Fonction de "que moi" dans "il est plus grand que moi"

Bonjour à tous,
cette question me turlupine car elle m'a été posée à brûle-pourpoint à l'oral du capes de lettres ; désorientée par le ton "rentre-dedans" de l'examinatrice, j'ai répondu qu'il s'agissait du deuxième membre du comparatif et je me suis fait renvoyer dans mes vingt-deux mètres par un "vous avez déjà vu des comparatifs à deux membres? Ils vont partir en courant, vos comparatifs!..." (sic)
Donc je vous pose la question car traumatisée, je ne suis jamais allée vérifier :lol: : s'agit-il d'une subordonnée conjonctive, en corrélation avec "plus", dont le verbe serait sous-entendu ("il est plus grand que je ne le suis") et complément circonstanciel de comparaison? Y a-t-il une autre explication?
Cela dit, je l'ai eu quand même, mon capes, malgré les perfidies de cette peau-de-vache!
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Réponses

  • D'après Riegel, ce serait un complément du comparatif.

    Sinon, j'avais pensé aussi à la subordonnée comparative dont le verbe serait sous-entendu:"Il est plus grand que moi (je ne le suis)".

    Sinon, félicitations pour le CAPES!
  • CarolecCarolec Membre
    Heu, merci Ladymael, mais ne me félicite pas trop vite : c'était il y a 13 ans, quand même... J'ai honte d'avouer que je suis restée 13 ans sans faire de plus amples recherches sur cette question mais j'ai en revanche dépensé des fortunes chez le psy :lol:
    Pour la question de grammaire, tu pencherais pour quelle solution?
  • Pourtant
    aussi...que
    moins...que
    plus...que
    sont des comparatifs en deux morceaux ! :)
  • Je penche pour complément du comparatif! Donc deuxième morceau du comparatif! :D
  • Oui mes souvenirs de classe (bien lointains, mais en ce temps-là on nous faisait tellement répéter !)
    il est plus grand que moi (je ne suis)
    donc "que" introduit bien une subordonnée complètive sous-entendue
    Ce qui n'empêche que le comparatif "plus" a besoin d'un "que" sauf au superlatif "il est LE plus grand"
    Mais il est PLUS grand ne peut pas se dire sans le QUE complétif
    On peut donc bien dire que le comparatif est en deux morceaux

    Par contre Carolec, grand est attribut du sujet "au comparatif de supériorité" (ou d'égalité, ou d'infériorité) et pas CC puisque tu as le verbe d'état
  • webmestrewebmestre Administrateur
    Bonsoir,

    Dans la Grammaire du français de D. Denis / A. Sancier, on trouve ce qui suit (pages 173 et 174) :
    2. Le complément du comparatif
    [...] a) nature grammaticale
    [...] On trouvera ainsi :
    - un GN (ou un pronom) :
    ex. : Il est plus aimable que son frère / que toi.
    [...] b) syntaxe
    Le complément de comparaison est introduit par que, analysé ordinairement comme une conjonction de subordination. On convient en effet de restituer un verbe, pouvant être retrouvé à partir d'une ellipse : la forme pleine du complément de comparaison serait ainsi, en réalité, une proposition comparative.
    ex. : Il est aussi aimable que son frère (est aimable).
    Bonne soirée !
  • CarolecCarolec Membre
    Heu, Léah, l'emploi d'un verbe d'état n'exclut pas la possible présence d'un compl. circonstanciel, il me semble...
    ex : Il est malade malgré sa grande prudence.
    "malgré sa..." = cc d'opposition

    Je suis d'accord avec toi pour dire que grand est attribut du sujet, mais quelle peut-être la fonction de "que moi"? Si on comprend ce "membre" ;) de comparatif comme une proposition subordonnée conjonctive de comparaison, quelle autre fonction possible que cc de comparaison?
    J'aurais un peu tendance à l'analyser comme une consécutive qui fonctionne aussi avec un corrélatif ex : Il est tellement grand qu'il me dépasse.
    "qu'il me dépasse"=cc de conséquence
    Cela dit, je ne suis pas sûre qu'il existe des cc de comparaison. Je vais repiocher ma grammaire...

    A ce propos, peut-on dire "complétive" dans ce cas, puisque la subordonnée n'est pas complément de verbe mais complément de phrase?

    En tout cas, merci de me dire qu'il s'agit bien du deuxième morceau du comparatif, ça me remonte le moral!!
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir, Carolec !

    * Il est plus grand QUE MOI.

    Bravo pour votre succès !
    En répondant que c’est « le deuxième membre du comparatif », vous avez donné une réponse insuffisante. Ce que vous écrivez ensuite est, en revanche, exact : subordonnée conjonctive, corrélation avec « que », verbe sous-entendu. Ceci devrait vous rasséréner.

