Grammaire française Participe passé

Bonjour à tous et veuillez pardonnez mon ignorance. J'ai eu beau chercher partout, je n'ai pas trouvé la réponse.
On dit que le COI est un complément essentiel introduit par une préposition. Soit. Cette préposition est souvent "à" ou "de". Re-soit.

"Je joue avec mes amis" : "avec" est une préposition et il semblerait que "mes amis" soit un complément essentiel du verbe "joue"

Alors "mes amis" est-il bien COI du verbe jouer dans cette phrase répondant à la question "avec qui?" ?

Désolé d'avance pour cette question navrante et surtout merci d'y répondre.
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Réponses

  • Oui ; de mon temps on disait même "complément d'accompagnement"
  • Merci Leah pour cette réponse très rapide.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir,

    J'ai peur d'une confusion.

    Dans "jouer avec mes amis", "mes amis" n'est ni complément essentiel, ni COI.
    C'est seulement un complément circonstanciel d'accompagnement.

    Dans l'expression "jouer aux cartes avec mes amis", "aux cartes" serait un COI et donc un complément essentiel.

    "Jouer avec" pourrait introduire
    - un complément circonstanciel de moyen si "avec" introduit un objet nécessaire au jeu ("jouer avec une balle" ou au sens de manier habilement "jouer avec la grammaire")
    - un COI ? si "avec" introduit une personne (ou une part de quelqu'un : jouer avec la crédulité de quelqu'un) dont on se moque ou dont on fait peu de cas. Alors "jouer avec" pourrait être l'équivalent de "jouer de".

    Jouer pourrait aussi se construire directement avec un complément essentiel COD. "Je ne jouerai pas le censeur".
  • Zut ! :lol: moi qui avais suivi notre ami Edy (ou j'ai mal compris) Edy avait dit que tous ces "circonstanciels" (accompagnement, moyen, etc) distingués à n'en plus finir disparaissaient au profit du seul COI ?
    Ceci étant, il me semblait bien que quelque chose clochait, mais figurez-vous que "complèment circonstanciel" m'était momentanément sorti de la tête ! bizarre, bizarre
    Jacobiavedi, attendons sagement l'avis d'Edy
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir !

    Je pensais avoir des certitudes (évidemment relatives), quand Riegel, pour ne citer que lui, est venu les ébranler.

    La première fois, j’ai été étonné de lire qu’il y avait un COI dans « Je vais à Paris » et dans « Je pars pour Paris ». Des grammairiens de la nouvelle génération considèrent donc comme des COI des compléments que j’ai toujours analysés comme étant des CC. Je ne pense pas avoir dit que TOUS les CC devaient dorénavant être considérés comme des COI ; si Léah a pu penser le contraire, qu’elle veuille bien m’en excuser.

    Je me propose d’étudier Riegel sur ce sujet. J’ai déjà relevé :

    1 C’est un COI dans « Cet enfant va À L’ÉCOLE » alors que c’est un CC dans « Cet enfant travaille bien À L’ÉCOLE ».
    2 Dans « Il a traduit ce livre DU LATIN EN PLUSIEURS LANGUES MODERNES », Riegel considère qu’il y a un COD et deux COI. Après tout, j’aime encore mieux cela que d’y voir, comme je l’ai lu en jour par plaisanterie, qu’il y a avait des CC de traduction.
    3 Riegel considère aussi qu’il y a des COI dans « aller À L’ÉTRANGER », « changer DE CHEMISE », « jouer AVEC LE FEU », « danser AVEC SA FEMME », « courir APRÈS LES HONNEURS », « tourner AUTOUR DE LA PLACE », « habiter CHEZ SES PARENTS », « s’écraser CONTRE UN ARBRE », « partir EN VACANCES », « monter EN VOITURE », « vivre EN FRANCE », « passer PAR DE RUDES ÉPREUVES », « voter POUR UN CANDIDAT », « compter POUR DU BEURRE », « partir POUR L’ANGLETERRE », « sauter SUR L’OCCASION », « tomber SUR UN AMI », « s’avancer VERS LA TRIBUNE », « se tourner VERS LE PUBLIC ».

    Reconnaissez que cela donne le tournis à ceux qui ont étudié la grammaire il y a quelque trente ans.

    Comme Riegel (+ consorts) possède d’éminentes qualités, je vais tâcher de comprendre les MOTIFS de telles analyses.

    Pour l’immédiat, il me semble que dans « jouer AVEC MES AMIS », il y a, dans l’optique de Riegel, un COI, comme dans « jouer AVEC LE FEU » et « danser AVEC SA FEMME ».
    Dans « jouer AUX CARTES AVEC MES AMIS », il y aurait – d’accord avec Jean-Luc – un COI et un CC.

