Hypokhâgne - Témoignages d'élèves

A la vue du titre, grand nombre d'entre vous ont du se dire "Encore un(e) lycéen(ne) angoissé(e)". Ce à quoi je ne peux vous répondre que oui.

Internet, dans sa splendeur, regorge de témoignages sur les prépas littéraires qui donnent plus envie de partir élever des moutons dans les coins les plus reculés de France que d'aller en prépa.
Par désir d'en savoir plus sur les prépas, en particulier 'parisiennes',que je poste ce message.
Il y a une réelle différence souvent entre l'image que renvoie la prépa lors de ses portes ouvertes et les avis traînassant de droite à gauche.

Fénelon, Lakanal et Lamartine sont des prépas qui me tentent beaucoup. Par un heureux hasard, certains élèves ou ex-élèves de ces prépas seraient-ils présents sur ce forum et prêts à échanger sur leurs expériences ? Evidemment, un témoignage sincère et personnel d'un hypokhâgneux ou khâgneux d'autres prépas ne se refusent pas !


J'espère que ce message un peu vague et dénué de toute originalité suscitera des réponses.
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Réponses

  • Bonsoir hypozeuxe,

    Tu parles des journées portes ouvertes : est-ce que tu as eu l'occasion d'y assister ? Je pense que c'est en effet un bon moyen de jauger un lycée. Il ne faut pas pour autant leur accorder plus d'importance qu'elles n'en ont vraiment. Celles de mon établissement et de beaucoup d'autres ont eu lieu samedi dernier, c'est-à-dire au beau milieu d'une période tout à fait désagréable pour les hypokhâgneux et les khâgneux, ce qui a peut-être eu une influence sur certains des discours tenus sur le moment... je regrette moi-même d'avoir peut-être un peu noirci le tableau, par peur de tomber dans l'excès inverse qui caractérise parfois ces événements-là. Tu me donnes ici l'occasion de me rattraper !

    On entend généralement deux discours contradictoires, mais qui se rejoignent par leur caractère caricatural, sur les prépas littéraires.
    Le premier, c'est celui que les médias, pour parler vite, véhiculent la plupart du temps : quantité de travail insurmontable et inhumaine, professeurs tortionnaires, pression monstre, concurrence acharnée, dépression assurée pour tous...
    Le second, qu'on entend peut-être moins souvent, me semble plutôt provenir de la prépa elle-même (de certains de ceux qui y enseignent, notamment) : dernier bastion des humanités et vestige de la méritocratie, lieu privilégié de l'épanouissement intellectuel - et personnel ! - par l'apprentissage à la fois désintéressé et passionné d'augustes disciplines...
    Comme tu l'auras compris je pense qu'aucun de ces deux discours ne correspond à la réalité, puisque tous les deux, à leur manière, tendent à forger un mythe autour de ce qui n'est qu'un cycle d'études. Je ne nie pas, en revanche, qu'ils se fondent chacun sur quelque réalité en la déformant par exagération, ce qui est sans doute précisément le propre de la caricature.

    Pour autant, il est très difficile de te décrire ce qu'est cette réalité. Ce que je vais dire est fort banal, mais sans vouloir tomber dans un relativisme décevant et un peu simpliste, aucun étudiant ne sera en mesure de te délivrer une vérité, la vérité sur la prépa, car chacun en a une expérience particulière - et sur laquelle il change d'avis à peu près toutes les heures...
    Peut-être serait-il plus facile de te répondre si tu déclinais ta grande question "comment c'est, la prépa ?" en plusieurs autres plus précises ?

    C'est assez drôle de prendre ce ton docte et péremptoire alors qu'il y a moins de deux ans je me posais exactement la même/les mêmes question(s) que toi. Malheureusement je crains de devoir te répondre provisoirement ce qu'on m'avait répondu à l'époque, et qui m'avait profondément déçue : tu verras bien quand tu y seras !
  • J'ajoute à ce témoignage avec lequel je suis d'accord, qu'il faut essayer de dédramatiser tout cela. La prépa, ça ne sera ni l'alpha et l'oméga de ta vie, ni l'enfer. Ce sera un moment extrêmement intense, avec des choses extraordinaires et d'autres moins agréables, sans doute.

