Bonjour à tous,

Je dois participer à une audition pour intégrer une troupe de théâtre, lors de laquelle il m'est demandé de réciter un texte de 10 lignes environ sur le thème de la liberté.

Je n'arrive pas à trouver quelque chose qui me ressemblerait vraiment et de pas trop compliqué à apprendre.
Ayant l'accent provençal, je recherche dans les oeuvres de Pagnol car j'aime beaucoup son style et le contexte provençal.
J'aime aussi tout ce qui a trait aux sentiments, à l'amour, aux émotions.

Avez-vous des idées à me soumettre ?

Merci de votre aide.

Kaly.

Réponses

  • René CHAR

    Recueil : "Seuls demeurent"



    Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.
    Elle passa les grèves machinales;
    Elle passa les cimes éventrées.
    Prenaient fin la renonciation à visage de lâche , la sainteté du mensonge , l’alcool du bourreau.
    Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.
    D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue , cygne sur la blessure par cette ligne blanche
  • Merci, Floréale c'est très beau.
    J'aurais cependant préféré un texte moins triste. Auriez-vous d'autres idées de textes à me proposer ?
    Kaly
  • POEME A DIRE

    La liberté ne s’écrit pas sur la forme changeante des nuages
    La liberté n’est pas une sirène cachée au fond des eaux
    La liberté ne vole pas au gré des vents
    Comme la lunule du pissenlit
    La liberté en robe de ciel ne va pas dîner chez les rats
    Elle n’allume pas ses bougies de Noël
    Aux lampions du 14 Juillet
    La liberté je lui connais un nom plus court
    Ma liberté s’appelle Amour
    Elle a la forme d’un visage
    Elle a le visage du bonheur

    Marcel Béalu

    extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004
    "Le poème jusqu’alors fut le lieu d’internement des mots.
    Libérez les mots. Respectez les mots. Ne les rendez pas esclaves des phrases. Laissez-les prendre leur espace.
    Ils ne sont là ni pour décrire, ni pour enseigner, ni pour dire : ils sont d’abord là pour être.

    Le mot n’existe qu’à l’état sauvage. La phrase est l’état de civilisation des mots.

    Un nom suivi d’un adjectif entre dans la civilisation, c’est-à-dire dans la spécialisation.
    Si j’écris SOLEIL ou EAU c’est l’universalité que je touche.
    Prononcez le nom SOLEIL, laissez-vous grandir en lui, laissez-vous durer par lui."

    (Pierre Garnier - "Manifeste pour une poésie nouvelle visuelle et phonique", dans l'ouvrage "Spatialisme et poésie concrète", Gallimard, 1968
  • Bonjour,

    Je recherche un beau texte de 10 lignes sur le thème de la liberté qui serait écrit par Simone de Beauvoir pour le lire lors d'une audition de théâtre.
    Pouvez-vous m'aider s'il vous plaît ?
    Merci par avance.
    Kaly.
  • « Je n’avais pas été une petite fille particulièrement gâtée ; mais les circonstances avaient favorisé en moi l’éclosion d’une multitude de désirs ; mes études, ma vie de famille m’obligèrent à les juguler ; ils n’en explosèrent qu’avec plus de violence et rien ne me sembla plus urgent que de les apaiser. C’était une entreprise de longue haleine, à laquelle, pendant des années, je me donnai sans réserve. Dans toute mon existence, je n’ai rencontré personne qui fût aussi doué que moi pour le bonheur, personne non plus qui s’y acharnât avec tant d’opiniâtreté. Dès que je l’eus touché, il devint mon unique affaire. Si on m’avait proposé la gloire, et qu’elle dût être le deuil éclatant du bonheur, je l’aurais refusée. Il n’était pas seulement cette effervescence dans mon cœur : il me livrait, pensais-je, la vérité de mon existence et du monde. Cette vérité, j’exigeais plus passionnément que jamais de la posséder ; le moment était venu de confronter les choses en chair et en os avec les images, les fantasmes, les mots qui m’avaient servi à anticiper leur présence ; je n’aurais pas voulu commencer ce travail dans d’autres conditions que celles qui m’étaient données. Paris m’apparaissait comme le centre de la terre ; je débordais de santé ; j’avais des loisirs à revendre ; et j’avais rencontré un compagnon de voyage qui marchait dans mes propres chemins d’un pas plus assuré que le mien ; je pouvais espérer, grâce à ces circonstances, faire de ma vie une expérience exemplaire où se refléterait le monde tout entier. Et elles assureraient mon accord avec lui. En 1929, je croyais, je l’ai dit, à la paix, au progrès, aux lendemains qui chantent. Il fallait que ma propre histoire participât à l’harmonie universelle ; malheureuse, je me serais sentie en exil : la réalité m’eût échappé. » Simone de Beauvoir, La Force de l’âge
  • La Liberté,

    Ce n'est pas partir, c'est revenir,
    Et agir,
    Ce n'est pas prendre, c'est comprendre,
    Et apprendre,
    Ce n'est pas savoir, c'est vouloir,
    Et pouvoir,
    Ce n'est pas gagner, c'est payer,
    Et donner,
    Ce n'est pas trahir, c'est réunir,
    Et accueillir.