    Cela tombe bien, Riegel fait une analyse des compléments du verbe « jouer », qui a plusieurs acceptions et plusieurs emplois, sous la rubrique « compléments DE VERBE », à savoir les COD et les COI :
    1 sans complément : les enfants jouent dans la cour, cette pièce de bois joue ;
    (Riegel considère donc que « dans la cour » n’est pas un COI mais un CC.)
    2 avec un complément construit directement : jouer L’AS DE PIQUE, jouer SA RÉPUTATION, jouer DU CHOPIN, jouer PHÈDRE, jouer UN MATCH DE TENNIS ;
    3 avec divers type de compléments prépositionnels : jouer AVEC UNE POUPÉE, jouer AVEC DES ALLUMETTES, jouer AU FOOTBALL, jouer DE LA HARPE, jouer SUR LES FAIBLESSES de quelqu’un ;
    4 avec deux compléments : jouer MILLE FRANCS SUR UN CHEVAL ;
    5 en construction pronominale : se jouer DE QUELQU’UN, se jouer DES DIFFICULTÉS ;
    6 outre des locutions figées : jouer UN TOUR À QUELQU’UN, jouer AU PLUS MALIN, jouer DES COUDES, jouer LA MONTRE, jouer À LA BAISSE.
    Remarquons qu’il y a un COD dans « jouer DU CHOPIN » et un COI dans « jouer DE LA HARPE. On joue effectivement D’UN instrument, même dans « jouer DU PIANO ». Avec Chopin, c’est un article partitif (une partie de son œuvre) ; avec piano, c’est un article contracté.

    Je suis désolé de ne pas savoir en dire plus pour le moment. J’y reviendrai après avoir refait mes classes.
  • Vous vous jouez à merveille de tout cela, cher Edy :)
    À l'ancienne :
    merveille répond à la question comment, donc compl. circ. de manière
    de tout cela répond à la question de quoi, donc compl. d'obj. ind.
    cher Edy : mis en apposition ou apostrophe, je ne sais plus (c'est vieux de 50 ans pour moi cette histoire !) Apposition, car il me semble que l'apostrophe c'est en début de phrase :
    Cher Edy ! vous vous jouez à merveille de tout cela
  • henryhenry Membre
    Bonjour, cette discussion me passionne,

    On parle communément du COD, du COI, du CC.

    De nos jours on ajoute le COS, on appelle complément adverbial l’ancien CC (Le complément adverbial est un complément du verbe (essentiel ou non essentiel).

    On parle aussi de compléments essentiels ou non essentiels, de compléments de phrase et de compléments du verbe : bon appétit !

    Extrait de la grammaire Bescherelle : " Les compléments essentiels COD ou COI rassemblent les compléments qui précisent sur quoi porte le processus évoqué par le verbe, ils sont indispensables. Les compléments circonstanciels rassemblent des compléments évoquant les circonstances de l’action et que l’on peut de manière générale facilement supprimer et déplacer ". Plus loin il dit aussi qu’un CC peut être essentiel."

    Pour trouver le COI on pose une des questions À QUI, À QUOI, DE QUI, DE QUOI. On ne peut pas le supprimer ni le déplacer et il représente un être ou une chose différentes du sujet. Il fait partie des compléments essentiels et donc est indispensable pour le sens de la phrase. Le COI se construit en règle générale avec « à » ou « de ».

    D’après mes connaissances : Le complément circonstanciel (qui appartient au complément de phrase) apporte des informations sur les circonstances dans lesquelles se déroule l’action du sujet, action qui se trouve exprimée par le verbe : on pose alors une des questions QUAND, OÙ, COMMENT, COMBIEN, AVEC QUOI, AVEC QUI, et ce CC peut être parfois supprimé et déplacé : mon cousin est arrivé ce matin, mon cousin est arrivé = OK, mon cousin va à Toulouse = pas possible de supprimer « à Toulouse »

    MAIS il faut aussi retenir que la suppression du CC n’est pas toujours possible et que le verbe utilisé est seul maître en la matière suivant qu’il peut ou non se construire seul, ce qui est le cas dans notre exemple : "Je joue avec mes amis". Je ne pense pas que dire "Je joue" soit correct, sauf à répondre à une question.

    Pour ma part je choisis donc de voter (pour pas perdre la main !) pour le CC et en réponse à la question : je joue AVEC QUI ? et comme disait plus haut Léah, complément d'accompagnement.