    Autre façon de dédramatiser : se rappeler que si ça ne se passe pas bien, tu peux toujours changer de prépa les premières semaines (il faut bien l'avouer, ça ne se fait que dans le sens : grande prépa parisienne vers prépa moins réputée), voire quitter la prépa pour l'université. Donc oui, tu verras sur place, et tu n'as pas à t'inquiéter, parce que si ce que tu y vois ne te plait pas, il te reste des voies de sortie.
  • Tout à fait d'accord avec les deux messages précédents.
    Pour autant, il est très difficile de te décrire ce qu'est cette réalité. Ce que je vais dire est fort banal, mais sans vouloir tomber dans un relativisme décevant et un peu simpliste, aucun étudiant ne sera en mesure de te délivrer une vérité, la vérité sur la prépa, car chacun en a une expérience particulière - et sur laquelle il change d'avis à peu près toutes les heures...

    C'est bien vrai, plus que tout témoignage, pour savoir ce qu'est la prépa il faut la vivre de l'intérieur. Pour ma part avec à peine deux ans de recul, je m'aperçois tous les jours que cette expérience a changé ma vie, sur le plan des études, mais aussi en tant que personne. Et je ne crois pas idéaliser. Je pense en effet que le meilleur reste à venir et que la prépa n'était qu'un passage pour m'aider à grandir et aller vers d'autres ambitions. Je ne peux guère en dire plus si ce n'est que cette formation est d'une extrême richesse à mon sens. Puisque tu as déjà ciblé les prépas qui t'intéressent, écoute ton cœur et tente l'aventure !
  • Merci de ces réponses sincères qui ne peuvent qu'encourager à aller en prépa !



    @latucancita : Oui j'ai eu l'occasion d'assister aux journées portes ouvertes de certaines hypokhâgnes. Ces journées portes ouvertes m'ont vraiment donné envie de tenter l'expérience !

    Ma majeure question est une question que beaucoup de terminale aspirant à faire une prépa se pose je crois : le fait d'y rester.

    Ce qui est très décourageant est d'entendre ces discours "d'écrémage" qui s'opère en prépa. On a l'impression que travailler avec envie, motivation, appétit pour la culture et la littérature ne suffit pas. Je ne sais pas si cette appréhension est justifiée, mais je ne voudrais pas aller en prépa pour que l'on me dise de retourner en fac en novembre. (sans aucun mépris pour la fac ou autres considérations négatives). C'est cet aspect là de la prépa qui est assez effrayant vu de l'extérieur quand on veut vraiment aller en prépa pour l'enseignement dispensé.

    Comme tu le dis en conclusion "tu verras quand tu y seras" semble la réponse la plus appropriée, et je pense que ce n'est pas propre qu'à la prépa. La première année post bac ne semble pas plus évidente si l'on croit les expériences de chacun.



    Vraiment merci pour avoir partagé vos différents avis et expériences !
  • L'écrémage en novembre, je n'en ai jamais entendu parler. Peut-être que cette pratique existe ou a existé dans certains établissements, mais c'est probablement l'exception plutôt que la règle.
    Ce qui peut en effet se produire, c'est qu'un étudiant se rende compte assez rapidement qu'il ne se sent pas bien en CPGE et décide de rejoindre la fac peu après la rentrée universitaire, ce qui lui évite de perdre du temps.
    Je pense en revanche que très rares sont les professeurs qui conseilleraient si tôt à leurs élèves de quitter la formation, puisqu'on attend quand même des hypokhâgneux qu'ils progressent, et à ce titre il n'y a rien d'inquiétant à ce qu'ils partent d'assez bas en début d'année.

