Grammaire française Participe passé

Bonjour,
J'éprouve quelques difficultés à cerner la notion de "verbe semi-auxiliaire". Vraisemblablement, les principaux sont : aller, venir, savoir, vouloir, faire, devoir et pouvoir. Néanmoins, pour qu'ils soient considérés comme semi-auxiliaires, j'ai cru comprendre qu'ils devaient perdre une partie de leur sens et du même coup, exprimer une nuance, une modalité aux côtés du verbe infinitif qu'ils accompagnent.
Cet élément se comprend parfaitement avec le verbe aller qui, combiné avec un infinitif, forme un futur proche. Mais l'usage d'autres semi-auxiliaires s'avère plus problématique en ce qui me concerne.
Exemple : le verbe pouvoir. Je peux manger le gâteau. En quoi le verbe pouvoir est-il semi-auxiliaire ? Il ne perd pas son sens et, si j’analyse la phrase, le verbe "manger" fait simplement partie du groupe infinitif COD de pouvoir.
Autres exemples qui me posent problème:
Je dois construire ma maison; Je sais faire du vélo etc
Finalement, cela amène une question plus globale : comment faire la distinction entre les semi-auxiliaires et les verbes suivis d'un infinitif complément ?
Les verbes aller, venir, savoir, vouloir,faire, devoir et pouvoir sont-ils nécessairement semi-auxiliaires lorsqu'ils précèdent un infinitif?

J'ai par ailleurs une autre question relative à l'infinitif COD. Si on me demande de pronominaliser le COD dans une phrase telle que Je veux épouser cette femme, la bonne réponse est:
Je veux l'épouser
ou
Je le veux

Merci d'avance pour vos réponses!

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour.

    Les semi-auxiliaires suivis d'un infinitif peuvent être des verbes ou des locutions verbales.
    D'abord, petit rappel des catégories de semi-auxiliaires en français.

    Semi-auxiliaires d'aspect, qui saisissent le procès, l'action, à divers stades de sa réalisation.
    Juste avant l'action : aller, être en passe de, être sur le point de...
    Il allait tomber. Elle est en passe de réussir. Nous serons sur le point de partir.
    Début de l'action : commencer à, se mettre à...
    Ils commencent à lire. Elle se mettra à rire.
    Action en cours : être en train de...
    Vous étiez en train de lire.
    Fin de l'action : finir de...
    Nous finissons de jouer.
    Juste après l'action : venir de...
    Il vient de sortir. Elle venait de manger.

    Semi-auxiliaires de mode
    Exprimant la possibilité (physique ou morale), la probabilité : pouvoir, savoir, devoir.
    Je peux entrer ? Elle peut courir très vite. Je peux me tromper. Il peut pleuvoir demain.
    Nous savons lire.
    Vous devez avoir raison.
    Exprimant l'obligation (physique ou morale, nécessité logique) : devoir.
    Pour passer, vous devez sauter . Nous devons l'aider. Cela devait arriver.
    Exprimant une apparence,une appréciation subjective : sembler, paraître, avoir l'air de.
    Elle semble dormir. La pluie paraît cesser. Il a l'air de s'amuser.

    Semi-auxiliaires factitifs : le sujet fait faire ou laisse faire. faire, laisser.
    Je fais construire une maison. Elle laisse jouer les enfants.

    Suivis d'un infinitif, aller et venir ne sont évidemment pas toujours semi-auxiliaires : ils gardent alors leur sens plein impliquant un déplacement : Tu iras chercher ton fils à l'école. Je viens voir ma mère.
    Mais les autres verbes cités, suivis d'un infinitif, le sont toujours.

    Quant à ta question sur la pronominalisation, tout dépend de ce que tu pronominalises :
    Veux-tu épouser cette femme ? > Je le veux.
    Veux-tu épouser cette femme ? > Je veux l'épouser.
  • Je vous remercie de votre réponse!