    Tout le monde aux abris !
  • Je ne pensais sincèrement pas que ce simple sujet ferait couler autant d'encre numérique. Donc permettez moi de résumer pour vérifier que j'ai bien tout compris.
    Petit rappel d'abord : j'avais un peu honte en posant la question parce que je suis professeur des écoles et j'aurais le savoir. Mais passons : je dois analyser cette phrase et je n'ai pas le droit à l'erreur face à des élèves de CM2 en plein apprentissage (laborieux certes) de la grammaire simple.

    La phrase exacte est : "Demain je joue aux cartes avec mes amis."
    Nous sommes d'accord sur "demain" circonstanciel de temps, "aux cartes" COI.
    "avec mes amis" serait donc un complément circonstanciel d'accompagnement, donc pas un complément essentiel du verbe jouer dans ce cas. :) ?

    Je ne souhaite pas relancer un débat qui a pourtant l'air clos, mais êtes-vous tous sûrs que la phrase "Demain, avec mes amis je joue aux cartes." a exactement le même sens (en gardant à l'esprit que les circonstanciels sont déplaçables sans changer le sens de la phrase) ?

    Quoi qu'il en soit, merci à tous pour vos réponses ; je suis à la fois honoré d'avoir eu autant de réactions et content de savoir que ce genre de forums existe.
    A bientôt peut-être,
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Nous allons demander des émoluments à notre webmestre préféré puisque nous devenons des supplétifs de l'école républicaine (qui nous a tant apporté par le passé). :D

    En tout cas, je suis particulièrement sensible à l'humilité de l'aveu et de la recherche.

    Je partage sans réserve l'analyse en COI et CCs ainsi qu'en compléments essentiels et secondaires.

    Pour finir, les changements dans l'ordre des mots ne modifient aucunement les fonctions, ils permettent seulement l'expressivité par la mise en valeur d'éléments secondaires, ici "demain" et "amis"...

    Je rajouterai néanmoins que demain, CC de temps, n'est pas ici un complément secondaire. Pourquoi ? parce qu'il est indispensable à je joue, présent qui en fait exprime un futur fortement voulu. Si demain était absent, l'expression "je joue aux cartes avec mes amis" prendrait une tout autre signification.

    Qu'en pensez-vous Edy ?
  • webmestrewebmestre Administrateur
    Jean-Luc a écrit:
    Bonjour,

    Nous allons demander des émoluments à notre webmestre préféré puisque nous devenons des supplétifs de l'école républicaine (qui nous a tant apporté par le passé). :D [...]
    Bonjour Jean-Luc,

    Mais qu'en feriez-vous ? Vous payeriez-vous une croisière ? :P
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Cyril,

    Oui comme Xavier de Maistre pour tenter l’Expédition autour de ma chambre :o
  • henryhenry Membre
    Bonjour Jean-Luc

    Jean-Luc a dit :
    Je rajouterai néanmoins que demain, CC de temps, n'est pas ici un complément secondaire. Pourquoi ? parce qu'il est indispensable à je joue, présent qui en fait exprime un futur fortement voulu. Si demain était absent, l'expression "je joue aux cartes avec mes amis" prendrait une tout autre signification.

    Qu'en pensez-vous Edy ?
    en attendant Edy qui roupille parce que c'est jour férié !!!
    je pense qu'un terme non essentiel n'est pas lié à la signification de la phrase. Son absence en appauvrit plus ou moins le sens, uniquement mais la phrase reste correcte grammaticalement :

    Je mange souvent de la viande à mes repas,

    Je mange de la viande à mes repas

    on a bien" souvent" qui n'est pas essentiel et qui est pourtant un CC.

    à mon avis
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir à toutes et à tous !

    POUR HENRY
    Pour l’essentiel, je suis d’accord, sauf que :
    1 Un CC peut être essentiel : J’habite EN BELGIQUE. (COI pour Riegel)
    2 La préposition du COI est le plus souvent à ou de, mais souvenez-vous de celles que Riegel cite. Certaines me laissent perplexe.
    3 « Je joue » est grammatical dans un emploi absolu.

    LA PHRASE QUI NOUS A ÉTÉ SOUMISE
    * Demain (CC de temps), je joue aux cartes (COI) avec mes amis (CC d’accompagnement).
    Les deux CC peuvent être déplacés, sous réserve des usages stylistiques.
    Ils ne sont pas essentiels.
    On notera aussi que ce COI n’est pas grammaticalement essentiel.
    → Demain, je joue avec mes amis.
    Dans l’optique de Riegel, ce serait alors « avec mes amis » qui deviendrait COI…
    Je l’ai lu également à propos du COS.
    * Il enseigne le ski aux Sénégalais. → Il enseigne le ski.

