Doutes concernant le métier de professeur

Bonjour à tous,

Je me présente. J'ai 25 ans et ai passé le CAPES rénové de lettres modernes l'an dernier. J'étais très contente de l'avoir, mais maintenant, en débutant mon stage, je déchante complètement.
D'une part, on ne m'a donné mes classes que le jour de la pré-rentrée, alors du jour au lendemain, je me suis retrouvée noyée dans une tonne de préparation de cours, mais ce n'est pas le pire, je crois ... On m'a attribuée une seconde et une première S. J'ai appris avec effroi que je ferai passer des épreuves orales de bac blanc aux premières, moi, la petite stagiaire qui n'a jamais enseigné au lycée auparavant.
D'autre part, on a beau dire mais le CAPES n'est rien à côté de ce à quoi on doit réellement faire face. Depuis le début de la semaine, j'ai les nerfs en pelote à force de préparation de cours. Tout se mélange dans ma tête. A la fois, j'ai peur de ne pas en faire assez pour les élèves et d'en faire trop.
On nous a préparé au CAPES, mais pas à la capacité d'agir devant nos élèves.
J'avais eu l'occasion de faire un stage au collège l'an dernier avec des 5ème, et j'avais adoré, sauf que maintenant, je doute réellement de ma capacité à pouvoir enseigner ... :(

Merci à ceux qui m'auront lu....
«1

Réponses

  • Bonsoir,
    Pas de panique, on est tous passés par là. La formation, même de qualité, n'empêchera pas que tu sois seule face à tes difficultés quand il s'agira de passer de la théorie (ou du stage) à l'action en situation. Je trouve plutôt rassurant ce stress et cette peur : cela prouve que tu as pris la mesure de ce métier, qui est un métier formidable. Pour ce qui est de l'organisation, tu dois savoir que les stagiaires sont souvent nommés à la dernière minute. Ils doivent donc nécessairement travailler dans l'urgence. Pour ce qui est de ton travail de préparation, tu dois en discuter avec ton tuteur, il est là pour ça, à défaut, avec tes collègues de lettres. Ils peuvent et devraient te proposer une ou deux de leurs séquences dont tu pourrais t'inspirer pour assurer le début de l'année. Dans tous les cas, ne reste pas isolée et souviens-toi qu'il n'y a pas si longtemps, tu faisais partie des élèves que tu as en charge. Ce que tu as trouvé de positif ou/et de négatif chez tes enseignants doit t'aider à situer et à cibler efficacement ton acte pédagogique. Ne cherche pas à en faire trop ni trop peu. Apprends à bien connaître tes élèves et à inspirer leur confiance. C'est difficile de savoir les écouter tout en gardant la main. Consulte aussi les nombreux sites pédagogiques (sur ETNA). Voilà. Je te souhaite bon courage. Tu verras, ça vaut vraiment la peine de persévérer.
  • Merci de me répondre.

    Alors, j'en ai beaucoup discuté avec ma tutrice mais j'ai l'impression qu'elle ne se rend pas compte de mon blocage (ou qu'elle a sans doute elle-même oublié qu'elle était passée par là aussi).
    Je la cite: "Tu as passé le CAPES, donc c'est que tu as le niveau pour enseigner et que tu sais faire une explication de texte et une dissertation". Alors, oui certes, je sais faire cela, mais entre savoir le faire, et devoir enseigner à mes élèves (je pense notamment aux secondes) à le faire, il y a un fossé énorme ...
    Je me mets sans doute trop de pression, mais je veux faire quelque chose de bien. Je n'ai pas envie que mes élèves sentent à quel point je suis en difficulté face à eux. En fait, j'en sais trop rien ... Je pense que c'est le rush de dernière minute dans la préparation de mes cours qui me bloque et fait que j'ai l'impression que je ne saurais pas maîtriser mes cours face à mes élèves.
    Mes élèves sont très agréables. J'ai cette chance et à la fois cette malchance de ne pas avoir été affectée en ZEP. Malchance puisque les parents sont très à cheval sur la scolarité de leurs enfants et que je me dois d'être à la hauteur. Chance parce que, contrairement à certains de mes collègues qui sont en zone ZEP, j'ai des classes plutôt motivées et bosseuses.

