Bonjour à tous,

Plus de 5000 lectures pour Sophocle, plus de 8000 pour Thucydide, c’est encourageant !
Cette année, je m’attelle aux Hymnes de Callimaque. Ce recueil, au programme de l’agrégation, est original par son lyrisme (alors que les hymnes homériques sont essentiellement tournés vers l’épopée), et par le fait qu’aucune pièce ne ressemble vraiment à l’autre. Comme la source que fit jaillir le sabot de Pégase, l’inspiration du poète semble inépuisable.

Je ne suivrai pas l’ordre du recueil, pourtant traditionnel ; j’opérerai suivant mes préférences. Je commencerai donc par l’hymne Sur les bains de Pallas que j’aime pour la beauté de ses évocations et la richesse des significations que peut prendre l’histoire de la cécité de Tirésias ; on peut peut-être aller jusqu’à convoquer la psychanalyse, qui sait ? Mais les agrégatifs aborderont sûrement tout cela dans leurs cours.

Contrairement à mes traductions précédentes, celle-ci n’est pas à proprement parler littérale. Je n’ai pas voulu défigurer la belle poésie de Callimaque en lui imposant un mot à mot inélégant. Je me suis efforcé de serrer le texte d’aussi près que possible, d'où d'inévitables lourdeurs, mais je n’ai pas toujours pu conserver :
- l’ordre des mots grec, même en cas de rejet,
- la traduction des participes, souvent remplacés par des groupes infinitifs ou des propositions,
- la traduction de toutes les particules. J’ai souvent dû donner le sens de « et » à δέ, contrairement aux principes que je m’étais fixés pour Sophocle et Thucydide.
J’aurais été tenté parfois d’introduire un peu plus de lyrisme dans mon texte, mais traduire n’est pas récrire. Et puis, quelle utilité pour les agrégatifs ? Un jour peut-être, mais la vie est si brève…

J’ai suivi le texte établi par Émile Cahen, puisque c’est l’édition des Belles Lettres qui fait foi, même si certaines leçons proposées par d’autres éditeurs pouvaient paraître plus satisfaisantes. Dans l'ensemble, le texte est assez bien établi, mais il suffit d’une épithète rare ou d’un mot pris dans un sens inhabituel pour que les copistes aient un peu cafouillé !

Comprendre et traduire Callimaque ne sont pas choses faciles, et le Bailly s’avère insuffisant (préférez-lui le Liddell-Scott), et les traductions ne courent pas les rues, jugez-en :
- celle de La Porte du Theil, reproduite dans les sites en ligne, date de 1775… Elle est bonne pour le sens général, mais « résume souvent plus qu’elle ne traduit » (Émile Cahen). Je lui ai emprunté la belle expression marquée du signe ** ;
- celle de de Wailly, en vers, date de 1842. Je n’ai pas cru bon de la consulter ;
- celle d’Émile Cahen (éd. Les Belles Lettres) remonte à 1922. Les rééditions n’ont rien modifié. Les mots ou expressions que je lui ai empruntés sont marqués du signe* (par honnêteté, et afin de prévenir d’éventuels griefs de plagiat) ;
- celle de A. W. Mair (éd. Loeb) date de 1921 et a été rééditée en 1955. La traduction (anglaise bien sûr) me semble excellente et je vous conseille vivement de l’utiliser. Il semblerait que l’anglais se prête mieux que le français à une traduction à la fois fidèle et élégante. Par souci d’archaïsme, l’auteur utilise des vieilles formes comme « thou mayst », « he hath » (subjonctif, je crois), etc… Bien que goûtant peu la langue anglaise, je trouve que ce style sert bien l’auteur qui, après tout, s’inspire de la lyrique ancienne.
A ma connaissance, il n’y a aucune traduction moderne de Callimaque…
La langue de cet auteur est difficile : la préciosité de certaines images rend parfois hasardeux l’établissement du sens, sans parler de la traduction. Je ne prétends pas faire mieux que les spécialistes, mais j’essaie modestement de prendre parti en cas de divergences.

SUR LES BAINS DE PALLAS

Cet hymne est écrit en dialecte dorien poétique, ce qui veut dire que ce dialecte n’est pas pur, comme chez Homère. Vous trouverez parmi les notes l’explication de certaines formes non présentes dans le Bailly ou difficiles à trouver. Ces formes ne font d’ailleurs plus difficulté à mesure qu’on s’habitue à la langue de chaque hymne. Attention aux tmèses, nombreuses, qui peuvent faire perdre du temps. Je les signale toutes.

Pour ce qui est de la versification, c’est simple : l'hymne est écrit en distiques élégiaques (un hexamètre suivi d’un pentamètre). Les élisions sont toujours marquées dans les textes poétiques grecs. Bien se rappeler que les diphtongues, même si elles sont brèves morphologiquement, sont toujours à considérer comme longues dans la scansion.
Voici le schéma métrique du premier distique :
− − | − ∪ ∪ | − || − |− ∪ ∪ |− ∪ ∪ | − −
− ∪ ∪ | − − | − ||− ∪ ∪ |− ∪ ∪ |−



Vous toutes qui êtes les **ministres des bains** de Pallas, paraissez,
paraissez ; j’ai entendu à l’instant hennir les *cavales*
sacrées et la déesse toute prête s’avance.
Hâtez-vous donc, hâtez-vous, blondes filles des Pélasges.
Jamais Athéna n’a lavé ses bras puissants 5
Avant d’avoir chassé la poussière des flancs de ses chevaux,
Pas même le jour où, portant toutes ses armes souillées d’une boue sanglante,
Elle revint de chez les iniques fils de la Terre.
Mais en tout premier lieu, après avoir dételé du char les cous de ses chevaux,
dans les ondes de l’Océan elle lava 10
leur sueur et les éclaboussures, puis purgea
des bouches qui rongent le frein toute l’écume épaissie.
Allez ! ô Achéennes, pas de parfums et pas de fioles d’albâtre
- j’entends, sous le char, le bruit des essieux –,
pas de parfums pour Pallas, **ministres des bains**, et pas de fioles d’albâtre 15
- car Athéna n’aime pas les onguents mélangés –,
n’apportez rien, pas non plus de miroir ; son visage est toujours beau.
Pas même quand, sur l’Ida, le Phrygien jugeait la querelle,
la grande déesse ne porta ses regards ni sur l’orichalque
ni sur le tourbillon diaphane du Simoïs. 20
Héra non plus ; mais Cypris, après avoir pris du bronze poli,
Retoucha souvent deux fois la même coiffure.
Quant à celle-là, ayant couru deux fois soixante *diaules*,
De même, près de l’Eurotas, les astres lacédémoniens,
elle s’oignit de manière experte, après avoir jeté sur elle de pures huiles, 25
rejetons de son arbre à elle,
ô jeunes filles, et la rougeur jaillit, telle la couleur
que possède la rose du matin ou le pépin de grenade.
En ce jour aussi apportez seulement l’huile virile,
Dont s’oint Castor, et aussi Héraclès ; 30
Portez-lui également un peigne tout en or afin qu’elle coiffe
Ses longs cheveux après en avoir nettoyé la brillante boucle.


Parais, Athéna ; auprès de toi, troupe chère à ton cœur,
les filles vierges des puissants Arestorides.
Ô Athéna, voici d’autre part qu’on apporte le bouclier de Diomède, 35
Suivant cet usage très ancien qu’aux Argiens
Eumède enseigna, le prêtre qui t’est cher ;
lui qui, autrefois, ayant su que le peuple préparait
une mort décidée contre lui, partit en fuyant, portant
ton effigie sacrée, puis s’établit sur le mont Créion, 40
le mont Créion ; quant à toi, déesse, il te déposa
dans les roches escarpées qu’on nomme à présent Rochers de Pallas.


Parais, Athéna, destructrice de cités, dont le casque est d’or,
réjouie par le vacarme des chevaux et des boucliers.
Aujourd’hui, porteuses d’eau, ne plongez pas vos vases ; aujourd’hui, Argos, 45
buvez aux sources, et non au fleuve.
Aujourd’hui, servantes, portez vos cruches ou à Physadeia
ou à Amymonè, fille de Danaos.
C’est qu’en effet, après avoir mêlé ses eaux à l’or et aux fleurs,
l’Inachos viendra des monts féconds en pâturages, 50
portant le bon bain à Athéna. Mais surtout, Pélasge,
veille à ne pas voir la reine sans le vouloir.
Qui verra nue Pallas, gardienne de la ville,
De ce fait, contemplera Argos pour la dernière fois.
Toi, Athéna vénérable, parais ; moi, pendant ce temps, 55
je dirai quelque chose à ces femmes ; la fable n’est pas mienne, c’est celle d’autres gens.


*Filles*, il était autrefois, à Thèbes, une nymphe qu’Athéna
aima beaucoup et bien au-delà de ses compagnes,
la mère de Tirésias ; jamais elles ne furent l’une sans l’autre ;
bien au contraire, quand soit vers l’antique Thespies 60
soit vers Coronée, là où son bois odorant
et ses autels se trouvent, près du fleuve Couralion,
soit vers Coronée, soit vers Haliarte elle poussait
ses chevaux, traversant les terres labourées des Béotiens,
souvent la déesse la fit monter sur son char ; 65
pas même les badinages des nymphes, ni leurs chœurs
ne lui étaient doux, quand Chariclo n’avait pas la première place.
Même celle-ci, pourtant, bien des larmes l’attendaient par la suite,
Bien qu’étant pour Athéna une compagne de cœur.
Un jour en effet, ayant délié les agrafes de leur vêtement, 70
près de la source du cheval, l’héliconienne, qui roule de belles eaux,
elles se baignaient. Et le calme méridien occupait la montagne.
Toutes deux se baignaient, et c’étaient les heures méridiennes,
et un grand calme occupait cette montagne.
Mais Tirésias, seul, avec ses chiens, avec au menton 75
Tout juste une petite ombre, arpentait encore le lieu sacré.
Or, assoiffé comme on ne peut le dire, il vint près du lit de la source,
l’infortuné ! et, sans le vouloir, il vit ce qui n’est pas permis.
Alors, bien qu’irritée, Athéna s’adressa pourtant à lui :
« Quel dieu, toi qui ne porteras plus tes yeux sur toi, 80
ô fils d’Euérès, t’a conduit sur ce chemin de peine ? »
Elle dit, et la nuit saisit les yeux du jeune homme.
Et il se figea, sans un son, car les peines *enchaînèrent*
ses genoux et une impuissance gagna sa voix.
Mais la nymphe cria : « Qu’as-tu fait à mon garçon, 85
vénérable ? Telles amies vous êtes, vous, les déesses ?
Tu as ôté les yeux de mon fils. Enfant maudit,
tu as vu les seins et les flancs d’Athéna,
mais tu ne verras pas de nouveau le soleil. Ô malheureuse !
ô mont ! ô Hélicon, qui ne m’est plus accessible ! 90
Oui, tu as exigé beaucoup en échange de peu : pour avoir perdu des chevrettes
et des faons en petit nombre, tu détiens les jours lumineux d’un enfant ! »
La mère, prenant dans ses bras son cher fils
Portait la peine des rossignols aux cris plaintifs
en pleurant lourdement ; de son côté, la déesse prit en pitié sa compagne ; 95
Athéna lui dit alors cette parole :
« Femme divine, change du tout au tout ce que tu as dit
par colère ; car ce n’est pas moi qui ai rendu ton fils aveugle.
En effet, il n’est pas doux à Athéna de ravir les yeux des enfants ;
Mais ce sont les lois de Cronos qui parlent ainsi : 100
Qui apercevra l’un des immortels quand le dieu lui-même n’y consent pas,
Celui-là aura vu en payant un prix fort.
Femme divine, la chose ne saurait plus être rattrapable.
Car le fil des Moires en a ainsi décidé
Du jour même où tu l’enfantas. Emporte à présent, 105
ô fils d’Euérès, le tribut qui t’est dû.
Combien de chairs à brûler la fille de Cadmos consumera-telle ensuite,
et combien Aristée, faisant des vœux
pour voir leur fils unique aveugle, l’adolescent Actéon !
Celui-là pourtant sera le compagnon des courses de la grande Artémis ; 110
Mais ni la course ni, dans les montagnes,
leurs jets de traits communs ne le protégeront dès lors
qu’il aura vu – et bien involontairement – les gracieux bains
de la déesse. Mais celui qui a l’instant était leur maître,
ses propres chiennes le dévoreront cette fois ; quant aux os de son fils, sa mère 115
les recueillera en parcourant tous les halliers ;
et elle dira que tu fus très heureuse et *fortunée*
toi qui as reçu ton fils aveugle au sortir des montagnes.
Ô ma compagne, ne fais donc plus entendre ta plainte ; car à lui
Sont réservés, par grâce pour toi, bien d’autres privilèges venant de moi ; 120
car je le ferai devin, chantant pour ceux qui seront,
oui, assurément, bien plus remarquable que les autres.
Car il connaîtra les oiseaux, celui qui est favorable, ceux qui volent
Sans profit et quels sont ceux dont les présages ne sont pas bons.
Aux Béotiens il fera connaître beaucoup d’arrêts divins, et beaucoup à Cadmos, 125
plus tard aussi aux puissants Labdacides.
Je lui donnerai également un grand bâton, qui conduira ses pas comme il convient ;
je lui donnerai aussi une fin de vie éloignée dans le temps.
Et seul, quand il mourra, parmi les défunts il ira inspiré,
honoré du puissant conducteur des peuples. » 130
Ayant ainsi parlé, elle fit un signe de tête ; la chose est accomplie, sur laquelle
Pallas fait un signe, car à Athéna, la seule de ses filles, Zeus a justement donné cela :
porter avec elle tout ce qui ce qui appartient à son père,
**ministres des bains**, car aucune mère n’enfanta la déesse,
Mais la tête de Zeus ; la tête de Zeus ne s’incline pas en faveur 135
des choses fausses [lacune] fille.
Athéna vient juste à présent ; allez, accueillez
la déesse, ô jeunes filles, vous toutes à qui Argos *est à cœur*,
avec des louanges, avec des prières et avec des clameurs.
Salut, déesse, et veille sur Argos l’Inachienne ! 140
Salut, toi qui fais paraître ton char ; puisses-tu de nouvelles fois ramener
tes chevaux ! Sauvegarde aussi toute la terre des Danaens.


