Passer l'agrégation de lettres modernes sans jamais avoir fait de latin ni d'ancien français

Bonjour à tous,

Alors voilà... Je viens de finir mon doctorat de littérature française et je commence vraiment à paniquer. Je ne sais pas quoi faire de ma vie. J'ai déjà 27, absolument aucune expérience professionnelle, et beaucoup de doutes. Plus je réfléchis, plus je me dis qu'aucun métier n'est fait pour moi, ou plutôt que moi je ne suis fait pour aucun métier.

Pourtant il faut bien que je travaille, et étant de santé fragile je n'envisage absolument pas de travailler 35h dans un magasin ou une entreprise. De plus, je suis arrivé jusqu'au Doctorat et j'aimerais vraiment enseigner, même si l'idée d'être envoyé dans un établissement situé en ZEP ou très difficile me terrifie.

Je me dis que la seule possibilité pour moi est peut-être de passer l'Agreg, comme m'a conseillé mon directeur de thèse ainsi que des amis enseignants. Ceci dit je n'ai jamais fait de Latin ni d'Ancien Français, vraiment jamais (débutant absolu). Je me dis qu'en une année je ne serai jamais en mesure de réussir ce concours, mais peut-être qu'un deux ou trois ans si ? Je me donne jusqu'à 30 ans pour commencer à travailler, parce que là maintenant je ne vois aucune issue possible et je commence vraiment à désespérer.

Que me conseillez-vous ? Dois-je déjà lire des livres (si oui lesquels ?) pour avoir des bonnes bases et seulement l'année prochaine m'inscrire à une préparation à la fac ? Dois-je passer aussi le Capes, tout en sachant que je suis très fragile et que si je suis envoyé dans une banlieue difficile cela risque de me tuer ?

Merci d'avance pour vos conseils, pas de jugement s'il-vous-plait.

Antoine

Réponses

  • Dois-je passer aussi le Capes, tout en sachant que je suis très fragile et que si je suis envoyé dans une banlieue difficile cela risque de me tuer ?

    Les agrégés sont envoyés en banlieue difficile comme les certifiés, l'agrégation ne te garantit pas une affectation favorable. Parmi les métiers intellectuels, l'enseignement est un métier quand même très physique, y compris lorsque les conditions sont favorables (souvent les stagiaires perdent quelques kilos les années où ils commencent ;) ); bien entendu, ce n'est pas de la maçonnerie, mais il ne faut pas croire qu'il s'agit seulement de parler.

    Pourquoi ne pas tenter la préparation du concours de conservateur des bibliothèques ?

    http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid23207/conservateur-d-etat-des-bibliotheques.html#_Missions%20des%20conservateurs%20des%20biblioth%C3%A8ques
  • Les agrégés sont envoyés en banlieue difficile comme les certifiés, l'agrégation ne te garantit pas une affectation favorable.
    Je confirme. Et les affectations que l'on croit favorables ne le sont pas forcément.
    Plus tu retardes le moment de travailler, moins tu en auras envie. Trente ans ? Mais c'est vieux ! C'est bac + 12...Tout ça pour passer un CAPES ou une agrégation...Je ne sais pas si tu ne devrais pas essayer le concours proposé par Varney.
  • lys75lys75 Membre
    Merci pour votre réponse.

    Oui, j'ai passé le concours de conservateur pour la première fois cette année mais je n'ai pas été admissible (j'ai fait un hors sujet en dissert). Mais j'ai l'impression que même si j'allais à l'oral je ne serais pas pris, car ils privilégient des personnes ayant une grande expérience en bibliothèques et je n'en ai aucune. J'ai essayé de trouver des jobs même de magasinier en bibliothèque pour acquérir une expérience du milieu mais à chaque fois on me dit que sans expérience c'est impossible. Cercle vicieux donc !

    Le souci c'est que si je bosse à fond pour un concours, je ne peux pas bosser vraiment pour un autre, et je perds un temps fou pour rien en fin de compte, car je me retrouve les mains vides et dans une situation de plus en plus angoissante car il faudrait quand même que je commence à cotiser pour ma retraite et tout.

    Oui je sais que l'on peut quand même être envoyé en zones difficiles si on est mal classé à l'agreg (ce qui risque d'être mon cas vu mon niveau zéro en latin et en ancien français). Mais le fait d'avoir un Doctorat n'aide en rien ?! Mon directeur de thèse m'avait dit qu'il y avait des possibilités en classe prépa éventuellement… ou éventuellement dans un coin de campagne tranquille...? ça ne me gênerait pas même si je préférerais rester à Paris bien sûr.

