Continuer à / continuer de

Bonjour,
Je ne comprends pas pourquoi on utilise dans ce phrase l'article "de" et pas "à":
Il continuait de pleuvoir.
Pourriez-vous avoir l'amabilité de m'expliquer cela.
Un grand merci.
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Réponses

  • Bonjour Bacchus (Vivat bacchus ! Bacchus vivat ! )

    La structure "continuer à/de" est équivalente. On peut utiliser indiféremment les deux prépositions après le verbe. Je te renvoie à cet extrait de définition tirée du TLFI :
    2. [Le compl. d'obj. est un verbe à l'inf. précédé d'une prép.] Continuer à/de. Nous avons commencé à reconstruire la république, vous continuerez de le faire (DE GAULLE, Mémoires de guerre, 1959, p. 643) :

    8. ... il vit par hasard, dans la loge en face de lui, Madame De Kerich et sa fille qui le regardaient. Il s'y attendait si peu qu'il en fut étourdi et qu'il faillit manquer sa réponse à l'orchestre. Il continua de jouer d'une façon mécanique, jusqu'à la fin du concerto.
    R. ROLLAND, Jean Christophe, Le Matin, 1904, p. 178.

    9. Il attendait, espérait qu'elle parlerait. Mais elle continuait à se frotter les paupières, doucement, parce qu'elle avait les yeux las de pleurer.
    VAN DER MEERSCH, L'Empreinte du dieu, 1936, p. 164.

    P. ext. [Le compl. d'obj. désigne une action que le suj. a déjà faite précédemment] Faire encore. [Le] « delirium tremens » ton seul ami, si tu continues à boire (MALRAUX, La Condition humaine, 1933, p. 373).
    Rem. Ds la docum., continuer à est un peu plus fréq. que continuer de (environ 60 % contre 40 %).
    Parfois, on utilise "de" à la place de "a" pour éviter un hiatus ou une consonance fâcheuse/ cacophonique, exemple :
    "Il continua à adhérer à l'UMP" (en parlant d'un certain député centriste, lol).
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir !

    HANSE
    On a le choix ; c'est souvent l'oreille qui choisit.

    GREVISSE
    On a le choix, mais DE est plus fréquent dans la langue écrite, même non littéraire.
  • Oui sans doute à cause du hiatus on écrit DE plus souvent
  • bacchusbacchus Membre
    J'adore la langue français...tout est possible !
    Je vous remercie pour vos reponses et je vais continuer d'apprendre le français avec vous,upsss, je voulais dire continuer à apprendre...
    plaisanterie
    merci encore une fois
  • Oui ! je partage cette adoration et mon émerveillement devant les subtilités tant de la syntaxe, de la grammaire, de la ponctuation, du lexique... grandit à chaque démonstration sur ce fil :) :)
    Merci Edy, Henry, ChristineH et les autres !
  • merci de l'info, ça faisait longtemps que je me posait la question.
  • Quel hiatus, Léah?

    On dirait continuèr-a sans problème.
    mozart62000 a écrit:
    On peut utiliser indifféremment les deux prépositions après le verbe.
    Nous avons commencé à reconstruire la république, vous continuerez de le faire (DE

    ...manquer sa réponse à l'orchestre. Il continua de jouer d'une façon mécanique, jusqu'à la fin du concerto.

    Mais elle continuait à se frotter les paupières, doucement, parce qu'elle avait les yeux las de pleurer.

    « delirium tremens » ton seul ami, si tu continues à boire
    "Il continua à adhérer à l'UMP" (en parlant d'un certain député centriste, lol).
    Je note que les exemples de 'de' décrivent des situations à l'extérieur du contrôle de la personne et les situations 'à' concerne l'action de la personne elle-même.

    Il me semble un non sens qu'un centriste puisse dire qu'auparavant il était UMP!
  • Bâ Membre
    Bonsoir à tous!

    Pour certains linguistes, l'"à" renvoie au début de l'action envisagée et le "de", à la fin: on commence "à", mais fini "de", achève "de", et cetera. Le verbe "continuer", qui n'a a priori pas plus de liens avec l'une ou l'autre des deux bornes de l'action, peut donc s'utiliser avec l'une ou l'autre des deux prépositions, au choix. Pour d'autres, c'est surtout une histoire d'euphonie...

