Prépa littéraire Licence lettres modernes
Capes lettres modernes

Bonsoir à tous,

Je m'adresse aux enseignants du secondaire: conseilleriez-vous votre métier à un jeune entrant aujourd'hui dans le monde professionnel?
Pour faire plus simple, pourriez-vous "lister" ce qui, pour vous, constitue les avantages et les inconvénients de ce métier?

Merci d'avance!
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Réponses

  • Et s'il était à refaire
    Je referais ce chemin ...


    Comment s'autoriser à conseiller alors que le contexte a changé, le public également et le recrutement aussi.
    Les ingrédients n'ont peut-être pas changé : la motivation, la santé, l'enthousiasme et le sens de la relation ...

    Mon credo :
    Cet homme que nous voulons former, quelles vertus lui donnerons-nous ? Je ne songe pas un instant, comprenez-moi bien, à des cours de morale ou même à des exhortations par lesquelles l'enfant serait encouragé ou remis « dans le droit chemin ». Tout cela est généralement mal supporté et parfaitement inefficace. Mais je crois que l'on peut, à propos de tous les enseignements et de tous les exercices, donner progressivement à l'enfant une certaine attitude intérieure qui serait, pour la lutte qu'il doit affronter, l'arme la plus précieuse.

    Le premier élément de cette attitude, la première de ces vertus, c'est le calme. Plus les choses vont vite, plus les gens ont tendance à s'affoler, plus il faut rester calme. Ce n'est pas seulement une question d'élégance, c'est une question de vie ou de mort. Quand on conduit des machines rapides ou que l'on met en jeu de grandes énergies, il importe de rester maître de soi. Les pilotes d'essai doivent avoir des réflexes rapides, mais peu de nerfs. Dans le monde agité et dangereux qui est le nôtre, il faut que nous ayons des enfants calmes. Vous me direz que je commence par soulever la difficulté la plus grande.

    .../...

    l'imagination
    l'esprit d'équipe
    l'enthousiasme
    le courage
    le sens de l'humain

    Gaston BERGER (L'homme moderne et son éducation)

    et cet autre texte dont je ne me lasse pas :
    L'enseignant médiocre se contente de dire

    Le bon enseignant explique

    L'enseignant supérieur démontre

    L'enseignant exceptionnel inspire.

    William Arthur Ward
  • RitaSkeeter a écrit:
    Pour faire plus simple, pourriez-vous "lister" ce qui, pour vous, constitue les avantages et les inconvénients de ce métier?

    Merci d'avance!

    1/ Avantages :

    * échanges humains. Si nous transmettons un savoir aux élèves, eux-mêmes nous apprennent beaucoup sur nous et peuvent infléchir notre manière d'enseigner.
    * nous formons des "esprits". Tâche gratifiante et difficile.
    * jeunesse d'esprit : vivre avec des ados permet de rester "dans le coup".
    * flexibilité emploi du temps => pratique notamment pour les mères de famille. Fin des cours (sauf conseils de classe, etc.) à 17 heures. Vie de famille facilitée.
    * liberté quant à la préparation des cours ou la correction des copies : le dimanche au lit, le soir à minuit, etc.
    * grande liberté dans cette dite préparation des cours : programme à respecter mais on l'aborde selon notre ressenti. Grande créativité.
    * liberté relative par rapport aux "autorités" (directeur et inspecteur)
    * vacances

    2/ Inconvénients

    * monotonie de l'emploi du temps.
    * impression de se répéter au long des années
    * correction des copies : le pire :(
    * les élèves qui ne sont plus ce qu'ils étaient...
    * salaire très basique
    * on perd beaucoup de notre savoir initial => nécessité de se maintenir à un certain niveau (stages, etc.)

