Fonction de "Pierre" dans "Je m’appelle Pierre"

J'ai lu des avis contradictoires sur la fonction grammaticale qu'occuperait Pierre dans la phrase Je m'appelle Pierre ; certains écrivent que Pierre est complément d'objet direct, d'autres qu'il est attribut du sujet, du fait que s'appeler est verbe d'état.

Par-ailleurs, je me demande ce qu'il en est pour la tournure J'ai pour prénom Pierre.

Merci de vos avis !
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Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir.

    Il s'agit bien d'un attribut du sujet.
    Le verbe pronominal s'appeler est assimilable à un verbe d'état, comme d'autres verbes permettant d'attribuer un titre ou une appellation (au passif ou à la forme pronominale) : être nommé, être élu, être appelé, être jugé, se nommer...

    Et dans Ils ont appelé leur enfant Pierre, le nom Pierre serait d'ailleurs attribut du COD enfant.

    Dans J'ai pour prénom Pierre, ou J'ai Pierre pour prénom, le mot Pierre est COD, tandis que prénom est un attribut de ce COD, introduit par pour.
  • Je dois dire que tout cela ne me parait pas évident ! Je vais d'abord passer en revue les diverses interprétations possibles pour le nom "Pierre" dans "Je m'appelle Pierre" :


    A) On peut d'abord penser que "Pierre" est l'attribut du sujet "Je", le verbe pronominal "s'appeler" étant alors un verbe d'état. Et dans "Ils ont appelé leur enfant Pierre", celui-ci serait un attribut du COD "leur enfant".

    Mais pour moi, un verbe d'état doit pouvoir être commuté avec le verbe Être (copule) suivi d'un adverbe : Elle semble italienne = Elle est probablement italienne / Elle parait italienne = Elle est apparemment italienne... Dans "Je m'appelle Pierre", cette commutation n'est pas évidente.

    On pourrait sinon dire que "Je m'appelle Pierre" est l'équivalent de "Je suis Pierre", mais il faut alors un autre verbe. Le sens n'implique pas non plus seulement le nom, mais tous les attributs qui pourraient lui être affectés : jeune, grand... Dans "Mon prénom est Pierre", le sens est rigoureusement identique, mais il faut un autre sujet et un autre verbe.


    B) Une autre interprétation serait qu'il s'agit d'un pronominal analysable, avec comme pronom conjoint (m') un COD. La voix est donc active. "Je m'appelle Pierre" commute alors directement en "J'appelle Pierre moi-même" (voix active), donnant à la voix passive "Je suis appelé Pierre par moi-même". Le nom "Pierre" jouerait ici le rôle d'un complément adverbial, pas d'un attribut impliquant un verbe d'état à la voix neutre (ni active ni passive). On dirait "Je m'appelle Pierre" comme "Je m'appelle souvent".

    Le problème avec cette interprétation est qu'on ne s'appelle pas soi-même Pierre ou Untel. Ce sont les autres qui vous appellent ainsi, et cela dès la naissance ! Le nom (ou prénom) possède alors une finalité sociale. Si l'on était seul, inutile bien sûr de porter un nom quelconque !


    C) Dans une troisième interprétation, nous aurions affaire à un pronominal passif dans "Je m'appelle Pierre". Le pronom conjoint (m') est alors peu analysable, n'étant ni un COD (moi-même) ni un COI (à moi-même). "Je m'appelle Pierre" commute alors en "Je suis appelé Pierre [par untel]" (voix passive). Cela donne "On m'appelle Pierre" à la voix active.

    Comme nous avons ici un verbe à la voix passive (pas neutre), le nom "Pierre" ne peut être attribut du sujet. "Pierre" jouerait alors le rôle d'un complément adverbial dans "Je m'appelle Pierre", même s'il ne peut être ici transposé en un adverbe comme "souvent" sans que la phrase devienne active. Cette transposition serait toutefois possible dans les deux équivalents de "Je m'appelle Pierre", ainsi : "Je suis appelé Pierre [par untel]" = "Je suis appelé souvent [par untel]" / "On m'appelle Pierre" = "On m'appelle souvent". La voix reste alors la même avec "Pierre" et "souvent", et on voit donc bien que "Pierre" possède ici une valeur adverbiale.

    Je ne dis pas que cette interprétation C est forcément parfaite, mais elle me parait somme toute la meilleure pour "Je m'appelle Pierre".