    Enfin, merci beaucoup en tout cas :) J'essaierai d'appliquer tes conseils. Je pense aussi que le métier de professeur en vaut réellement la peine malgré tout. C'est ce que je voulais réellement faire et abandonner maintenant serait dommage.
  • Ne fais pas des cours trop "léchés" et magistraux, ce ne sont pas des étudiants, et tu vas te couper d'eux ou briser leur spontanéité. Il faut qu'il sachent que tu aimes ce que tu fais. Essaie vraiment de faire le cours avec eux. Pars de leurs réactions, de leurs interprétations (attention à ne pas tout accepter), structure et mets du tien, surtout pour leur apprendre à utiliser des outils d'analyse efficace. Prépare toi-même le texte auparavant, mais essaie d'avoir assez de disponibilité pour eux. C'est cela qui est difficile. Tout ou presque en français peut être induit.
  • Bonjour, tu devrais lire les discussions similaires : tu y trouverais de nombreux témoignages qui devraient te rassurer. Je l'ai déjà dit sur ce forum et je le répète : la première année je voulais démissionner, j'étais désemparée face aux élèves, j'en garde un très mauvais souvenir. Aujourd'hui j'aime mon métier et cette étape paraît loin derrière moi. Il faut tenir bon et prendre tous les conseils possibles, assister aux cours de ta tutrice aussi, trouver dans l'équipe des gens sympas pour te soutenir et te conseiller. Tu es loin d'être la seule à vivre ça même si tout le monde ne l'avoue pas...C'est juste un cap à passer (parfois juste quelques mois, parfois la première année, parfois 2 ou 3 ans avec une amélioration progressive)
  • @jacquesvaissier et @Ammy : Merci pour vos réponses. C'est ce que j'essaie vraiment de faire, de partir de leurs impressions, de ce qu'ils savent déjà et de compléter par ce que moi, je peux leur apporter. Le problème c'est bien l'organisation de mes séquences. Par exemple, là, j'étudie avec les premières "Le personnage de roman du XVIIème à nos jours". Je leur ai proposé d'étudier, La Peste de Camus.
    Honnêtement, j'aurais préféré, Mme Bovary car je l'ai déjà lu, mais ma tutrice m'a dit d'éviter les oeuvres classiques et m'a demandé de leur donner à lire Camus, que je ne maîtrise pas très bien ne l'ayant jamais vraiment étudié :(
    Je dois trouver des extraits en rapport avec ma problématique donné. Là encore, c'est pas gagné. J'ai choisi d'étudier la notion d'héroïsme dans le personnage de roman. En fait, mon soucis, c'est que j'ai l'impression de ne pas assez maitriser mon sujet :( Créer une séance demande une foule de connaissances. Ma tutrice m'a demandé pour d'introduire mon objet d'étude avec un texte, mais là encore, honnêtement, c'est pas évident de trouver un texte en lien avec ma problématique, de relier cela à la séquence et en plus de l'étudier avec les élèves.
    Je n'abandonne pas, mais parfois, j'envie des amis qui eux débutent au collège.

    En tout cas, merci de me remonter le moral :)
  • Dans plein de métiers, nombreux sont les débutants morts de trouille le premier jour.

    Mais un des débuts les plus difficiles est sûrement le tien. Face aux élèves tu ne peux te retourner vers un collègue de bureau ou téléphoner à un copain pour qu'il t'aide. D'un autre côté tu n'as pas un "petit chef" derrière toi qui te regarde agir en se demandant comment il va pouvoir te planter.

    Mais tous les profs sont passés par là et la plupart deviennent bons et agréables.

    Je donne des cours aussi (d'informatique) et je me sens bien mieux quand j'en suis au cinquième cours sur un sujet donné.
    Mais comment donner le cinquième cours si tu n'a pas donné le premier ?