    Voilà ce qui me vient à l'esprit.
  • Fandixhuit a lu dans mes pensées. Je souscris totalement à sa liste, pour les avantages comme pour les inconvénients. :)
    Maintenant, les conditions du métier se sont tellement dégradées depuis vingt ans, et le pouvoir d'achat a tant baissé, que j'hésite désormais de plus en plus à recommander cette profession, sauf aux étudiants dont je sens la vocation chevillée au corps.

    Par ailleurs, si c'était à refaire, j'aimerais bien essayer autre chose... Devenir prof était un peu la voie toute tracée pour l'élève que j'étais. Une fuite en avant, pour ainsi dire. Mon regret sera de n'avoir jamais eu à relever le défi d'obtenir par moi-même un emploi (dans le secteur privé). On a toujours un peu mauvaise conscience d'être fonctionnaire, non? (surtout depuis que je me suis mis à lire Ayn Rand...).
  • fandixhuit a écrit:

    * les élèves qui ne sont plus ce qu'ils étaient...

    Qu'est ce qui a vraiment changé chez les élèves? Et depuis quand?
  • Facile de dire que les élèves ont changé, ça, tiens. :p

    Sinon, je suis toujours à la fois peu rassuré voire démoralisé quand je lis les témoignages des profs... J'ai peur pour mon avenir. :')
  • * Pour Jean-Luc Picard

    Même ressenti. Surtout parce que l'école (le lycée, la fac) est un univers artificiel qui n'a rien à voir avec "la vraie vie" où il faut se battre d'une manière bien plus agressive, si je puis dire.

    * Pour Scipione

    Depuis une quinzaine d'années, au moins.Les élèves ne sont pas responsables. Nouvelles générations. Chaque ministre de l'Education a voulu faire sa réforme.

    Baisse du contenu des programmes et des exigences depuis que M. Jospin a été ministre de L'E.N. (début des années 80) => 80% d'un même classe d'âge devait avoir le bac. Baisse progressive du niveau d'abord imperceptible, aujourd'hui flagrante.

    Par ailleurs, l'enseignement du français a énormément souffert de la linguistique : enseigner le schéma quinaire de Propp aux 6e, le schéma actanciel, et tout ça...

    Sans parler du découpage en séquences et séances...
  • PHKPHK Membre
    J'ai pris, de mon côté, le parti de ne pas passer le concours et de rester contractuel. D'une part, parce que j'ai des rapports tendus avec la hiérarchie (*) ; de l'autre, parce que la titularisation n'a plus vraiment d'intérêt financier. Combien de professeurs néo-titulaires passent des années à rembourser un déménagement rendu obligatoire par leur titularisation ? Le serpent se mord la queue. On travaille pour financer la possibilité de travailler. Quand on est muté dans une grande ville, il n'est pas possible de vivre décemment d'un salaire de professeur débutant.

    En outre, le système de mutation par "points" est aussi ridicule que frustrant. Le doctorat ne compte pas, ni les publications. L'agrégation, à peine, de façon presque symbolique. Pour être considéré un bon professeur, il faut se marier et faire des enfants, voire satisfaire à d'autres critères tous plus abscons les uns que les autres, mais qui restent sans rapport avec le niveau académique. Voir sa carrière gérée ainsi, quand on a un CV universitaire de bon niveau, a quelque chose d'absurde et de rageant.

    Pour le reste, je souscris à ce que dit fandixhuit dans le message précédent. On a massacré l'enseignement du français.

    Cependant, si c'était à refaire... je ne me vois pas faire autre chose. J'aime trop la littérature. Pour le pire ou le meilleur, l'enseignement est le seul secteur d'activité qui envisage (très peu, à reculons, du bout des lèvres, malgré lui) de me payer pour ça.

    J'apprécie aussi, quand je donne le nom d'un collège où j'ai enseigné, de voir des interlocuteurs réagir comme si j'étais John Rambo revenant d'une mission en jungle hostile. C'est un métier qui ne laisse pas indifférent. Même le mépris dont nous sommes quelquefois l'objet relève de la jalousie.