    En fin d'année, c'est une autre histoire, et il arrive qu'un certain nombre d'élèves ne soient pas autorisés à passer en khâgne. Cela ne répond généralement pas à une exigence statistique ; dans mon lycée en tout cas, il n'y a pas de quota, puisque qu'il y a plus de places en khâgne qu'en hypokhâgne (même s'il faut réserver quelques places pour les élèves qui cubent).
    Mais le conseil de classe peut parfaitement juger que 5, 10, 15 élèves d'une classe n'ont pas le niveau pour poursuivre en prépa. Ce n'est pas un moment très agréable et je pense qu'il faut en avoir conscience, sans pour autant que cela t'obsède pendant toute ton hypokhâgne, d'autant plus que les élèves en question s'en sortent généralement très bien par la suite !
  • Complètement d'accord : il y a un écrémage consenti (ou du moins, à l'initiative de ceux qui partent) au cours de l'année et un autre imposé à la fin de l'année. Si tu es prise en hypokhâgne et que tu fais ce qu'on attend de toi sérieusement, tu auras l'équivalence et probablement le passage pour la khâgne.
  • Oui, "l'écrémage" est largement consenti : en gros, les élèves qui n'ont vraiment aucune chance de pouvoir suivre en khâgne se réorientent d'eux-mêmes, parfois en cours d'année d'Hypo, le plus souvent en fin d'année. Il est rare qu'il faille leur ouvrir les yeux autoritairement.
    Il y a cependant toujours quelques cas litigieux, quelques élèves dont il est évident que la khâgne leur sera rude, mais dont on sent qu'ils gagneraient quand même à la suivre, même en étant derniers de la classe (être dernier d'une khâgne n'est d'ailleurs nullement indigne). Ce sont surtout les élèves dont le niveau est faible mais les bases néanmoins solides, ceux qui sont entrés en prépa avec un "capital culturel" quasi nul et pour tout talent une grosse capacité de travail.
  • Une question un peu autre, mais pensez-vous qu'il vaut mieux intégrer une 'grosse' prépa dès la terminale ? Ou bien intégrer une 'petite/moyenne' prépa pour envisager une 'grosse' prépa en deuxième année ?

    Présentée comme ça, la question est affreusement sotte mais elle apparaît de façon discrète dans certaines paroles.
  • Je pense qu'il vaut mieux choisir dès le début la prépa où on veut aller, parce que changer de prépa, c'est créer de l'instabilité, et ça n'est pas toujours souhaitable. Cependant, si au bout de la première, de la deuxième ou de la troisième année, on voit que cette prépa ne correspond pas ou plus aux attentes, il faut envisager un changement.
  • Je suis d'accord avec Artz, même si un certain nombre d'étudiants font ce choix tous les ans (il y en a sur ce forum, qui pourront peut-être t'en parler) et ne s'en portent pas toujours plus mal.

    Surtout que j'imagine que tu poses cette question parce que tu as peur ou que tu n'as pas confiance en toi pour entrer dans une "grande" prépa dès l'hypokhâgne.
    Or, je pense que quand on est lancé dans le bain dès le début, et qu'on n'a pas idée de la façon dont les choses se passent ailleurs, on a moins de chances de se sentir déboussolé, alors que le changement peut être assez douloureux. J'en veux pour preuve certains de mes camarades venus de prépas "orphelines" et qui trouvent mon lycée hyper solennel et impressionnant (ce qui n'est pourtant pas sa réputation, ni mon propre sentiment).
    Très honnêtement, je trouve mon lycée formidable, mais si je n'y étais arrivée que cette année - comme c'est le cas d'un bon nombre de mes camarades de classe -, je pense qu'il m'aurait beaucoup moins plu. Il faut aussi avoir conscience que les liens se tissent souvent dès l'hypokhâgne et qu'il n'est pas toujours facile de se faire une place ; enfin, ne pas minimiser le choc de la première à la deuxième année, alors qu'on se focalise souvent sur celui de la terminale à l'hypokhâgne (que je n'ai pour ma part quasi pas ressenti). Ce choc est sans doute moins rude quand on continue à croiser ses anciens professeurs et camarades de classe tous les jours et quand on est familier des lieux, ce qui, pour les âmes aussi sentimentales que la mienne, est loin d'être négligeable.

