Bonsoir,
Par simple curiosité je m'adresse à vous à propos du poèmes Moutons d'Eluard. J'aimerais simplement savoir si quelqu'un connait la signification de ce dernier ainsi que le lien entre le texte et le titre.
Merci d'avance, Kasia
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Il est difficile d'affecter un sens précis à cette évocation.
    Il me semble qu'Eluard regrette la résignation du troupeau humain.
    Il y a des images d'enfermement, de renoncement, de repliement sur un confort factice et réducteur.
  • Je n'avais jamais lu ce poème...

    Effectivement énigmatique.

    Ne connaissant suffisamment pas Eluard (hélas) savez-vous si dans ce poème on a des traces d'autres de ces œuvres ? Peut-être grâce à l'intertextualité on pourrait donner un premier sens à ce poème.

    Je vais me renseigner à ce sujet ^^ intéressant de tenter de capter un semblant de sens d'un poème
  • JehanJehan Modérateur
    Affichons le texte, pour ceux qui ne l'auraient pas lu...
    Ferme les yeux visage noir
    Ferme les jardins de la rue
    L’intelligence et la hardiesse
    L’ennui et la tranquilité
    Ces tristes soirs à tout moment
    Le verre et la porte vitrée
    Confortable et sensible
    Légère et l’arbre à fruits
    L’arbre à fleurs l’arbre à fruits
    Fuient.
  • JanoJano Membre
    :cool:
    Œuvre impressionniste : Sombres pensées, ces moutons noirs.
    Il se laisse aller, envahir par la mélancolie qui le ferme à toute distraction, pensée ou quelconque velléité de s'en défaire.
    Ces moments de blues semblent récurrents et il les goûte avec une certaine volupté : un bon verre de whisky dans le fauteuil club qui fait face à la porte vitrée qui donne sur le jardin, où il laisse planer ses pensées, il voit défiler les saisons et médite sur le temps qui passe.
    Cool, zen.... j'ai pas pu distinguer la marque pour le whisky... désolé ! :rolleyes:

    PS. Bien sûr, ces moutons sont des nuages
  • http://38.media.tumblr.com/tumblr_m1ux7ycLyk1r9j6pro1_500.jpg

    Max Ernst, les moutons pour le recueil d' Eluard Répétitions
  • Le poème surréaliste n'a pas un sens caché qu'il faudrait décrypter. On n'interprète pas un tel poème, on laisse les mots et les images entrer en nous sans passer de frontières. L'action du Verbe nous fera mourir ici-bas et renaître dans un espace où le temps n'existe plus, ou plutôt où tous les temps coexistent, et tous les possibles. On y verra telle figure familière, on y entendra des cris d'oiseaux sur des rivages où l'homme des villes ne mit jamais le pas. On y verra aussi des formes inouïes et on y respirera des parfums inconnus, mais qui nous rappelleront des souvenirs très anciens ou qui les feront naître. On aura tout perdu. On vivra dans la vérité.
  • JanoJano Membre
    :) :| :(