    (*) et plus encore avec les pédagogues d'élite qui embellissent les ESPE de leurs savantes considérations sur comment est-ce qu'il faut-il enseigner la syntaxe...
  • floreale a écrit:

    L'enseignant médiocre se contente de dire

    Le bon enseignant explique

    L'enseignant supérieur démontre

    L'enseignant exceptionnel inspire.

    William Arthur Ward

    Et rien sur celui qui fait trouver.
  • Bonjour,
    Il y a aussi la sécurité de l'emploi, c'est quand même un avantage énorme de nos jours... :)
  • @Postulat:
    Je ne trouve pas que la "sécurité de l'emploi" soit un si grand avantage.

    - D'abord, parce qu'elle ne constitue en rien la garantie de conserver notre emploi, mais seulement l'obligation pour l'État de nous fournir un emploi compatible avec le corps que nous avons intégré. C'est très différent!
    Ainsi, après une carrière un peu chaotique, j'ai fini par devenir professeur en Khâgne. Mais ce poste ne m'est nullement garanti. Si ma prépa ferme (et c'est un motif d'angoisse permanent quand on enseigne des matières "rares" comme les langues anciennes), l'État n'a nullement l'obligation de me trouver un autre poste en Khâgne, mais seulement un autre poste d'agrégé, puisque tel est mon corps. Ce qui peut être n'importe où en France et à n'importe quel niveau, Sixième comprise.

    - Et puis, il faut bien garder en tête que l'État n'est pas philanthrope et ne donne rien sans contrepartie. La contrepartie de cette "sécurité", c'est bien sûr, d'une part, des salaires indécents par rapport à la moyenne de l'OCDE, et d'autre part l'interdiction officieuse de se plaindre, puisque nous sommes tellement "privilégiés"!
    Ainsi, on peut observer que les syndicats enseignants n'osent jamais réclamer de hausse de salaires pour les profs! Ils réclament toujours une hausse pour l'ensemble de la fonction publique, ce qui est plus prudent en termes d'image, mais n'a aucune chance d'aboutir. :/

  • L'enseignant exceptionnel inspire.

    William Arthur Ward

    Et rien sur celui qui fait trouver.

    le présupposé : inspirer : inspirer, donner le souffle créateur, faire naître en suscitant, déterminer le comportement ...être l'instigateur ... être la cause ...

    Celui-là, même s'il est rare, est ... contagieux ... et fait avancer ...
  • @Jean-Luc Picard

    Pour moi, la sécurité de l'emploi représente quand même un avantage de poids. Je comprends votre inquiétude de voir votre poste supprimé, mais même si cela se produit, vous ne vous retrouverez pas au chômage.
    Je me mets parfois à la place de ces ouvriers quinquagénaires dont l'entreprise ferme. On a eu des exemples très médiatisés (Continental, Gandrange, PSA...). La probabilité de retrouver un emploi à 50 ans lorsqu'on est peu qualifié est quasi nul, il faut bien l'avouer. J'imagine la détresse de ces familles avec enfants et parfois crédits à rembourser devant un avenir si sombre. Je suis heureux de ne jamais me retrouver dans cette situation.
    Quant au salaire, je suis jeune capésien en maths qui enseigne dans une banlieue parisienne. Pour le moment, je ne me plains pas : il faut dire que je suis célibataire sans enfant et que vivant dans un 18m², mon loyer n'est pas très élevé... Je changerai sûrement d'avis si ma situation familiale évolue !
  • @Postulat
    Je crois que vous ne parlez pas tout à fait de la même chose. Bien sûr, il y a les situations dramatiques que vous évoquez, mais ici, on parle de personnes ayant fait des années d'études très difficiles (deux ou trois années de prépa souvent éreintantes), ayant passé des concours ultra sélectifs qui finalement débouchent sur quoi au bout de 20 ou 30 ans? Après tant d'efforts, ce genre de précarité en termes de salaire et d'emploi à un âge où l'on aspire à plus de stabilité et de reconnaissance me paraît également tragique, mais il est vrai également qu'un cadre du secteur privé qui perd son emploi à 50 ans risque de se trouver dans les mêmes conditions que vous décrivez.