Notes :
v. 1 : λωτροχόοι = λουτροχόοι ; de même v. 5 : μεγάλως = μεγάλους ; v. 9 : Ὠκεανῶ = Ὠκεανοῦ, etc…
v. 2 : τᾶν = τῶν et φρυασσομενᾶν = φρυασσομενῶν ; de même v. 6 : ἱππειᾶν = ἱππειῶν, etc...
v. 3 : ἁ = ἡ ; de même v. 5 : πάχεις = πήχεις ; v. 15 : τᾷ = τῇ ; v. 67 : ἁδεῖαι = ἡδεῖαι et ἁγεῖτο = ἡγεῖτο, etc...
v. 5 : οὔποκ(α) = οὔποτ(ε) ; de même v. 7 : ὅκα = ὅτε.
v. 7 : φέροισα = φέρουσα ; de même v. 21 ἑλοῖσα = ἑλοῦσα et v. 25 : βαλοῖσα = βαλοῦσα.
v. 8 : ἦνθ(ε) = ἦλθ(ε).
v. 9 : πράτιστον = πρώτιστον.
v. 17 : τήνας = ἐκείνης ; de même v. 68 : τήναν = ἐκείνην ; v. 74 : τῆνο = ἐκεῖνο, etc…
v. 22 : L’image n’est pas facile à comprendre. Cahen traduit : « fit et refit par deux fois la même boucle de cheveux », Mair « altered and again altered the same lock ». Mais la difficulté vient du fait que le texte ne porte pas πλόκαμον, comme au vers 32, mais κόμαν.
v. 24 : τοί = οἱ.
v. 31-32 : ἀπο ... πέξεται : tmèse.
v. 32 : Le sens du verbe σμῶμαι n’est pas aisé à déterminer. Cahen traduit : «lisse », Mair « hath anointed ».
v. 33 : τοι = σοι.
v. 37 : τεΐν = σοί.
v. 41 : Les traducteurs ne s’accordent pas sur le sens du verbe ἔθηκεν. La Porte du Theil traduit : « cacha », Cahen « dressa », Mair «established ». J’adopte un prudent « déposa ».
v. 51 : τἀθάνᾳ = τῇ Ἀθήνᾳ.
v. 54 : τὤργος = Τὸ Ἄργος (cf aussi vers 138).
v. 65 : ἔσσαν = οὖσαν.
v. 70 : λυσαμένα est un duel (cf. l’accentuation).
v. 72-73 : λῶντο = λώοντο.
v. 87 : ἄλαστε : « infortuné » pour Cahen, « foolish » pour Mair. Je propose le sens plus fort de « maudit », comme dans Œdipe à Colone.
v. 90 : παριτέ est un adjectif.
v. 93 : περί ... λαμβάνω : tmèse.
v. 94 : Allusion évidente à Procnè (ou à Philomèle suivant les versions du mythe).
v. 96 : πρός ... ἔλεξεν : tmèse. Le verbe a ici le sens de « adresser (des propos) à », non recensé dans le Bailly.
v. 97 : μετὰ ... βαλεῦ : tmèse.
v. 102 : τοῦτον ἰδεῖν… : proposition infinitive rattachée à ὧδε λἐγοντι (= λέγουσι) ; en fait il s’agit de discours indirect (cf. le point en haut).
v. 111 : ἐσσεῖτ(αι).


A ZEUS

Mon second envoi concerne l’hymne à Zeus. Dans cette pièce, j’aime tout particulièrement l’évocation de la naissance de Zeus, et la description de l’Arcadie avant l’apparition de ses cours d’eau. J’aime un peu moins la glorification finale de Ptolémée…
J'ai là encore éprouvé des difficultés pour cerner le sens de certains mots et pour traduire fidèlement.
Les vers sont des hexamètres dactyliques, le vers homérique par excellence. Il est bon de s’entraîner à le scander pour deux raisons :
- ce sera immanquablement demandé à l’oral ;
- scander les vers permet de déterminer que(s) mots(s) les césures mettent en valeur.
Ainsi, au vers 10, le nom de la déesse Rhéa est « isolé » entre les césures penthémimère et hephthémimère :

− ∪ ∪ | − ∪ ∪ | − // ∪ ∪ | − // ∪ ∪ | − ∪ ∪ | − ∪
Ἐν δέ σε Παρρασί - ῃ Ῥε- ί - η τέκεν, ἧχ-ι μά - λιστα


Notes

v 1 - 2 : Ζηνός … ἄλλο ; λώιον ... ἤ θεὸν αὐτόν : expression redondante à respecter. On n’est nullement obligé de répéter le verbe pour dédoubler la phrase. La traduction de Cahen est élégante et a le mérite de laisser le nom de Zeus en tête de phrase, mais elle ne saurait être reproduite à l’oral. Celle de Mair est curieuse : « At libations to Zeus what else should rather be sung than the god himself ». Outre qu’elle semble rattacher Ζηνός à σπονδῇσιν, ce qui serait assez hardi grammaticalement, elle ne propose pas un sens satisfaisant : s’il s’agit de libations en l’honneur de Zeus, il est absurde de se demander à quel autre dieu que Zeus celles-ci pourraient convenir…
v. 4 : le Dicté est en Crète, le Lycée en Arcadie. On remarquera la liberté de ton de Callimaque.
v 9 : θάνες = ἔθανες ; aoriste second sans redoublement, fréquent chez Homère.
v 12 : sous-entendre εἰς ou πρός devant μίν.
v. 14 : J’ai répété le mot « lieu » pour conserver à λεχώιον sa nature d’adjectif.
v. 17 : λόεσσαι : infinitif de but qui se justifie par l’idée d’effort exprimée par δίζητο.
v. 24 : La Porte du Theil traduit : « le Carnion, en dépit de ses eaux… », cela me semble en contradiction avec l’idée générale que du temps de Rhéa, l’Arcadie était totalement privée d’eau. Cahen écrit : « au-dessus du lit même du Carion », qui est moins littéral et encourt le même reproche. Mair enfin propose : « above Carnion, wet though it now be », idée satisfaisante, mais qui nécessite l’ajout de « now ». Je me rallie à Mair.
v. 26 : πολύστιος ne figure pas dans le Bailly, mais dans le Liddell-Scott ; στία signifie « petit caillou ».
v. 31 : οἱ : v. à οὗ dans le Bailly. Forme courante chez Homère.
v. 32 : ἐκ δ᾿ἔχεεν : tmèse. Attention, χρόα est l’acc. sg. épique de χρώς.
v. 33 : ὦνα = ὦ ἄνα (ἄναξ).
v. 38 : Il faut comprendre τὸ μέν ποθι πουλὺ (χεῦμα).
v. 44 : πέσε ... ἄπ(ο) ; tmèse avec premier élément postposé (cf accentuation). Par nombril, il faut bien sûr entendre « cordon ombilical ».
v. 48 : ἐθήσαο : aoriste de θάομαι.
v. 58 : Je relie καί à περ, même si sa place est inhabituelle.
v. 64 : (τόσσον) ὅσον διὰ πλεῖστον : ordinairement, c’est l’expression elliptique qui est utilisée.
v. 65 : ἀίοντος : génitif absolu sans sujet exprimé ; = ἀίων. J’ai rajouté ne… que pour plus de clarté ; voilà un exemple de phrase difficile à traduire littéralement.
v. 70 : l’anglais peut se permettre de traduire le pronom σύ, pas le français : « not thou the skilled in chips» (Mair). En revanche, les traducteurs négligent tous γε...
v. 73 : ἐξέλεο : indicatif aoriste moyen sans augment ; = ἐξείλου.
v. 84 : ἐν... ἔβαλες : tmèse, avec reprise du préverbe et ellipse du verbe dans le second membre.
v. 86 - 90 : Callimaque fait ici l’éloge de Ptolémée Philadelphe (voir vos cours).
v. 89 – 90 : ἀπό ... ἐκόλουσας : tmèse. Le verbe ἀποκολούω ne figure pas dans le Bailly.
v. 93 : le texte est peu sûr (consulter l’apparat critique). Mair, fidèle aux leçons des manuscrits, traduit : « … there shall not be, who shall sing the works of Zeus ». Le καί, que l’on doit restituer au lieu de κέν, ne me semble pas très satisfaisant.



Qui d’autre que Zeus, pendant les libations, serait-il préférable
de chanter plutôt que le dieu lui-même, toujours grand, toujours souverain,
chasseur des fils de la Terre, bras de justice pour les Ouranides ?
Comment donc le chanterons-nous ? du Dicté ou du Lycée ?
Mon cœur est en grand doute car sa naissance est débattue. 5
Zeus, on dit d’un côté que tu es né sur les monts de l’Ida,
Zeus, d’un autre en Arcadie ; lequel des deux parties a menti ?
« Les Crétois sont de tout temps des menteurs » ; et en effet, ô souverain,
les Crétois ont bâti ton tombeau ; mais toi, tu n’es pas mort, tu es éternellement.
En Parrhasie Rhéa t’enfanta, là où la montagne était le plus 10
environnée de taillis ; depuis, le lieu est sacré
et pas même une créature ayant besoin d’Elithye,
pas même une femme n’y pénètre, mais les Apidanéens
l’appellent l’antique lieu des couches de Rhéa.
Là, lorsque ta mère t’eut fait sortir de ses vastes entrailles, 15
aussitôt elle se mit à chercher le courant d’une eau avec laquelle
elle pourrait nettoyer les souillures de sa couche, et d’autre part pour y laver ton corps.
Mais le large Ladon ne coulait pas encore, ni l’Érymanthe,
le plus limpide des fleuves, et l’Arcadie tout entière était encore sans eau ;
elle devait pourtant être appelée bien pourvue en eau 20
par la suite ; car au moment où Rhéa délia sa ceinture,
l’humide Iaôn élevait bien haut de très nombreux chênes creux,
le Mélas portait de nombreux chars ;
au-dessus du Cariôn, bien qu’il soit (maintenant) en eau,
de nombreux reptiles se creusaient une tanière ; un homme allait 25
à pied sur le Crathis et la Métope pleine de gravier,
sans boire ; la masse d’eau se situait sous leurs pieds.
Alors, prise dans l’embarras, la Vénérable Rhéa dit :
« Terre *amie*, enfante toi aussi, car tes douleurs sont légères. »
La déesse dit et, ayant tendu en l’air son bras puissant, 30
elle frappa la montagne de son *sceptre* ; devant elle, celle-ci s’ouvrit largement en deux,
et laissa jaillir un torrent puissant ; après avoir, en ce lieu-même, lavé ton corps,
ô souverain, elle te langea, puis te donna à Néda pour t’emmener
dans l’ *antre* crétois, afin que tu sois élevé en secret,
à la plus vénérable des Nymphes qui l’accouchèrent alors, 35
la toute première par la naissance, du moins après Styx et Philyra ;
et la déesse n’acquitta pas en retour une vaine reconnaissance, mais elle nomma
ce torrent Néda ; la masse de son cours, quelque part près
de la cité même des Caucônes, qui est nommée Lépréion,
s’unit à Nérée, et cette eau très antique, 40
les petits-fils de l’ourse, fille de Lycaon, la boivent.
Tandis qu’elle quittait Thénai, en direction de Cnosse,
la nymphe qui te portait, Zeus le père - car Thénai était proche de Cnosse -
alors ton nombril tomba ; c’est de là que, plus tard,
les Cydoniens appellent ce lieu Plaine du Nombril. 45
Zeus, c’est toi que les compagnes des Corybantes ont pris dans leurs bras,
les Mélies du Dicté, c’est toi qu’a fait dormir Adrastée
dans un berceau d’or ; c’est toi qui as tété la grasse mamelle
de la chèvre Amalthée, tu as aussi mangé le doux rayon de miel ;
car soudain apparurent les œuvres de l’abeille Panacris, 50
dans les monts de l’Ida ; et ces lieux, on les appelle Panacra.
Et, en rangs serrés, les Courètes, autour de toi, firent une danse guerrière,
frappant leurs armes, pour que Cronos perçût par ses oreilles le bruit
du bouclier et non celui de ton jeune être.
Tu te développais bien, et tu fus bien nourri, Zeus céleste, 55
puis tu grandis vite, et de prompts duvets survinrent.
Mais *encore enfant*, tu formais des pensées toutes parfaites ;
à cause de cela, même tes frères, pourtant plus âgés,
ne te refusèrent pas d’avoir le Ciel comme maison due à toi.
D’ailleurs les aèdes danaens n’étaient pas du tout véridiques. 60
Ils disaient que le sort avait attribué aux Cronides leurs domaines en trois lots ;
mais qui tirerait au sort pour l’Olympe et l’Hadès
s’il n’était tout à fait insensé ? C’est sur un pied d’égalité qu’il convient
de tirer au sort ; ces lots-ci étaient aussi éloignés que possible.
(Moi,) je mentirais en (ne) disant (que) ce qui pourrait persuader l’auditeur. 65
Ce ne sont pas les sorts qui t’ont fait roi des dieux, mais les œuvres de tes mains,
ta force et ton pouvoir, que tu as assis près de ton trône.
Des oiseaux, tu as établi celui qui domine grandement comme messager
de tes *signes divins* ; et ceux-là, puissent-ils se montrer d’heureux augure à mes amis.
Tu as choisi d’autre part ce qu’il y a de mieux parmi les hommes ; certes pas ceux versés 70
dans les navires, ni l’homme manieur de bouclier, surtout pas l’aède ;
*non*, ceux-là, tu les as aussitôt laissés aux bienheureux de plus basse valeur,
les uns à s’occuper des autres, mais toi, tu t’es réservé les chefs des cités
eux-mêmes, sous la main de qui est le cultivateur, l’habile manieur de lance,
le rameur, toute chose ; qui n’est sous la puissance du chef ? 75
ainsi, les forgerons, nous les faisons relever d’Héphaïstos,
les guerriers, d’Arès, les chasseurs, de la déesse à la tunique,
Artémis, et de Phébus, ceux qui connaissent bien les chants de la lyre ;
mais les rois sont de Zeus, car rien dans ces chefs n’est plus divin
que Zeus ; aussi as-tu décidé qu’ils étaient ton lot. 80
Tu leur as donné les villes fortes à garder, et toi-même, tu t’assois
au faîte des cités, surveillant ceux qui dirigent
le peuple sous des règles *torses*, ceux qui font le contraire.
Et tu leur as procuré la richesse et des biens en abondance,
à tous, mais certes pas également ; il convient de le reconnaître 85
d’après notre *Prince* ; car il est allé très loin.
Le soir, celui-ci accomplit ce qu’il a pensé le matin :
Le soir, les choses les plus importantes, les moindres, dès qu’il y pense.
Les autres, pour certaines choses, c’est un an, pour d’autres plus d’un ; d’autres,
Tu as brisé tout net leur l’action, tu as ruiné leur dessein. 90
Salut bien haut, tout-puissant Cronide, dispensateur de biens,
dispensateur de bonne fortune ; tes actions, qui pourrait les chanter ?
il n’est pas venu, il ne sera pas ; *oui*, qui chantera les actions de Zeus ?
Salut, père, salut encore ! Dispense la vertu et l’abondance ;
ni la félicité, sans la vertu, ne peut élever les humains, 95
ni la vertu sans l’abondance ; oui, dispense la vertu et la félicité.




A DÉLOS

Œuvre d’apparat pour les fêtes de Délos, ce grand hymne est aussi une manière de célébrer le panhellénisme. L’inspiration – et pour une grande part la langue – sont homériques, mais l’originalité est remarquable, notamment dans la grande prédiction d’Apollon.
J’ai aimé l’évocation d’Astéria, l’île « flottante », la « fuite » des cités suite aux imprécations d’Héra, et surtout l’évocation de la naissance du dieu à la lyre, né au milieu des chants et des chœurs.
Les vers sont des hexamètres dactyliques ; la versification ne pose aucun problème.