    Toi qui est triste, broies du noir, mouds ton noir !... marc de café que m'embêter ma sucrette !... l'avenir n'est plus mot rose... mais d'instants moroses...
    - Ferme les yeux... les stores, les volets, les paupières, à toute image de la cruelle évidence... rentre chez toi... rentre en toi...
    - Ferme... la porte qui donne sur la rue où sont les bruits et l'agitation de la vie, les rencontres et le regard d'autrui sur un bonheur qui se flétrit... ferme... les oreilles... reste sourd... à ce tumulte constant d'un monde en vie quand le tien s'effrite inexorablement...
    - Ferme... le flux du raisonnement qui ressasse et de la réflexion qui voudrait donner un sens mais qui n'est plus que torture...
    L'ennui ce nouveau compagnon est là, seul, encore... Ah ce n'est pas tous les soirs gala !... Gala !... l'absence nouvelle, répétée... même quand elle est là, tout est si différent... absente... triste solitude mais tranquillité... propice au rêve, à l'abandon... aux souvenirs heureux...
    Le verre... peut apporter un peu d'anesthésie... la porte vitrée réelle sur le jardin, ou plutôt le cristallin derrière la paupière qui cherche dans le jardin intérieur, les images du bonheur, de Gala aimée et aimante, heureuse, dansant et déployant son corps pour d'un salut reconnaissant vers le soleil célébrer la vie... comme les naturistes de cette époque... mais en couleur svp !...
    Mais les images et les saisons défilent, impossible de les retenir... l'arbre à fleurs, prime enchantement... l'arbre à fruit, l'abondance... l'arbre à fleur, incessant renouvellement... mais comment bloquer un instant sur l'arbre dont on voudrait encore goûter les fruits nouveaux... impossible, un autre nous-même s'en repait aujourd'hui sans doute... l'image on la fuit... et elle fuit sans arrêt.... elle fuit même les rêves... l'enchantement et le bonheur aussi... fuient... fuient... ne reste que l'ennui... et peut-être davantage... l'inextinguible douleur...
    Bon ça va, calmez vous !... hein !
    Vous avez là une interprétation dirigée, ce que vous rejetez par principe, mais elle a au moins l'intérêt de faire travailler l'imagination et surtout d'exposer plus vraisemblablement le champ des préoccupations de l'auteur, en proie au spleen, et savoir la nature de son trouble à l'élaboration du poème... ce qui permet de mobiliser nos propres affects et expériences sur l'inconstance des f... euh !... du bonheur tout simplement... pas de petits oiseaux là... pas toujours, les petits oiseaux Jacques... et c'est bien là le problème.
    Éluard est un poète sensible, naturellement doué du sens de la bonne formulation, des bonnes associations et du mot juste à la pensée... à cette époque il est encore dada, entre le dadaïsme et le surréalisme en gestation, mais il ne peut être considéré comme appartenant tout à fait à l'une ou l'autre tendance... il n'en applique que le minimum des règles, ce qu'il faut pour n'être exclu de mouvements qui accaparent l'intérêt des critiques et qui possèdent leurs moyens d'édition... comment exister hors du courant de l'air du temps, qui est si violent ?... les cerveaux de ces partis sont prompts à l'anathème, fussent-ils ses amis... sa sensibilité est plutôt dans la continuité des anciens pourtant reniés par tous les autres qui sont dans le rejet de cette forme de pensée solitaire esthétisée, idéale, optimiste indolente ou sombre, mais toujours plaisante... tellement incompatible avec l'horreur qui submergea leur vie pendant cette guerre 14-18... lui phtisique, ne la fera pas et en plus, il vit le bonheur avec Gala... les autres ne voient que le chaos et l'impuissance à versifier heureux... le refus de tout ce qui précéda cette folie s'impose à eux...
    Un poète sensible nous touche assurément, provoque des sensations et des sentiments, présents dans ce poème... celui-ci fait parti de ses "déchets" trop sensibles sans doute, retravaillés, qu'il trouve heureux d'associer aux compositions d'Ernst avec lequel il se découvre des affinités... ce n'était pas prémédité, quand il décide de choisir quelques oeuvres de son ami pour faire ce livre, poèmes et tableaux préexistent au projet et en aucun cas l'oeuvre de l'un n'illustrera celle de l'autre... mais la mode est à l'intellectualisation, à l'abstraction de la pensée... alors il est préférable de présenter ces accolages de textes et collages comme réunis afin de provoquer chez le lecteur la vision d'une troisième représentation... le pape Breton y trouvera certainement son compte, complaisamment je pense... il sait et admire la sensibilité de son ami.
    Amateurs de whisky, désolé !... je m'aperçois que j'ai encore oublié de noter la marque... était-ce là le prétexte pour me relancer, ou voulait-on que ma boursouflure se prête à une expérience de dilatation, d'extension à la 3D ?... pas mon truc ça Floréale... t'as vu dans quel état s'est mis Jacques !... pas besoin de ça moi...
    Mais voilà que je peux voir Jacques nu en 3D, danser en grandes enjambées dans les images du verger qui défilent et fuient, avec les odeurs, les papillons et les petits oiseaux... les arbres désertent la campagne chamboulent la cité... et parmi ce monde d'éboulis, dans sa course effrénée, je peux le voir encore agiter et lever les bras en l'air... en essayant d'attraper la pomme !... la Gala ?... Ben ! finalement y arriverais-je quand même !?... mieux même, c'est de la 4D !... Ah ! Jacques et l'inconsistance des pommes fantasmées !... hélas !... oui, hélas... fatalitas !
    Tu tires ton cartouche avec sa légende sur ce pauvre Éluard, ce n'est pas adapté selon moi... surréalisme, n'est pas approprié, colle le chez Breton où tu pourrais te contenter d'inscrire "Interdit de lire, le poète ne veut rien dire" et je trouve que tu devrais —après une telle abnégation et un tel dépouillement— remplacer "vérité" par "nudité"... la vérité ne serait encore que prétention... Elle est partout et tu la négliges chez Éluard... la vérité bien souvent n'est qu'occurrences pour les hommes, qui lui mettent tant d'habits en tissu de mensonges, cousu du fil blanc de leurs petits arrangements... tant, qu'elle en reste étouffée au fond de son puits... elle n'en sort que rarement, dépouillée... nue, pour n'oser visiter que les poètes... mais pas les surréalistes qui n'expriment que l'infâme breuvage turbide issu des marécages de leur subconscient... la déchetterie de la pensée, et des tourments du moment, avec ses mots pêle-mêle... seule cible possible à l'écriture automatique... qu'Éluard rejette...
    ...
    :cool:
  • Bien sûr qu'Éluard avait pris ses distances avec l'impérialisme de Breton. Ce que j'ai voulu dire dans mon petit délire - vestiges de mon admiration ancienne pour les Surréalistes -, c'est que le poète ne se trouve pas ici seulement dans une mélancolie douloureuse de type "romantique" (pour faire court), mais dans une solitude essentielle au sein même de son acte créateur. Je ne peux pas le rejoindre, je ne peux moi-même que m'embarquer à ses côtés... Oui, c'est bien "vérité" que j'ai voulu écrire, ou plutôt c'est le mot que m'a soufflé la voix qui prêche au-dessus des orages. Et c'est là que s'ébauche ma propre solitude.