    Vous verrez plus loin qu’il est question de « complément du comparatif » - que nous appelions jadis « deuxième terme de la comparaison » - et il me paraît donc injuste que vous ayez été vitupérée pour avoir osé parler de « deuxième membre du comparatif ».

    Compte tenu du résultat de mes recherches, je proposerais volontiers ici la définition suivante, en dépit de sa complexité :

    Proposition subordonnée conjonctive circonstancielle elliptique à structure corrélative
    - introduite par la conjonction de subordination « que »,
    - et dépendant de l’adjectif comparatif de supériorité « plus grand »,
    l’ensemble de la phrase comparant une même propriété dans le chef de deux personnes.
    Ouf ! Mais j’ai pesé tous les termes.

    GREVISSE
    * Les comparatifs appellent d’ordinaire une proposition subordonnée CORRÉLATIVE ; celle-ci est souvent elliptique, par suppression des éléments déjà exprimés.
    Note : Grevisse est, à ma connaissance, celui qui a imaginé cette catégorie de subordonnées « corrélatives ».

    LE ROBERT ET NATHAN
    * La proposition subordonnée circonstancielle de comparaison, parfois appelée comparative, est une proposition CONJONCTIVE introduite par une conjonction de subordination ou une locution conjonctive.
    Elle marque un RAPPORT DE COMPARAISON avec le fait exprimé dans la principale.
    Elle est souvent elliptique.

    RIEGEL
    Dans les circonstancielles, Riegel fait une place aux « SYSTÈMES CORRÉLATIFS » comportant notamment les « SYSTÈMES COMPARATIFS » (à côté des « systèmes consécutifs »), ce qui semble rejoindre Grevisse.
    Dans les systèmes comparatifs, Riegel distingue notamment « les « COMPARAISONS QUANTITATIVES » ; et, parmi celles-ci, les « CONSTRUCTIONS INTÉGRÉES » :
    * La proposition comparative, introduite par que, dépend formellement d’un adverbe quantificateur : PLUS ou davantage, moins, aussi (lié à un adjectif), autant (lié à un verbe), ou d’un déterminant complexe à valeur quantificatrice (plus de, moins de, autant de).
    L’ellipse, fréquente en ce cas, met en relief le fait que la comparaison prend comme INVARIANT soit LE GN, soit le prédicat verbal ou adjectival : IL EST PLUS BÊTE QUE PIERRE. / Il est plus bête que méchant. – Il a autant mangé que moi. / Il a autant mangé que bu.

    DENIS ET SANCIER
    Cette grammaire parle aussi de proposition subordonnée circonstancielle comparative : « elle pose un rapport de comparaison entre deux processus ou elle mesure LE DEGRÉ D’UNE PROPRIÉTÉ au moyen d’un POINT DE COMPARAISON EXPLICITE ».
    « Certaines d’entre elles établissent un RAPPORT DE MESURE GRADUÉE (plus, aussi / autant, moins), c’est-à-dire, entre autres, la mesure D’UNE MÊME PROPRIÉTÉ attribuée à DEUX ENTITÉS distinctes. »
    Et ailleurs, sous "complément du comparatif" :
    " On nommera complément de comparaison l'étalon de référence."

    NOUVELLE GRAMMAIRE DU FRANÇAIS LAROUSSE
    * Beaucoup de groupes du nom qu’on interprète parfois comme des compléments de comparaison (ou COMPLÉMENTS DU COMPARATIF) peuvent être interprétés comme les seuls éléments d’une circonstancielle de comparaison qui soient différents de ceux de la principale.
    IL EST PLUS AIMABLE QUE SON FRÈRE (n’est aimable).
  • CarolecCarolec Membre
    Merci beaucoup Edy,
    Vous avez posté votre message en même temps que je postais le mien. Je ne me trompe donc pas en analysant "que moi" comme un cc de comparaison et en raisonnant par analogie avec une subordonnée consécutive? Je suis en effet rassérénée! On parle donc bien ici de conjonctive et non de complétive?
    Je profite du moment pour vous dire que j'ai lu votre présentation sur "vie du site" ; je trouve admirable votre façon d'aborder les faits de langue. Puissé-je avoir une longue vie pour devenir un jour aussi clairvoyante que vous sur la langue française. :)
  • EdyEdy Membre
    J'ajoute :

    Il s'agit ici :
    - d'une circonstancielle (au sens très large de la notion de circonstance, comme écrit Riegel)
    - ou d'une corrélative (comme l'écrit Grevisse avec pertinence, mais en marge de la tradition),
    mais pas d'une complétive au sens traditionnel.

    En effet, nous avons affaire à une corrélation, alors que la complétive au sens strict (car il y a aussi les interrogations indirectes) occupe une fonction de GN sous la dépendance d'un verbe (Je veux que...), d'un nom (Le fait que...) ou d'un adjectif (Je suis heureux que...).