Notes :
v. 1 - τίνα χρόνον ἢ πότ᾿ : La première question semble porter sur l’époque, la seconde sur le moment.
v. 6 - ᾔνεσε : nous suivons Mair qui traduit : « accept him for a god ». Le sens général du verbe est bien « trouver bon », « approuver », secondairement « louer » (sens qu’il aura au vers 10). Ainsi comprise, l’idée est plus vigoureuse : ne faut-il pas en effet reconnaître avant de célébrer ?
v. 7 - ὅ est l’ancien démonstratif employé comme relatif, comme c’est parfois le cas chez Homère ou dans la lyrique ancienne. Le Bailly signale assez mal cet usage, à l’inverse du Liddell-Scott. Cf aussi v. 31.
- ἀείσῃ est un subjonctif éventuel employé sans ἄν (ou κέν) ; la négation μή en fait foi.
v. 8 - Il faut bien sûr sous-entendre τὸν ἀοιδὸν ἔχθει avant ὅστις.
v. 9 - Sur ἄτροπος, v. la note de Cahen. Mair traduit par « stern ».
v. 15 - τῷ est ici un adverbe conjonctif.
v. 16 - οἱ est ici la forme enclitique du datif du pronom ἕ (chercher à οὗ dans les dictionnaires).
v. 18 - Il est bien difficile de savoir si ὁδεύει dépend ou non de ὁππότ(ε) ; pour Cahen, ce n’est pas le cas, pour Mair ça l’est. On rencontre une situation identique au vers 22 avec le relatif ἣν. Je suis la traduction de Cahen ; en effet, la particule δέ ne semble pas propre à pouvoir introduire le second terme d’une double subordination.
On appréciera la superbe image du cortège des îles.
v. 29 - τοι = σοι.
v. 37 - ἥλαο : 2ème personne de l’indicatif aoriste de ἅλλομαι.
v. 40 - ἔκλεο : 2ème personne de l’indicatif imparfait passif de κλέω, et non de κέλομαι, comme l’indique par erreur le Bailly.
v. 52 - L’apax ἀντημοιβός est traduit par "corresponding" dans le Liddell-Scott et par"qui rémunère" dans le Bailly. Cahen propose en échange, Mair in exchange. Je choisis l’idée de correspondance pour mieux rendre l’idée, développée dans les vers suivant, que l’île de Délos est à présent devenue visible aux marins ; tel est en effet le sens premier du mot δῆλος. D’autre part, ce nom fait peut-être aussi téférence à Φοῖβος (le Brillant), épithète usuelle d’Apollon.
On remarquera l’érudition de Callimaque (bien regarder les notes explicatives de Cahen), mais aussi et surtout l’art avec lequel il imagine les errances de l’île avant la naissance d’Apollon.
v. 61 - Je n’ai pas laissé l’inélégant « deux gardiens étaient à elle ».
v. 63 - ἔπι est postposé, comme le montre son accentuation.
v. 74 - Le nom d’Inachos désigne un héros argien et un fleuve d’Argolide. Peut-être faut-il étendre cette appellation au pays, comme le fait Cahen.
v. 76 - δρόμος est un accusatif d’objet interne difficile à traduire littéralement, « fuyait une même course ».
v. 79 - πεπάλακτο : plus-que-parfait passif du verbe παλάσσω.
v. 83 - τότε est en corrélation avec ἥνικα.
v. 89 - Attention à ne pas confondre Πυθών et Πύθων !
v. 105 - Ce beau panorama de la Grèce devait émouvoir l’auditeur de l’époque, tant chaque lieu cité est chargé du poids des légendes qui s’y rattachent, mais aussi des souvenirs historiques, proches ou lointains. Bien se souvenir à ce propos que Callimaque appartient au IIIème siècle avant J. – C, et qu’il n’est pas un poète « des origines », même si Homère est pour lui une référence constante. On aura soin de suivre sur une carte les pérégrinations de Létô.
v. 110 - περιπλέξασθε γενείῳ : geste de suppliants.
v. 113 - Bailly ignore ce sens du verbe ἀμφιβαίνω, contrairement au Liddell-Scott qui donne bestride.
v. 113 - 117 - Tout comme chez Homère, le genre épique n’exclut jamais l’humour...
v. 120 - Cahen traduit : « firent leurs enfantements cruels », Mair « lay down their travail of untimely birth ». Je suis partiellement l’éditeur anglais ; la plupart des félins naissent aveugles et ont un corps « informe ».
v.132 - τί peut très bien se trouver associé avec un nom ou un adjectif eu pluriel.
Ilithye est la déesse qui préside aux accouchements.
v. 136 - 147 - Bel exemple de magnification et de comparaison épiques. Dans ce monde fantastique, tout se correspond.
v. 140 - ἔβραμεν est une forme d’aoriste de βρέμω attestée seulement chez Callimaque. Bailly ne la mentionne pas.
v. 153 - ἦ vient bien sûr du verbe homérique ἠμί, déjà rencontré, et κάμεν de κάμνω.
v. 159 - φοβέοντο... ἥντινα τέτμοι : expression elliptique équivalent à une anacoluthe ; il manque un antécédent singulier à ἥντινα. Mot à mot : « elles fuyaient, celle qu’elle pouvait atteindre ». La phrase signifie que chaque île se mettait à fuir dès que Létô s’en approchait. Nous calquons Mair (« they fled…, everyone that she came to »), mais avec moins de bonheur que lui. Le sens de « fuir », pour φοβοῦμαι, est homérique. Quant à τέτμοι, c’est bien sûr un optatif oblique exprimant l’éventualité dans la relative.
v. 167 - κοιρανέεσθαι est un infinitif de but complétant ἵξεται.
v. 176 - On ne sait pourquoi ni Cahen (« parsèment ») ni Mair (« flock ») ne conservent le sens propre du verbe βουκολέομαι : « paître » pour Bailly, « graze » pour Liddell-Scott.
v. 177 - 184 et 200 - 201 - Le texte est corrompu et lacunaire.
v. 185 - τέων est une forme poétique du génitif pluriel du relatif ὅς.
v. 204 - πέρα est évidemment l’impératif du verbe περ(ά-ω)ῶ et non l’adverbe.
ὑμετέρας = σάς . Le pluriel du déterminant possessif de seconde personne est ici employé pour le singulier, sans nuance particulière, semble-t-il. Cf aussi v. 226.
v. 205 - Les éditeurs traduisent le mot ἀρητόν comme s’il ne posait pas problème… Or je ne le trouve dans aucun dictionnaire. Les savants anciens ont du reste proposé diverses leçons (cela va même jusqu’à ἅμα ῥητῷ !)
v. 212 - Il est bien difficile de cerner le sens du verbe ἀλυσθμαίνω, ignoré du Liddell-Scott, donné comme synonyme de ἀλυσθαίνω par le Bailly, mais avec un sens évidemment trop faible. Cahen traduit «le corps en douleur », Mair « in her weakness ». L’étymologie du mot n’étant pas précisée, je m’inspire de l’expression de Cahen.
v. 221 - Le comparatif de θῆλυς a les sens du positif chez Homère.
v. 222 - τοι est ici une particule, non le datif épique de σύ.
v. 227 - ὑμετέροις = σοῖς ; cf v. 204.
ἀμύνειν est un infinitif employé dans le sens d’un impératif.
v. 228 - Les dictionnaires ne donnent à ἐδέθλιον que les sens de « fondement » ou de « sanctuaire ». Cahen parle de « siège », Mair de « throne ». Ils me semblent avoir raison, d’autant qu’au vers 232, le texte porte bien ὑπὸ θρόνον.
v. 230 - Très curieusement, Cahen comprend « sur les traces de la bête de chasse », alors que la comparaison semble nous inviter à comprendre plutôt « sur les traces de la déesse ». Mair traduit « sitteth by her feet ».
v. 238 - Sur cet emploi de μή, mal signalé dans le Bailly, voir Byzos, p. 170.
v. 249-262 : magnifique passage où s’allient la grâce et la force émotionnelle du langage poétique.
v. 251 - ἐπήεισαν : aoriste du verbe ἐπαείδω, doublet épique de ἐπᾴδω.
v. 255 - ὄγδοον : neutre adverbial formé sur le modèle de πρῶτον, δεύτερον… « pour une huitième fois ».
v. 280 - ἀνὰ μέσσην : Mair n’hésite pas à traduire par « in the South ». Cahen comprend « celles qui tiennent le milieu ». Certes aucun dictionnaire ne mentionne ce sens de μέ(σ)σος, mais μεσημβρία signifie bel et bien « Midi » au sens temporel comme au sens géographique. Comme d’autre part trois autres points cardinaux sont cités, l’hésitation ne me semble pas permise.
v. 281 - Il s’agit très proprement des « Hyperboréens ».
v. 297 - Cahen et Mair comprennent ἤθεα très différemment : le premier propose « cœurs », le second « quarters » ! Excepté dans son sens premier, le mot renvoie clairement au domaine moral. Comme l’hyménée était un chant dont la teneur pouvait s’avérer très « gauloise », je propose « moralité » plutôt que « cœur ». Le savant anglais s’en tient au sens premier de « lieux habituels ».
v. 315 - Pour τοπήια, je m’en tiens au sens donné par les dictionnaires. Cahen propose « armature de la nef », Mair « gear ».
v. 326 - ἣν... : il s’agit d’Artémis, sœur ou, dans certaines traditions, jumelle d’Apollon.


