Grammaire française Participe passé

Bonjour,

Voici un extrait du roman "L'élégance du hérisson" :
" Pourquoi les ordures sentent jusque dans la cour ? "

Que Bernard Grelier et l'héritière d'une vieille famille de la Banque puissent se soucier des mêmes choses triviales et ignorer conjointement l'utilisation du pronom personnel postverbe que la forme interrogative requiert jette sur l'humanité un éclairage nouveau.

Je m'étonne du reproche que fait la narratrice dans cet extrait. D'après mes grammaires, les deux formes sont valables : avec ou sans pronom personnel. J'aimerais savoir si quelque chose m'échappe.

Merci.

Réponses

  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Vos grammaires sont généreuses. En fait, elles n'ont pas tort, il y a bien plusieurs formes interrogatives avec "pourquoi", dans l'usage d'aujourd'hui. Voir ce fil :
    https://www.etudes-litteraires.com/forum/post290062.html#p290062
    mais la forme sans pronom était considérée comme très familière, voire incorrecte dans ma jeunesse.
    Donc oui, on s'attendrait que l'héritier d'une vieille famille utilisât plutôt :
    " Pourquoi les ordures sentent-elles jusque dans la cour ? "
  • S'il n'y avait pas un adverbe interrogatif comme "pourquoi", la forme sans pronom serait plus admissible dans cette phrase interrogative : Les ordures sentent jusque dans la cour ? ;)
  • Spalding, je pense que vous plaisantez car franchement : C'est encore pire qu'avec pourquoi sans pronom.
  • D'autant plus que le pourquoi est tout de même essentiel.
    Connaître la cause évitera peut-être les effets. Peut-être ...
  • [lien invalide]748868Spalding3.jpg/748868Spalding3.jpg[/img][/url]
  • Félicitations d'abord à Hippocampe pour sa culture tintinophile ! :)
    Laoshi a écrit:
    D'autant plus que le pourquoi est tout de même essentiel. Connaitre la cause évitera peut-être les effets. Peut-être...

    Je n'ai jamais dit que le sens était exactement le même ! Avec "pourquoi", l'interrogation est partielle. Sans "pourquoi", elle devient globale, avec seulement "oui" ou "non" comme réponse possible. ;)
  • lamaneur a écrit:
    " Pourquoi les ordures sentent-elles jusque dans la cour ? "

    Ce point-ci de la grammaire m'a toujours intrigué : pourquoi ajouter un pronom personnel alors qu'il y a déjà un sujet (les ordures) dans la phrase "Pourquoi les ordures sentent jusque dans la cour ?" ?

    Je comprends bien l'argument de la narratrice comme quoi la forme interrogative requiert "l'utilisation du pronom personnel postverbe", mais dans ce cas précis je n'en vois pas l'utilité, sachant que le verbe a déjà un sujet, placé devant lui certes, mais un sujet tout de même. Je trouve que la version avec pronom personnel est vraiment moche, à l'écrit et surtout à l'oral, à cause de la répétition.
  • Elle n'est pas moche. C'est l'usage correct qui impose la reprise du pronom personnel en langage soutenu.
    Il est sûr que dans une conversation familière, on dira : Pourquoi Philippe est parti ? Mais l'étude nous a appris qu'il fallait dire et surtout écrire : Pourquoi Philippe est-il parti ?

    A vrai dire, je ne me suis jamais posé la question de savoir si c'était moche ou pas. On m'a dit qu'en français c'était comme ça, et bête et disciplinée, j'ai suivi...
  • JehanJehan Modérateur
    Non, vraiment, rien de moche dans cette tournure !
  • Merci beaucoup pour votre réponse précise.
  • Je suppose que c'est l'inutilité du pronom personnel (le verbe a déjà un sujet) qui me donne la sensation d'un mot en trop dans ce genre de question. Quand je dis que cette tournure est moche, ça n'engage bien sûr que moi :P

    Un autre type de question sans pronom personnel qui me vient à l'esprit : "Où sont les enfants ?". Je me vois mal demander à ma femme "Où les enfants sont-ils ?"...
    Ou bien "Combien coûte ce t-shirt ?". Je ne dirais jamais "Combien ce t-shirt coûte-t-il ?".
    Dans les deux cas, le sujet (qui n'est pas un pronom personnel) est après le verbe, contrairement aux questions avec pourquoi. Une explication à cela ?

    Quand me semble particulier : "Quand les enfants sont partis ?" ; "Quand sont partis les enfants ?" Avant le verbe comme avec pourquoi ou après le verbe comme avec et combien, aucune des deux positions ne sonne juste.
  • Comme on dit
    "où vont les hirondelles ?"
    ne devrait-on dire
    "Pourquoi sentent les ordures jusque dans la cour ?" ?
  • Gabiana a écrit:
    Il est sûr que dans une conversation familière, on dira : Pourquoi Philippe est parti ? Mais l'étude nous a appris qu'il fallait dire et écrire : Pourquoi Philippe est-il parti ?

