douter... Au fond de toi, pour quoi "vibres-tu" vraiment, qu'est-ce qui te plaît vraiment au point de tout oublier ? Ce n'est pas une question facile, tu ne sauras peut-être pas y répondre (ce qui est normal), mais on se la pose tous à un moment ou à un autre, j'imagine. Tu y verras plus clair une fois que tu auras trouvé la réponse à cette question (je dis ça comme si j'avais 130 ans d'expérience derrière moi alors qu'il y a peu j'étais aussi paumée que toi... :D).

    Au sujet des débouchés que tu évoques... Je ne vais pas remettre les débats sur le tapis et il y a assez de discussions sur ce forum pour que tu te fasses ta propre opinion, mais il me semble que c'est prof pour lettres/philo (ou autre(s) concours) et médecin pour...médecine, non ?
  • Ayant trop souvent subi la frustration de ne pas connaître l'issue d'une histoire relatée sur un forum, j'ai décidé de clore ce sujet pour informer ceux qui auraient lu jusqu'ici de la voie que j'ai finalement choisi d'emprunter. Peut-être que cela pourra aider une personne qui cherche aussi son chemin, sait-on jamais ?

    Je n'ai pas eu ma première année de médecine. Je ne suis pas parvenue à surmonter les difficultés énoncées précédemment. L'état d'esprit ne me convenait vraiment pas, et j'aurais probablement rencontré le même genre de difficulté dans les années supérieures si j'avais continué (ça ne veut pas dire que je n'aurais pas pu le faire, simplement, ce n'est jamais tout noir ou tout blanc).
    Je ne suis pas allée en lettres non plus. J'ai choisi une forme de juste milieu : la psychologie, et je suis très contente d'être là où je suis. ça me passionne et j'ai un projet.

    A ceux qui rencontreraient les mêmes doutes que moi précédemment, qui hésitent à se réorienter, je dirais plusieurs choses :

    1) Il y a toujours moyen d'enrichir sa culture littéraire/de lire des classiques en faisant autres choses à côté. La philosophie et la littérature ne sont pas réservées aux étudiants de lettres et de philosophie.
    Tous les exemples mentionnés par les gentilles personnes qui ont bien voulu m'apporter leur opinion dans les posts précédents illustrent très bien cela.

    Si c'est vraiment votre raison de vivre, que vous vous sentez faits pour cela, lancez-vous, mais demandez-vous avant si la réalité professionnelle vous satisfera un minimum.

    2) Si vous sentez que quelque chose vous manque de manière très violente, c'est sans doute que vous êtes confronté à un système/une situation qui vous pose vraiment problème, que vous ne trouvez pas votre compte dans vos études actuelles. Il est important de s'interroger pour savoir si le malaise concerne uniquement cette première année de sélection ou si vous craignez de le conserver dans un futur lointain si vous poursuivez dans cette voie.

    C'est tout à fait normal en première année de médecine (ou dans un autre passage d'étude qui implique une forme de travail avec une forme de conformisme) d'avoir une envie brutale de s'ouvrir à autre chose.

    3) Si le doute demeure, continuez à travailler, vous ne regrettez rien. La fatigue intellectuelle nuit à la prise de décision. Si vous êtes venus là, il y a forcément des choses qui vous plaisent dans vos études actuelles. Vous trouverez le moyen d'être heureux dans chacune des voies et si vraiment quelque chose de profond en vous rejette le projet dans lequel vous vous lancez, vous échouerez dans vos études naturellement, et prendrez cette autre voie qui vous intéresse vraiment. Qu'est-ce que le désir profond face à la volonté ?

    4) Toujours connaître la réalité du terrain avant de se lancer dans des études. Cela est aussi signalé dans les posts précédents, qui débordent de bon sens. Choisir un projet, ce n'est pas seulement les études, mais le métier (dans sa pratique) et les conditions socio-économiques qui vont avec.