En quel temps, ô mon cœur, ou quand chanteras-tu
Délos la sacrée, nourricière d’Apollon ? Certes, toutes
les Cyclades, les plus sacrées des îles qui sont sur la mer,
sont bien pourvues d’hymnes ; mais Délos veut recevoir la première place
auprès des Muses, parce qu’elle a baigné Phébus, maître des chants, 5
qu’elle l’a langé et qu’elle l’a, la première, reconnu comme un dieu.
Comme les Muses haïssent le poète qui ne chanterait pas Pimpléia,
ainsi Phébus celui qui oublie Délos.
A Délos, à présent, j’offrirai mon chant en partage
afin qu’Apollon Cynthien me loue de prendre soin de sa chère nourrice. 10
Celle-ci, pleine de vent et *sans labours*, comme battue par les flots
et praticable aux mouettes plus qu’aux chevaux,
*est plantée sur la mer*. Celle-ci, roulant ses flots, puissante, autour d’elle,
S’y purge de l’abondante écume de la mer icarienne.
Voilà aussi pourquoi les pêcheurs hauturiers l’habitent. 15
Pourtant, ce n’est pas un sujet de courroux envers elle qu’elle soit nommée parmi les premières
quand vers Océan et vers Téthys la Titanide,
les îles vont en foule ; toujours celle-ci chemine en tête.
Derrière, sur ses traces, la phénicienne Cyrnos l’accompagne,
non sans réputation, ainsi que *la Longue Île des Abantes, la terre des Ellopiens*, 20
et l’aimable Sardaigne, et l’île vers laquelle nagea Cypris
aussitôt sa sortie de l’eau ; celle-ci la tient sous sa sauvegarde pour prix de son accueil.
Celles-ci sont fortes de leurs tours protectrices,
Mais Délos, d’Apollon ; quel mur donc est plus ferme ?
Murailles et blocs de pierre tomberaient sous la poussée 25
du Borée Strymonien ; mais un dieu est à jamais inébranlable.
Chère Délos, tel est le protecteur qui se tient tout autour de toi !
Mais si de très nombreux chants résonnent autour de toi,
dans lequel vais-je t’enclore ? Que t’est-il agréable d’entendre ?
Est-ce comment, au tout début, le grand dieu, frappant les montagnes 30
de son trident à trois pointes, que les Telchines lui forgèrent,
façonnait les îles de la mer, (comment), par-dessous,
il les *extirpa toutes de leur fondement*, les fit rouler dans la mer
et, tout au fond de l’eau, afin qu’elles oublient la terre ferme,
les enracina par leur base ? Mais toi, la nécessité ne t’a pas contrainte ; 35
libre, *tu voguais sur les flots*, et ton nom était
autrefois Astéria, car tu bondis dans le gouffre profond,
fuyant, du haut du ciel, l’hymen de Zeus, semblable à un astre.
Jusqu’alors, Létô la dorée ne t’avait pas encore fréquentée ;
jusqu’alors, tu étais encore Astéria et tu n’étais pas encore appelée Délos. 40
Souvent, allant de la petite ville de Trézène la Xanthienne
à Éphyra, dans le golfe Saronique,
des marins t’ont observée, et, revenant d’Éphyra,
ils ne t’ont plus revue ; toi, par le lit rapide du détroit
d’Euripe qui coule bruyamment, tu courais, 45
et, le même jour, t’étant détournée de l’eau de la mer de Chalcis,
tu as vogué jusqu’au cap Sounion des Athéniens,
ou jusqu’à Chio, ou jusqu’au mamelon baigné d’eau de l’île
de Parthénia – car celle-ci n’était pas encore Samos – là où les nymphes
voisines d’Ancaios, les nymphes de Mycale, t’accueillirent en hôte. 50
Mais lorsque tu offris à Apollon un sol propre à sa naissance,
ceux qui parcourent les mers instituèrent pour toi ce nom qui te correspond,
Par la raison que tu ne voguais plus invisible aux regards,
Mais que tu avais fixé la racine de tes pieds dans les eaux de la mer Égée.
Et tu n’as pas tremblé devant Héra irritée ; celle-ci grondait 55
de façon terrible contre toutes les femmes gestantes qui à Zeus
donnaient des enfants, mais particulièrement contre Létô, par la raison que seule
elle allait enfanter, pour Zeus, un fils plus cher qu’Arès.
C’est donc pour cela qu’elle tenait, elle-même encore, la garde au milieu de l’éther,
Grandement irritée, on peut le croire, et de manière indicible, elle empêchait Létô 60
accablée par les douleurs ; elle avait deux *sentinelles*
qui surveillaient la terre, l’un gardait le sol du continent,
posté sur le haut sommet de l’Hémos de Thrace :
l’impétueux Arès, en armes ; ses deux chevaux, de leur côté,
étaient parqués près de l’antre de Borée *aux sept replis* ; 65
l’autre était postée à la garde des vastes îles :
la fille de Thaumas qui avait volé jusqu’au Mimas ;
toutes les villes dont s’approchait Létô,
ils restaient là à les menacer et les dissuadaient de l’accueillir.
L’Arcadie fuyait, la montagne sacrée d’Augè, 70
le Parthénion, fuyait ; derrière, le vieux Phénée fuyait,
toute la terre de Pélops qui confine à l’Isthme fuyait,
sauf l’Aigialos et Argos ; car elle ne foula pas
ces chemins depuis qu’Héra obtint l’Inachos en partage.
L’Aonie aussi fuyait *d’une même course* ; suivaient 75
Dirkè et Strophiè, tenant la main
de leur père Isménos aux graviers noirs ; suivait loin derrière
Asôpos aux genoux alourdis, depuis qu’il avait été frappé par la foudre.
Fortement secouée, la nymphe du pays, Mélia,
mit un terme à ses chœurs et eut la joue pâlie, 80
haletant pour le chêne qui avait son âge, lorsqu’elle vit la chevelure
tremblante de l’Hélicon. Ô mes déesses, dites-le, Muses :
Est-il vrai que les chênes sont nés dans le même temps que leurs nymphes ?
Les nymphes se réjouissent, quand la pluie fait croître les chênes,
mais en revanche les nymphes pleurent lorsque les chênes n’ont plus de feuilles. 85
Contre elles, Apollon, encore au sein de sa mère, s’irrita terriblement,
puis il prit la parole, après avoir proféré contre Thèbes des menaces qui n’étaient pas vaines :
« Thèbes, pourquoi donc, malheureuse, revendiques-tu ton *destin de bientôt* ?
Non, ne me force pas à prophétiser si tôt, malgré moi.
Le siège tripode, à Pythô, ne me soucie pas encore, 90
et le grand serpent n’est nullement mort encore, mais toujours cette bête
aux mâchoires terribles, glissant du Pléistos,
enveloppe le Parnasse neigeux de ses neufs orbes.
Et cependant je prononcerai une parole plus tranchante que celle issue du laurier :
fuis loin d’ici ; rapide, je t’atteindrai, lavant dans ton sang 95
mon arc ; toi, les enfants d’une femme à la langue maudite :
voilà ce que tu as obtenu en partage ; non, tu ne seras pas ma chère nourrice, le Cithéron non plus ;
pur, puissé-je être aussi un objet de soin chez les purs. »
Ainsi dit-il ; et Létô, changeant sa route, marchait de nouveau.
Mais quand les villes achéennes la refusèrent 100
comme elle venait : Hélikè, compagne de Poséidon et
Boura, où sont les troupeaux de Déxaménos, fils d’Oikeus,
Rebroussant chemin, elle tourna ses pas vers la Thessalie, mais
l’Anauros fuit, et la grande Larissa, et les crêtes de Chirôn ;
le Pénée fuit aussi, serpentant à travers la vallée de Tempé. 105
Héra, chez toi, à ce moment encore, le cœur restait impitoyable ;
et tu ne fus pas brisée ni n’eus pitié lorsque, tendant
les deux bras, elle proféra, en vain, ces paroles :
« Nymphes thessaliennes, race du fleuve, dites à votre père
d’apaiser leur cours puissant ; enlacez son menton, 110
le suppliant de mettre au monde les enfants de Zeus dans son eau.
Pénée de Phthiotide, pourquoi rivalises-tu maintenant avec les vents ?
Ô père, tu ne montes pourtant pas un cheval de course.
Est-ce donc que tes pieds sont toujours si rapides, ou est-ce pour moi
que seuls ils se font légers, et que tu les as fait voler 115
aujourd’hui, subitement ? Mais il est sourd. Ô mon fardeau,
où te porter ? Mes pauvres muscles ont renoncé.
Pélion, chambre nuptiale de Philyra, demeure donc, toi,
demeure, car même les lionnes sauvages, dans tes montagnes,
ont péniblement accompli leur travail imparfait. » 120
Pénée, à son tour, lui répondait en versant des larmes :
« Létô, Nécessité est une puissante déesse ; car pour ma part,
vénérable, je ne fais pas fi de tes douleurs ; je sais aussi que d’autres
accouchées se sont baignées à moi ; mais Héra
m’a adressé une grave menace ; vois tout là-bas quelle sentinelle, 125
du haut de la montagne, monte la garde, qui pourrait m’arracher aisément
*de mon lit*. A quoi songer ? Ou t’est-il doux, quelque part,
que Pénée disparaisse ? Qu’il vienne, le jour marqué du destin ;
je me résignerai pour toi, même si je devais
errer éternellement en obtenant le reflux aride de mes eaux, 130
et, seul parmi les fleuves, être appelé le plus honni.
Me voici ; quoi d’autre encore ? Appelle seulement Ilithye. »
Il dit, et arrêta son flux puissant ; mais, contre lui, Arès,
ayant soulevé les cimes du Pangée jusqu’à leur racine, allait
les jeter dans ses tourbillons, puis faire disparaître son cours. 135
D’en haut, il rugit et frappa son bouclier avec la pointe
de sa lance ; celui-ci retentit avec un bruit martial ; les montagnes de l’Ossa
tremblaient, et la plaine de Crannôn ainsi que les confins
du Pinde aux vents mauvais ; la Thessalie entière tressaillit de peur ;
tel en effet retentit le vacarme du bouclier. 140
Ce fut comme lorsque de la montagne de l’Etna fumant sous l’effet du feu
tremblent toutes les *cavernes*, le géant souterrain
Briarée se mettant sur son autre épaule,
que les fournaises grondent sous la tenaille d’Héphaistos
en même temps que ses œuvres, que les chaudrons façonnés par le feu 145
et les trépieds tombant les uns sur les autres sonnent terriblement ;
si fort alors fut le fracas du bouclier au bel arrondi.
Mais le Pénée ne reculait pas, il restait au contraire
ferme tout comme avant, et suspendit ses tourbillons rapides,
jusqu’à ce que la fille de Coios lui ait dit instamment : « Sauvegarde-toi l’âme légère, 150
sauvegarde-toi ; toi au moins, ne subis pas de mal à cause de moi en échange
de cette pitié, tu auras la récompense de ta bienveillance. »
Elle dit, et après s’être beaucoup fatiguée précédemment, elle alla
vers les îles de la mer ; mais celles-ci ne l’accueillirent pas comme elle survenait,
ni les Échinades qui offrent aux navires un mouillage tranquille, 155
ni Corcyre, qui est plus que toutes les autres l’amie des étrangers,
Iris en effet, du haut du Mimas, irritée contre toutes,
les dissuadait très vivement ; celles-ci, sous ses cris menaçants,
fuyaient en toute hâte, en suivant le courant, pour chacune que Létô atteignait.
Alors, par la suite, elle gagna l’antique Cos, l’île de Mérope, 160
le refuge sacré de l’héroïne Chalciopé.
Mais cette parole de l’enfant la retint : « Puisses-tu, toi au moins, mère,
ne pas me mettre au monde ici. Non, je ne blâme pas cette île, ni même ne lui suis
hostile, car elle est *grasse* et riche en pâturages, s’il en est ;
mais, du fait des Moires, c’est un autre dieu qui lui est dû, 165
race la plus haute des Sauveurs ; sous son diadème
viendront, non sans leur volonté, pour se soumettre au Macédonien,
les deux continents et les terres attenantes aux mers,
jusque là où est la limite extrême et d’où des chevaux rapides
entraînent le Soleil ; et il connaîtra les manières d’être d’un père. 170
Et un jour, en vérité, viendra pour nous une lutte commune,
plus tard, quand, ayant sur les Grecs levé l’épée
barbare et l’Arès celte, ceux qui sont
les derniers Titans, depuis l’extrême Occident,
se précipiteront, semblables à des flocons ou aussi nombreux que 175
les astres, quand ils paissent innombrables parmi le ciel,
[quand] les villes fortes et… [lacune]
et la plaine de Crissa ainsi que les terres… [lacune]
seront pressées de tous côtés, qu’elles verront la grasse fumée
de leur voisin qui brûle, et plus seulement par ouï-dire, 180
et déjà, près de (mon) temple, apparaîtront au loin les phalanges
des ennemis, déjà, auprès de mes trépieds, [on verra]
des épées et des ceinturons impudents ainsi que des boucliers
haïs, qui pour les Galates, race insensée, *marqueront* une voie malheureuse ;
parmi ces boucliers, les uns seront mon hommage, les autres seront déposés 185
au bord du Nil, après avoir vu ceux qui les portent expirer dans le feu,
destinés à être les prix d’un roi qui a eu beaucoup d’épreuves ;
Ptolémée, tels sont les oracles que je te révèle.
Tu loueras bien haut le devin encore à la matrice,
tous les jours par la suite ; et toi, note bien, mère : 190
il est une île qui s’aperçoit sur l’eau, étroite,
errant sur les mers ; ses pieds ne sont pas dans un lieu unique,
mais elle vogue au gré du flux et du reflux, comme la tige d’asphodèle,
là où le Notos, là où l’Euros, là où la mer la portent.
Puisses-tu m’amener là-bas ; car tu vas aller vers cette terre qui te veut bien. » 195
Après qu’il eut dit tout cela, les îles, sur la mer, s’éloignaient en courant ;
mais toi, Astéria qui aime les chants, tu descendais de l’Eubée,
désireuse de voir les Cyclades rangées en cercle, pas très longtemps après,
mais l’algue du Géreste, par derrière, te suivait encore.
[lacune] 200
[lacune] lorsque tu te consumais dans un feu,
voyant la malheureuse accablée par les douleurs de l’enfantement ;
« Héra, fais de moi ce qui t’est agréable ; car je n’ai pas tenu compte
de tes menaces ; passe, passe jusqu’à moi, Létô. »
Tu disais ; celle-ci connut [†] le terme de sa cruelle errance ; 205
elle s’assit au bord du cours de l’Inôpos, que la terre, en flots profonds,
fait jaillir au moment où, ses eaux s’enflant,
le Nil descend des sommets d’Éthiopie ;
puis elle délia sa ceinture, s’accota à la renverse, par les épaules,
contre la souche d’un palmier, usée par sa *détresse* cruelle ; 210
une sueur ruisselante coulait par toute sa chair ;
tout endolorie, elle dit : « Pourquoi, mon enfant, accables-tu ta mère ?
la voici pour toi, mon chéri, l’île qui flotte sur la mer ;
nais, nais, mon enfant, et, plein de bienveillance, sors de mon ventre. »
Épouse de Zeus, au cœur irrité, tu n’allais pas être alors 215
longtemps dans l’ignorance ; voici que la messagère courut vers toi ;
elle dit, haletant encore – et sa parole était mêlée de crainte - :
« Héra vénérée, qui surpasse de beaucoup les déesses,
Je suis tienne, tout est tien, tu sièges en souveraine
légitime de l’Olympe, et nous ne craignons pas une autre main 220
de femme ; toi, maîtresse, tu vas connaître celle qui est la cause de ma colère.
*Oui*, Létô défait sa ceinture au beau milieu d’une île.
Toutes les autres s’en écartaient avec horreur et ne l’accueillaient pas ;
Mais Astéria l’appela par son nom alors qu’elle passait,
Astéria, la vile balayure de la mer ; tu le sais toi aussi. 225
Va, chère maîtresse, car tu le peux, défends
tes serviteurs, qui foulent le sol sur ton ordre. »
Elle dit et s’assit sous le trône d’or, comme une chienne de chasse
d’Artémis qui, lorsqu’elle cesse sa chasse rapide,
s’assoit sur ses traces ; ses oreilles sont 230
bien dressées, toujours prêtes à recueillir le cri de la déesse ;
semblable à elle, sous le trône, était assise la fille de Thaumas.
C’est que celle-ci n’oublie jamais son poste,
pas même lorsque le sommeil fera peser sur elle son aile qui donne l’oubli,
mais, à l’endroit même, à l’angle du grand trône, 235
ayant un peu incliné la tête, elle dort penchée sur le côté ;
elle ne délie même pas sa ceinture ni ses *sandales*
rapides, de peur que sa maîtresse ne lui dise quelque parole immédiate ;
celle-ci, après s’être indignée douloureusement, déclara :
« Ainsi puissiez-vous, hontes de Zeus, avoir des unions 240
secrètes et enfanter des rejetons cachés, même pas là où les viles
mouleuses de grain, dans la douleur de l’enfantement, subissent leur peine, mais là où
les phoques de la mer enfantent, sur des rocs solitaires.
Mais je n’en veux nullement à Astéria pour cette
faute, et il ne se peut que je lui cause tous les désagréments 245
qu’il faut ; car elle s’est montré très fâcheusement agréable à Létô.
Mais je l’honore tout particulièrement, pour la raison
qu’elle n’a pas foulé ma couche, et qu’elle a préféré la mer à Zeus. »
Elle dit ; des cygnes, serviteurs chantant du dieu,
Après avoir quitté le Pactole de Méonie, tournèrent en cercle 250
sept fois autour de Délos, puis ils chantèrent en l’honneur de l’accouchement,
les oiseaux des Muses, les plus mélodieux des volatiles ;
c’est de là que, plus tard, l’enfant assujettit à sa lyre autant de cordes
que les cygnes avaient chanté de fois pour les douleurs de l’enfantement.
La huitième fois, ils ne chantèrent plus, et celui-ci jaillit ; jusqu’au lointain, 255
les nymphes déliennes, race du fleuve ancien,
dirent le chant sacré d’Ilithye ; aussitôt, l’éther
d’airain fit sonner en écho une clameur perçante,
et Héra ne s’en irrita pas, car Zeus avait ôté sa colère.
Alors, tous tes fondements se faisaient or, Délos, 260
d’or, ton lac arrondi coulait tout le jour,
en or, ton plant d’olivier tutélaire se couvrit de feuilles,
d’or l’lnôpos profond roula ses eaux, replié en boucles.
Toi-même, de dessus le sol d’or tu pris l’enfant,
tu le jetas sur ton sein et tu fis entendre cette parole : 265
« Ô *Grande Déesse*, aux mille autels, aux mille cités, qui porte mille choses,
gras continents, grasses îles qui êtes autour,
telle me voici moi-même : infertile, mais c’est de moi
qu’Apollon sera appelé Délien, et nulle autre
des terres ne sera autant aimée d’un autre dieu ; 270
ni Kerchnis de Poséidon, le maître de Léchaion,
ni la colline de Cyllène d’Hermès, ni la Crète de Zeus,
comme moi d’Apollon ; et je ne serai plus errante. »
Ainsi dis-tu exactement ; lui, il têta le doux sein.
C’est pourquoi, depuis lors, tu es aussi appelée la plus sacrée 275
des îles, nourrice d’Apollon ; ni Enyô
ni Hadès, ni les chevaux d’Arès ne te foulent ;
mais, tous les ans, des prémices dont on prélève la dîme toujours
te sont envoyées, et toutes les villes élèvent des chœurs,
celles qui du côté de l’Orient, de l’Occident, au Midi 280
ont établi leur domaine, et ceux qui au-delà des rivages du Borée
ont leurs demeures, race aux années très nombreuses.
Ce sont eux qui, les premiers, t’apportent de la paille et des gerbes sacrées
d’épis ; celles-ci, les Pélasges de Dodone
les reçoivent en tout premiers, venues de loin, 285
(les Pélasges) qui couchent sur la terre, *servants* du chaudron qui jamais ne se tait.
En second lieu, elles vont à la cité sainte et aux monts de la terre de Mélis ;
de là, elles passent la mer pour aller
dans la riche plaine Lélantienne des Abantes ; et la traversée
n’est plus longue depuis l’Eubée, puisque les mouillages sont voisins de toi. 290
Les premières qui te les apportèrent de chez les blonds Arimaspes
furent Oupis et Loxô ainsi que l’heureuse Ekaergè,
filles de Borée, et des hommes, alors les plus valeureux
des jeunes gens ; certes, au retour, ils ne parvinrent pas chez eux,
mais ils furent bien lotis, et celles-là jamais sans gloire ; 295
Oui, les filles de Délos, lorsque l’hyménée sonore
effraie la moralité des jeunes filles, portent leur jeune chevelure
aux Vierges, les jeunes mâles, le premier fruit de leur duvet
en prémices aux jeunes gens.
Astéria pleine de parfum, tout autour de toi les îles 300
firent cercle et déployèrent comme un chœur ;
Hespéros aux épaisses boucles de cheveux ne te voit ni silencieuse
ni sans bruits, mais toujours environnée de chants.
Ceux-ci reprennent ensemble le chant du vieillard Lycien,
qu’Olen, l’interprète des dieux, a ramené pour toi de Xanthos ; 305
celles-là, dans un chœur, frappent de leur pied la terre ferme.
Alors aussi est chargée de couronnes l’effigie sacrée
de l’antique Cypris, illustre, qu’autrefois Thésée
érigea avec les enfants, lorsqu’il revenait de Crète ;
ceux-ci, après avoir fui le mugissement horrible et le fils sauvage 310
de Pasiphaé ainsi que le séjour tout courbé du tortueux labyrinthe,
Vénérable, c’est autour de ton autel que, les sons de la cithare une fois réveillés,
ils dansèrent en cercle, et Thésée conduisit le chœur.
Depuis ce temps, les Cécropides envoient à Phébus, en offrandes perpétuelles
de la nef sacrée, le gréement de ce navire. 315
Astéria féconde en autels, féconde en prières, quel marin de commerce
de l’Égée passe sans te voir sur son vaisseau courant ?
Non, les vents ne le poussent pas si fort,
le besoin ne commande pas un trajet aussi rapide que possible, au contraire :
on a cargué promptement les voiles et on n’est pas remonté à bord 320
avant d’avoir fait le tour de ton grand autel, déchiré sous les coups,
et d’avoir mordu le tronc sacré de l’olivier
après avoir ramené ses mains derrière son dos ; la nymphe de Délos avait trouvé
ces amusements et cette source de rire pour Apollon enfant.
*Foyer commun des îles aux beaux foyers*, salut à toi ; 325
que soient aussi salués Apollon ainsi que celle qu’enfanta Létô.