    Pour ma part, il me semble que ce cas est assez complexe et que les spécialistes ne s'y sont peut-être pas encore intéressés autant qu'ils l'auraient dû. Je crois que la préposition fait corps avec l'infinitif régime dont elle nuance le sens: "On continue quoi? => "À apprendre" ou "D'apprendre" " Ce n'est donc pas une préposition ordinaire de subordination d'un régime indirect, elle est davantage liée au verbe subordonné qu'au verbe principal.
    Alors, pourquoi pas: "*continuer apprendre"? Il semble qu'il y ait ce que certains appellent un "diastème": un "intervalle psychique" qui survient entre deux mots, une sensation de déséquilibre, une mise en rapport entre deux unités linguistiques qui ne semble pas directement possible. L'infinitif serait un mode verbal trop "virtuel" pour pouvoir ainsi s'employer directement, et nécessiterait une préposition comme "béquille".
    Alors, pourquoi y a-t-il deux prépositions, "à" et "de" et non une seule? Il doit y avoir nuance sémantique. Je pense que l'"à", en se soudant à l'infinitif régime, lui donne une valeur proche du participe présent: c'est un peu le degré de l'action de l'infinitif. Le "de", à l'inverse, semble enlever cette notion-là d'action au verbe à l'infinitif et donner un ressenti plus proche de la formule "le fait de"; on s'intéresserait donc plus à un fait, à un résultat, à une vue d'ensemble, qu'à une action en tant que telle, si bien que je me suis demandé s'il n'y avait pas là une ellipse pour "(le fait) de".

    Dans ce cas là, pourquoi "de" paraît-il plus approprié qu'"à"? Dans "Il continue de pleuvoir.", "de pleuvoir" est sujet réel du verbe continuer. Or, un tel sujet doit être quelque-chose de relativement concret et matériel, ce qui le rend assez "consistant" pour ce rôle. Le "de" semblerait donc plus s'imposer ici que dans une phrase comme "Il continue à parler." ou "Il continue de parler.", qui semble laisser le choix de l'effet que l'on veut donner...

    Bon... Je m'exprime mal, mes lignes ne brillent pas par leur clarté, et je m'en excuse. Mais je ne possède pas les connaissances suffisantes pour pouvoir être beaucoup plus lucide - malheureusement - dans ce genre d'études... Au moins, j'aurai essayé, car, quand on lit dans Grévisse une phrase qui ressemble à "Il est bien naturel que les écrivains sentent des nuances mais il semble qu'il n'y a rien à voir en réalité (...)", c'est quand-même un peu désolant pour ceux qui cherchent... Personnellement, j'essaie de toujours garder à l'esprit: "Quand je ne comprends pas une chose, il y a deux solutions: ou c'est la chose qui est bête, ou c'est moi qui suis bête."! Si la langue est ainsi, c'est sûrement qu'il y a quelque-chose à comprendre...
  • a écrit:
    Bonsoir à tous!

    Pour certains linguistes, l'"à" renvoie au début de l'action envisagée et le "de", à la fin: on commence "à", mais fini "de", achève "de", et cetera. Le verbe "continuer", qui n'a a priori pas plus de liens avec l'une ou l'autre des deux bornes de l'action, peut donc s'utiliser avec l'une ou l'autre des deux prépositions, au choix.

    Alors, pourquoi pas: "*continuer apprendre"? Il semble qu'il y ait ce que certains appellent un "diastème": un "intervalle psychique" qui survient entre deux mots, une sensation de déséquilibre, une mise en rapport entre deux unités linguistiques qui ne semble pas directement possible. L'infinitif serait un mode verbal trop "virtuel" pour pouvoir ainsi s'employer directement, et nécessiterait une préposition comme "béquille".
    Alors, pourquoi y a-t-il deux prépositions, "à" et "de" et non une seule?
    J'aime bien la notion du continuum de temps pour expliquer cette possibilité d'utiliser À ou DE après 'continuer'. Comme souvent, je cherche d'autres exemples pou essayer d'établire sinon une règle, au moins une ligne de conduite d'usage.
    Si À indiquerait un ab origino (dès l'origine en latin), je serais conduit à penser de(à?) le mettre systématiquement après 'commencer'.
    Ex. Il commence à pleuvoir. Mais on dit "commencer de parler".
    N'est-ce pas possible d'utiliser indifférement À ou DE après 'commencer'?

