Bonjour à tous,

J'ai affirmé à mes élèves qu'il existait des poèmes monosyllabiques. Je songeais notamment à Apollinaire, mais impossible de remettre la main dessus. J'en ai trouvé un de Rességuier :

Fort
Belle,
Elle
Dort.

Sort
Frêle
Quelle
Mort!

Rose
Close,
La

Brise
L'a
Prise.


Néanmoins, en connaîtriez-vous d'autres ?

Réponses

  • Pas mal :) ! Hugo a écrit des poèmes en vers très courts (trisyllabes dans Le pas d'armes du roi Jean, dissyllabes au début et à la fin des Djinns, mais des monosyllabes, je ne crois pas.
    Bien sûr, la poésie moderne isole parfois des mots d'une syllabe, mais on n'est pas dans le cas de vers mesurés.
  • JehanJehan Modérateur
    Je ne crois pas que Hugo ait écrit un poème entièrement en monosyllabes, mais il a commis quelques poèmes comportant des vers monosyllabiques. Sur ce site même, j'en avais donné un exemple dans le jeu des "bout-à-bouts rimés":
    https://fr.wikisource.org/wiki/La_Chasse_du_burgrave
    Et nous avions essayé d'en composer un sur le même modèle rythmique.
  • Merci, Rosette, pour ce joli petit sonnet que je ne connaissais pas. Guère évident d'être gracieux en monosyllabes !

    Après vérification, il s'avère que cette œuvrette n'est pas de l'aristocrate poëte Jules de Rességuier, mais de l'un de ses fils, Albert (27 novembre 1816 / 26 février 1876), militant catholique monarchiste dont on ne connaît pas d'autre production en vers.

    Baudelaire s'est dans sa jeunesse mesuré à la forme monosyllabique. Le Figaro du 11 février 1878 révèle cette macabre fantaisie sociale :
    " Le Pauvre Diable

    Père
    Las !
    Mère
    Pas.

    Erre
    Sur
    Terre...
    Dur !...

    Maigre
    Flanc,
    Nègre
    Blanc,

    Blême !
    Pas
    Même
    Gras.

    Songe
    Vain...
    Ronge
    Frein.

    Couche
    Froid,
    Mouche
    Doigt ;

    Chaque
    Vent
    Claque
    Dent.

    Rude
    Jeu...
    Plus de
    Feu !

    Rêve
    Pain
    Crève
    Faim...

    Cherche
    Rôt
    Perche
    Haut,

    Trotte
    Loin,
    Botte
    Point.

    Traîne
    Sa
    Gêne,
    Va,

    Pâle
    Fou,
    Pas le
    Sou !

    Couve
    Port
    Trouve
    Mort !

    Bière...
    Trou...
    Pierre


    Sale
    Chien
    Pâle
    Vient,

    Sur le
    Bord,
    Hurle
    Fort

    Clame
    Geint
    Brame...
    Fin ! "

    Source : Claude Pichois, in Baudelaire, Œuvres complètes, I. Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1990.

    On a aussi de Rimbaud, dans l'Album zutique, un sonnet monosyllabique :

    " Cocher ivre

    Pouacre
    Boit :
    Nacre
    Voit :

    Acre
    Loi,
    Fiacre
    Choit !

    Femme
    Tombe :
    Lombe

    Saigne :
    - Clame !
    Geigne. "

    Source : Antoine Adam in Rimbaud, Œuvres complètes. Bibliothèque de la Pléiade, 1988.

    Les notes de la même édition mentionnent un sonnet monosyllabique de Charles Cros, "Sur la femme". Amédée Pommier s'y serait également essayé. Il ne m'étonnerait pas non plus qu'Alphonse Allais eût sacrifié au genre. À prospecter pour de futures publications...

    L'Album zutique contient aussi un sonnet dissyllabique de Rimbaud, que je trouve plaisant de citer ici (il est plus cru, mais c'est de l'histoire littéraire !) :
    " Jeune Goinfre

    Casquette
    De moire,
    Quéquette
    D'ivoire,

    Toilette
    Très noire,
    Paul guette
    L'armoire,

    Projette
    Languette
    Sur poire,

    S'apprête
    Baguette,
    Et foire. "

    On observera que Rimbaud corse la difficulté, et du sonnet, et du mètre court, en construisant tout son poëme sur deux rimes. Ces dernières étant toutes deux féminines, le sonnet (ou le quatorzain ?) est donc entièrement écrit en rimes féminines. C'était aussi le cas des tercets de "Cocher ivre".

    "Jeune Goinfre" a également la particularité de constituer une phrase unique.

    Bonne soirée, à bientôt pour de nouvelles découvertes littéraires ! :P
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