    Et dans "Ils ont appelé leur enfant Pierre" ou "Ils ont appelé Pierre leur enfant" (voix active), le nom "Pierre" jouerait alors le rôle d'un complément adverbial avec bien sûr "leur enfant" comme COD. Cela donnerait à la voix passive "Leur enfant a été appelé Pierre par eux". Le nom "Pierre" ne peut être alors attribut du sujet "Leur enfant" (COD à la voix active), compte tenu de la voix passive (pas neutre) incompatible avec un verbe d'état. Dans tous les cas, on voit que "Pierre" pourrait être transposé en un adverbe comme "souvent", possède donc ici une valeur adverbiale.





    Autre phrase problématique : "J'ai pour prénom Pierre" ou "J'ai Pierre pour prénom". Deux interprétations possibles :


    A) Le nom "Pierre" est COD. Son homologue "prénom" est un attribut de ce COD, introduit par la préposition "pour". Avec un COD, "J'ai Pierre pour prénom" est bien sûr à la voix active.

    Comme "Pierre" est un COD, le verbe (ai) devient alors transitif direct. La commutation à la voix passive devrait donc être possible, du moins en principe. Mais le problème, c'est qu'on ne peut manifestement pas mettre "J'ai Pierre pour prénom" à la voix passive !


    B) On peut sinon rapprocher "J'ai Pierre pour prénom" de phrases comme "J'ai faim", "J'ai soif", "J'ai raison", "J'ai tort", etc. Ce sont des phrases à la voix neutre (ni active ni passive). Je signale ici que Lamaneur a trouvé des antécédents historiques à cette appellation "voix neutre" ! Dans tous les cas, ces phrases n'impliquent pas une action quelconque, sont donc neutres à cet égard. Elles établissent seulement un état (ou qualité) du sujet. Le verbe "ai" peut être alors considéré comme un verbe d'état, copule neutre en l'occurrence.

    Dans ces conditions, "Pierre" serait un attribut du sujet (J'). Et "pour prénom" serait le complément déterminatif du nom "Pierre", un syntagme prépositionnel introduit par "pour". Ce complément du nom aurait toutefois la particularité de pouvoir être placé avant lui, ainsi dans "J'ai pour prénom Pierre". Remarquez toutefois qu'un adjectif joue un rôle assez analogue au complément d'un nom, et qu'il se trouve parfois aussi bien avant qu'après le nom déterminé : "un homme jeune" = "un jeune homme"... Le complément "pour prénom" est par ailleurs indispensable dans "J'ai Pierre pour prénom", mais ce n'est pas un cas unique : "Comprenez-vous l'importance de cela ?"


    Sur ce, je vous laisse débattre... Bonne semaine là-dessus ! :rolleyes:
  • JehanJehan Modérateur
    Mais pour moi, un verbe d'état doit pouvoir être commuté avec le verbe Être (copule) suivi d'un adverbe : Elle semble italienne.
    Tiens, le verbe "être" devient "semble" dans ton exemple ?
    Tiens, "italienne" serait un adverbe ici remplaçable par exemple par "souvent" ? Nomenclature grammaticale toute personnelle...
    Dans "Je m'appelle Pierre", cette commutation n'est pas évidente.
    Ah bon ?
    Je m'appelle Pierre = Je suis Pierre. Et le nom "Pierre" est bien attribut du sujet, que tu le considères comme un adverbe ou non...
    On pourrait sinon dire que "Je m'appelle Pierre" est l'équivalent de "Je suis Pierre", mais il faut alors un autre verbe.
    Il faut un autre verbe ? Mais tu viens justement d'écrire qu'un verbe d'état doit pouvoir être commuté avec le verbe être (copule)... La commutation m'appelle / suis est donc bien pertinente ici, non ?
    Le verbe s'appeler peut donc bien être considéré comme un verbe d'état.
    Même si sa commutation avec d'autres verbes d'état que le verbe-copule de base est moins pertinente ou impossible selon les phrases.
  • Il n'y a pas matière à discussion.
    S'appeler est un verbe copule pour toutes les grammaires.
    Quant à mettre avoir au passif : j'ai un livre => un livre est eu par moi :/
  • Un verbe copule particulier, puisque :
    - le nom qui le suit ne peut être pronominalisé. Ex Il s'appelle Maldoror : *Il se l'appelle,
    - il ne peut être suivi d'un adjectif. Ex *Il s'appelle méchant.
    Cela dit, je n'ai rien à proposer.
  • JehanJehan Modérateur
    Mais ces particularités ne l'empêchent pas pour autant d'être un verbe-copule... Enfin, je crois !
  • Spalding a écrit:
    Mais pour moi, un verbe d'état doit pouvoir être commuté avec le verbe Être (copule) suivi d'un adverbe : Elle semble italienne.
    Jehan a écrit:
    Tiens, le verbe "être" devient "semble" dans ton exemple ?
    Tiens, "italienne" serait un adverbe ici remplaçable par exemple par "souvent" ? Nomenclature grammaticale toute personnelle...