    Tu souffres, c'est grâce à cette souffrance que tu te sentiras bien dans un mois.
  • Oh tu sais, même en collège, du moins pour l'année de stage on doit pondre des séquences bien léchées. Pour être en plein dedans, ce n'est pas évident non plus de renoncer à une somme de savoirs spécialisée pour arriver à transmettre quelque chose à des élèves qui n'ont souvent aucun repère d'aucune sorte. Il y a des choses qui nous paraissent évidentes alors qu'elles sont loin de l'être pour eux.
    Je crois que ce qu'il te manque, là maintenant, c'est un peu de confiance en toi et en tes connaissances. Tu débutes cette année, tout ne sera pas parfait mais tout n'est jamais parfait non plus chez les profs confirmés ;) Peut-être que la notion d'héroïsme n'est finalement pas la bonne pour entrer dans Camus ?
  • Trois choses :
    - tu peux aussi chercher de l'aide sur Neoprofs, la communauté des enseignants de lettres y est assez importante.
    - si tu demandes systématiquement à ta tutrice ce qu'il faut faire, elle va te proposer des éléments qui ne correspondent pas à ta culture de base, et cela va te demander du travail (à la fois pour la maîtrise de l'oeuvre et pour la mise en forme pédagogique); il vaut mieux que tu lui présentes un ou deux parcours de ce que tu souhaiterais faire, elle infléchira certes ce que tu lui proposes mais ne te donneras pas des pistes totalement étrangères à ton idée de départ.
    - pour éviter d'avoir la tête dans le guidon en permanence, essaie d'avoir une idée de ce que tu souhaites étudier jusqu'aux vacances de Toussaint.
  • Commencer au collège comporte bien d'autres inconvénients et peut tout autant faire douter (encore davantage même).
    Ceci dit je ne comprends pas la démarche : quelle "problématique donnée ?" Pourquoi partir précisément sur celle-ci si tu n'es pas à l'aise ? Surtout, pourquoi débuter par une oeuvre que tu ne maîtrises pas ? :/ Ok peut-être pas Madame Bovary, mais il existe tellement d'autres romans ! Bel-Ami par exemple passe très bien auprès des élèves. Nous avons la chance de pouvoir choisir nos œuvres, il faut vraiment que par la suite tu choisisses des extraits et des œuvres que tu aimes (bien sûr qui soient adaptées au niveau de ta classe aussi, on est bien d'accord). Même si je ne suis plus débutante depuis longtemps, si du jour au lendemain on me demandait de bâtir une séquence sur un roman que je connais mal, je serais mal à l'aise en cours. Les idées de ta tutrice sur le choix des textes doivent rester des conseils. Il est vivement déconseillé de choisir des séquences par obligation et non par goût.
    Je n'avais pas bien cerné tes difficultés, mais après avoir relu le début je m'aperçois qu'elles sont encore plus normales que ce que je pensais ! Je prépare mes cours pour les premières depuis le mois de juin, alors que j'ai l'habitude. Je suis allée 3 fois chez une collègue cet été pour qu'on bosse ensemble sur notre progression annuelle. Bien sûr qu'on est "noyé" quand on apprend ça la veille de la rentrée ! Nous serions tous dans ton cas. Ça ne remet pas du tout en question tes capacités !
    Voici ce que je te conseille plus précisément :
    -aide-toi des séquences de manuels, feuillettes-en pour trouver des séquences qui t'inspirent. N'aie pas de honte à reprendre plus ou moins une séquence de manuel. Il te reste à te l'approprier, à modifier ce qui ne te convient pas.
    -aide-toi de Web-lettres. Ce site réservé aux profs propose des progressions annuelles, des listes de bac, plein d'idées mises en ligne par des collègues.

    Bon courage, aux prochaines vacances tu pourras t'avancer sur les séquences suivantes, tu y verras déjà plus clair.
  • Le jour où les ESPE apprendront aux futurs stagiaires à établir une progression est hélas encore loin, décidément. Je n’ai JAMAIS rien appris à l’IUFM, et le peu que j’ai vu l’an dernier à l’ESPE n’était guère plus brillant.
    Je plussoie ce qui a été dit auparavant: tu dois vraiment être convaincue que tu es une bonne prof, ne serait-ce qu’à cause de tes scrupules.
    Je compatis vraiment: j’ai eu le capes de Lettres Classiques l’an dernier, mais j’étais contractuelle depuis plusieurs années, ce qui, j’en suis convaincue, m’a énormément aidée à me sentir sereine pour cette année de stage. Non pas que je me reposerais sur mes lauriers: mais l’expérience précédente m’a tout de même donné quelques trucs.
    N’hésite pas, en effet, à aller sur Néoprofs, à demander des conseils pour l’établissement d’une progression, mais garde toujours à l’esprit que c’est TOI le professeur et que ce sont TES élèves.
    Moi, ce qui m’a aidée, à chaque fois, c’était de prendre une après-midi pleine pour établir ma progression sur l’année. Savoir où j’allais, et où « j’emmènerais » mes élèves, et de quelle façon, et avec quelle méthode de base et quels textes, me soulageait énormément. Je n’avais plus l’impression de marcher à l’aveuglette.
    Es-tu sur la région parisienne?
  • J'adhère à 200% :)
  • Je suis d'accord à 100% avec toi NomdeZeus, on ne nous a strictement rien appris l'an dernier à l'ESPE qui soit en rapport avec la construction d'une séquence. Plus j'analyse ma situation, plus je constate que je ne sais pas construire et établir une progression. Je me rends compte que le CAPES n'a absolument rien à voir avec le métier d'enseignant.