    -

    La Liberté,

    Ce n'est pas s'incliner, c'est refuser,
    Et remercier,
    Ce pas un cadeau, c'est un flambeau,
    Et un fardeau,
    Ce n'est pas la faiblesse, c'est la sagesse,
    Et la noblesse,
    Ce n'est pas un avoir, c'est un devoir,
    Et un espoir,
    Ce n'est pas discourir, c'est obtenir,
    Et maintenir.

    -

    Ce n'est pas facile,
    C'est si fragile,
    La Liberté,


    Jacques Prévost (1998 - Poèmes pour l'an 2000 - Extraits)
  • Oui, mais...
    Je recherche un beau texte de 10 lignes sur le thème de la liberté qui serait écrit par Simone de Beauvoir
  • Woups, désolé... :)
  • Non Pyrame, ne soyez pas désolé car votre texte me plaît énormément et en fait il n'était pas impératif que l'auteur soit Simone de Beauvoir.
    Donc : un grand merci !
    Kaly.

    P.S. : si vous avez d'autres textes aussi beaux, délicats et sensibles n'hésitez pas à me les adresser.
  • Quiconque est maître ne peut être libre, et régner c’est obéir.
    Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois : dans l’état même de nature l’homme n’est libre qu’à la faveur de la loi naturelle qui commande à tous. Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux lois, mais il n’obéit qu’aux lois et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dans les républiques au pouvoir des magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des lois : ils en sont les ministres non les arbitres, ils doivent les garder, non les enfreindre. Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des lois, elle règne ou périt avec elles ; je ne sache rien de plus certain."
    Rousseau.
  • Merci pour ces magnifiques textes, je les apprécie tous.
    Toutefois, ce n'est pas encore ce que je recherche.

    Auriez-vous une idée d'un extrait de 10 lignes environ d'une pièce de théâtre qui parlerait de passion et de liberté (de Molière, de de Musset, de Marivaux ...) ?

    Je voudrais vraiment que ce texte me corresponde.

    Merci pour votre aide et votre patience !

    Kaly.
  • CYRANO
    Et que faudrait-il faire ?
    Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
    Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
    Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
    Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
    Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
    Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
    Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
    Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
    Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
    Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
    Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
    Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
    Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
    Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
    Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
    Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
    Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
    Devenir un petit grand homme dans un rond,
    Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
    Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
    Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
    Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
    S'aller faire nommer pape par les conciles
    Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
    Non, merci ! Travailler à se construire un nom
    Sur un sonnet, au lieu d'en faire d'autres ? Non,
    Merci ! Ne découvrir du talent qu'aux mazettes ?
    Être terrorisé par de vagues gazettes,
    Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois
    Dans les petits papiers du Mercure François » ?...
    Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
    Préférer faire une visite qu'un poème,
    Rédiger des placets, se faire présenter ?
    Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais... chanter,
    Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
    Avoir l'oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
    Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
    Pour un oui, pour un non, se battre, - ou faire un vers !
    Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
    À tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
    N'écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
    Et modeste d'ailleurs, se dire : mon petit,
    Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
    Si c'est dans ton jardin à toi que tu les cueilles !
    Puis, s'il advient d'un peu triompher, par hasard,
    Ne pas être obligé d'en rien rendre à César,
    Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
    Bref, dédaignant d'être le lierre parasite,
    Lors même qu'on n'est pas le chêne ou le tilleul,
    Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !
  • Merci Gabiana,

    Ce texte est magnifique !
    Mais ce n'est pas une femme qui parle, c'est Cyrano n'est-ce pas ?

    Il s'agit d'une audition de théâtre et étant du sexe féminin j'ai absolument besoin d'un texte de 10 lignes environ dit par une femme qui parlerait d'amour-passion et en même temps de liberté (perte de liberté à cause de la passion ou liberté gagnée grâce à l'amour...)....
    Je ne sais pas si je m'exprime bien...

    Espérant que vous pourrez encore m'aider à trouver ce que je recherche, je vous souhaite une bonne soirée.

    Kaly.
  • Ah...je comprends.
    Je vais chercher dans mes souvenirs...
  • Gabiana,

    Vous avez beaucoup de chance de savoir de si belles choses !
    Etes-vous professeur de littérature ?

    Kaly.
  • Professeur de lettres classiques.
    Mais j'ai hélas oublié beaucoup de choses. :(
  • Quel beau métier !
    J'ai étudié le latin et le grec jusqu'en terminale et j'ai apprécié... surtout le grec (pour la grammaire et pour les beaux textes philosophiques !)... mais c'était il y a très longtemps !
    (d'ailleurs j'avais pensé à un passage d'Epictète et à un autre de Sénèque sur la liberté, mais je crains qu'ils ne soient l'un et l'autre trop "sérieux").
    C'est pourquoi je préfèrerais trouver quelque chose de plus léger pour cette audition.