Bon travail à tous les agrégatifs. N'hésitez pas à intervenir si vous le souhaitez, je ne suis pas infaillible, on peut sûrement faire mieux en matière de traduction littérale.

Réponses

  • A APOLLON

    Dans le droit fil de l’hymne à Délos, voici l’hymne à Apollon. Plus bref, il se présente comme un « catalogue » des principales attributions d’Apollon, avec un développement plus important sur l’image d’Apollon fondateur de cités, dont Cyrène. De ce fait, la pièce peut sembler plus « patriotique » que les autres, plus circonstanciée aussi (voir Cahen). Personnellement, je trouve qu’elle manque un peu de souffle épique.

    Notes :
    v. 1 - τὠπόλλωνος = τοῦ Ἀπόλλωνος (crase).
    v. 1 et 3 - οἷον et οἷα : ces neutres à valeur adverbiale marquent ici l’exclamation. Cet emploi est mal signalé dans le Bailly. Il ne semble pas y avoir une différence de sens entre le singulier et le pluriel.
    v. 6 et 7 - Difficile de savoir ce que désignaient exactement les κατοχῆες et les κληῖδες ; voir les explications du Bailly. Mais le sens général ne fait pas de doute.
    v. 8 - Il est d’usage de ne pas répéter une préposition gouvernant plusieurs compléments, mais il est assez rare de la voir figurer devant le dernier complément, comme c’est ici le cas.
    v. 14 - κερεῖσθαι : forme épique de l’infinitif futur moyen (contracte) du verbe κείρω.
    v. 15 - ἑστήξειν : rare exemple du futur antérieur du verbe ἵστημι.
    v. 28 - ὅ τι a ici une valeur adverbiale proche de celle d’ὅσον.
    v. 32 - τὠπόλλωνι = τῷ Ἀπόλλωνι (crase).
    v. 37 - ἐπί... ἦλθε : tmèse.
    v. 40 - Conformément à l’usage, ἐν n’est pas répété devant le relatif (v. Byzos p. 117).
    v. 45 - Cahen et Mair s’accordent pour considérer θρίαι comme un nom désignant des personnes, conformément à son origine.
    v. 51 - L’hapax ἐπιμήλαδες ne figure pas dans le Bailly. Dans le Liddell-Scott, le mot est traduit ainsi : « she-goats of the flock ». Mair reprend l’expression.
    v. 60 - καρήατα : nominatif pluriel épique de κάρα.
    v. 61 - φορέεσκεν : imparfait à suffixe itératif dont il faut faire sentir la nuance, me semble-t-il.
    v. 65 - Il s’agit de Cyrène.
    v. 70 - Cahen traduit : « sous bien des noms on t’invoque en tout lieu », Mair : « everywhere is thy name on the lips of many » ; ce n’est pas la même chose… Je comprends comme Cahen, le contexte me semblant assez explicite.
    v. 76 - πάρθετο : aoriste moyen épique du verbe παρατίθημι.
    v. 78 - ἐνί : postposition ; on aurait attendu l’accentuation ἔνι.
    v. 84 - Nous suivons la traduction de Cahen. Mair écrit : « nor ever doth the ash feed about the coals of yester-even ».
    v. 101 - κατήναρες : aoriste second de κατεναίρω.
    v. 104 et 106 - ἀείδῃ est la 2PS du présent de l’indicatif passif au vers 104, la 3PS du présent du subjonctif actif au vers 106. Ce subjonctif a valeur d’éventuel ; la particule ἄν (ou κέ) n’est pas obligatoire dans la langue épique.
    v. 110 - Déô = Démétèr.



    Comme il est agité, le rameau du laurier d’Apollon !
    comme elle l’est aussi, toute sa demeure ! loin, loin, tout criminel !
    Sans aucun doute, voici Phébus qui heurte les portes de son beau pied ;
    ne vois-tu pas ? le palmier délien s’est soudain incliné tout doucement,
    et le cygne, dans l’air, chante de belle façon. 5
    Vous-mêmes, à présent, *glissez*, verrous des portes,
    vous-mêmes aussi, clenches ; car le dieu n’est pas loin.
    Quant à vous, jeunes gens, préparez-vous pour le chant et la danse.
    Apollon ne se montre pas à tout homme, mais celui qui est valeureux ;
    qui peut le voir, celui-là est grand ; qui ne l’a vu, ce dernier est petit ; 10
    nous te verrons, toi qui frappe au loin, et nous ne serons jamais petits.
    Que les enfants ne gardent pas leur cithare muette ni leur pas silencieux
    quand Phébus vient résider chez eux,
    s’ils doivent accomplir leur mariage et se couper des cheveux blanchis,
    si d’autre part la muraille doit se tenir ferme sur ses antiques fondements. 15
    J’ai entendu les enfants avec admiration, car leur lyre n’est plus oisive.
    Faites silence, tout ouïe pour le chant d’Apollon.
    Même la mer fait silence, quand les aèdes célèbrent
    soit la cithare, soit l’arc, équipements d’Apollon Lycoréen.
    Thétis, sa mère, ne déplore pas non plus Achille d’une voix plaintive, 20
    quand elle entend : « Ié Paian, Ié Paian » ;
    et la pierre pleine de larmes diffère ses peines,
    celle qui, en Phrygie, roc humide, est dressée,
    marbre en lieu de femme exhalant quelque plainte.
    Criez : « Ié, Ié », il est mauvais de lutter avec les bienheureux ; 25
    Qui se bat contre les bienheureux, puisse-t-il se battre contre mon roi ;
    qui se bat contre mon roi, puisse-t-il aussi se battre contre Apollon.
    C’est le chœur, dans la mesure où celui-ci chante selon son désir,
    qu’Apollon gratifiera ; il le peut en effet, car il siège à la droite de Zeus ;
    et le chœur ne chantera pas Phébus qu’un seul jour ; 30
    car il est bien pourvu d’hymnes ; qui ne chanterait Phébus avec aisance ?
    D’or sont pour Apollon le vêtement et l’agrafe
    et la lyre et la corde lycienne et le carquois ;
    d’or aussi ses sandales ; c’est qu’Apollon est *tout or
    et toute richesse* ; tu le reconnaîtrais par Pythô. 35
    Et il est toujours beau et toujours jeune ; jamais sur les joues tendres
    de Phébus, si peu que ce soit, n’est venu un duvet ;
    et ses cheveux épanchent sur la terre des onguents pleins de parfums ;
    ce n’est pas une huile grasse que les boucles d’Apollon distillent,
    mais la panacée elle-même ; dans la cité où ces 40
    gouttes de rosée tombent sur le sol, tout devient invulnérable.
    Puissant en art, personne ne l’est autant qu’Apollon ;
    il a reçu l’archer en partage, il a reçu l’aède,
    - car c’est à Phébus que sont confiés et l’arc et le chant -
    à lui sont les devineresses et les prophètes ; et c’est de Phoibos 45
    que les médecins ont appris la rémission de la mort.
    Phoibos, nous l’appelons aussi Pasteur depuis le jour
    où, au bord de l’Amphryssos, il a entretenu des cavales attelées,
    brûlé par l’amour du jeune Admète ;
    c’est aisément que la pâture pourrait se trouver plus abondante, et les chèvres 50
    des troupeaux ne pas manquer de petits, sur lesquelles Apollon,
    alors qu’elles paissent, a dirigé son œil ; et les brebis
    ne seraient pas sans lait ni stériles, mais toutes seraient allaitantes ;
    et l’unipare deviendrait aussitôt bipare.
    C’est en suivant Phoibos que les hommes ont dessiné les villes ; 55
    car toujours Phoibos prend plaisir aux villes
    qu’on bâtit, et Phoibos lui-même en tisse les fondations.
    A quatre ans, Phoibos a fixé pour la première fois des fondations
    dans la belle Ortygie, près du lac arrondi.
    Artémis chassant apportait continuellement des têtes de chèvres 60
    du Cynthe ; et cela, Apollon le disposait en autel ;
    il construisit la base avec les cornes, il édifia l’autel
    à partir de cornes, et ce sont des murs de cornes qu’il disposa autour ;
    ainsi Poibos apprit-il pour la première fois à dresser des fondations.
    Phoibos fit aussi concevoir à Battos ma ville au sol profond, 65
    conduisit mon peuple entrant en Lybie, corbeau
    favorable au fondateur, et promit de donner ses murailles
    à nos rois ; or Apollon est toujours fidèle à ses serments.
    Ô Apollon, beaucoup t’appellent le Secourable,
    beaucoup le Clarien, partout ton nom est abondant ; 70
    mais moi, c’est le Carnéien ; pour moi, la *tradition* est ainsi.
    Sparte, Carnéien, ce fut là ta toute première fondation,
    la seconde fut Théra, la troisième fut précisément Cyrène ;
    de Sparte, la sixième génération d’Œdipe
    te mena vers sa colonie de Théra ; mais de Théra 75
    le fort Aristotélès te confia à la terre des Asbystes ;
    il te bâtit un temple tout à fait magnifique, et dans la ville
    il institua un sacrifice annuel, pendant lequel
    tombent pour la dernière fois sur les hanches, ô tout-puissant, de nombreux taureaux.
    Ié, ié, Carnéien chargé de prières, tes autels 80
    portent au printemps autant de fleurs que les Heures
    amènent, de toutes couleurs, sous le zéphyr qui exhale la rosée,
    et en hiver le doux safran ; toujours pour toi le feu qui dure toujours,
    et jamais la cendre ne s’entasse autour du charbon de la veille.
    Oui certes, Apollon se réjouit grandement, quand, ceints pour le combat, 85
    les hommes d’Enyô dansèrent parmi le blondes Libyennes,
    une fois que furent venus à eux les temps prescrits des fêtes Carnéiennes.
    Et ils n’avaient pas encore pu s’approcher des sources de Kyré,
    les Doriens, ils habitaient Azilis fourni en vallons boisés ;
    le tout-puissant les vit lui-même et les montra à sa nymphe, 90
    debout sur la Myrtousa hérissée de pics, là où
    la fille d’Hypseus avait tué le lion ravageur des bœufs d’Eurypylos.
    Jamais Apollon ne vit un autre chœur plus divin que celui-là,
    ni n’accorda de dons aussi utiles qu’il le fit à Cyrène,
    en souvenir du rapt antérieur ; et les Battiades 95
    eux-mêmes n’ont pas honoré d’autre dieu plus que Phoibos.
    « Ié Ié Paian », entendons-nous ; ce pourquoi
    le peuple delphien inventa tout d’abord ce refrain,
    c’est quand tu as fait voir la longue portée de ton arc d’or.
    Alors que tu allais à Pythô, vint à ta rencontre une bête prodigieuse, 100
    un effrayant serpent ; celui-ci, tu le tuas en lançant un, puis un autre
    trait rapide, et le peuple poussa cette acclamation :
    « Ié Ié Paian, lance ton trait, c’est aussitôt que ta mère
    t’a enfanté *guérisseur* » ; et depuis ce temps-là, tu es célébré.
    L’Envie a dit, furtive, aux oreilles d’Apollon : 105
    « Je n’admire pas le poète qui ne chante pas des sujets aussi vastes la mer. »
    L’Envie, Apollon l’a chassée du pied et a parlé ainsi :
    « Du fleuve assyrien le cours est puissant, mais il charrie
    beaucoup de débris de terre et une ordure abondante sur son eau.
    A Déô ses prêtresses n’apportent pas de l’eau *du tout venant*, 110
    mais celle qui, pure et sans souillure, sourd
    de la source sacrée, maigre filet, *pureté suprême*. »
    Salut, tout-puissant ! Et que le Blâme aille là où est l’Envie.
  • Merci beaucoup pour votre travail, il m'évite de devoir établir moi-même une traduction écrite des Hymnes, sachant que j'en suis déjà à une bonne trentaine de pages de notes de vocabulaire ! Votre traduction de l'hymne à Délos m'a précisément aidé tout-à-l'heure sur la prédiction qu'Apollon adresse à Ptolémée au sujet des Galates ! Le passage est à la fois oraculaire et lacunaire et la traduction de Cahen est assez éloignée du texte. En outre, je n'ai pas avec moi l'ouvrage de Stephens, qui est excellent mais que je consulte en bibliothèque.

    J'aurai juste une remarque à vous faire concernant les dictionnaires ! Vous affirmez à plusieurs reprises que certains mots ne sont pas dans le Bailly, voire dans le Liddle et Scott, et c'est tout à fait vrai mais bien souvent, je les ai trouvés dans le Magnien-Lacroix : il est plus récent et prend en compte le vocabulaire poétique redécouvert au XXe siècle et dans les papyrus d'Oxyrrinchos.

    Bien à vous !
  • Oui, j'avoue que j'ai mes préférences...
    Si je puis me permettre, votre technique d'apprentissage me semble coûteuse en temps : pourquoi écrire la traduction ? Repassez votre texte deux ou trois fois, cela devrait suffire (je ne veux pas parler de "par-cœur", évidemment).
    Moi, je lisais les textes une fois avant l'écrit, je les travaillais (un peu), et je les repassais deux fois entre l'écrit et l'oral en les travaillant un peu plus. Il faut faire de même pour les œuvres médiévales, c'est très payant.
  • A ARTÉMIS

    Cette hymne à Artémis est moins originale que les autres ; il lui manque le développement d’un mythe particulier (celui d’Actéon, par exemple ?) qui lui aurait donné plus de souffle et plus d’unité. Quelques beaux passages malgré tout ; j'aime bien aussi la partie "chorale" de la fin.