    Ce qui me fait peur dans les zones difficiles ce n'est pas tant les élèves pas intéressées ou distraits, ça je m'en fous à la rigueur. Ce qui m'effraie c'est l'idée d'être pris pour cible car je suis un jeune homme très fin et efféminé, blond aux yeux bleus, très raffiné. Je ne voudrais quand même pas me faire traiter de "sale pédé" tous les jours ou me faire tabasser, voire violer, par des bandes de jeunes des cités…
  • DeliaDelia Membre
    Jamais travaillé jusqu'à vingt sept ans ? De quoi donc vivez-vous ?
  • lys75lys75 Membre
    C'est pas que je n'ai jamais travaillé dans l'absolu, j'ai fait des traductions et donné des cours particuliers de temps en temps, mais je n'ai jamais eu de "vrai" travail rémunéré avec fiche de paie. Je vis avec très peu d'argent, ce n'est pas un problème.
  • DeliaDelia Membre
    Comme Marguerite Yourcenar, donc...
    Autre temps, autres mœurs : elle se jugeait privilégiée
  • On peut être envoyé dans une banlieue très difficile même en étant premier à l'agreg... Le classement ne garantit absolument rien. Ce qui me fait peur pour vous, c'est que vous allez toujours vous sentir jugé; même dans une classe "privilégiée", il peut y avoir de la violence partout, verbale comme physique. Si vous ne vous sentez pas à l'aise, ce sera très dur de toute façon; il faut plusieurs années pour s'habituer à enseigner, et à être tout le temps observé, jugé. Les élèves, de n'importe quel milieu, trouvent toujours un moyen d'être perturbateurs/violents avec les professeurs qu'ils ne respectent pas. Je me souviens que dans mon collège, plutôt bon, le professeur de latin avait une apparence très efféminée, et pourtant il ne s'est jamais fait embêté; il avait de l'autorité, droit dans ses bottes. Par contre, dans la classe du prof d'anglais, un grand gaillard d'apparence tout à fait lambda, les chaises volaient littéralement.

    Je rejoins aussi l'avis de Varney sur le côté physique du métier de professeur. Sinon, pour répondre à votre question initile, je pense que rattraper en deux/trois ans le niveau peut êtr envisageable; tout dépend bien sûr de votre efficacité, et de vos compétences dans les autres exercices qu'on vous demande. C'est vrai que c'est beaucoup de sacrifices pour un métier qui n'est pas sûr de vous plaire. Vous pourriez essayer de postuler comme contractuel, dans le public ou le privé, pour vous tester.
  • Je vis avec très peu d'argent, ce n'est pas un problème.
    A Paris en plus, et vu le prix des logements ?
    Donne-moi vite la recette que je la donne à mes enfants. ;)
    Quant à ton look, eh bien, tu le revois à la mode passe-partout, si tu ne veux pas te faire remarquer. J'ai eu une collègue homosexuelle. Cela ne se lisait pas sur son apparence. Et elle ne marchait pas avec une pancarte le publiant.
    Une fille épatante.
    Tu es blond aux yeux bleus. Quelle chance ! Mon rêve !
    Je ne vois pas le problème.
    J'ai enseigné dans un lycée de ZEP où la principale était toute petite. Personne ne bronchait.
    Il faut cesser de faire une fixation sur toi ou bien passer un concours administratif qui te reléguera au fond d'un bureau.
    A moins que tu aies suffisamment de ressources pour continuer à vivre sans travailler. Auquel cas, n'essaie même pas. :)
    Quant aux possibilités en classe préparatoire, il ne faut pas rêver. Réservées aux anciens normaliens (c'est la moindre des choses) et aux agrégés en milieu ou en fin de carrière. Ce n'est pas non plus la planque.
  • Lys75,

    Je crois que nous avons déjà eu une conversation similaire il y a quelque temps. Manifestement, vous cherchez encore votre voie. Pour être honnête avec vous, je peine à comprendre comment vous avez pu faire des études de lettres sans latin ni ancien français. Je peine aussi à comprendre comment vous avez pu faire un doctorat sans passer l'agrégation au préalable. Cependant, ce qui est fait est fait, et il ne sert à rien de remuer le couteau dans la plaie.

    Je partage entièrement les différentes idées exprimées précédemment par mes collègues. J'ai le sentiment que votre méconnaissance du métier d'enseignant et du fonctionnement de l'Éducation Nationale vous gêne dans votre réflexion. Je ne vous connais pas personnellement, mais je crois que le mieux pour vous serait de vous jeter à l'eau le plus tôt possible. Pourquoi ne pas postuler comme contractuel et passer le CAPES le plus tôt possible ? En travaillant dans un établissement vous pourrez apprendre le métier et profiter au quotidien de l'expérience de vos collègues. En ce qui me concerne, les discussions autour de la machine à café en salle des profs constituent la meilleure formation que j'ai reçue !