    Ne craignons rien des nains barbus
    Qui dans les vignes se lamentent
    Parce qu'ils n'ont pas assez bu
    Écoutons les nixes qui chantent

    (Apollinaire)
  • Affichons le texte, pour ceux qui ne l'auraient pas lu...
    Ferme les yeux visage noir
    Ferme les jardins de la rue
    L’intelligence et la hardiesse
    L’ennui et la tranquilité
    Ces tristes soirs à tout moment
    Le verre et la porte vitrée
    Confortable et sensible
    Légère et l’arbre à fruits
    L’arbre à fleurs l’arbre à fruits

    Fuient.

    Bonne idée, Jehan !
    Je n'avais jamais lu ces vers et le message de Jano vient d'éveiller ma curiosité.
    Quelle éloquence, me dis-je ! Quel donc peut en être l'objet ?
    Ah, voilà !
    Bien, bon .
    Je lis.
    Et qu'est-ce que je lis ?
    La tristesse, l'enfermement, le refus de l'extérieur. Et sans répit.
    Aïe, attendons la mort. De toute façon, les yeux sont déjà fermés.
    Puis, je perds pied. Est-ce le verre ? Ou la porte vitrée ? Encore du verre ...
    Quand j'arrive à confortable et sensible/Légère, je suis irrémédiablement perdue.
    L'arbre à fleurs me remet sur les rails. Il donnera des fruits.
    Fruits /Fuient. Joli mais tragique rapprochement.
    Je suis bien triste au bout du compte malgré la légèreté et le confort... du verre, de la porte vitrée, du fauteuil supposé mais non nommé ?
    Un verre, c'est sûr, cela me ferait du bien.
    Mais pas de whisky, s'il vous plaît.

    La poésie et surtout les tonnes de mots que l'on peut écrire sur quelques mots me surprendront toujours.
  • Un fil d'Ariane, peut-être ? Mais ça n'existe que dans les mythes...
  • Non, pas la peine, je n'apprécie que la clarté de la prose.
  • C'était bien sûr une plaisanterie.
    Jano a écrit:
    Mais voilà que je peux voir Jacques nu en 3D