    POUR JEAN-LUC
    Sous réserve de ce que Riegel pourra m’apprendre, je suis d’accord avec vous.
    Sauf sur un point (et je rejoins donc Henry) : le CC « demain » n’est pas essentiel. Entendez par là « grammaticalement ».

    APOSTROPHE (Léah)
    Il s’agit bien d’une apostrophe lorsque vous m’écrivez « cher Edy ».
    Elle consiste à interpeller l’interlocuteur, par exemple, en le dénommant (Monsieur, Jean…) ou en indiquant les relations sociales que l’on a avec lui (Camarade. Ou avec eux : Camarades).
    Certaines grammaires préfèrent parler d’APPELLATIF.
    Souvenez-vous du VOCATIF latin, qui assumait cette fonction.

    1 L’apostrophe a une FONCTION appellative ou interpellative que l’apposition n’a pas.
    2 L’apostrophe se PLACE librement dans l’énoncé, où elle n’a pas de fonction syntaxique, alors que l’apposition doit réellement être apposée, adossée.
    3 L’apostrophe se place entre deux VIRGULES (une seule si elle est au début de l’énoncé), alors que l’apposition, selon les cas, n’est pas isolée par une virgule (le roi Louis XIV), est précédée par de (la ville de Paris) ou se trouve entre deux virgules (Jean, ce dormeur, a encore raté son train).

    Quand l’apostrophe s’identifie (CORÉFÉRENCE) au sujet ou à un complément, il est possible d’y voir une APPOSITION ; l’intonation suffit souvent à lever cette équivoque.
    * VOUS, LE PÂTRE de ce canton, vous me faites penser à Brassens.
    * ENFANTS, VOUS ne travaillez pas.

    Vous allez encore penser que, lorsqu’on me pose une question, on est sûr d’avoir matière à lire. (Oui, c’est comme ceux à qui on demande comment ils vont et qui ne peuvent pas s’empêcher de vous l’expliquer…) En réalité, j’explique aussi pour tous ceux nous lisent.

    Voilà, j’ai répondu sans trop tarder, c’est-à-dire sans méditer davantage.
    Pour gouverne, le 8 Mai n’est pas férié en Belgique.

    Cordialement,
    Edy
  • Merci encore
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Edy,

    Permettez-moi de continuer à défendre ma cause au risque de paraître importun.
    Votre message du 8 mai ne m'a pas permis de crier victoire !

    Dans la phrase qui nous a été soumise : "Demain je joue aux cartes avec mes amis", j'ai émis l'hypothèse que demain, CC, pourrait être un complément essentiel.

    J'argue sur le fait que demain est indispensable grammaticalement. En effet il transforme ce qui serait un présent d'énonciation en futur proche.

    Si l'énoncé avait été "Demain, je jouerai..." j'aurais souscrit à votre avis, mais ce présent me trouble...

    A vous de jouer !
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir, cher Jean-Luc !

    Vous avez raison de considérer qu’en supprimant « demain », le sens de l’indicatif présent n’est plus celui d’un futur proche mais celui d’un présent d’énonciation (ou encore d’un présent d’habitude).

    Mais je ne peux pas vous laisser penser que, pour ce motif, cet adverbe est essentiel, c’est-à-dire non effaçable.

    Avant d’en parler, laissez-moi schématiser syntaxiquement les espèces de CC ; c’est le schéma le plus satisfaisant que j’aie trouvé… sans préjuger de Riegel. Il est valable aussi pour la plupart des adverbes. D’ailleurs, on appelle maintenant les CC compléments adverbiaux…

    1) LES COMPLÉMENTS DE PHRASE : qu’ils soient circonstanciels ou modalisateurs, ils ne sont pas essentiels et sont effaçables.
    * Ma femme est partie chez sa mère [ce week-end].
    * [Selon les apparences,] ma femme est partie chez sa mère.

    2) LES COMPLÉMENTS DE VERBE :
    a) les uns SONT IMPOSÉS PAR LE SENS DU VERBE : ils sont essentiels et non effaçables :
    1- ce sont ceux qui dépendent d’un verbe dit LOCATIF ;
    * Ma femme SE TROUVE chez sa mère.
    2- ce sont aussi ceux qui dépendent d’un verbe de MESURE ;
    * Cela COÛTE cent euros.

    b) les autres NE SONT PAS IMPOSÉS PAR LE SENS DU VERBE : ils ne sont pas essentiels et sont effaçables.
    * Il chante [avec conviction]. J’écris [au stylo]. Elle meurt [de soif].
    * Elle est sortie [sans ses fards]…
    * Ma femme est partie [chez sa mère].