    Puisque votre future affectation vous inquiète, pourquoi ne pas demander à l'un de vos amis enseignants de vous expliquer la façon dont se passe le mouvement inter-académique et intra-académique. Cela vous aidera notamment à relativiser l'intérêt de l'agrégation dans ce domaine.

    Je comprends tout à fait vos angoisses au sujet du métier car je les ai partagées et je les partage peut-être encore dans une certaine mesure. Cela dit, il faut dédramatiser. Se faire tuer ou violer par les élèves est assez rare ! En outre, il faudrait aussi relativiser. Si vous croyez être le premier prof blond et efféminé à embrasser la carrière d'enseignant, vous vous mettez le doigt dans vos beaux yeux bleus ! Comme l'ont très bien dit mes collègues, faire face à une classe, ça s'apprend. Cela peut être dur - surtout au début - mais ça vient, pour peu que l'on accepte de se retrousser les manches. Ceux qui ont écrit avant moi ont évoqué des exemples de leur connaissance, et je pourrais moi aussi en citer.

    Je vous souhaite bonne chance dans la suite de votre parcours, et une bonne rentrée si vous décidez d'appeler le rectorat lundi matin :)

    Au plaisir,
    Un jeune prof blond aux yeux bleus qui n'a malheureusement pas un physique de bucheron.
  • AmmyAmmy Membre
    Dans un collège de quartier très favorisé les ados peuvent aussi être très cruels... L'actualité a récemment donné l'exemple d'agressions sexuelles récurrentes dans un collège très "chic" de Paris par des gamins de bonne famille. Et les jeunes de banlieue peuvent aussi être très sympas et humains face à nos faiblesses (comme ils peuvent être terribles...). Bref, ce n'est pas si schématique. J'ai eu des classes de ZEP très attachantes, j'ai eu aussi en remplacement une classe de 4ème odieuse dans un collège très favorisé (avec des gamines filles d'avocat et de médecin qui me prenait pour une moins que rien). Quant aux coins de campagne tranquilles, là encore on n'est pas sûr d'y trouver autant d'ouverture d'esprit et de tolérance face aux différences.
    L’agrégation donne quelques points supplémentaires pour les mutations, mais quand on débute on en a très peu avec ou sans agreg. Les places en prépa sont bien difficiles à obtenir, surtout en débutant. Il est délicat de tout miser sur cette éventualité.
  • Des élèves d'un collège très difficile de Trappes, en première année, m'ont effectivement traiter de *, * ,etc. Et alors? Ils se lassent. Et en fin d'année j'ai réussi à leur faire découvrir Mallarmé et regarder la poésie d'un autre œil. Tabasser? Violer? Ce ne sont pas des sauvages!
  • kazachekazache Membre
    Pour répondre à la question initiale concernant le latin et l'ancien français, oui, c'est possible, avec un travail quotidien l'année qui précède le concours, d'éviter le gouffre en latin et en ancien français. L'idéal étant, pour le latin, des cours particuliers en intensif d'abord, pour comprendre le mécanisme de la langue, et de la traduction tous les jours ensuite.
    Deux exemples personnels : j'ai eu en cours particuliers une élève qui rentrait en hypokhâgne et qui n'avait jamais fait de latin. Nous avons fait 20h durant le mois d'août qui précédait sa rentrée, et le professeur de son hypokhâgne a pris la suite. Elle a finit par avoir des notes tout à fait honorables au bout de six mois.
    Par ailleurs, pour ma part, j'ai commencé la préparation agrégation l'an dernier en n'ayant jamais fait réellement d'ancien français. J'ai travaillé régulièrement le texte au programme, j'ai traduit toutes les semaines et fait l'imposant travail que nous donnait notre professeur. J'ai eu 8 en Ancien Français aux écrits, ce n'était pas ma plus basse note et cela ne m'a pas empêchée d'être admissible. Donc ne pas avoir fait de latin ni d'ancien français n'est pas nécessairement un frein à votre concours si vous travaillez d'arrache-pied l'année qui précède le concours, mais il faut impérativement un travail régulier, voire quotidien.
    Pour la seconde réflexion, qui est d'aller vers l'enseignement "par défaut", je rejoins les messages précédents, en précisant toutefois que l'Education Nationale permet, sous certificat médical, d'enseigner à distance, avec le CNED, ce qui évite le contact direct avec les élèves. Sinon, l'agrégation ne garantit pas la tranquillité avec des élèves, (leur milieu social rentre parfois moins en compte que la période même de l'adolescence !!) et l'enseignement sollicite autant que l'animation.
    Bon courage pour vos choix et réflexions.
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