    Le verbe 'apprendre' présente une complexité de plus pour moi. C'est à dire que le verbe est utilisable dans deux sens opposés (tout comme 'sanctionner').
    J'apprends le latin à (améliorer les connaissances d')un élève.
    L'élève apprend le latin de (vouloir s'approcher de) moi.
    Je n'ai jamais appris de flatter suffisamment les autres.
    Je n'ai jamais appris à voler.
    Je lui ai appris à raisonner.
    J'ai appris de le rencontrer à son lieu habituel de pause-café.

    Je crois que l'on trouvera des explications des origines (latines) de À et DE plus haut dans ce fil.

    Je ne doute pas que les prépositions soient vouées (à) disparaître devant les infinitifs dans un avenir proche.
  • Bâ Membre
    Bonjour!


    Cher JSC,

    Selon certains qui proposent cet "à" prospectif et ce "de" rétrospectif, l'utilisation (semble-t-il, minoritaire) du "de" avec "commencer" serait une façon d'envisager le commencement non comme une distance minimale avec le début mais comme une distance maximale avec la fin.

    Pour moi, ce serait plutôt une question d'aspect de l'action...

    Quant à "Il apprend le latin de moi.", je pense que c'est plus simple: il y a un régime direct, "le latin". J'hésite cependant à considérer "de moi" comme un régime indirect ou un complément de phrase. Au niveau sémantique, on parlerait sans-doutes de complément d'agent. Mais je pense qu'il est bon de réserver cette notion à de la sémantique. Je pencherais alors plutôt pour "complément de phrase".

    Enfin, pour "Il apprend à parler latin (...)", je pense que cet "apprendre à parler" correspond au même type de difficulté que "commencer à parler". Je considérerai "à parler latin" comme un régime direct (substitution par un régime direct, réponse à "...quoi?", et cetera), en disant qu'"à" fait corps avec "parler", que c'est le "degré à" de l'infinitif.
  • Quelle est la différence si je dis :

    Il continue d'expliquer

    ou

    Il continue à expliquer.

    Dans le contexte suivant, qu'est-ce qui conviendrait mieux ?

    "Je pose le cahier sur la table. Il continue à expliquer:
    - ...

    "Je pose le cahier sur la table. Il continue d'expliquer:
    - ...

    Merci
  • a écrit:
    Cher JSC,

    Selon certains qui proposent cet "à" prospectif et ce "de" rétrospectif, l'utilisation (semble-t-il, minoritaire) du "de" avec "commencer"
    Bâ, j'avoue mon désarroi. Je ne sais pas combien de personnes ici comprennent tes termes techniques, mais moi pas.
    Deuxièmement, je ne sais pas en quoi ton msg est une réponse à tout ce que j'ai pu dire le 12 août.
    Troisièmement, edy par le d'une utilisation peu fréquente EN ÉCRIT de "de" après le verbe 'continuer' et tu parles de 'commencer' sans justifier ton "minoritaire".....

    Je suis vraiment dans les vappes. :/
  • Bâ Membre
    Ah! Une question intéressante…