    Cela me parait en effet beaucoup plus élégant ! Mais sans l'adverbe "pourquoi", l'absence du pronom semble mieux passer, en tout cas pour moi : Philippe est parti ? Bien sûr, le sens n'est plus alors tout à fait le même.

    Comment expliquer ces perceptions ? L'adverbe "pourquoi" introduit une précision, déséquilibre aussi la phrase vers la gauche. Il faudrait alors le pronom "il" pour appuyer cette précision, rééquilibrer aussi la phrase vers la droite. Simple hypothèse... ;)
  • Dans l'interrogation avec un adverbe interrogatif (combien, comment, où, quand et pourquoi), quand le sujet est un groupe nominal, il est placé après le verbe (inversion simple) ou maintenu à sa place et repris par un pronom personnel (inversion complexe).
    Pourquoi admet seulement l'inversion complexe.
    L'inversion simple est impossible quand le verbe est suivi d'un complément.
    Dans le langage courant, on a tendance à omettre le pronom de reprise.
  • Si je vous suis bien, "Où les enfants sont-ils ?" et "Combien ce t-shirt coûte-t-il ?", voire "Où les hirondelles vont-elles ?" pour reprendre l'exemple d'Hippocampe, sont corrects ? L'exemple du t-shirt, passe encore, mais les deux autres exemples me semblent très bizarres...
    Spalding a écrit:
    Comment expliquer ces perceptions ? L'adverbe "pourquoi" introduit une précision, déséquilibre aussi la phrase vers la gauche. Il faudrait alors le pronom "il" pour appuyer cette précision, rééquilibrer aussi la phrase vers la droite. Simple hypothèse... ;)

    Si je prononce à haute voix "Pourquoi Philippe est parti ?" / "Pourquoi Philippe est-il parti ?", la version avec il me laisse une impression étrange. Quand je dis la première version, pourquoi est légèrement accentué et le reste s'enchaîne naturellement; le il de la deuxième version me laisse au contraire une sensation de déséquilibre dans la phrase. Je ne remets évidemment pas en cause la légitimité de l'inversion complexe, mais ça sonne comme une phrase où on ajouterait un élément inutile histoire de "faire une phrase complexe" et se donner un style pompeux (un peu comme le ne explétif). Ca reste mon ressenti personnel... Lire une phrase comme ça ne me choquerait pas du tout, mais entendre ça à l'oral me laisserait songeur.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    C'est justement parce qu'on n'entend pas souvent ces formes qu'elles vous choquent, même si elles sont, non seulement correctes, mais plutôt recherchées.
    Par ailleurs, même à l'écrit, ces formes se raréfient. Je crois qu'on a déjà discuté, dans un autre fil, du fait que les titres de journaux renoncent souvent à l'interrogation et écrivent "Pourquoi Hollande va perdre" plutôt que "Pourquoi Hollande va-t-il perdre ?"
  • Je dirais plutôt que c'est la lourdeur de ces formes qui me dérange :

    "Où vont les hirondelles ?" / "Où les hirondelles vont-elles ?"

    Ce que je m'apprête à dire n'engage bien sûr que moi, mais la première version est beaucoup moins lourde que la seconde. La première est concise et efficace, chaque mot ayant son importance; la deuxième comporte un pronom personnel sorti de nulle part n'apportant strictement rien à la phrase, sinon une surcharge inutile, et transformant une phrase normale en une phrase très (trop) affectée.

    Une des raisons pour lesquelles j'aime tant le français, c'est que sa richesse permet de jouer avec les mots de nombreuses façons, mais à un moment donné on tombe dans le ridicule, voire le pédantisme.

    Ca reste mon avis, qui vaut ce qu'il vaut...
  • JehanJehan Modérateur
    Je n'aime pas pourtant beaucoup les tournures alambiquées et prétentieuses. Mais là, je ne trouve ni pédant ni ridicule de choisir d'énoncer d'abord le sujet du verbe, puis de le rappeler par un pronom inversé soulignant qu'il s'agit bien d'une interrogation. Mais comme tu dis : ce n'est que mon avis ! ;)
  • Si les hirondelles ont préalablement été évoquées, on dira : Où vont-elles ?
    De les évoquer dans le même temps justifierait-il une amputation des ailes ? C'est pas bien Freddy ! ;)
    Merci Lamaneur d'avoir été vigilant. A pareille heure, on est frais comme une poubelle. :P
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