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Réponses

  • Est-ce que vous avez eu la possibilité d'aller en URSS à cette époque ? Et si oui quelle était l'attitude des gens par rapport à leur quotidien ?
    Pour ma part, j'ai eu l'occasion d'aller en URSS en 1982. Par le train depuis Paris jusqu'à Moscou. J'y ai passé quelques jours, puis quelques jours aussi à Leningrad. Ensuite j'ai pris le Transsibérien pour me rendre au bout du pays, non pas à Vladivostok qui était alors interdite aux étrangers, mais à Nakhodka, avant de traverser la mer du Japon en quatre jours.
    Je n'ai observé ni clochards, ni délinquance. Je ne dis pas qu'il n'y en avait pas, seulement que je n'ai pas vu.
    Je me suis promenée librement, du moins avais-je cette impression...(tout comme j'avais traversé à bord de ma Renault 5 la Roumanie de Ceaușescu en 1977.)
    Les villes me semblaient tristes, les commerces peu fournis, le Goum misérable. Et Leningrad n'avait rien en commun avec le Saint-Petersburg que j'ai revu il y a quelques années. C'était beau mais sinistre.
    Les jeunes de mon âge ne cessaient de vouloir m'acheter mon jean à prix d'or, quoiqu'il fût tout à fait ordinaire et même usagé. Ils n'allaient pourtant pas tout nus et leurs pantalons ressemblaient fort au mien. Mais la fascination de l'Occident !
    Mon russe étant faible, je n'ai pu échanger comme je l'aurais voulu.
    Dans le Transsibérien un peu plus peut-être, mais peu toujours à cause de mon niveau de langue. Les gens montaient dans le compartiment pour un ou deux jours, puis ils redescendaient, arrivés à leur destination. Ils commentaient en s'esclaffant mon jeu d'échecs. Pas de vrais échanges sur leur quotidien, seulement, ce que leur allure me permettait d'imaginer. Mais l'imagination...
    J'ai vu pas mal de marché noir aux arrêts du Transsibérien. Les paysans venaient vendre quelques légumes. On voyait passer des jambons par les fenêtres du train...
    Et alors que nous mangions comme des nababs au début, à la fin, après dix jours ou plus, il n'y avait plus grand chose; ;)
    Voilà. C'était Souvenir de voyage de Laosh(i)
  • C'est quelque chose que j'aurais aimé voir, la Russie soviétique.

    C'était facile pour obtenir un visa à l'époque ?
  • Oui, en passant par l'Intourist. Je te l'ai déjà expliqué dans une autre discussion.
  • C'est quelque chose que j'aurais aimé voir, la Russie soviétique.
    Voir, c'est beaucoup dire. Et y vivre, encore autre chose. Il aurait fallu que j'y demeure plus longtemps et surtout que je parle couramment
    J'y suis retournée en 2003, j'ai logé chez l'habitant à Moscou et à Saint-Pétersburg, j'en ai appris beaucoup plus sur la période soviétique, et j'avoue que ce que j'ai vu et entendu de la part de mes logeurs ne m'a pas forcément convaincue que la nouvelle Russie était le paradis. Mais ils sont contents de pouvoir sortir de chez eux, d'aller à l'étranger...lorsqu'ils en ont les moyens, et ce sentiment de liberté est très important.
  • Oui, en passant par l'Intourist. Je te l'ai déjà expliqué dans une autre discussion.

    Je connais l'Intourist, mais avant de donner un Visa est-ce qu'ils faisaient une enquête ou ce genre de choses ?