    Tu as lu un peu vite ! Je me permets de figurer ici ma citation complète. Elle devrait te satisfaire...
    Spalding a écrit:
    Mais pour moi, un verbe d'état doit pouvoir être commuté avec le verbe Être (copule) suivi d'un adverbe : Elle semble italienne = Elle est probablement italienne / Elle parait italienne = Elle est apparemment italienne... Dans "Je m'appelle Pierre", cette commutation n'est pas évidente.


    Jehan a écrit:
    Je m'appelle Pierre = Je suis Pierre. Le nom "Pierre" est bien attribut du sujet, que tu le considères comme un adverbe ou non...
    Spalding a écrit:
    On pourrait sinon dire que "Je m'appelle Pierre" est l'équivalent de "Je suis Pierre", mais il faut alors un autre verbe. Le sens n'implique pas non plus seulement le nom, mais tous les attributs qui pourraient lui être affectés : jeune, grand... Dans "Mon prénom est Pierre", le sens est rigoureusement identique, mais il faut un autre sujet et un autre verbe.

    Je rajoute que dans "Je suis Pierre", le nom "Pierre" est bien l'attribut du sujet. Dans "Je m'appelle Pierre", il joue par contre le rôle d'un complément adverbial. C'est en tout cas ce qu'il y a de plus logique. Je ne reviendrai pas sur mes démonstrations...


    Spalding a écrit:
    On pourrait sinon dire que "Je m'appelle Pierre" est l'équivalent de "Je suis Pierre", mais il faut alors un autre verbe.
    Jehan a écrit:
    Il faut un autre verbe ? Mais tu viens justement d'écrire qu'un verbe d'état doit pouvoir être commuté avec le verbe être (copule)... La commutation m'appelle / suis est donc bien pertinente ici, non ? Le verbe s'appeler peut donc bien être considéré comme un verbe d'état.

    Si tu m'as bien lu, j'ai dit qu'un verbe d'état doit pouvoir commuter avec le verbe Être suivi d'un adverbe. Si le verbe "s'appeler" possédait un sens identique au verbe Être, il n'aurait pas besoin d'exister ! Idem pour les verbes "sembler", "paraitre", etc, qui sont pourtant bien des verbes d'état. Pour me répéter, "sembler" commute en "être probablement", "paraitre" en "être apparemment"... Rien de tel pour le verbe "s'appeler" !


    Anne a écrit:
    Quant à mettre avoir au passif : j'ai un livre => un livre est eu par moi :/

    Je ne vois pas très bien où tu es allée trouver cela ! Je me répète à nouveau :
    Spalding a écrit:
    A) Le nom "Pierre" est COD. Son homologue "prénom" est un attribut de ce COD, introduit par la préposition "pour". Avec un COD, "J'ai Pierre pour prénom" est bien sûr à la voix active.

    Comme "Pierre" est un COD, le verbe (ai) devient alors transitif direct. La commutation à la voix passive devrait donc être possible, du moins en principe. Mais le problème, c'est qu'on ne peut manifestement pas mettre "J'ai Pierre pour prénom" à la voix passive !

    L'interprétation A était une hypothèse empruntée à Jehan. Elle était manifestement erronée, comme je le dis. Voilà pourquoi je préfère l'interprétation B, que je rappelle à nouveau :
    Spalding a écrit:
    B) On peut sinon rapprocher "J'ai Pierre pour prénom" de phrases comme "J'ai faim", "J'ai soif", "J'ai raison", "J'ai tort", etc. Ce sont des phrases à la voix neutre (ni active ni passive). Je signale ici que Lamaneur a trouvé des antécédents historiques à cette appellation "voix neutre" ! Dans tous les cas, ces phrases n'impliquent pas une action quelconque, sont donc neutres à cet égard. Elles établissent seulement un état (ou qualité) du sujet. Le verbe "ai" peut être alors considéré comme un verbe d'état, copule neutre en l'occurrence. Dans ces conditions, "Pierre" serait un attribut du sujet (J'). Et "pour prénom" serait le complément déterminatif du nom "Pierre", un syntagme prépositionnel introduit par "pour". [...]