    :D
  • JanoJano Membre
    :D
    Ben ! Quand vous aurez fini de chahuter dans mon dos, on pourra reprendre !...Pendant ce temps je lisais un peu Éluard sur le net... je peux te dire Gabiana que si tu n'amènes pas ton casse-croûte, la boisson et de quoi t'assoir, tu risques de t'ennuyer un peu... ici au moins avec ses moutons on peut surfer sur son humeur... même dans les cas fréquents où il tire son inspiration d’œuvres graphiques, il ne propose pas grand-chose, il ne décolle pas d'une simple description... ce manque d'imagination serait peut-être à la base de ce que furent ces mouvements... ils sont à mille lieues de l'univers d'un Michaux et de son humour... c'est du grand charlatanisme tout simplement... Breton en est le plus grand qui ne décèle l'imaginaire que retenu dans l'esprit des fous, des hallucinés bien heureux selon lui, autonomes, n'ayant nul besoin du réel !!... tellement charlatan dans l'âme lui-même qu'avec un peu plus d'imagination il aurait proposé la lotion "surréale" pour faire repousser les cheveux... c'était dans l'air du temps de vendre du vent...
    Jacques, ce n'est pas une plaisanterie mais je n'ai nullement l'intention de produire une ode à tes charmes... je ne fus qu'admiratif de ta quête !... Ouf !... c'était pas l'endroit à bafouiller là !... autrement je n'ai rien remarqué de spécial.
    Quels sont ces nains lamentables que tu vis du haut de tes sphères ?... tellement haut que pour nous les hommes ils devraient être des géants !... n'étions-nous déjà bien encombrés d'un seul poème ?
    Ah ! J'ai touché d'autres bio qui précisent qu'Éluard était affecté à l'arrière comme infirmier, et vers la fin, il aurait demandé à partir au combat, se sentant mal d'être planqué... une rechute de son mal vint inopportunément contrarier cette noble ambition... pas de chance.

    :cool: :D
  • Jano, continue sur ta lancée, tu as l'art de me dérider. Peu importent le casse-croûte -je n'ai jamais faim- et la boisson. Je suis sobre comme un chameau. Je m'assiérai sur le chameau ou le mouton, ou le nuage, à moins que je ne demeure en lévitation, sous le charme de ta prose fleurie. :)
  • Jano a écrit:
    :D
    Breton en est le plus grand qui ne décèle l'imaginaire que retenu dans l'esprit des fous, des hallucinés bien heureux selon lui, autonomes, n'ayant nul besoin du réel !!... tellement charlatan dans l'âme lui-même qu'avec un peu plus d'imagination il aurait proposé la lotion "surréale" pour faire repousser les cheveux... c'était dans l'air du temps de vendre du vent...
    On peut penser ce qu'on veut de Breton, je l'ai bien connu : ce n'était pas quelqu'un de très sympathique, et il avait une fâcheuse tendance au sectarisme, Mais sa quête "littéraire" n'est pas du charlatanisme. Tu me rappelles mon grand-oncle (celui qui fournissait du champagne à Nicolas II, si, c'est vrai !) qui expliquait le cubisme de Picasso par le fait que ce dernier ne savait pas dessiner normalement... Breton (et d'autres, n'est-ce pas ?) s'inscrit dans l'évolution qui, depuis le romantisme, fait que les artistes cherchent à donner un sens nouveau aux mots de la tribu , puis à poser le poète en médiateur d'abord (Hugo est surréaliste quand il n'est pas bête), puis en démiurge (Rimbaud - Lautréamont), puis en magicien (Apollinaire), et puis enfin en voyageur du monde éblouissant des Idées, celui aux mille étoiles d'or où triomphe la Voix qui déchire les espaces... Et ils y croient, ce ne sont pas des poètes-trolleurs ou de sombres écrivaillons dont l'impuissance est notoire, ou des opportunistes. Ils chantent, chantent... Et tout à coup tout est dit, tout est à la place qu'il devait occuper, il n'y a plus de poète, il n'y a plus d'auditeur, il n'y a même peut-être plus de littérature (prends l'éloquence et tord-lui son cou), à tel point que ça ne saurait durer longtemps : l'Homme n'a pas le pouvoir de s'exposer longtemps à la vie réelle, c'est là la damnation dont il est affligé. Mais avant ? Eh bien l'Homme en aura vu un peu plus, il sera descendu dans le gouffre vertigineux de son psychisme (oui, l'abîme est en nous), aura écouté un moment la Bouche d'Ombre lui dire : crois et vois ! Et ce sera l'orgasme essentiel d'où l'Homme ressortira perclus en disant : j'ai vu ! Piège du langage ? Mais quel autre moyen ? Et puis Éluard a dit : "les mots ne mentent pas".
    Jano, je te laisse charmer gabiana, nouvelle égérie des "lis tes ratures", qui le réclame.

    Dada n'est pas mort. Prenez garde à votre pardessus. (A. Breton)
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