Pour ou contre ?

Bonjour, j'ai trouvé cette phrase chez Hugo:

" Il se sentait une sorte de colère; il ne savait contre qui."

Par curiosité, j'ai cherché à savoir quelle était la construction de ce "contre qui" et je bloque un peu pour l'expliquer.
"Contre" est normalement une préposition, mais "savoir" est un transitif direct, donc pas de construction en préposition; mais "contre" peut aussi être adverbe.
Faut-il rattacher la construction de ce "contre qui" au "il se sentait une sorte de colère" en reconstituant la phrase qui est elliptique:

"il ne savait contre qui il se sentait en colère"?

Peut-on alors considérer que l'on a la construction d'une interrogative indirecte où "qui" est pronom interrogatif? "Contre" peut-il alors être pris pour un adverbe?
Ou bien j'affabule...?

Bref, bienvenue aux fins connaisseurs...

Réponses

  • Bâ Membre
    Bonsoir...


    Je suis d'accord avec vous quant à la phrase éliptique, que vous restituez, me semble-t-il, correctement.

    Du reste, je ne vois pas pourquoi il faudrait voir dans << contre >> un adverbe, ici... Je pencherais plutôt pour une préposition...
  • MilieMilie Membre
    Oui, pardon, je ne trouvais pas d'exemple de "préposition+ pronom interrogatif", donc pas défaut, je déduisais adverbe. Mais ma grammaire m'en fournit plein en réalité...
  • Oui, je pense que cela peut être (forme elliptique ) : "il ne savait contre qui il sentait une sorte de colère" ...A voir... :)
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir !

    A mon avis, c’est bien une subordonnée elliptique exprimant une interrogation indirecte.
    Elle est la transformation d’une interrogation directe qui utiliserait le pronom interrogatif « qui », réservé aux personnes, d’une manière prépositionnelle « avec qui ».
    Le passage à l’indirecte se fait au moyen de « ne pas savoir », qui appelle une interrogation implicite.
    Le verbe savoir, qui est transitif, n’empêche pas qu’il puisse avoir un complément circonstanciel en expansion.

    AUTRES EXEMPLES
    UN COMPLET :
    * On ne sait jamais AVEC QUI l’on couche. (PAUL VALÉRY)

    DEUX ELLIPTIQUES :
    * Je vais donc enfin vivre seul ! Et déjà, je me demande AVEC QUI. (SACHA GUITRY)
    * Mon mari me trompe, et je me demande bien AVEC QUOI... (ANONYME)
  • MilieMilie Membre
    Je suis d'accord pour la construction d'un circonstanciel après un verbe transitif bien sûr. Je ne l'envisageais simplement pas ici car, même avec cette structure elliptique (donc tout le monde est d'accord!) "contre qui" ne devient pas un complément circonstanciel mais reste le début d'une proposition interrogative indirecte dont le contenu n'est pas développé car présent dans la phrase précédente.
    Donc si on redécompose :
    "je ne sais contre qui" : "je ne sais" = principale avec négation totale
    "contre qui" = pronom interrogatif renvoyant à un animé, précédé d'une préposition et marquant le seuil d'une proposition interrogative indirecte elliptique du verbe et son groupe verbal et du groupe sujet "il"
    Mais je ne crois pas qu'il y ait de circonstanciel...ou alors dans "être en colère contre quelqu'un", il faudrait considérer "contre quelque'un" comme un circontant, ce que je ne crois pas...Peut-on considérer le groupe "être en colère" comme un verbe support équivalent à "s'énerver" et construisant un COI ?
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir, Milie !

    "Etre en colère contre quelqu'un".

    Je pense que vous êtes influencée par la définition que l'on donne parfois au CO : l'objet sur lequel porte l'action du sujet. Et vous faites logiquement porter la colère sur quelqu'un.

    "Etre en colère" peut cependant se suffire ; le complément éventuel ne sera donc pas essentiel, à l'inverse du CO.
    Le circonstant précise qu'on n'est pas en colère contre soi, contre la fatalité, etc., mais contre quelqu'un.
    Et il me semble avoir les caractères d'un CC complément de verbe : il peut être effacé, mais ne peut pas être déplacé. C'est un complément adverbial au sens strict ; il exprime ici la direction, si j'ose dire.

    C'est aussi valable pour "je ne sais pas contre qui".
    Je ne fais pas de différence pour "s'énerver", qui peut être construit avec un CC de cause.

    C'est pareil pour les trois citations : "avec qui / quoi" est un circonstant, qui est le seuil de l'interrogative indirecte explicite ou elliptique. A cette différence près qu'ils sont obligatoires, étant sous la dépendance de "je me demande" et non plus sous celle de "être en colère".