    @ Laoshi

    Mais d'après tout ce que je lis, j'ai l'impression qu'une ambiance assez sombre se dégageait de la Russie soviétique, notamment le côté gris (bâtiments notamment).
  • Aux XVIIIème et XIXème siècles, le rayonnement de la langue et de la culture françaises dans l'aristocratie et l'intelligentsia russes était extraordinaire : jugez-en d'après l'incipit de La guerre et la paix (en français dans le texte !) :
    — Eh bien, mon prince. Gênes et Lucques ne sont plus que des apanages, des поместья, de la famille Buonaparte. Non, je vous préviens que si vous ne me dites pas que nous avons la guerre, si vous vous permettez encore de pallier toutes les infamies, toutes les atrocités de cet Antéchrist (ma parole, j'y crois) — je ne vous connais plus, vous n'êtes plus mon ami, vous n'êtes plus мой верный раб, comme vous dites. Ну, здравствуйте, здравствуйте. Je vois que je vous fais peur, садитесь и рассказывайте. Так говорила в июле 1805 года известная Анна Павловна Шерер, фрейлина и приближенная императрицы Марии Феодоровны, встречая важного и чиновного князя Василия, первого приехавшего на ее вечер. Анна Павловна кашляла несколько дней, у нее был грипп, как она говорила (грипп был тогда новое слово, употреблявшееся только редкими). В записочках, разосланных утром с красным лакеем, было написано без различия во всех: «Si vous n'avez rien de mieux à faire, Monsieur le comte (или mon prince), et si la perspective de passer la soirée chez une pauvre malade ne vous effraye pas trop, je serai charmée de vous voir chez moi entre 7 et 10 heures. Annette Scherer». — Dieu, quelle virulente sortie! — отвечал, нисколько не смутясь такою встречей, вошедший князь, в придворном, шитом мундире, в чулках, башмаках и звездах, с светлым выражением плоского лица. Он говорил на том изысканном французском языке, на котором не только говорили, но и думали наши деды, и с теми, тихими, покровительственными интонациями, которые свойственны состаревшемуся в свете и при дворе значительному человеку. Он подошел к Анне Павловне, поцеловал ее руку, подставив ей свою надушенную и сияющую лысину, и покойно уселся на диване.

    La phrase que j'ai soulignée signifie : "Il parlait cette langue française raffinée dans laquelle non seulement parlaient, mais encore pensaient nos grands-parents" (Traduction maladroite, mais littérale).

    On comprend que le français ait ainsi joué un grand rôle dans l'élaboration de la prose russe, surtout chez Tolstoï et Tourguéniev.
  • Oui, la langue française a vraiment un grand prestige. En Russie il y a même moyen de faire des études de médecine... en français. A Riazov et Tambov. Idem pour les études de pharmacie.

    Dans de nombreux romans russes les personnages se parlent même parfois en français, alors qu'ils sont entre Russes. Anna Karénine notamment.
  • Je crois que c'est La guerre et la paix qui remporte la palme. Regardez le début d'une lettre de trois pages entièrement rédigée en français (I, 22 (24)) :
    «Tout Moscou ne parle que guerre. L'un de mes deux frères est déjà à l'étranger, l'autre est avec la garde qui se met en marche vers la frontière. Notre cher empereur a quitté Pétersbourg et, à ce qu'on prétend, compte lui-même exposer sa précieuse existence aux chances de la guerre. Dieu veuille que le monstre corsicain, qui détruit le repos de l'Europe, soit terrassé par l'ange que le Tout-Puissant, dans sa miséricorde, nous a donné pour souverain. Sans parler de mes frères, cette guerre m'a privée d'une relation des plus chères à mon cœur. Je pane du jeune Nicolas Rostoff qui avec son enthousiasme n'a pu supporter l'inaction et a quitté l'université pour aller s'enrôler dans l'armée. Eh bien, chère Marie, je vous avouerai, que, malgré son extrême jeunesse, son départ pour l'armée a été un grand chagrin pour moi. Le jeune homme, dont je vous parlais cet été, a tant de noblesse, de véritable jeunesse qu'on rencontre si rarement dans le siècle où nous vivons parmi nos vieillards de vingt ans. Il a surtout tant de franchise et de cœur. Il est tellement pur et poétique, que mes relations avec lui, quelques passagères qu'elles fussent, ont été l'une des plus douces jouissances de mon pauvre cœur, qui a déjà tant souffert. Je vous raconterai un jour nos adieux et tout ce qui s'est dit en partant. Tout cela est encore trop frais. Ah! chère amie, vous êtes heureuse de ne pas connaître ces jouissances et ces peines si poignantes. Vous êtes heureuse, puisque les dernières sont ordinairement les plus fortes! Je sais fort bien que le comte Nicolas est trop jeune pour pouvoir jamais devenir pour moi quelque chose de plus qu'un ami, mais cette douce amitié, ces relations si poétiques et si pures ont été un besoin pour mon cœur. Mais n'en parlons plus. La grande nouvelle du jour qui occupe tout Moscou est la mort du vieux comte Безухов et son héritage. Figurez-vous que les trois princesses n'ont reçu que très peu de chose, le prince Basile rien, et que c'est M. Pierre qui a tout hérité, et qui par-dessus le marché a été reconnu pour fils légitime, par conséquent comte Безухов est possesseur de la plus belle fortune de la Russie. On prétend que le prince Basile a joué un très vilain rôle dans toute cette histoire et qu'il est reparti tout penaud pour Pétersbourg.
    (Tolstoï, œuvres complètes, éd. d'État, accessibles en ligne)

    Excellent style, n'est-ce pas ? (Sauf peut-être pour le mot "corsicain", à la 4ème ligne).