    Pour toutes ces raisons je t'inviterais à tenter ta chance dès cette année dans les établissements qui t'intéressent vraiment, car comme Artz l'a déjà signalé dans cette discussion, le passage d'un grand lycée à un plus modeste se fait, lui, assez facilement et fréquemment, et avec moins de dommages me semble-t-il (encore une fois, je me fonde sur l'expérience de certains camarades venus d'établissements plus prestigieux que le mien et qui, eux, semblent se sentir beaucoup mieux cette année qu'en hypokhâgne).
  • 100% d'accord avec Artz et Latucancita. Si on veut intégrer une prépa plus prestigieuse en khâgne, c'est qu'on a certaines ambitions, et arriver dans un endroit où il y a plus de pression, dans une grande ville parfois inconnue, avec des camarades inconnus, il me semble que ce ne sont pas les meilleurs conditions. Après j'ai des amis normaliens qui avaient fait une HK dans un petit lycée en Normandie ou dans le Nord de la france, puis une khâgne à Henri IV ou à Condorcet et ça s'est bien passé, mais je trouve ça assez risqué. Il y a une fille de ma classe qui était arrivée dans ma khâgne, elle venait d'une HK de Grenoble, et a passé toute l'année à déprimer à cause de la vie parisienne, de ma prépa qui lui paraissait froide, par rapport son HK qu'elle avait adoré (alors que je n'étais pas dans un grand lycée parisien, il y avait peu de pression pour les concours).
  • Bonjour,

    Je souhaite témoigner dans le mesure où j'ai connu l'hypokhâgne de l'intérieur. Elle a été jusqu'à présent l'année la plus intense de ma vie dans tous les aspects. Ce qu'elle est réellement... ni un bastion de la méritocratie, ni une formation new-wave humaniste. Je l'ai vécu, avec un groupe d'amis devenus proches, comme une harassante tentative de survie dans un système militaire couvert d'une poussière à l'arrière goût dix-neuvième. Les profs sont pour la plupart écrasés par le pessimisme, provoqué par la lucidité qu'ils ont acquis sur ce qu'ils font : former des marginaux, individuellement faibles, frustrés parce qu'usant du monde intellectuel comme palliatif à une existence humaine lacunaire. A bien observer la composition des classes, on trouve une addition d'anciens lycéens perdus, certains proches de l'autisme et sans réels capacités ni goût littéraire. Quant à l'administration, elle tente d'appliquer à ce bourbier un filme brillant qui porterait le nom d'épanouissement intellectuel et humain. Mais des créatures aussi soumises ne peuvent prétendre à l'esprit critique qui les aurait fait fuir les listes de vocabulaire et les cours décalés s'ils l'avaient possédé.
  • ZwizwiZwizwi Membre
    Eh ben c'est tout un programme dis-donc !
  • Ce déplorable témoignage ne m'étonne guère : on m'a toujours rapporté des horreurs sur les prépas de Lyon.
  • Mais non, Classicus, tout le monde sait que c'est dans les parisiennes qu'on traite les élèves comme du bétail - et ils en redemandent, puisqu'ils n'ont rien d'autre à espérer de la vie par ailleurs...

    Plus sérieusement, il est tout à fait possible de mal vivre son hypokhâgne, comme cela semble avoir été le cas pour Bietzsche. Pour autant, je ne suis pas sûre qu'on soit autorisé à juger aussi durement celles et ceux qui y étudient ou qui y travaillent.
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