    Un exemple, là, j'étudie "La parure" de Maupassant avec les élèves de seconde. Après avoir fait une compréhension globale, je compte pour demain, voir le portrait de Mme Loisel. Concrètement, je veux voir avec eux la façon dont le portrait de Mme Loisel est en mouvement tout le long de la nouvelle. En fait, globalement, j'arrive à voir ce que je veux faire pour chaque séance, mais je ne sais pas comment m'y prendre avec les élèves pour arriver à ce que j'ai prévu de faire dans ma tête :( Dis comme cela, ça a l'air bien compliqué mais c'est ma réalité.

    Ammy, j'ai bien conscience que c'est tout autant difficile au collège, simplement je pense que j'aurais eu moins de pression. Là, j'ai des premières et l'enjeu du bac est important alors je n'ai pas intérêt à me louper avec eux.
  • Oui oui, bien sûr, je comprends parfaitement. Au collège c'est souvent une autre sorte de pression, liée davantage à la discipline et la difficulté de gérer certaines classes. D'autres discussions de ce forum portent sur des "doutes" quant au métier, mais ils sont provoqués par la gestion de classe en collège. La préparation des cours y est moins difficile que pour des premières en revanche.
    Pour ton exemple de la parure, on comprend bien ce que tu veux dire. Tu es vraiment au cœur de la pédagogie, c'est-à-dire comment transmettre. Là encore, je peux te rassurer : nous nous sommes tous trouvés confrontés à ces questions faute de formation adaptée mais aussi tout simplement d'expérience. Je me pose encore les mêmes questions dès que j'étudie un texte nouveau. Aujourd'hui avec l'expérience je trouve plus rapidement des solutions. Au début c'est très difficile, surtout quand on n'a pas pu commencer à y réfléchir pendant l'été.
  • Bonjour à tous,

    Le sujet n'a rien de nouveau mais j'aurais besoin de prendre un peu de distance et d'avoir votre avis.
    Je viens d'avoir mon diplôme de master (recherche) en lettres et je comptais passer l'agreg et le capes cette année. Pour des raisons de santé j'ai dû refaire mon M1 et donc utiliser trois droits de bourse en master. Je n'ai donc pu faire de demande de bourse pour cette année et quand bien même j'aurais fait un recours, je n'ai financièrement pas les moyens d'attendre plusieurs mois qu'ils statuent sur mon cas.
    Je renonce pour cette année à l'agreg pour ces mêmes soucis de santé mais je suis quand même quelques cours dans l'optique de m'avancer et de la tenter l'an prochain. Je m'étais décidée à passer le capes (que je prépare en candidate libre) et à travailler comme remplaçante en collège lycée tant que mon état de santé me le permet. (Je précise que ce sera un handicap jusqu'au mois de mars et qu'une opération devrait y mettre un terme)

    Cela ne fait que quelques semaines que les cours ont commencé (j'ai des 5e et des secondes) mais c'est intenable. Je suis déjà usée par l'ambiance qui règne : certains titulaires sont vraiment infects avec les stagiaires ou les remplaçants, le cpe est un mou inexistant et les élèves sont ingérables par manque d'autorité et de gestion en amont. Ils peuvent se lever sur les tables et faire le "bordel" pendant dix minutes sans que l'on arrive à se faire entendre, se lever et quitter le cours, et je ne parle pas des remarques désobligeantes (quand on les comprend!) envers certains professeurs. Pour ce qui est de leur tenue j'arrive encore à peu près à faire cours mais je désespère de leur niveau, de leur réflexion chaotique et de leur manque total de perspective. Certains ne comprennent même pas les énoncés des exercices que je leur donne et son incapables d'écrire français sans faire une faute par mot.. De plus - c'est peut-être prétentieux de ma part - mais je ne suis pas spécialement d'accord avec le programme et les méthodes d'enseignement. Mais c'est là un autre sujet :)

    Bref je n'en peux plus et en suis à me demander si je vais me présenter au capes. J'adore pourtant plus que tout les lettres et le fait d'enseigner mais là ce n'est plus de l'enseignement. Je commence à craquer et aujourd'hui j'ai prétexté une bronchite: je ne veux plus y retourner, je refuse de travailler dans ces conditions. J'envisage très sérieusement de laisser tomber l'enseignement et de faire des petits boulots pour cette année en attendant de me réorienter. C'est peut-être lâche de ma part de craquer si vite mais vraiment, je ne peux pas.

    Que me conseillez-vous? :/
  • De faire autre chose. Sincèrement.
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.