    Notes :
    v. 4 - ὡς ὅτε ... παῖς (ἦν) : construction elliptique.
    v. 10 - ἄεμμα, forme épique de ἅμμα.
    v. 17 - κομέοιεν : optatif dans la relative pour donner un caractère général à l’idée (Bailly p. 1401 1ère colonne). On a βάλλοιμι par attraction. Le premier τέ accompagne le relatif sans lui donner de valeur particulière (rappel de l’ancienne valeur démonstrative de ὅς : « et celles-ci » = qui).
    v. 29 - Sur l’emploi de l’optatif derrière ὅτε, v. Bailly. On constate que dans la langue épique, l’optatif est d’un emploi beaucoup moins « grammaticalisé » que dans la langue classique. Même cas au vers 66.
    v. 31 - φέρευ : forme ionienne de l’impératif présent moyen φέρου.
    L’adjectif ἐθελημός qualifie Zeus ; Cahen masque l’idée dans sa traduction.
    v. 34 - τοι : forme épique de σοι.
    τά a ici une valeur relative, comme souvent dans la poésie homérique.
    v. 35 - καλέεσθαι : infinitif futur passif non contracte (similaire au présent).
    v. 36 - διαμετρήσασθαι : infinitif de but librement rattaché à ὀπάσσω.
    v. 50 - τέτυκτον : aoriste 2 moyen épique de τεύχω.
    v. 55 et 61 - ἐπὶ μέγα : littéralement « jusqu’à (très) fort ».
    v. 61 - μοχθήσειαν : optatif oblique marquant la répétition dans le passé.
    v. 62 - ἀκηδέες : neutre (épique) à valeur adverbiale.
    v. 66 - ὅτε... τεύχοι v. au vers 29.
    v. 77 - εἰσέτι καὶ νῦν : expression formée comme le classique ἔτι καὶ νῦν.
    v. 79 - ἀλώπηξ : il est difficile de traduire littéralement cette métonymie. Pour le sens, je conserve la traduction de Cahen, mais Mair propose « mange » (gale). On notera l’humour du passage, nullement incompatible avec le genre épique.
    v. 81 - εἰ n’est ici qu’une simple particule exclamative.
    v. 84-85 - κ᾿= κέ(ν). Cette particule est ici employée conjointement avec αἰ (forme épique de εἰ), le tout suivi du subjonctif pour exprimer une éventualité (cf ἐάν). Εlle est répétée dans l’apodose, comme souvent chez Homère. Dans cette proposition, l’optatif ἔδοιεν marque la conséquence envisagée par la locutrice.
    v. 87 - ἠίες : imparfait épique 2PS de εἶμι.
    v. 88 - ἔπι est postposé, comme le montre son accentuation (cf v. 114).
    v. 91 - Texte assez mal établi. Voir l’apparat critique.
    v. 92 - Sur αὖ ἐρύοντες, cette note de Mair :
    αὖ ἐρύοντες, common in Oppian and Nonnus, is apparently a misunderstanding of the Homeric αὐερύοντες (= ἀναϜερύΦοντες). (loc. cit. p. 69)
    v. 98 - μετὰ ... ἐσσεύοντο : tmèse.
    v. 99 - εὗρες : forme épique sans augment, comme ἔσαν et ἕλες (vers 105).
    v. 103 - Le possessif ὅς peut renvoyer, comme chez Homère, à la seconde personne.
    v. 112 - χαλινά : « frein » au sens propre. Nous proposons « brides », sur le modèle de Mair (bridles).
    v. 116 - πεύκη : le mot désigne à la fois le bois et, par métonymie, l’objet fait de ce bois. L’expression de Cahen a le mérite de réunir les deux sens.
    v. 118 - ἀποστάζουσι : encore une excellente traduction de Mair (distil).
    v. 121 - οὐκέτ᾿ ἐπὶ δρῦν : locus desperatus. La logique commanderait plutôt quelque chose comme οὐκ ἐπὶ θῆρα.
    v. 122 - Le mauvais état du texte (voir apparat critique) fait qu’il est difficile de savoir à quoi renvoie exactement le pronom μίν.
    v. 133 - τέ et καί sont à dissocier. Le premier complète le pronom relatif, comme souvent chez Homère, le second a le sens de « même ».
    v. 134 - ἐσίνατο : aoriste gnomique.
    v. 134-135 - πέρι, postposée, porte sur θυωρόν.
    v. 143 - φέρῃσθα : 2PS du subjonctif présent (forme épique signalée par Liddell-Scott). Le subjonctif, employé ici sans ἄν (ou κέν), comme souvent chez Homère, marque l’éventualité ou la généralité.
    v. 148 - ἐπι ... γελόωσι : tmèse.
    v. 152 - Bailly n’attribue au verbe πίνυσκω que le sens d’inspirer. Liddell-Scott propose plus justement make prudent, admonish, correct, et même teach.
    v. 159 - Avec Mair, je donne à γέ un sens nettement adversatif. Le chêne désigne le bûcher d’Héralès, sur l’Œta.
    v. 164 - ἀμησάμεναι : participe aoriste moyen du verbe ἀμ(ά-ω)ῶ.
    v. 166 - ἐν ... ἐπλήσαντο : tmèse.
    v. 174 - ἀπὸ ... εἴπαο : tmèse (verbe ἀπεῖπον).
    v. 175 - τημοῦτος (= τῆμος) répond à ἡνίκα (v. 170).
    v. 177 - L’adjectif γυιός n’apparaît que dans le Liddell-Scott.
    v. 183 - εὔαδε : forme épique d’oriste du verbe ἁνδάνω.
    v. 195 - ἥλατο : aoriste 3PS du verbe ἅλλομαι.
    v. 206 - τῇ : emploi courant du démonstratif comme relatif, courant chez Homère.
    v. 207 - ἐν(ί) (ici postposé) peut exprimer le moyen ; v. Bailly.
    v. 213 - ἀσύλλωτοι est un « locus desperatus » (v. apparat), mais le sens est évident.
    v. 221 - ἔολπα régit les infinitives qui le précèdent en partie. Curieusement, Cahen néglige ce verbe.
    v. 233 - ἐκαθίσσατο : le Bailly ignore le sens transitif du verbe καθίζω au moyen.
    v. 236 - ἀπ’ ... εἵλεο : tmèse (verbe ἀφαιρ(έ-ω)ῶ).
    v. 240 - περί ... ὠρχήσαντο : tmèse.
    v. 242 - ὑπήεισαν : aoriste 3PP du verbe ὑπαείδω.
    v. 252-253 - ἐπί ... ἤγαγε : tmèse.
    v. 255-258 : Quitte à malmener la syntaxe française, on doit à tout prix conserver l’éloignement entre ἔμελλεν et νοστήσειν, que treize mots, sur deux vers, séparent.
    v. 260 sqq. : Je prends la liberté de disposer le texte de manière à bien faire ressortir le dialogue qui s’instaure entre le « chœur » et le récitant.