    Anne a écrit:
    Il n'y a pas matière à discussion. S'appeler est un verbe copule pour toutes les grammaires.

    Tes références sont-elles vraiment les meilleures ? Sur les sites Internet consultés, "s'appeler" n'est pas systématiquement indiqué parmi les verbes d'état, loin s'en faut ! La liste de ces verbes varie en fait passablement...

    Et ce ne sont pas forcément les plus nombreux qui ont raison ! Les débats entre les grammairiens ont toujours été vifs sur certaines questions, par exemple les accords du participe passé. Je me permets ici de rappeler l'opinion du linguiste Wilmet sur le sujet d'une phrase comme "Pierre chante-t-il ?" C'est alors le pronom "il" pour lui, le nom "Pierre" étant apposition au pronom apposé. Voyez le message 43 de Jehan ici : https://www.etudes-litteraires.com/forum/topic46529-interrogation-avec-ou-p5.html – J'ai seulement rajouté que "Pierre" était pour moi le référent du sujet "il". Quelle serait maintenant l'opinion de Wilmet pour le présent sujet ?

    D'une manière générale, je préfère raisonner moi-même que reprendre ce que je peux lire dans telle ou telle grammaire, même s'il s'agit d'un grammairien connu comme Grevisse. Sa méthode de détection du sujet ne me semble pas ainsi la meilleure, mais je ne vais pas détailler ici...


    Dans mon message précédent, je pense avoir fait une analyse très objective des diverses interprétations possibles pour les deux phrases considérées. L'interprétation C semble alors manifestement la meilleure pour la première phrase, l'interprétation B pour la seconde.

    Maintenant, vous avez bien sûr le droit de ne pas être d'accord ! J'aimerais toutefois que mes citations ne soient pas tronquées et que l'on ne me prête pas aussi des propos que je ne n'ai jamais tenus. Merci d'avance pour votre compréhension, chers amis !

    Je ne voudrais sinon pas passer trop de temps sur ce sujet et n'y reviendrai pas avant une bonne semaine minimum, le temps que les passions se soient calmées. Mais rien ne vous empêche bien sûr de continuer sans moi... ;)
  • @ Jehan
    Sans doute, c'est ce que fait Grevisse en tout cas.
  • Bien sûr. Il m'arrive fréquemment de ne pas voir le dernier message publié, à moins qu'il ne me soit pas encore parvenu. Il faut dire que j'habite quelquefois derrière les étoiles ;) ...
  • Habiter derrière les étoiles : très poétique...

    Il faudra aussi que je fasse pareil, Jacques ! ;)
  • JehanJehan Modérateur
    Tu as pourtant avoué l'autre jour que la poésie, ça n'était pas vraiment ton truc... ;)
  • Avec Jacques, je vais m'y mettre ! :)
  • JehanJehan Modérateur
    Quelle serait maintenant l'opinion de Wilmet pour le présent sujet ?
    Il considère pour sa part qu'un nom catalogué "attribut de l'objet" n'est en fait qu'une apposition au COD du verbe.
    Et lorsqu'un verbe retenu comme copule découle d'une transformation pronominale / passive d'un verbe censé avoir un attribut de l'objet (ce qui est le cas ici) il doit logiquement considérer l'attribut du sujet correspondant comme une sorte d'apposition à ce sujet... Pas comme un complément adverbial, en tout cas.

    N'empêche que si l'on définit l'attribut en général comme désignant une qualité, une identité, un statut ou une définition que l'on attribue par l'intermédiaire d'un verbe (actif, passif ou d'état) je vois mal comment écarter catégoriquement cette fonction, dans le cas qui nous préoccupe.
  • Ne peut-on mettre tout le monde d'accord en disant que Pierre est un attribut du sujet en se basant sur le principe énoncé par Spalding (verbe pouvant être remplacé par être plus un adverbe) :

    Je m'appelle Pierre = je suis nominalement Pierre.

    Ou
    Je suis, quant à mon nom, Pierre.
    Je suis, pour ce qui est de mon nom, Pierre.

    Où "quant à mon nom" et "pour ce qui est de mon nom" sont des locutions adverbiales et sont donc fonctionnellement des adverbes.
  • Oh oui, je suis bien d'accord.
    Attribut du sujet me semble une option raisonnable.
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