    Il ne me paraît pas possible non plus de voir un CC dans le "complément du comparatif". Il s'agit d'une proposition subordonnée, bien qu'elle soit elliptique et averbale.
  • CarolecCarolec Membre
    Oui mais subordonnée, c'est une nature et cc, c'est une fonction... Puiqu'il y a des cc de conséquence, pourquoi n'y en aurait-il pas de comparaison?

    Une autre question : une subordonnée ne peut être à la fois corrélative et circonstancielle? Il me semble par exemple que c'est le cas des consécutives... J'ai pour habitude de les regrouper sous l'appellation de conjonctives ; j'emploie "complétive" lorsque la subordonnée est en effet complément de verbe, sujet, attribut, complément de détermination. Je m'aperçois que je dois dire beaucoup de bêtises à mes élèves...

    Si complément de comparaison et complément du comparatif désignent la même fonction, pourquoi ne s'agirait-il pas d'un complément circonstanciel de comparaison? J'suis têtue, hein!
  • EdyEdy Membre
    Me voici encore, puisque nos messages se croisent.

    Je ne vois pas non plus de subordonnée consécutive : pour qu'il y ait une conséquence, il faut qu'il y ait une cause.
    * Il parle SI vite QUE personne ne le comprend.
    Et je ne vois ni l'une ni l'autre dans notre schéma de comparaison.
    * Il est PLUS grand QUE moi.

    Il y a cependant une part de vérité dans votre erreur. Si vous observez bien les deux exemples précités, vous verrez qu'il y a, de part et d'autre, un adverbe d'intensité + que.
    C'est la raison pour laquelle Grevisse les rangerait tous les deux dans SES propositions corrélatives, en raison de leurs caractères syntaxiques communs, quitte à faire observer que le premier exprime sémantiquement une conséquence.

    Merci de vos aimables appréciations !
  • CarolecCarolec Membre
    oui, oui, Edy, j'ai d'ailleurs modifié mon message précédent. Je ne dis pas qu'il y a ici conséquence, mais que la construction syntaxique de la comparative est proche de celle d'une consécutive, à savoir : adverbe dans la principale en corrélation avec un "que"conjonction de subordination.

    Je précise que le jour de mon oral de CAPES, je n'ai pas eu cet exemple-là, c'eût été trop simple! Je ne me souviens plus de la phrase exacte, elle faisait partie d'un extrait des Lettres Persanes.
  • EdyEdy Membre
    * Si complément de comparaison et complément du comparatif désignent la même fonction, pourquoi ne s'agirait-il pas d'un complément circonstanciel de comparaison?

    Parce que le CC est un complément sans verbe, alors que les subordonnées comparatives en comportent un ; dans les cas (fréquents) d'ellipse, le verbe peut être facilement rétabli. D'ailleurs comment introduire un CC au moyen d'une conjonction de subordination ?

    Pour le reste, vous avez fort bien remarqué les similitudes syntaxiques entre la comparative et la consécutive.

    Pour la bonne bouche, voici comment Grevisse justifie de faire un sort spécial aux comparatives sous le nom de corrélatives :
    1 appelées par un mot corrélatif,
    2 introduites uniquement par que,
    3 ne dépendant pas d'un verbe,
    4 essentielles (sinon elles sont au moins suggéres par le contexte),
    5 pas de déplacement possible en tête de la phrase, sauf avec le mot corrélatif lui-même.
    * J'aime la tranquillité plus que tout.
    → Plus que tout, j'aime la tranquillité.
    Mais faites attention que Grevisse, sur ce point, n'est pas dans le sillage de la tradition. Sauf peut-être chez Riegel, celle-ci voit dans les comparatives des subordonnées circonstancielles.
  • CarolecCarolec Membre
    Bon, si ça intéresse encore quelqu'un, je viens de vérifier dans un manuel de grammaire. Alors :
    - il existe des cc de comparaison, fonction exercée par un GN, un pronom ou un adverbe introduit par "comme, par rapport à, en comparaison de, etc..." ; et par une proposition subordonnée conjonctive
    - ici, ils ne parlent pas de complément du comparatif, mais d'un complément de l'adjectif ("grand" dans cette occurrence), de même que "comme l'air" dans l'expression "légère comme l'air". Dans ce dernier exemple, je perçois par intuition comme une valeur d'attribut, mais existe-t-il un attribut de l'attribut ("elle est légère comme l'air")? Vite, de l'aspirine!

    Quoi qu'il en soit, si je comprends bien tout :
    - soit "que moi" dans "il est plus grand que moi" est une prop. sub. conjonctive, elliptique et corrélative (nature) et complément circonstanciel de comparaison (fonction)
    - soit il s'agit d'une prop. sub. conjonctive etc... (nature) et complément de l'adjectif au degré comparatif "plus grand" (fonction)

    Cela vous paraît-il cohérent? Pour quelle solution opter?
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