    C’est Artémis – car il n’est pas sans conséquences pour des aèdes de l’oublier –,
    que nous chantons, pour qui les préoccupations sont l’arc et les chasses au lièvre
    ainsi que le chœur qui se déploie, et jouer sur les montagnes,
    en commençant par dire comment, à l’époque où, assise sur les genoux de son père,
    elle était encore une jeune enfant, elle adressa à son géniteur ces paroles : 5
    « Donne-moi de conserver une virginité éternelle, *petit père*,
    et une multitude de noms, afin que Phoibos ne cherche pas à rivaliser avec moi ;
    donne aussi des flèches et un arc – laisse, père, ce n’est pas un carquois
    ni un grand arc que je demande ; pour moi, les Cyclopes
    fabriqueront aussitôt des traits, pour moi un arc à la belle courbure ; 10
    c’est d’être une porte-torches et de ceindre jusqu’aux genoux une tunique
    frangée afin de tuer les bêtes sauvages.
    Donne-moi encore, comme choreutes, soixante Océanides,
    toutes de neuf ans, toutes encore enfants sans ceinture ;
    donne-moi aussi, comme servantes, vingt nymphes de l’Amnisos, 15
    qui prennent soin de mes sandales de chasse et,
    quand je ne chasserai plus les lynx ni les cerfs, de mes chiens rapides.
    Donne-moi toutes les montagnes ; accorde-moi une ville, quelle qu’elle soit,
    celle que tu voudras ; chose rare, en effet, quand Artémis descend dans une cité ;
    j’habiterai dans les montagnes, je fréquenterai les villes des hommes 20
    seulement quand des femmes travaillées par les douleurs aiguës
    m’appelleront à l’aide ; à celles-ci, les Moires,
    aussitôt que je fus née, m’ont assigné de porter secours.
    Car, et en m’enfantant et en me portant, ma mère
    ne souffrit, mais c’est sans peine qu’elle me fit sortir de son sein. 25
    Ayant ainsi dit, l’enfant voulait toucher le menton de son père ;
    mais elle tendit en vain de nombreuses mains,
    jusqu’à ce qu’elle l’atteignît ; son père, ayant ri, fit un signe d’approbation,
    et dit en la caressant : « Quand des déesses viendront à m’enfanter de tels (enfants),
    je pourrais fort peu me préoccuper de la jalouse Héra 30
    irritée ; reçois, mon enfant, je le veux, tout ce que
    tu réclames, et même ton père t’en donnera d’autres encore plus grands.
    C’est trois fois dix cités fortes, et non une seule citadelle que je t’octroierai,
    trois fois dix cités pour toi, qui sauront glorifier, non un autre dieu,
    mais toi seule, et s’appeler « (villes) d’Artémis » ; 35
    de bâtir d’autre part de nombreuses cités avec d’autres,
    villes du continent et îles ; et dans toutes seront
    les autels et les bois sacrés d’Artémis ; et des routes
    et des ports tu seras la gardienne. » Ayant ainsi dit
    ces paroles, il les valida de la tête ; la jeune vierge marcha 40
    vers la blanche montagne de Crète hérissée de forêt,
    de là vers l’Océan. Elle rassembla de nombreuses nymphes,
    toutes de neuf ans, toutes encore enfants sans ceinture.
    Le fleuve Kairatos se réjouissait grandement, et Téthys se réjouissait,
    car à la fille de Létô ils envoyaient leurs filles comme suivantes. 45
    Aussitôt elle partit chercher les Cyclopes ; elle les trouva
    dans l’île de Lipara – Lipara récemment, mais alors, son nom
    était Meligounis – qui se tenaient, sur les enclumes d’Héphaistos,
    autour des masses rougeoyantes ; car un gros travail était mené en hâte ;
    ils fabriquaient un abreuvoir à chevaux pour Apollon. 50
    Les nymphes eurent peur, quand elles virent les terribles monstres
    semblables aux rocs de l’Ossa ; sous le sourcil à tous,
    des yeux à l’unique prunelle, pareils à des boucliers faits de quatre peaux de bœuf,
    regardant par en-dessous de terrible façon, quand elles entendirent d’autre part le bruit
    de l’enclume qui retentissait si fort et le souffle puissant 55
    des soufflets ainsi que le lourd gémissement [des Cyclopes] eux-mêmes ; car l’Etna retentissait,
    la Trinacrie retentissait, demeure des Sicanes, l’Italie voisine
    gémissait, et Cyrnos poussait en écho un cri puissant,
    toutes les fois que ceux-ci, levant leurs marteaux par-dessus leurs épaules,
    et frappant soit l’airain bouillonnant, à la sortie du four, soit le fer, 60
    tour à tour, peinaient si grandement.
    C’est pourquoi les Océanides ne supportèrent sans crainte
    ni de les voir en face ni de recevoir leur vacarme dans les oreilles.
    Pas d’indignation : ceux-là, du moins, plus du tout en bas âge,
    même les filles des bienheureux ne les voient jamais sans frissonner. 65
    Mais quand l’une des fillettes fait des désobéissances à sa mère,
    la mère appelle les Cyclopes pour son enfant,
    Argès ou Stéropès ; alors, du fin-fond de sa demeure,
    vient Hermès, enduit de cendre noire ;
    aussitôt il effraie la fillette, et celle-ci se cache 70
    dans le sein de sa génitrice en plaçant les mains sur ses yeux.
    Toi, Vierge, plus tôt pourtant, encore âgée de trois ans,
    quand Létô s’en vint, te portant dans ses bras,
    Héphaistos t’ayant mandée pour te donner *tes cadeaux de bienvenue*,
    Brontée t’ayant fait asseoir sur ses genoux robustes, 75
    tu saisis de sa large poitrine les poils touffus,
    et tu les arrachas avec force ; sans poils demeure, encore maintenant,
    la partie médiane de sa poitrine, comme lorsque, établie sur la tempe
    de l’homme, *l’alopécie* a dévoré la chevelure.
    C’est pourquoi, tout à fait résolue, tu lui adressas alors ces paroles : 80
    « Cyclopes, pour moi aussi, allez, un arc Crétois
    et des flèches, et un carquois creux pour les traits,
    fabriquez-les moi ; moi aussi, en effet, je suis fille de Létô, comme Apollon ;
    si, avec mon arc, je prends un fauve solitaire ou quelque bête
    monstrueuse, les Cyclopes pourraient bien le dévorer. » 85
    Tu dis, ils exécutèrent ; aussitôt, tu fus armée, déesse.
    Aussitôt, tu allais pour tes chiens ; tu vins dans l’antre
    arcadienne de Pan ; celui-ci découpait la chair d’un lynx
    du Ménale, afin que ses chiennes qui avaient mis bas mangent de la nourriture.
    A toi, le dieu barbu [donna] deux chiens mi-parti blanc et noir, 90
    trois *tachés aux oreilles, un sur tout le corps*, qui, ainsi,
    tirant en arrière des lions même, après les avoir saisis à la gorge,
    les traînaient encore vivants vers le *parc*, il te donna aussi
    six chiennes de Cynosurie plus rapides que les vents, qui sont ainsi
    formées à poursuivre les faons et le lièvre qui ne clôt jamais les yeux, 95
    à révéler le gîte du cerf et l’endroit où est la bauge du porc-épic,
    et à conduire sur la trace du chevreuil.
    Partie de là, - tes chiens s’élançaient à ta suite -
    tu trouvas sur les *avancées* du mont Parrhasion
    des biches bondissantes, une grande chose ! Celles-ci paissaient 100
    sans relâche sur la rive d’un torrent aux noirs galets,
    plus grosses que des taureaux, et l’or de leurs cornes resplendissait ;
    tu fus soudain saisie et tu dis à ton cœur :
    « Ce premier gibier pourrait bien être digne d’Artémis. »
    Cinq elles étaient en tout ; tu en pris quatre en courant vite 105
    sans poursuite par les chiens, pour qu’elles te conduisent ton char rapide :
    mais une seule, ayant fui au delà du fleuve Kéladôn,
    sur les conseils d’Héra, afin qu’elle soit pour Héraklès un objet d’épreuve
    en tout dernier lieu, la colline de Cérynée la recueillit.
    Artémis vierge, meurtrière de Tityos, d’or sont 110
    tes armes et ta ceinture, d’or tu attelas ton char,
    d’or tu jetas, déesse, sur tes jeunes biches des brides.
    Mais où d’abord ton attelage aux bêtes cornues commença-t-il à t’emporter ?
    Sur l’Hémos de Thrace, d’où la rafale du Borée
    vient, apportant aux gens sans manteau un froid funeste. 115
    Où as-tu coupé le *pin de ta torche*, à quelle flamme l’as-tu allumé ?
    Sur l’Olympe de Mysie, tu induisis sur lui le souffle du feu
    inextinguible, que distillent les foudres de ton père.
    Combien de fois, déesse, as-tu essayé ton arc d’argent ?
    Ce fut une première fois sur un orme, une seconde sur un chêne que tu tiras, 120
    mais la troisième contre une bête sauvage, la quatrième non plus /sur un chêne/,
    mais tu le dirigeas sur la cité des injustes, qui sur eux
    et sur leurs hôtes ne cessaient de perpétrer beaucoup d’actes coupables,
    les malheureux ! Toi, tu leur fis sentir une rude colère.
    Leurs troupeaux, la peste les leur dévore, les travaux des champs, la gelée ; 125
    les vieillards se coupent les cheveux en hommage à leurs fils, les femmes
    ou bien frappées, meurent en accouchant, ou bien, ayant fui,
    enfantent des êtres dont aucun ne s’est dressé sur un pied ferme.
    Quant à ceux sur qui, bienveillante et propice, tu peux jeter les yeux,
    à eux le champ apporte en abondance l’épi, en abondance des générations 130
    de quadrupèdes croissent, en abondance les richesses ; on ne va pas non plus à une tombe
    si ce n’est lorsqu’on y porte un *corps* chargé d’années ;
    pas plus que ne blesse leur race la discorde, qui
    toujours gâte même les maisons bien affermies, mais autour d’une seule table de fête
    les femmes des frères et les sœurs du mari placent leur siège. 135
    Vénérable, qu’il soit parmi eux, celui qui m’est ami véritable,
    que j’en sois moi-même, reine, et que du chant toujours je me soucie ;
    dans ce chant il y aura l’hymen de Létô, il y aura toi, beaucoup,
    il y aura aussi Apollon, il y aura toutes tes luttes,
    il y aura tes chiens et ton arc et ton char, qui te porte aisément, 140
    dans ta splendeur, quand tu le pousses vers la demeure de Zeus.
    Là, venant au-devant de toi, à l’entrée, Hermès
    le Bienfaisant reçoit tes armes, et Apollon
    la bête que tu peux apporter ; auparavant du moins, juste avant
    que ne vienne Alcide le fort ; à présent, Phoibos n’a plus 145
    cette charge. Semblable à lui, en effet, l’enclume de Tirynthe toujours
    se tient devant les portes, attendant si tu viens portant
    quelque grasse nourriture ; et tous les dieux rient sans fin
    de lui, surtout sa belle-mère elle-même,
    quand c’est un très gros taureau ou quand c’est un porc sauvage 150
    qu’il emporte du char, en train de se débattre, par une patte de derrière ;
    c’est par ce discours profitable, déesse, qu’il t’admoneste :
    « Lance tes traits sur les bêtes nuisibles, afin que les mortels t’appellent
    *secourable*, comme moi ; laisse les chevreuils et les lièvres
    paître les hauteurs ; les chevreuils et les lièvres, que pourraient-ils 155
    faire ? Les sangliers ravagent les champs, les sangliers, les plantes ;
    et les *buffles* sont un grand mal pour les hommes ; jette tes traits sur eux aussi. »
    Ainsi parla-t-il, et, rapide, il s’affaira autour de l’énorme bête.
    Car lui, bien que par le chêne phrygien divinisé dans son corps,
    il n’a pas fait cesser sa gloutonnerie ; chez lui, c’est encore cet estomac, 160
    avec lequel il se rencontra un jour avec Théiodamas labourant.
    Pour toi, celles de l’Amnisos étrillent les biches délivrées du joug
    et portent auprès d’elles à paître en abondance,
    l’ayant moissonné dans le pré d’Héra,
    le trèfle qui croît vite, et que les chevaux de Zeus mangent aussi. 165
    Et elles remplissent les auges en or
    d’eau, afin que le breuvage soit agréable aux biches ;
    mais toi, tu vas dans la demeure de ton père, et tous,
    pareillement, t’appellent à une place ; mais toi, tu t’assieds à côté d’Apollon.
    Et quand les nymphes t’encercleront dans leur chœur, 170
    auprès des sources de l’Inopos égyptien,
    ou de Pitané – c’est qu’en effet, Pitané est à toi – ou bien à Limnai,
    ou bien là, déesse, à Halai Araphénides, où pour y demeurer
    tu es venue de Scythie, et où tu as repoussé les rites des Taures,
    puissent alors mes bœufs, pour un salaire, ne pas ouvrir 175
    une jachère de quatre arpents sous la dépendance d’un laboureur étranger.
    Certes, en effet, c’est meurtris et souffrant du cou
    qu’ils s’avanceraient vers l’étable, même s’ils étaient de Stymphaea,
    âgés de neuf ans, tirant de leurs cornes, les meilleurs
    pour ouvrir un profond sillon ; car jamais le divin 180
    Hélios n’est passé devant ce beau chœur, mais il contemple le spectacle
    après avoir arrêté son char ; et les jours allongent.
    Maintenant, laquelle des îles, quelle sorte de montagne t’a le plus agréé,
    quel port, quelle sorte de ville ? Quelle est celle des nymphes que tu as par-dessus tout
    aimée, quelle sorte d’héroïnes as-tu eues pour compagnes ? 185
    Dis-le nous, déesse, et moi, je le chanterai aux autres.
    Des îles, c’est la Longue, des villes, c’est Pergé qui t’agréèrent,
    c’est le Taygète parmi les monts, ce sont assurément les ports de l’Euripe.
    Par-dessus toutes les autres, tu as aimé la nymphe de Gortyne,
    la tueuse de faons Britomartis qui vise juste ; pour elle, autrefois, 190
    *saisi d’amour*, Minos parcourut les monts de la Crète.
    La nymphe se cachait, une fois sous les chênes touffus,
    une autre fois dans les vallées herbeuses ; lui, durant neuf mois, fréquentait
    les pierriers et les escarpements, et n’interrompit pas sa poursuite,
    jusqu’au moment où, presque saisie déjà, elle sauta dans la mer 195
    du haut d’un roc élevé, et se jeta dans des filets
    de pêcheurs, qui la sauvèrent ; c’est de là que, par la suite, les Kydoniens
    appellent la nymphe Dictyna, et le mont d’où la nymphe sauta
    Dicté ; ils ont d’autre part élevé des autels
    et font des sacrifices ; et la couronne en ce jour-là, 200
    c’est soit le pin soit la lentisque ; mais avec la myrte, les mains sont sans contact ;
    car autrefois, une branche de myrte se prit dans le vêtement
    de la jeune fille, lorsqu’elle fuyait ; c’est de là qu’on s’est fâché fort contre le myrte.
    Oupis, souveraine au beau visage, qui porte les flambeaux, toi aussi
    les Crétois t’appellent du nom qui vient de cette nymphe. 205
    En outre, tu t’es choisie Cyrène comme compagne, à qui tu as donné
    toi-même deux chiens de chasse, au moyen desquels la jeune fille
    d’Hypseus, près du tombeau d’Iôlcos, remporta le concours.
    Et aussi de la blonde épouse de Képhalos, fils de Deïon,
    vénérable, tu fis ta compagne de chasse ; on dit de plus 210
    que tu as aimé la belle Anticlée pareillement à tes yeux ;
    les premières, elles portèrent tes flèches rapides et, autour des épaules, les carquois
    qui portent les traits ; à découvert ( ?) était leur épaule
    droite, et toujours nu se laissait voir leur sein.
    En outre, tu agréas fort Atalante aux pieds agiles, 215
    tueuse de *sangliers*, fille d’Iasios, le fils d’Arcas,
    et tu lui enseignas la chasse en meute et l’art de viser juste.
    Les chasseurs désignés du sanglier de Calydon
    ne la blâment pas ; car les marques de la victoire
    sont entrées en Arcadie ; celle-ci possède encore les dents de la bête. 220
    Et je pense que même Hylaios, et Rhoicos l’insensé,
    même la haïssant, ne dénigrent pas, dans l’Hadès,
    l’archère ; car leurs flancs ne mentiront pas pour eux,
    du meurtre de qui ruisselait le sommet du Ménale.
    Vénérable aux nombreux sanctuaires, aux nombreuses cités, salut, Chitoné, 225
    toi qui séjournes à Milet ; car Nélée fit de toi
    sa guide, lorsqu’il prit la mer sur ses vaisseaux, au sortir de la ville de Cécrops.
    De Chésion, de l’Imbrasos, toi qui sièges à la première place, pour toi Agamemnon
    déposa le gouvernail de son navire dans ton temple,
    charme contre le temps défavorable, lorsque pour lui tu enchaînas les vents 230
    quand les navires achéens voguaient pour nuire aux cités des Troyens,
    irritées à cause d’Hélène de Rhamnonte.
    Oui, pour toi, Protée aussi établit deux temples,
    l’un « des Jeunes Filles », parce que tu lui rassemblas ses filles
    errant par les monts d’Azanie, l’autre à Lousoi, 235
    « à la Douce », par le fait que tu as ôté leur cœur farouche à ses enfants.
    Pour toi aussi, les Amazones passionnées de guerre,
    sur le rivage d’Éphèse élevèrent autrefois une effigie
    sous un chêne, à son pied, et Hippô, pour toi, accomplit le *rite* ;
    quant à celles-ci, Oupis souveraine, elles firent tout autour une danse guerrière, 240
    d’abord en armes, avec leurs boucliers, puis, en cercle,
    en ayant formé un large chœur ; des syrinx aiguës
    les accompagnèrent de leur son grêle, afin qu’elles frappent le sol toutes ensemble ;
    - c’est qu’on n’avait pas encore fait de trous dans des os de faons,
    œuvre d’Athéna, funeste pour la biche - et l’écho courait 245
    jusqu’à Sardes et jusqu’au pays de Bérécynthe ; et celles-ci, de leurs pieds,
    faisaient un bruit rythmé, en cadence rapide, et les carquois retentissaient.
    Autour de cette effigie, pour toi, par la suite, un vaste sanctuaire
    fut édifié ; de plus merveilleux que lui, l’aube n’en verra point,
    ni de plus riche ; il surpasserait aisément Python. 250
    C’est pour cela aussi que, dans sa folie, Lygdamis le violent
    se vanta de le ruiner ; il poussa contre lui une armée de Cimmériens
    nourris du lait des cavales, d’un nombre égal au sable,
    et qui vivent établis le long même du passage de la vache, fille d’Inachos.
    Ah ! infortuné d’entre les rois, comme il s’est fourvoyé ! Il ne devait, 255
    de nouveau en Scythie, ni lui ni quelque autre
    de tous ceux dont les chars se dressèrent dans la prairie du Caystre,
    être de retour. Car tes flèches toujours sont là pour protéger Éphèse.
    Vénérable, (déesse de) Mounichia, gardienne des ports, salut, (déesse) de Phérai ! 259
    – Que nul ne bafoue Artémis !
    – Et chez Oineus, en effet, qui avait bafoué son autel, ce ne sont pas d’heureux combats qui parvinrent dans la ville.
    – Ne pas lui tenir tête à la chasse au cerf ni au tir à l’arc !
    – Et Atride, en effet, ne fanfaronna pas pour un petit salaire. 263
    – Que nul ne convoite la vierge !
    – Ni Otos, en effet, ni certes Oarion ne convoitèrent une union faste.
    – Ne pas fuir son chœur annuel !
    – Et Hippô en effet ne refusa pas sans pleurs de tourner autour de son autel.
    Salut, toute puissante, et fais bon accueil à mon chant ! 268
  • A DÉMÉTER

    Eh bien voilà : mon tête à tête avec Callimaque s’achève. Il fut bien agréable… Mon dernier envoi est l’hymne à Déméter, essentiellement consacré au très curieux supplice d’Érysichthon, connu surtout par Callimaque, qui est le seul en tout cas à faire mention de sa mère Triopas.
    L’originalité de l’hymne est que la voix qu’on y entend n’est pas celle d’un « narrateur externe », mais celle d’une canéphore ; on "croit y être" ! (remarque naïve).
    Comme l’hymne à Pallas, il comporte des formes doriennes, mais aussi homériques. Je ne les explique qu'une fois pour une particularité donnée.

    Bon courage à tous les agrégatifs !

    Notes :
    v. 1 et passim : τῶ καλάθω = τοῦ καλάθου (dialecte dorien).
    v. 2 et passim : Δάματερ = Δήμητερ (id.).
    v. 3 - θασεῖσθε : aoriste du verbe θάομαι, connu seulement sous ses formes doriennes.
    v. 6 - πτύωμες = πτύωμεν (dialecte dorien).
    v. 7 : Mair rattache πανίκα νεῖται à ἐσκέψατο, et ne met donc pas de tiret pour les séparer. Il traduit : « Hesperus from the clouds marks the time of its coming ». Cela me semble plus satisfaisant, mais je respecte cependant la leçon de Cahen, vu que c’est l’édition de référence.
    v. 10 - φέρεν : infinitif arcadien non contracte, assez rare en dorien.
    v. 11 - L’iota souscrit de ὅπᾳ ( = ὅπῃ) peut manquer, comme c’est le cas ici.
    v. 19 - πράτα = πρώτη (forme dorienne).
    v. 20 - ἐν ... ἧκε : tmèse.
    v. 25 - διά ... ἦνθεν : tmèse ; ἦνθεν est la forme dorienne de ἦλθεν.
    v. 34 - ἀρκίος n’est évidemment pas un nominatif, mais un accusatif pluriel arcadien (on trouve aussi cette terminaison chez Théocrite).
    v. 37 - ἦς : forme dorienne de ἦν.
    v. 45 - παραψύχοισα = παραψύχουσα.
    v. 46 - ἀνειμένα : participe parfait de ἵημι (forme classique).
    v. 52 - φαντί : forme dorienne de φασί.
    v. 54 - ἀξῶ : très rare exemple d’un futur actif à la fois sigmatique et contracte. Cette forme est propre aux dialectes éolien et dorien, mais ne se rencontre pratiquement qu’au moyen. La forme classique est évidemment ἄξω.
    v. 58 - χέρσω = χέρσου.
    v. 61 - ἄλλως = ἄλλους.
    v. 68 - πάσαιτο : optatif aoriste du verbe πατ(έ-ο)οῦμαι. L’emploi tout à fait classique de cet optatif « oblique » s’explique par l’idée de répétition.
    v. 69 - εἴκατι = εἴκοσι.
    v. 71 - L’emploi de καί dans la relative alors qu’il porte en fait sur la proposition antécédente est expliqué dans le Bailly, p. 908 1ère colonne.
    v. 75 - ἀπ᾿ ... ἀρνήσατο : tmèse. ὦν = οὖν.
    v. 82 - εὐἀγκειαν : adjectif et non substantif, comme l’indique Bailly.
    v. 86 - ἀμιθρεῖ : forme épique et ionienne d’ἀριθμεῖ.
    v. 92 - La fin du vers est corrompue. Mair comprend : more than these he wasted to the very sinews : / only sinews and bones had the poor man left.
    v. 96 - ἐπί ... ἔβαλλε : tmèse.
    v. 102 - κατά est une coquille : il faut évidemment lire κακά.
    v. 104 - ἀπειρήκαντι = ἀπειρήκασι (de ἀπεῖπον) (forme dorienne).
    v. 105 - αὔλιες = αὔλιδες (id.).
    v. 108 - τὰν βῶν = τὴν βοῦν (id.).
    v. 114 - τόχ᾿= τόθ᾿ (de τόκα = τότε.)
    v. 115 - ἀκόλως = ἀκόλους.
    v. 116 - Le second membre de phrase est compris différemment par Cahen et par Mair. Cahen traduit : mauvais voisins pour moi que tes ennemis et Mair : ill neighbours I abhor. Je me rallie à Mair ; le parallélisme ἐμὶν (= ἐμοὶ) φίλος / ἐμοὶ ... ἐχθροί me semble ainsi plus pertinent. La Porte du Theil traduit : loin de moi des voisins si funestes !
    v. 127 - ἁμές = ἡμεῖς.
    πασαίμεσθα : optatif aoriste (moyen) de πάομαι (seconde entrée dans le Bailly).
    v. 129 - τελεσφορέας est une conjecture des savants pour corriger la leçon des manuscrits qui n’apparaît pas satisfaisante. Cela dit, le mot *τελεσφορεὐς n’est pas attesté. Quoi qu’il en soit, le sens ne fait pas de doute.
    v. 128 - 129 : je rappelle qu’un ordre à caractère général peut être exprimé tout à fait classiquement par un infinitif (ici, une proposition infinitive).
    v. 130 - 131 : l’adjectif βαρύς pouvant faire référence à l’âge et à la gestation, le vers 131 développe les deux possibilités. Je rappelle qu’Ilythie est la déesse qui préside aux enfantements.
    v. 132 : Bailly signale assez mal le sens de ὥς (accentué) = οὕτως ; Liddell-Scott lui consacre une entrée distincte. Ici, il est en correlation avec le ὡς atone.
    v. 134 - σάω = σάου, impératif épique 2PS de σα(ό-ω)ῶ sous sa forme dorienne.


