Définition du mot "conductible"

Bonjour.

Je viens à vous, car j'ai une question à propos du mot "conductible".

Selon le Larousse la définition de ce mot est : "Qui transmet la chaleur ou l'électricité."

Cette définition me choque, pour moi ce mot qualifie davantage quelque chose qui a la capacité d'être conduite et non quelque chose qui a celle de conduire. Pour appuyer mon point de vue je prends l'exemple d'audible, comestible etc.

Nous retrouvons toujours le suffixe -ible (qui susceptible de) dans ce cas nous pourrions penser que conductible veuille dire : qui a la capacité de conduire. Or, si on prend le mot "audible" cela voudrait dire "qui a la capacité d'entendre."

Qu'en pensez-vous? Avez-vous une explication?

Merci de m'avoir lu.
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Réponses

  • Et pourtant Larousse a raison.
    Regardez ceci qui vous donne deux définitions pour le prix d'une. http://www.cnrtl.fr/definition/conductible
    Vous pouvez également regarder conductivité pour achever de vous convaincre.
  • Si je prends mon Larousse 2008, le nom "conductibilité" signifie : "propriété que possèdent les corps de transmettre la chaleur, l'électricité ou certaines vibrations", également "propriété qu'ont les fibres nerveuses de propager l'influx nerveux".

    L'adjectif "conductible" signifie pour sa part "qui est doué de conductibilité", qui possède donc cette propriété. De même, un champignon comestible possède la propriété d'être consommable.

    Tout dépend par conséquent de la version consultée du Larousse. Moustashweeps n'a manifestement pas la même que la mienne ! ;)
  • Je peux - au titre de ma formation et dans une moindre mesure de mes métiers antérieurs - affirmer que ces définitions correspondent à l'usage.
    C'est en effet troublant, d'autant que, techniquement, on emploie aussi "conducteur" pour signifier très exactement la même chose.
  • Toujours d'après le Larousse 2008, le nom "conducteur" désigne "tout corps capable de transmettre la chaleur, l'électricité" ou bien "un câble ou fil utilisé pour transporter un courant électrique".
    Je ne fais bien sûr pas allusion au conducteur d'une voiture !

    Ce n'est de toute façon pas la propriété elle-même comme dans "conductibilité".

    Pour l'adjectif "conducteur", la définition est très générale : "qui conduit". Elle doit bien sûr être rapportée au verbe "conduire". ;)
  • JehanJehan Modérateur
    Cela dit, il y a le cas courant de sensible, pouvant tout aussi bien signifier "qui peut être senti" que "qui peut sentir"... Et infaillible, "qui ne peut faillir", ou nuisible, "qui peut nuire".
    Citons aussi explosible, "qui peut faire explosion"... Mot consigné dans le Robert.
    Donc, le suffixe a parfois un sens actif, même si c'est l'exception.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Sur la définition de "conductible", les choses sont ce qu'elles sont et on ne peut rien contre l'usage présent, encore que le mot ait de sérieux concurrents comme conducteur ou conductif.
    Ce que semble contester l'auteur de ce fil, c'est que le suffixe -ible soit bien choisi en l'occurrence. En effet, il est le plus souvent associé à un sens passif :
    Fusible : susceptible d'être fondu
    frangible : susceptible d'être brisé
    divisible : susceptible d'être divisé
    corruptible : susceptible d'être corrompu
    perfectible : susceptible d'être parfait.