    Il faudrait comparer ce qui est comparable en termes de parcours universitaire et professionnel et sur ce point je crois que la carrière d'un haut fonctionnaire qui a passé le concours de l'ENA ou de la Banque de France est hautement plus enviable que celle d'un professeur agrégé. En plus, réussir Sciences-Po - voire l'ENA ou la Banque de France -, est autrement plus facile qu'entrer à l'ENS et passer avec succès l'agrégation par la suite.

    En lisant le message de Jean-Luc Picard, je me disais que finalement j'avais bien fait de ne pas aller en prépa pour embrasser la carrière d'enseignant; car avec du recul, après toutes ces années, j'ai parfois un doute...
  • Du coup, je voulais savoir s'il y avait une différence de "traitement" entre les professeurs normaliens et les professeurs agrégés ?
  • Être normalien est normalement un plus.
    Se préoccuper de son avancement au lieu de laisser aller les choses est un plus peut-être plus important encore.
    Dans la pratique de ma carrière , j'ai rencontré des collègues normaliens affectés dans des collèges médiocres et des lycées impossibles tandis que des collègues non normaliens, et agrégés sur le tard et "par raccroc" pour ainsi dire, ont fini leur carrière en classe préparatoire.
    J'ai connu des normaliens, professeurs de classe préparatoire, qui ont préféré revenir à des premières, puis à des sixièmes.
    Les cas de figure sont multiples.
    Pour ma part j'ai préféré le collège mais en quatrième ou troisième (une seule fois dans ma vie j'ai eu des
    sixièmes -trop bébés, et des cinquièmes - insupportables.)
    Referais-je maintenant le choix d'être professeur ?
    Je n'en sais vraiment rien.
    Je crois que ce n'était pas vraiment un choix.
    J'ai l'impression d'avoir été poussée là un peu par hasard. C'était tentant à 18 ans de passer un concours et d'être payée pour étudier, surtout pour une fille comme moi, issue d'un milieu modeste et la première de la famille à entrer en sixième. En plus j'adorais étudier, étudier tout, et dans le métier de professeur, on ne cesse jamais d'étudier.
    Je me rends compte rétrospectivement que j'aurais pu faire tout autre chose.( Et aucun de mes enfants n'a d'ailleurs suivi ma voie. )
    Mais le métier d'enseignant était le modèle que j'avais tous les jours sous les yeux. Une copine a fait médecine. Cela aussi, je pouvais imaginer, mais j'étais trop trouillarde et les études bien trop longues.
    Je me suis aussi passionnée pour l'astronomie. Bon, disons que j'étais fascinée par les étoiles. ;)
    Cela étant, je crois que sans être une enseignante exceptionnelle, j'ai fait mon travail consciencieusement et au point de m'en rendre malade quand je n'arrivais pas à l'idéal que je m'étais fixé (souvent)
    Comme mère de famille, j'ai apprécié d'avoir, peu ou prou, le même rythme que mes enfants, et surtout les vacances scolaires.
    N'étant pas dépensière, je n'ai jamais eu à compter. (Les loyers des villes de Province où j'ai exercé ne plombaient pas un budget...)
    Bien sûr, je n'ai pas manqué de remarquer qu'au fil des années le salaire de mon mari, identique au mien lors de notre rencontre, faisait le double du mien au bout de vingt cinq ans (diplôme d'ingénieur pour lui, mais petite école)
    Je suis donc bien sûr d'accord avec Jean-Luc.
    Un métier sous payé devient moins attractif, sauf si l'on a la vocation chevillée au corps, et se dévalorise.
    Excusez la longueur du témoignage.
    Il me paraît honnête.
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