    Quand le calathos arrive, femmes, dites pour l’accompagner :
    « Profond salut, Déméter, bonne nourricière, riche en boisseaux. »
    Le calathos qui arrive, regardez-le à terre, vous, non initiées,
    ne fixez pas les yeux sur lui d’un toit, ni même d’en haut,
    pas un enfant, pas une femme, pas même celle qui a répandu sur elle sa chevelure, 5
    pas même quand à jeun nous crachons de nos bouches desséchées.
    Hespéros, du haut des nues, a regardé avec attention – quand vient-il ?
    Hespéros, qui seul persuada Déméter de boire,
    quand elle courut après les traces muettes de sa fille ravie.
    Vénérable, comment tes pieds ont-ils pu te porter jusqu’au couchant, 10
    jusqu’aux *Noirs* et là où sont les pommes d’or ?
    Tu ne bus, ni non plus ne mangeas en ce temps là, ni même ne te baignas.
    Trois fois dès lors tu traversas l’Achélôos qui roule des flots d’argent,
    autant de fois tu franchis chacun des fleuves qui coulent toujours,
    trois fois au bord du puits Callichore tu t’assis à terre 15
    altérée et sans boire, et tu ne te nourris ni ne te baignas.
    Non, ne disons pas cela, qui amena des larmes à Déô.
    Ce qui est plus beau, c’est comment elle donna aux cités des lois qui plurent ;
    plus beau, comment la première elle coupa le chaume et les gerbes sacrées
    d’épis et envoya les bœufs les fouler, 20
    alors que Triptolème apprenait son art noble ;
    plus beau, comment – afin qu’on évite les transgressions –
    …………………………. (lacune) ………………………… à voir.
    Ce n’était pas encore Cnide, mais alors la sainte Dôtion qu’on habitait.
    Ici, les Pélasges lui avaient établi un beau bois sacré, 25
    bien fourni en arbres ; une flèche y fût avec peine passée au travers.
    Dedans il y avait le pin, dedans les grands ormes, dedans aussi des poires,
    dedans de belles pommes douces ; de l’eau comme faite d’ambre
    jaillissait des rigoles ; la déesse était pleine de passion pour ce lieu
    autant que pour Éleusis, pour Triopas et tout autant que pour Enna. 30
    Mais comme chez les Triopides le bon génie se fâchait,
    cette fois-là, le mauvais conseil toucha Érysichthon.
    Il s’élança ayant vingt hommes à lui, tous dans la force de l’âge,
    tous géants, qui suffisent à détruire une ville entière,
    tout à la fois de haches et de cognées armés ; 35
    au bois de Déméter ils coururent impudents.
    Or il y avait un peuplier, gros arbre touchant l’éther,
    auprès duquel les nymphes, vers midi, *s’ébattaient* ;
    celui-ci, frappé en premier, lança aux autres une mélopée funeste.
    Déméter sentit que son bois sacré souffrait, 40
    et, s’étant mise en colère, dit : « Qui abat mes beaux arbres ? »
    Aussitôt à Nikippa, que la cité, pour elle, avait instituée prêtresse
    publique, elle se rendit semblable ; elle prit d’autre part dans sa main
    des bandelettes et un pavot et tint une clé suspendue à son épaule.
    Et elle dit, cherchant à refroidir le mauvais et impudent mortel : 45
    « Mon enfant, qui abats les arbres consacrés aux dieux,
    mon enfant, arrête-toi, mon enfant, si cher à tes parents,
    cesse et détourne tes hommes, de peur que Déméter
    la vénérable soit irritée, dont tu ruines le lieu sacré. »
    Mais alors, l’ayant regardée plus sauvagement que, 50
    sur les monts du Tmaros, ne regarde l’homme qui chasse la lionne
    aux rejetons imparfaits, dont on dit que l’œil est habituellement si terrible,
    « Retire-toi, dit-il, de peur que je ne t’enfonce ma grande hache dans la chair.
    Ces lieux constitueront ma demeure à couvert, où je tiendrai
    Sans cesse d’agréables festins à mes compagnons, à satiété. » 55
    L’enfant dit, mais Némésis fixa par écrit cette voix funeste.
    Quant à Déméter, elle s’irrita d’une manière vraiment indicible ; elle devint la déesse ;
    *ses pas* touchèrent la terre et sa tête l’Olympe.
    Alors, à demi morts, quand ils virent la vénérable,
    Ils s’échappèrent aussitôt, laissant l’airain sur les chênes. 60
    Celle-ci, laissant aller les autres - ils suivaient en effet la contrainte
    sous la main de leur maître -, répondit à leur insupportable chef :
    « C’est cela, c’est cela, bâtis-toi une demeure, chien, oui, chien, où tu feras
    des festins : car il y aura pour toi des ripailles fréquentes dans l’avenir. »
    Ayant dit autant que cela, à Érysichthon elle suscita des maux pénibles. 65
    Aussitôt elle lui envoya une dure et cruelle faim,
    ardente, puissante, et il se consumait sous l’effet d’un mal immense.
    Le malheureux ! Autant il mangeait, d’autant il avait de nouveau le désir.
    Vingt préparaient le festin, tandis que douze puisaient du vin ;
    C’est que Dionysos s’associa à la colère de Déméter ; 70
    Car tout blesse aussi Dionysos qui blesse Déméter.
    Ses parents ne l’envoyaient ni aux repas ni aux banquets,
    Honteux ; tout prétexte était trouvé.
    Aux jeux d’Athéna Itoniade
    vinrent l’inviter les Orménides ; sa mère refusa donc : 75
    « Il n’est pas là, il s’est rendu hier à Crânnon,
    pour réclamer en tribut cent bœufs. » Vint Polyxô,
    la mère d’Actoriôn, comme elle préparait le mariage pour son fils,
    les conviant tous deux, Triopas et son fils.
    Mais la femme, le cœur lourd, lui répondit en versant des larmes : 80
    « Triopas y va, c’est sûr, mais Érysichthon, un sanglier l’a malmené
    sur le Pinde aux belles vallées, ce pour quoi voilà neuf jours qu’il est couché. »
    Malheureuse mère aimante, que n’as-tu pas dit mensongèrement ?
    On offrait un festin ; « Érysichthon est à l’étranger »
    On prenait femme : « Un disque a blessé Érysichthon » 85
    ou « Il est tombé de son char » ou « Il compte le bétail sur l’Othrys ».
    Caché à l’intérieur, après avoir banqueté toute la journée,
    il mangeait des milliers de choses tout entières ; son ventre maudit s’emballait
    comme il mangeait toujours plus, et comme au fond de la mer
    étaient englouties vainement, sans profit, toutes les nourritures. 90
    Et comme neige sur le Mimas, comme figure de cire au soleil,
    et bien plus encore qu’elles, il fondait, jusqu’à ce qu’ *à côté des nerfs*
    au malheureux restassent seulement les fibres et les os.
    Sa mère pleurait, lourdement gémissaient ses deux sœurs
    et le sein qu’il avait tété, ainsi que les dix servantes, à maintes reprises. 95
    Et alors Triopas lui-même appliqua ses mains sur ses cheveux blancs,
    invoquant par ces mots Apollon qui ne l’entendait pas :
    « Faux père, vois cette *troisième génération* issue de toi, si je suis bien
    ton rejeton et celui de Kanakè, fille d’Éole, si d’autre part
    ce malheureux enfant est né de moi ; ah ! plût aux dieux que, 100
    frappé par Apollon, mes mains l’eussent pourvu des derniers honneurs !
    A présent, c’est une gloutonnerie funeste qui est là devant mes yeux.
    Ou guéris-lui ce pénible mal, ou nourris-le toi-même,
    Après l’avoir recueilli ; car mes tables s’y refusent.
    Vides sont mes étables, déserts déjà sont mes enclos 105
    à bêtes ; car mes cuisiniers ont déjà déclaré forfait. »
    Eh bien on détela aussi les mulets des grands chars,
    et la vache, il la mangea, que sa mère nourrissait pour Hestia,
    et le cheval de course, et celui de guerre,
    et la chatte, devant qui tremblaient les petits animaux. 110
    Tant qu’il y eut du bien dans la demeure de Triopas,
    seules les pièces de la maison connurent le malheur.
    Mais lorsque les dents eurent épuisé la riche demeure,
    alors le fils du roi était assis aux carrefours,
    mendiant des quignons de pain et des déchets de repas rebutés. 115
    Déméter, puisse-t-il ne pas être mon ami, celui qui t’est odieux,
    Puisse-t-il ne pas être mitoyen de moi ; les voisins maudits sont mes ennemis.
    Chantez, jeunes filles, accompagnez-les de votre voix, mères ;
    « Profond salut, Déméter, bonne nourricière, riche en boisseaux. »
    Et comme les quatre cavales à la blanche crinière mènent le calathos, 120
    de même la grande déesse aux larges pouvoirs viendra nous porter
    le clair printemps, le clair été, et l’hiver,
    et l’automne, et restera vigilante d’une année à l’autre.
    Et comme sans chaussures, sans bandeau, nous parcourons la cité,
    de même nos pieds, de même nos têtes, nous les aurons toujours sans blessures. 125
    Et comme les canéphores portent des corbeilles pleines d’or,
    de même puissions-nous obtenir de l’or *sans compter*.
    Les non initiées, c’est jusqu’au prytanée de la cité,
    mais les initiées, c’est jusqu’auprès de la déesse qu’elles doivent aller en procession,
    celles qui sont au-dessous de soixante ans ; quant à celles qui sont appesanties, 130
    celle qui tend sa main à Ilythie et celle qui est dans la douleur,
    c’est assez de faire autant que leur genou en est capable ; à celles-ci, Déô
    donnera tout en abondance et de manière à arriver jusqu’au temple.
    Salut, déesse, et garde cette ville dans la concorde
    et dans la félicité, apporte dans les champs tout ce qui se renouvelle ; 135
    nourris les bovins, apporte les fruits, apporte l’épi, fais pousser la moisson ;
    nourris aussi la paix, afin que qui a semé, celui-là récolte.
    Sois-moi propice, trois fois suppliée, toute puissante parmi les déesses.
  • Je me lance dans la traduction de Callimaque et, outre votre traduction de grande qualité, vos notes me sont très précieuses. J'avoue n'être pas très à l'aise avec la langue de Callimaque et les précisions sur les différents dialectes m'aident réellement.
    Mille mercis pour ce travail.
  • Merci beaucoup et bon courage ! :)
  • Que dire de ce travail de maître ? C'est un atout majeur pour nous aider à traduire Callimaque ! Avoir de précieuses notes et une traduction vers à vers qui ne date pas de près d'un siècle, voilà qui est absolument extraordinaire. Comme dit Neruda, "un seul mot, usé, mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie : merci !" :D
  • Travail de maître, c'est sans doute beaucoup dire ! Travail d'amoureux du grec et de sa littérature, oui, certainement.
    Merci et bon courage. ;)
  • Je persiste et signe ! Avez-vous le projet de proposer d'autres traductions ?
    Merci à vous !
  • Pas dans l'immédiat. Sophocle m'intéresse, bien sûr, mais ce sera pour l'an prochain ! ;)
  • Bonjour,

    En retraduisant - en quatrième vitesse - les hymnes, je bloque sur une expression : οὔποτε Θοίβου / θηλείαις οὐδ᾽ ὅσσον ἐπὶ χνόος ἦλθε παρειαῖς (à Apollon, v. 37).

    Est-ce là le sens littéral :
    "Jamais en rien autant (adv.) / pas le moins du monde un duvet ne vint recouvrir les tendres joues de Phoibos" ?

    (je n'ai pas regardé dans Bailly...)

    PS : mille mercis pour votre précieux travail.
  • Je prends connaissance tardivement de votre question. Veuillez m'en excuser.
    L'expression signifie : "pas même relativement à cette (petite) quantité", donc "si peu que ce soit".
    Mais attention, ce n'est pas ici l'adverbe, mais l'adjectif neutre à l'acc. de relation.
  • Bonjour à tous et toutes,
    Je vous remercie sinsèrement de votre travail sérieux ,surtout en respectant toutes les figures illustres de la scène antique de mon pays,ce de la Grèce.
    Je ne sais pas si on doit maîtriser parfaitement le français pour participer sur le forum.Je demande votre indulgénce.

    Tout d'abord je voudrais passer la signifiquation du mot "Hymne " en grec ancien :""
    "ὕμνος ἔστιν ὁ μετὰ προσκυνήσεως καὶ εὐχῆς κεκραμένης ἐπαίνῳ λόγος εἰς θεόν.ὕμνος ἐστὶ ποίημα περιέχον θεῶν ἐγκώμια καὶ ἡρώων μετ ̓ εὐχαριστίας. (Διονύσιος Θράξ 2ος π.Χ.)

    "On appelle Hymne les paroles -par lesquels on témoigne en prières vénération et en sanctuaire réligieux -ces qui s'adressent au Dieu ou en sorte de poème doit contenir des éloges envers les Dieux et des Héros avec beaucoup remerciements .(Dionysius Thrace 2 av. J-C .)"

    Neanias :" καὶ μὲν ἀεὶ καλὸς καὶ ἀεὶ νέος· οὔποτε Φοίβου θηλείαις οὐδ᾽ ὅσσον ἐπὶ χνόος ἦλθε παρειαῖς·
    Πάντοτε ωραίος, πάντοτε νέος, πότε στου Φοίβου τις τρυφερές τις παρειές δεν βγήκε χνούδι...

    ''Toujours beau, toujours jeune,quand les joues fond de Phèbus n'a jamais de peluches .(barbe ).

    Phébus ou phoebus:.Le terme signifie celui qui est pur et concerne le dieu Apollon,le brillant, le dieu du soleil, le deuxième dieu en ordre après Jeus.

    Je tiens à vous remercier pour votre accueil dans la page.
  • Σας ευχαριστούμε. Καλώς ήρθατε!
  • Εγώ σας ευχαριστώ.
    Αποτελεί ύψιστη τιμή για μένα να με καλωσορίζετε στην μητρική μου.
    Θερμά συγχαρητήρια για τα ελληνικά σας.
    Θα ήμουν ευτυχής να φανώ χρήσιμη στο site.Θέτω εαυτόv εντός ομάδος, στην διάθεσή σας,παραμένοντας σε επιφυλακή ή εφεδρεία όποτε με χρειαστείτε.

    Je vous souhaite un bon dimanche.
    Bonne condinuation,
    Cordialemen. ;)
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