    Il y a très peu de contrexemples (faillible en est un, susceptible de faillir)
    Selon cette logique assez justifiée par l'usage, le sens "naturel" de "conductible" serait "susceptible d'être d'être conduit" : Par exemple, la chaleur est conductible dans le cuivre. Malheureusement, l'usage en a décidé autrement.
    Littré s'est ému de cet état de choses, dans sa rubrique ad hoc :
    Les physiciens se sont mépris en faisant les mots conductibilité, conductible. Ce mots, par leur composition, signifient non la propriété de conduire, mais la propriété d'être conduit ; comme on le voit dans compressible et compressibilité. Il aurait fallu dire, pour conductibilité, conduction ou conductricité, et pour conductible, conducteur ou conduiseur.
    Un autre auteur, Durand de Gros, écrit :
    Lorsque la physique veut désigner par un mot la propriété des corps conducteurs, elle appelle cela la conductibilité. Mais comment faudra-t-il donc nommer la propriété converse, celle du principe apte à être conduit? Qu'est-ce qui est conductible, sinon ce qui est susceptible d'être conduit? Et qu'est-ce que la conductibilité, si ce n'est la qualité de ce qui est conductible? C'est donc ainsi à l'attribut distinctif de ce qui est conduit que l'on emprunte sa désignation caractéristique pour en affubler la qualité diamétralement opposée, pour exprimer la qualité de ce qui est conducteur!
    Meilleurs philologues et logiciens plus scrupuleux, les physiologistes et les physiciens eussent facilement trouvé une issue à ce dédale d'équivoques. En effet, pour distinguer le pouvoir de sentir d'avec le pouvoir de se faire sentir, ne suffirait-il pas d'opposer, aux formes passives sensible et sensibilité, les formes actives sensitif et sensitivité? Et quand les nouveaux besoins de la science ont réclamé un mot pour désigner l'aptitude des métaux et de certains autres corps à propager la chaleur et l'électricité, ne pouvait-on pas, sans trop violenter la langue dans ses étroites habitudes, l'obliger au respect des lois plus sacrées de la clarté et du bon sens? Et le ridicule contre-sens de la conductibilité (en tant que ce mot s'applique, suivant l'usage, à la propriété de conducteur) ne devait-il pas être évité par la création du mot conductricité, vocable virtuellement français d'ailleurs par tous ses caractères?
  • JehanJehan Modérateur
    Mais avant qu'on dise "Je suis sensitif à tes arguments", ce n'est pas gagné...
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    L'usage est le seul maître ! On peut parfois donner un coup de pouce dans les cas où il ne s'est pas encore franchement décidé, mais là, c'est trop tard.
  • JehanJehan Modérateur
    Effectivement un peu trop tard, puisqu'il semble que le second sens "actif" de sensibilis est apparu dès le Moyen Âge (latin médiéval) si l'on en croit le Dictionnaire historique de la langue française...

    Quant au latin classique, il donnait déjà parfois, lui aussi, un sens actif à ce suffixe, témoins terribilis, horribilis (provoquant la terreur, l'horreur) ...
  • Rappelons qu'en électricité la conductance est l'inverse de la résistance et la résistivité est l'inverse de la conductivité
    De là, si l'on admet que :
    résistible est ce à qui ou à quoi il est possible de résister (définition du dictionnaire.).
    il n'est pas illogique de considérer que :
    conductible est ce à quoi on ne peut résister (en particulier au passage du courant électrique.).
  • JehanJehan Modérateur
    Mais l'on n'emploie pas le verbe "résister" dans ce sens-là en électricité.
    Même si on l'employait de manière imagée, ce serait alors le courant lui-même, et non le matériau, qui serait irrésistible (et donc conductible, si je vous suis). Alors qu'on cherche à qualifier le matériau.
  • Je me permets une petite redite : dans les milieux opérationnels - laboratoires de développement, bureaux d'études, usines et chantiers (je n'inclus pas forcément la recherche fondamentale que je connais moins), on n'emploie pas tous ces termes au quotidien. On parle de matériau - ou plus souvent de milieu conducteur, tandis qu'on évoque la conductibilité de tel ou tel matériau.

    En dehors des cours d'électricité et d'électronique en école d'ingénieur ou à l'université (ou des cours de "tubes et semi-conducteurs", mais je crains que ces derniers soient depuis longtemps classés à l'inventaire des monuments pédago-historiques), on n'emploie pas couramment le terme "conductible". ;)
  • Pour mémoire : Le mot conductivité existe qui se trouve être le pendant de la résistivité. Tout deux qualifient le matériau. Il est donc inutile d'inventer le mot conductricité sauf à admettre que le mot résistivité est lui même inapproprié pour caractériser le matériau.
  • JehanJehan Modérateur
    Qui a parlé ici de "conductricité" ?
  • Ce mot se trouve dans les deux citations de Lamaneur comme substitution possible au mot conductibilité.
    A noter que Wikipédia indique que l'on dit indifféremment conductivité thermique / conductibilité thermique.
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