    Bon courage donc, à ceux qui vivent des doutes, parce que ce n'est jamais agréable !
    Merci à ceux qui m'ont répondu il y a un peu plus de six mois, parce que ça m'a aidée !
  • Je voudrais juste ajouter que tout cela s'applique parfaitement à toutes les voies choisies, qui peuvent toutes êtres décourageantes par moments. Dans ces moments-là on (l'étudiant) a souvent envie de fuir et de se raccrocher à tout ce qui peut l'intéresser mais qui soit en dehors du cursus choisi.
    C'est très important bien sûr, de s'interroger sur son orientation, quel que soit notre âge d'ailleurs, mais dans ce cas-là, ce qui ressort des discussions que j'ai eues avec plusieurs étudiants de filières très différentes, c'est aussi le danger de s'éparpiller, de vouloir tout faire en même temps, le cursus initial et les "voies de fuite", ce qui finit par entraver la gestion du temps et favoriser le décrochage.
    Le projet professionnel est une clé essentielle pour garder le contrôle de ce désir de fuite que je constate particulièrement à l'université en France (où la liberté administrative et financière favorise aussi cet "éparpillement"), parce qu'il permet de dégager la voie principale des voies de loisir. Tout le monde aime la philo d'une certaine façon et tout le monde a le droit de prendre du temps pour réfléchir à des questions de ce genre, mais ce n'est une voie professionnelle envisageable que pour très très peu de personnes.
  • Bonjour , je suis actuellement en première année d'études commune aux étudiants de santé ( PACES) et souhaite devenir chirurgienne .
    Cependant , j'ai toujours été attirée par l'orthographe de la langue française , ainsi que la grammaire ou d'une façon générale par tout ce qui se rapporte au français . Je veillais à toujours avoir un bon vocabulaire en français . J'étais très friande de mots nouveaux , précis , parfois désuets . J'avais pour réputation au collège d'utiliser des mots "savants" mais je me suis vite refroidie en grandissant , l'environnement ne répondant pas :lol: . Mon professeur d'anglais avait dit de moi que j'étais une "précieuse" ( en référence aux Précieuses Ridicules de Molière) . Mes camarades n'hésitaient pas à me solliciter pour des précisions en français ( orthographe , conjuguaison....). J'avais un bon niveau en français d'une façon générale .
    En 4e , j'étais ravie de pourvoir découvrir le théâtre et de devoir jouer devant ma classe, ainsi que de devoir produire des textes construits argumentés ( je m'y livrais avec plaisir ). A la fin de l'année , j'ai été récompensée à mon étonnement par le prix des lettres . A cette période aussi , j'ai commencé le latin ( 5e ) et le grec ( 3e) .

    Au lycée , j'ai continué le latin mais n'ai pas pu continué le grec. Mon niveau général a considérablement chuté contrairement au collège où j'exultais . Ce qui fait que je régressais car je ne travaillais pas . C'était une phase de marginalisation , de repli sur soi , de non productivité . J'aimais invariablement toujours autant le français , et me prêtais avec plaisir aux exercices littéraires . En 1ère , ma prof appréciait mes écritures d'invention , et disait qu'elle s'y sentait comme dans un livre . J'ai pu cartonné aux épreuves anticipées malgré un réel manque de travail ( c'est surtout du au sujet qui me correspondait parfaitement ).
    Bref , je ne raconte pas tout cela par prétention , mais pour vous donner une idée de mon niveau et de mon affinité pour ce domaine .

    Voilà , donc j'ai passé un bac S , que j'ai obtenu avec mention assez bien ( à la surprise générale , car je n'étais pas du tout partie pour l'avoir , j'étais dernière de la classe avec 7-8 de moyenne générale ) . Mes notes de l'année était surtout du au fait que je ne faisais absolument rien. J'étais moi-même sûre de passer à l'oral .

    J'aimerais rajouter que je suivais le cursus PEI ( prépa pour les élèves qui veulent intégrer sciences po( concours que je n'a pas réussi) ) , ( ceci ne concorde pas avec mon profil scolaire , n'est-ce pas ?! ) : je suis le paradoxe même.

    Donc voilà , se pose la dualité scientifique/littéraire , car j'ai mon coeur pour le français et par extension , pour le latin et le grec ( top pour la culture G) et mon ""cerveau"" pour les sciences . ( Je voudrais juste préciser que j'étais une bonne élève math, svt ,physique chimie au collège : je travaillais et je réussissais.)
    Donc , voilà j'ai toujours détesté choisir entre ces deux domaines , pourquoi doit-on forcément être littéraire ou scientifique ?
    J'avais choisi un bac S pour pouvoir continuer en médecine ( métier qui me fait rêver ).

    Mais depuis , j'ai peur de m'écarter un peu trop du français en m'engouffrant dans les longues études de médecine . Je crains de ne pas avoir exploré toutes mes possibilités . J'ai peur de ne pas combler mon avidité de culture littéraire , en français , en grec ou en latin . J'aimerais approfondir mes connaissances . Mais en parallèle aux études que je mène , cela me semble impossible .

    J'avais par folie , imaginé que je pouvais faire 2 années de prépa L pour ma culture puis m'engager en médecine ( infaisable au vu de mes notes de terminale et incompréhensible pour mes parents ). D'autre part , je trouvais que les écoles de " Chartres " ou de " ENS " avaient l'air formidable . Mais on ne peut pas tout avoir ( en ce moment je veux tou ).

    J'avais , initialement , prévu de devenir écrivain à mes heures perdues ( grandes vacances ) mais vu le temps que je passe étudier la médecine , mes connaissances en français risquent de d'atrophier , ce qui fait que si directement après mon concours je me consacre à l'écriture , je ne suis pas sûre de pouvoir directement répondre à mes ambitions .

    Auriez-vous des idées ou des solutions ? Comment voyez-vous le problème ?

    Merci pour votre attention : je sais que je développe beaucoup . ( est-ce trop ? ) :)
  • Salut,


    J'espère que le concours de premier semestre s'est passé de manière à ce que tu puisses envisager d'entrer en médecine l'an prochain. Et que tu t'es mise à travailler, car tu n'y arriveras pas avec le même état d'esprit que pour ta terminale.