    Je voudrais néanmoins revenir sur le passage suivant:
    Suivis d'un infinitif, aller et venir ne sont évidemment pas toujours semi-auxiliaires : ils gardent alors leur sens plein impliquant un déplacement : Tu iras chercher ton fils à l'école. Je viens voir ma mère.
    Mais les autres verbes cités, suivis d'un infinitif, le sont toujours.

    En faisant quelques recherches cette après-midi, j'ai trouvé le passage suivant dans un manuel de grammaire ("L'encyclopédie de la grammaire et de l'orthographe")

    L'ensemble formé par le semi-auxiliaire suivi du verbe au mode non personnel, constitue une unité de discours, que l'on ne saurait séparer que sous certaines réserves.
    Ce caractère soudé se traduit essentiellement par l'impossibilité de pronominaliser le verbe impersonnel employé avec le semi auxiliaire.
    Ainsi, tandis que l'infinitif en emploi nominal, venant compléter un verbe conjugué, peut toujours être repris par un pronom,
    Exemple: Je veux vous répondre. Je le veux.
    Je vais me coucher. J'y vais
    lorsqu'il apparaît dans une périphrase, cette possibilité lui est déniée
    Je vais vous répondre=impossible à pronominaliser


    Ainsi, si je comprends bien, les verbes tels que vouloir ne sont pas toujours semi-auxilaires. Seul l'épreuve de la pronominalisation permet de le déterminer.

    Qu'en pensez-vous?
  • JehanJehan Modérateur
    Il semblerait bien que vouloir, quand il exprime la volonté, ne soit pas semi-auxiliaire.
    Non pas pour la pronominalisation, mais, selon la grammaire Riegel, parce qu'il admet des COD nominaux et des complétives COD, à la différence des semi-auxiliaires pouvoir et devoir , qui n'admettent que des infinitifs quand ils ont les sens que j'ai indiqués.
    Le verbe vouloir ne pourrait être considéré comme semi-auxiliaire que dans des emplois "régionaux" où il a la valeur d'une sorte de futur : Ce mur veut tomber. ou encore Cette année, il ne veut pas pleuvoir. On remarquera qu'en anglais, will est utilisé comme auxiliaire du futur.
  • Cette notion de semi-auxiliaire est tout de même assez floue.
    Je ne vois pas bien quel est son intérêt, puisque elle n'entraîne pas de changement de construction par rapport à un verbe suivi de son complément d'objet (il s'agit toujours d'un verbe conjugué suivi d'un infinitif).

    Enfin, si je comprends bien, le trait principal du semi auxiliaire selon Riegel est qu'il ne peut pas recevoir de compléments nominaux ou de complétives COD?
  • JehanJehan Modérateur
    C'est un flou tout relatif, une fois bien définis les aspects et les modalités qu'ils expriment.
    Quant à savoir s'il est intéressant d'étudier par quels moyens verbaux notre langue exprime ces nuances d'aspect et ces modalités, c'est tout aussi intéressant que le reste de la grammaire.
  • Je la disais floue car les critères de distinction semblent différer selon les grammaires (Pronominalisation selon mon manuel, absence de COD nominaux et de complétives COD pour les verbes concernés selon Riegel etc). J'ai l'impression que cette notion est sujette à différentes interprétations.

    Quoi qu'il en soit, je vous remercie pour votre aide et vos réponses détaillées.

    Je voudrais poser une dernière question relative aux semi-auxiliaires.
    Mon manuel parle de coalescence du semi-auxiliaire et du verbe à l'infinitif.
    Néanmoins, ce caractère soudé n'empêche pas le pronom complément d'objet de l'infinitif de s'intercaler entre le semi-auxilaire et l'infinitif (à l'exception de quelques périphrases, telles que faire+infinitif. Exemple: Il fait construire une maison. Il la fait construire).
    Ainsi, ma question est la suivante: dans une phrase telle que Elle finit d'écrire son livre, l'usage habituel voudrait que la pronominalisation du COD de l'infinitif donne la phrase:
    Elle finit de l'écrire
    Néanmoins, en tenant compte du critère de coalescence du semi-auxiliaire et du verbe à l'infinitif qui l'accompagne, peut-on écrire:
    Elle le finit d'écrire