    Kaly.
  • Plus léger, je ne sais.
    Mais voici un extrait de l'île aux esclaves de Marivaux (scène X)
    Cléantis
    Ah ! vraiment, nous y voilà, avec vos beaux exemples. Voilà de nos gens qui nous méprisent dans le monde, qui font les fiers, qui nous maltraitent, qui nous regardent comme des vers de terre, et puis, qui sont trop heureux dans l'occasion de nous trouver cent fois plus honnêtes gens qu'eux. Fi ! que cela est vilain, de n'avoir eu pour tout mérite que de l'or, de l'argent et des dignités ! C'était bien la peine de faire tant les glorieux ! Où en seriez-vous aujourd'hui, si nous n'avions pas d'autre mérite que cela pour vous ? Voyons, ne seriez-vous pas bien attrapés ? Il s'agit de vous pardonner, et pour avoir cette bonté-là, que faut-il être, s'il vous plaît ? Riche ? non ; noble ? non ; grand seigneur ? point du tout. Vous étiez tout cela ; en valiez-vous mieux ? Et que faut-il donc ? Ah ! nous y voici. Il faut avoir le cœur bon, de la vertu et de la raison ; voilà ce qu'il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autres. Entendez-vous, Messieurs les honnêtes gens du monde ? Voilà avec quoi l'on donne les beaux exemples que vous demandez, et qui vous passent : et à qui les demandez-vous ? À de pauvres gens que vous avez toujours offensés, maltraités, accablés, tout riches que vous êtes, et qui ont aujourd'hui pitié de vous, tout pauvres qu'ils sont. Estimez-vous à cette heure, faites les superbes, vous aurez bonne grâce ! Allez, vous devriez rougir de hont
    e.

    Molière (les femmes savantes)
    ARMANDE
    Mon Dieu, que votre esprit est d’un étage bas !
    Que vous jouez au monde un petit personnage,
    De vous claquemurer aux choses du ménage,
    Et de n’entrevoir point de plaisirs plus touchants,
    Qu’un idole d’époux, et des marmots d’enfants !
    Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires,
    Les bas amusements de ces sortes d’affaires.
    À de plus hauts objets élevez vos désirs,
    Songez à prendre un goût des plus nobles plaisirs,
    Et traitant de mépris les sens et la matière,
    À l’esprit comme nous donnez-vous toute entière :
    Vous avez notre mère en exemple à vos yeux,
    Que du nom de savante on honore en tous lieux,
    Tâchez ainsi que moi de vous montrer sa fille,
    Aspirez aux clartés qui sont dans la famille,
    Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs
    Que l’amour de l’étude épanche dans les cœurs :
    Loin d’être aux lois d’un homme en esclave asservie ;
    Mariez-vous, ma sœur, à la philosophie,
    Qui nous monte au-dessus de tout le genre humain,
    Et donne à la raison l’empire souverain,
    Soumettant à ses lois la partie animale
    Dont l’appétit grossier aux bêtes nous ravale.
    Ce sont là les beaux feux, les doux attachements,
    Qui doivent de la vie occuper les moments ;
    Et les soins où je vois tant de femmes sensibles,
    Me paraissent aux yeux des pauvretés horribles.
  • Extrait de la Femme de trente ans de Balzac.
    - Obéir à la société ?... reprit la marquise en laissant échapper un geste d'horreur. Hé ! monsieur, tous nos maux viennent de là. Dieu n'a pas fait une seule loi de malheur ; mais en se réunissant les hommes ont faussé son oeuvre. Nous sommes, nous femmes, plus maltraitées par la civilisation que nous ne le serions par la nature. La nature nous impose des peines physiques que vous n'avez pas adoucies, et la civilisation a développé des sentiments que vous trompez incessamment. La nature étouffe les êtres faibles, vous les condamnez à vivre pour les livrer à un constant malheur. Le mariage, institution sur laquelle s'appuie aujourd'hui la société, nous en fait sentir à nous seules tout le poids : pour l'homme la liberté, pour la femme des devoirs. Nous vous devons toute notre vie, vous ne nous devez de la vôtre que de rares instants. Enfin l'homme fait un choix là où nous nous soumettons aveuglément. Oh ! monsieur, à vous je puis tout dire. Hé bien, le mariage, tel qu'il se pratique aujourd'hui, me semble être une prostitution légale. De là sont nées mes souffrances. Mais moi seule parmi les malheureuses créatures si fatalement accouplées je dois garder le silence ! moi seule suis l'auteur du mal, j'ai voulu mon mariage.
  • Moi, si je devais passer une audition, je choisirais ce dernier texte.
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