    En plusieurs parties:

    1) Les études de médecine sont longues, difficiles, bien souvent peu gratifiantes, et te demanderont d'y consacrer énormément de temps. Surtout si on se spécialise en chirurgie. À ma connaissance, ce sont les seules études où l'on travaille autant voire plus après qu'avant le concours d'entrée.

    2) Il n'est pas besoin d'avoir fait des études littéraires pour écrire, même si cela aide, bien sûr: le plus important (à mon sens) étant que tu développes comme tu le souhaites ta culture. Écris quand tu le peux, quand tu ne travailles pas: il n'y a pas de recette, tu peux ne pas trouver de succès ou triompher.


    Le problème est effectivement le temps... Se forger une culture en demande beaucoup, mais tu as toute ta vie. Je crois que tu as globalement cerné l'enjeu: il faut choisir... Et apparemment, tu as déjà choisi, ce qui est très bien. Je ne changerais pas de voie pour ce qui est une "passion" sur laquelle il serait bien risqué de parier pour gagner son pain.

    Je ne suis pas sûr que "précieux" soit un adjectif très positif...
  • Merci pour ta réaction Mattlev ( et pour le transfert sur ce sujet ?) :)

    Au début de l'année , tout me semblait clair et précis : se donner corps et âme au concours , réussir , et écrire un livre ensuite .

    Mais plus j'avance de l'année , moins j'avance directement au but . J'ai rétrogradé ces derniers jours ( et semaines ) en qualité et quantité de travail . Je me retrouve à faire pleins d'activités annexes , je me fais des plannings prévisionnels sur mes activités à venir , comment arriver à accomplir telle ou telle chose . A vrai dire , je ne suis pas du tout dans le moment présent . Je m'intéresse à la politique ( j'y passe des heures vitales ) pour peaufiner mon choix . Bref , je me déconcentre , et cela me conduit à procrastiner , réfléchir et encore réfléchir et même à douter de mon avenir , d'où mon post .

    En ce qui concerne les résultats du concours , je suis à 100 places du numérus . Ce qui me motivait à beaucoup travailler , mais aujourd'hui je suis démotivée et je perds l'esprit "concours" . Je pense à mes vacances , que des choses non sérieuses .

    Je comprends clairement que je pourrai me consacrer à mes passions après le concours , mais ces choses sont tellement présentes à mon esprit que je manque de bon sens .

    Je veux bien me forger une culture au fur et à mesure , ça demande assez de sagesse .

    Et , je ne vois pas quelle filière littéraire que je pourrais intégrer avec mes mauvais résultats de lycée....

    Oui , en effet , " précieux" était péjoratif mais ô combien drôle à l'époque : je prenais un grand plaisir à le décrédibiliser .
  • Aves tes résultats de lycée, tu ne pourras pas intégrer de prépa. Par contre, tu pourrais aller en fac de lettres puisque ça ne demande que le bac. Cela dit, je ne te conseillerais de rester en médecine. Etre à 100 places du numerus, c'est bien, très bien pour une première tentative; cela signifie que même si tu te démobilises maintenant, tout reste possible dans une seconde année.

    Partir en fac de lettres me semble très risqué pour deux raisons :
    - tu n'évoques pas de débouchés qui t'intéresseraient ; il faudrait avoir une idée plus précise en tête, et dans l'idéal être intéressé par l'enseignement;
    - tu risques d'être déçue : la fac de lettres n'est pas un temple de la culture générale, et de l'émulation littéraire ; et les exercices demandés sont éloignés de ceux du lycée ; plus du tout des exercices d'invention, mais uniquement des dissertations et des commentaires. Il y a peu de place pour la technique de la langue, et aussi peu d'élèves intéressés par cet aspect.

    Par contre, ça peut être une très bonne idée d'écrire pendant le temps libre que tu as, même s'il est rare. Pourquoi pas un peu dès maintenant : mieux vaut se donner quelques plages de détente bien définies plutôt que de papillonner. Contrairement à toi, je ne pense pas que ne plus faire d'études littéraires te fassent perdre quelque chose, mais plutôt gagner : tu auras un style d'écriture certainement plus libre et personnel. Je suis en Histoire et non en Lettres, mais j'ai l'impression que je serais maintenant incapable d'écrire un texte d'invention, alors que j'y arrivais très bien au lycée . À force de faire des commentaires, des dissertations, et des mémoires, on a un style très "normé" et peu créatif (même s'il y a bien sûr des exceptions). Une grammaire et une syntaxe parfaites ne sont pas non plus obligatoires.

    Mais je comprends tes doutes et tes hésitations ; moi-même, qui avait un peu hésité avec médecine, je regrette parfois. Je pense que beaucoup de gens hésitent entre un cursus littéraire et scientifique, et une minorité sait exactement ce qu'elle veut faire dans la vie :)
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