    Je vous propose ce qui suit et qui n'engage que moi…

    "Continuer" est un verbe transitif direct. On continue ce qui est commencé. Cependant, à force de l'utiliser sans mentionner de régime ("C.O." si vous préférez), on aurait créé une sorte d'"acception intransitive" de ce verbe: "demeurer dans le même état".
    Acception transitive: "Il continue de manger.".
    Acception intransitive:"Il continue.".
    Pour ce qui est de la préposition "de", on parle couramment de "béquille", de "support", etc., de l'infinitif, qui, trop virtuel, ne parvient pas à entrer directement en rapport avec d'autres mots: dans "*Il continue manger.", on sent comme un hiatus entre le verbe de phrase et l'infinitif.
    Ce qui compliquerait tout, ce serait que l'on se serait mis à utiliser l'acception intransitive avec un complément adverbial, ou "circonstanciel", ou "de phrase", ou "ablatif", ou tout ce que vous voudrez, c'est-à-dire un complément absolu, qui ne dépend de rien. Le groupe "à + infinitif" aurait des valeurs proches du participe présent (il serait fort intéressant d'en énumérer points communs et différences, et de comparer par rapport à d'autres langues européennes), et renseignerait sur l'état de la personne qui continue.
    "Que fait-il? _Il continue. _Il continue à quoi? _Il continue à manger.".
    Pour moi, on pourrait remplacer "continuer" par "demeurer dans tel ou tel état" (état au sens "actif": action que l'on effectue), dans chacune de ces phrases (grosso-modo):
    "Que fait-il? _Il demeure dans son état. _Il demeure dans quel état? _Il demeure dans l'état "mangeant", étant en train de manger.".
    (C'est horriblement moche, totalement artificiel, mais j'essaie comme je le peux de mener à peu près mon raisonnement… Pardonnez-moi…)
    Ainsi, le groupe "à + infinitif" après "continuer" serait une apposition à une partie du lexème (du sens) du verbe "continuer" dans cette acception-là (intransitive). Renseignant sur l'état dans lequel on reste. Mais, ce qui est vraiment très difficile, c'est que l'usage aurait placé au premier plan la forme "continuer à + infinitif", au détriment de "continuer de + infinitif". Ce qui pose certains problèmes: en synchronie (en prenant et analysant la langue telle qu'elle est aujourd'hui), il est difficile de se refuser à considérer que "à faire…" serait complément du verbe continuer, régime indirect (ou "C.O.I."), et non pas complément circonstanciel… On aboutit alors à deux formes à peu près équivalentes. Avec "de", à peu près tout-le-monde parle d'infinitif "béquillé" complément d'objet direct. Avec "à", c'est plus gênant: un rapide sondage parmi des professeurs de collège et de lycée donne à peu près toutes les solutions envisageables.
    Je résume donc "continuer à" vs "continuer de":
    _ "Continuer de + infinitif" = "Poursuivre ce qui est commencé": on continue de cuisiner tout comme on continue sa cuisine, etc., etc.
    _ "Continuer à + infinitif" = "Demeurer dans son état "de faire", ou "faisant", etc.: on continue à cuisiner tout comme on reste une heure à travailler sur un exercice ou on passe un quart d'heure à se raser, par exemple, etc., etc.


    Tout cela est difficile… Et ça n'engage que moi; je ne prétends pas vous donner la réponse, que j'aurais trouvée dans une source sûre. Cela fait, en fait, presque un an que, par loisir, je réfléchis sur ce genre de tournures, et, ayant un peu évolué dans ma modélisation depuis ma dernière intervention à ce sujet (j'ai ouvert une discussion relative à ça), je souhaitais attendre d'avoir un peu plus d'assurance avant de revenir là-dessus…

    Je ne sais pas ce que, Francyne, vous penserez de ces lignes, mais, toujours est-il que, si vous ouvrez un livre comme Grévisse, par exemple, vous lirez: "Il est bien naturel que des écrivains sentent des différences, mais, en vérité, il n'y a rien.", ou quelque remarque de ce genre, et puis voilà! Et vos remarques m'intéressent vivement. Je suis, bien sûr, prêt à essayer de vous éclairer sur un point ou plusieurs qui vous semblerai(en)t obscure(s), car je pense qu'on ne pourrait que rire si je prétendais avoir été limpide ici, en effet…



    Cher JSC, quelques jours après que notre chef a demandé "un peu de sérénité sur ce forum", ton message risque de semble un peu déplacé. Question de but…
  • Mon Dieu, Bâ ! Merci pour tant d'explication. Si je me mets à lire tout ça, je ne m'en sors pas ! Je ne peux pas ce soir... J'ai besoin d'une aide ponctuelle seulement. Je reviendrai lire avec plaisir plus tard. ça urge pour moi de savoir quoi choisir. Pas besoin de trop savoir comprendre ce soir. Merci...
  • S'il continue à manger, mange-t-il continuellement?
    il continue à manger= futur aussi il mangera (dans l'immédiat).
    La question pour moi n'est pas "il continue à quoi?" mais "il continue quoi?"

    Mais la question se posait sur continuer à ou d' expliquer.
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