    Au XXème siècle, les écrivains, qu'ils partageassent ou non l'idéologie soviétique, ont cherché à revenir à des traditions plus authentiquement russes tant dans le style que le vocabulaire, ce qui fait que Soljénitstyn, pour ne prendre que cet exemple, est beaucoup plus difficile à lire que Tolstoï, ou même Dostoiévsky.
  • Pour quelqu'un qui n'est pas un francophone "de naissance" c'est clair que c'est impressionnant. En fait il écrit même mieux que la plupart des francophones je pense.

    Pour Guerre & Paix j'avoue ne pas avoir eu le courage de le lire. C'est un monument de la littérature russe pourtant. C'est un tort.
  • Il y a des longueurs, mais des passages merveilleux... Je le relis pour la seconde fois.
  • Simon, puisque tu sembles être un slavophile confirmé, je me permets de surenchérir sur Jacques et de te conseiller la lecture de La Guerre et la Paix, l'un des plus grands romans de la littérature universelle - à laquelle les écrivains russes du XIXe siècle ne furent pas les moindres contributeurs. :)
  • Oui, je vais vraiment m'y mettre ! :)
  • Et pour être tout à fait franc, je suis d'accord avec Jacques : il y a quelques longueurs.

    Mais ne vaut-il pas mieux des longueurs de Tolstoï que des récits concis mal écrits ? :)
  • Oui, mais ce ne sont pas des longueurs comme chez Balzac ou certains réalistes mineurs, elles peuvent tout à fait s'accorder parfois d'une certaine concision. Disons que l'œuvre tient plus de l'épopée que du roman : les épisodes semblent pouvoir s'y succéder sans épuiser jamais la matière ni le sujet général (le titre lui-même fait songer à une fresque monumentale).
  • Ce n'est pas un crime de lèse-Tolstoï que de lire quelques pages en diagonale.
  • Oui, s'il s'agit simplement de "prendre connaissance" de l'œuvre.
    Mais encore faut-il bien choisir ses diagonales... ;)

    Je parlais de concision : Tolstoï fait parfois penser à Stendhal, dont la Chartreuse de Parme aurait du reste déterminé la vocation.
  • La seule « longueur » que j'ai ressentie concerne son analyse sur la stratégie de Napoléon et la retraite de Russie, d'un point de vue russe. J'ai trouvé ce passage très intéressant et j'ai appris par la suite que cette théorie est défendue par de nombreux historiens.

    De là à relire ce passage, en effet...

    Pour le reste, l'histoire est tellement complexe et le nombre de personnages si important qu'une relecture me semble le minimum pour avoir une vue d'ensemble à peu près correcte de cette fresque monumentale (le terme convient bien, en effet).
  • La place de la femme dans la société russe (et soviétique) est intéressante. Au départ elles avaient beaucoup de droits et une situation en avance sur celle des pays ouest européen (droit de divorcer, d'avoir un compte bancaire, etc.), mais apparemment leur situation se dégrade depuis quelques années.

    http://russerennes2.over-blog.com/article-21986701.html
  • Je ne suis pas un défenseur du régime soviétique, loin de là, mais il faut avouer qu'il avait voulu instituer une égalité totale entre l'homme et la femme. Mais les décisions politiques ne font pas toujours changer les mentalités... Ainsi l'avortement, pour ne prendre que cet exemple, était mal considéré et s'effectuait quelquefois dans des conditions peu satisfaisantes tant médicalement que psychologiquement. Je conserve en la matière des témoignages précieux et éloquents datant des années 70.
  • Mais en Russie actuellement, j'ai vu le témoignage de plusieurs femmes russes qui disent que la société est machiste, et je me pose la question : comment cela se fait qu'il n'y a pas de mouvements féministes là-bas ?

    On vante aussi souvent les beautés russes toujours bien apprêtées, mais est-ce que cette féminité est voulue par les femmes, ou est-ce qu'instinctivement elles le font parce que c'est ce qu'on attend d'elles ?
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