    Je vous remercie d'avance pour vos réponses.
  • JehanJehan Modérateur
    En tenant compte du critère de coalescence du semi-auxiliaire et du verbe à l'infinitif qui l'accompagne, peut-on écrire: Elle le finit d'écrire. ?
    Il semble bien que non. Mis à part les cas de faire et de laisser, coalescence ou pas, le pronom COD précédera toujours l'infinitif.
  • Existe-t-il une liste admise par tous pour les verbes pouvant être utilisés comme semi-auxiliaire?
    P.ex. est-ce que "oser + inf" est un semi-auxiliaire?
  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir.

    Non, "oser" n'entre pas dans la liste des semi-auxiliaires.
    En général, on admet que les semi-auxiliaires se limitent à ceux dont j'ai donné la liste dans le deuxième message de la présente discussion.
  • Pour qu'il existe une liste admise par tous des semi-auxiliaires, il faudrait que tous soient d'accord sur la définition d'un semi-auxiliaire !
    Même Riegel, qui parle d'ailleurs d'auxiliaires aspectuels, modaux et causatifs, note que "la liste de ces auxiliaires n'est pas fermée : si certains ont indiscutablement un statut comparable à celui d'avoir et être, d'autres possèdent un sens lexical qui les rapproche plutôt d'un verbe ordinaire".
    Si on met comme condition la perte de leur sens premier et si on élimine les locutions verbales, il n'en reste guère que 7 !
  • J'ai une question sur ''aller(ou venir)+un endroit + un verbe à l'infinitif''.

    J'ai deux phrases ici, ''Tu iras chercher ton fils à l'école.'' et ''Tu viendra chercher ton fils à l'école.''

    Je pense que l'on peut aussi dire ''Tu iras à l'école chercher ton fils.'' et ''Tu viendra à l'école chercher ton fils .''

    Est-ce que l'on peut ajouter la préposition ''pour'' avant l'infinitif?

    ''Tu iras à l'école pour chercher ton fils. ''Tu viendra à l'école pour chercher ton fils.''

    Merci!
  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir.

    Ce n'est peut-être pas la bonne discussion pour poser cette question.
    Ici, aller et venir ne sont pas des semi-auxiliaires, mais ont leur sens propre de verbes de mouvement. On pourrait construire des phrases analogues avec certains autres verbes de mouvement :
    Tu cours chercher ton fils...

    Le complément ( chercher ton fils à l'école) comporte une nuance implicite de but; le "pour" est inutile et ne s'emploie pas ici.
  • Excusez-moi d'avoir affiché mon message dans ce post.

    Il y a dix ans environ, un enseignant m'a dit qu'il ne fallait pas ajouter un ''pour'' devant l'infinitif, parce que la construction avec ''pour'' était de l'anglicisme.

    C'est pour ça que j'ai été surpris de lire cette phrase de Flaubert.
    Une jeune femme, en robe de mérinos bleu garnie de trois volants, vint sur le seuil de la maison pour recevoir M. Bovary, qu'elle fit entrer dans la cuisine, où flambait un grand feu.
  • JehanJehan Modérateur
    Il peut arriver, comme ici avec "venir", que l'on emploie tout de même "pour".
    Une manière de souligner que l'on vient bien dans ce but, et non pas pour autre chose.
    la construction avec ''pour'' était de l'angélisme.
    Que voulait dire exactement le prof ? Je ne comprends pas trop l'emploi de ce nom ici.
  • De l'anglicisme : to...
  • JehanJehan Modérateur
    Ah, d'accord ! :)
    Mais en l'occurrence, pour ce qui est de la phrase de Flaubert, l'anglicisme ne me paraît pas si patent que ça... Et ça ne me semble pas incorrect du tout dans ce cas précis.
  • Merci pour vos réponses!

    J'ai mal orthographié le mot anglicisme, désolé.
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