    Je ne vois pas d'autre analyse possible, mais je peux me tromper.

    Bonne soirée !
  • MilieMilie Membre
    J'avoue que moi-même l'explication du COI ne me plait pas vraiment. Pour le circonstant tel que vous le présentez:

    "il me semble avoir les caractères d'un CC complément de verbe"

    Précisément un CC n'est pas complément de verbe!!
    De plus, si l'on prend un autre exemple (je prends une phrase de ma grammaire pour être sûre):
    "Il est interdit d'écrire sur les murs" = "sur les murs", COI de "écrire" pourtant on peut avoir "il est interdit d"écrire" donc avoir un emploi absolu du verbe transitif. Cela pourrait expliquer que "être en colère" puisse se construire de façon autonome.
    Ce qui me freinait plus était la possibilité du verbe "être", même en locution, à construire un COI..... Ce qui ne m'éclaire pas plus sur la nature de "contre qui" en effet!Il ne resterait que le circonstant alors ?...
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir, Milie !

    Quand vous me dites que, dans « Il est interdit d’écrire SUR LES MURS », votre grammaire considère le complément prépositionnel comme un COI, je suis décontenancé. Entre autres critères, la préposition « sur » ne dépend pourtant pas du verbe, puisqu’on peut aussi écrire au-dessus du mur et derrière le mur.

    Je sais bien que, dans « Je vais À PARIS », certains (et même la plupart) analysent le complément comme un COI, mais cela, je peux le comprendre et je l’ai accepté : quand j’étais jeune, c’étaient tous des CC, mais, depuis lors, l’analyse s’est affinée, au grand dam des parents, qui ne comprennent plus et qui doivent se recycler, comme je l’ai fait moi-même. Encore heureux lorsque les grammaires ne sont pas discordantes !

    Je pense que je ne me suis pas bien expliqué et même que je me suis un peu fourvoyé. J’ai cependant l’impression que, dans l’énoncé « litigieux », nous ne trouverons pas de meilleure explication que celle de circonstant. Je pense aussi qu’il faut prendre « être en colère » comme une locution verbale, en raison de l’absence de l’article.
    A bientôt pour la suite !

    Bonne soirée !
    Cordialement vôtre,
    Edy
  • Bâ Membre
    Bonsoir!


    << Être en colère contre quelqu'un. >>

    D'abord, << être >>, copule, ne se construit jamais (à ma connaissance) avec un régime (ou << C.O. >>).
    Quand on dit << être en colère >>, alors << en colère >> est attribut du sujet de la copule. Sur le plan sémantique, il s'agit d'un état de ce sujet. Quand au syntagme qui reste, << contre quelqu'un >>, si l'on regarde les autres mots de la phrase, il n'y a que deux solutions: soit il se rapporte au sujet, soit il se rapporte à l'attribut du sujet, soit il est complément de phrase (il ne peut pas être complément de la copule). Je pense que ce syntagme complète l'attribut, et, plus précisément, qu'il complète << colère >>.

    Je résume: soit la phrase << Je suis en colère contre lui. >>

    << Je >> => sujet
    << suis >> => copule
    << en colère contre lui >> => attribut du sujet << je >>
    _ Détail de l'attribut du sujet:
    << en colère >> => noyau
    << contre lui >> => génitif de << colère >>.
  • Bâ Membre
    Du reste, si, en synchronie, en prend << être en colère >> comme une locution verbale, alors << contre qqn >> en devient le régime indirect, en effet.


    Quant à ce que vous dîtes de << écrire sur... >>, sans utiliser les mêmes arguments qu'Édy, je soutiendrais la même thèse: j'y vois plus un C.C. qu'un régime. Êtes-vous sûre de votre paraphrase?
  • MilieMilie Membre
    Je pensais être sûre de mon exemple pris à mon cours de grammaire de CAPES sur la complémentation des verbes et où le professeur nous donnait la référence de la GMF de Riegel. Vérification faite, je n'ai rien trouvé à la page indiquée... Mea culpa d'avoir fait confiance à mon professeur! :/
    Je comprends vos deux explications, mais si je fais le bilan, l'un me propose pour "contre qqn" un circonstant donc complément de phrase, et l'autre un complément du nom "Colère" (je suis d'accord pour la construction de l'attribut,c'est ce que j'ai trouvé chez Riegel, c'est d'ailleurs l'exemple qui est donné pour l'attribution).
    Nous restons donc avec 2 explications pour un phénomène!
  • Bâ Membre
    Ces phrases illustreront peut-être, au niveau sémantique, la construction que je vous propose.

    << - Dans quel état était il?
    - En colère contre elle. >>.

    Qu'en pensez-vous?
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