    Déjà vous voyez, au moyen des crochets, ce que les énoncés deviennent après l’effacement des CC non essentiels et déjà vous allez me dire que j’ai modifié leur sens. Que reste-t-il en effet ?
    * Ma femme est partie. (Pour les âmes sensibles, je précise que c’est une fiction.)

    C’est exact, mais la syntaxe ne se préoccupe pas du sens lorsqu’elle parle de complément non essentiel ; ce qui lui importe, c’est de s’assurer que l’énoncé reste formellement grammatical en dépit de la suppression du CC. Effectivement, c’est de cohérence syntaxique et non de cohérence sémantique qu’elle s’occupe ici.

    Par exemple, il lui importe peu qu’un énoncé devienne illogique, dès lors que ses termes ont été remplacés, sur l’axe syntagmatique (horizontal), par d’autres de la même classe, se trouvant virtuellement sur l’axe paradigmatique (vertical). (C’est évidemment un peu savant, mais je dois bien reprendre la terminologie de Saussure.)
    * La femme est un roseau dépensant. (Jules Renard)
    → Tout triangle est un carré dévalué.
    Il y a un monde de signification entre les deux ; cependant, les termes et constituants sont de la même classe.

    C’est pareil pour la procédure d’effacement, je viens d’en parler : elle est valide, même si le sens de l’énoncé doit en être affecté. Cette procédure fait partie des manipulations syntaxiques.

    Prenez maintenant le test de la permutation :
    * Le képi déforme la tête. (Druon)
    → La tête déforme le képi.

    Effaçons une subordonnée circonstancielle :
    * Si vous retrouvez ma femme et si vous la conservez, je vous verserai une bonne récompense.
    → Je vous verserai une bonne récompense.
    → Si vous retrouvez ma femme, je vous verserai une bonne récompense.
    Les subordonnées circonstancielles (non corrélatives) sont effaçables, tout comme certains CC, alors même que le sens de l’énoncé s’en trouve modifié : les circonstancielles de temps, de cause, de conséquence, de manière, de but, de concession, de condition.

    D’autres parties d’une phrase peuvent être effacées : l’apostrophe, l’apposition, les propositions incises et incidentes, les participiales, etc. Même le verbe peut l’être, auquel cas la phrase est dite averbale.

    C’est un peu comme si, dans la formation d’un train, on supprimait le wagon postal, ou si on le remplaçait par un wagon-restaurant. La composition du train aurait été modifiée, sa structure ne l’aurait pas été.

    Il ne faut cependant pas en déduire que la syntaxe ne s’occupe pas du sens. Il faut toujours se demander quel est le sujet du verbe, se demander si le verbe est attributif ou non, définir le CO comme étant le point de visée du verbe, ne pas se tromper en mettant la phrase au passif, analyser le sens du verbe de la principale pour choisir le mode de la subordonnée, analyser la nature des compléments pour accorder le participe passé. On en passe.

    A quoi servent donc toutes ces manipulations syntaxiques : effacement (ou réduction), expansion (ou insertion), commutation (ou substitution), permutation, déplacement, dislocation (dédoublement), transformation de la phrase, pronominalisation, enchâssement et emphase ?

    A faciliter la répartition des termes entre les classes grammaticales, à faciliter la définition de leur fonction, à vérifier le caractère essentiel des compléments, à vérifier le caractère obligatoire des constituants, à vérifier les limites d’une transformation de la phrase, à mettre en relief l’un ou l’autre de ses termes. En fin de compte, à jongler avec la structure de la phrase afin de mieux la comprendre.

    Combien de fois ai-je vu qu’un « ne…que » obscurcissait le sens, alors qu’il suffisait de remplacer cette restriction par « seulement » ! Commutation. Combien de fois ai-je dû, pour comprendre certaines phrases alambiquées de Proust ou de Butor, procéder par amputations successives de tout ce qui n’était pas grammaticalement essentiel, jusqu’à en arriver parfois à la phrase minimale ! Effacement. Quitte à faire ensuite la démarche inverse. Expansion.

    N’étant pas linguiste, je suis un piètre défenseur de ce dont je souhaite vous convaincre. Mais je me sens assuré lorsque je lis que, désormais, toutes les grammaires font une belle place aux compléments essentiels / non essentiels.

    J’espère qu’à entendre bientôt ce que je viens de vous écrire, mes moutons ne vont se mettre à décibêler leur désapprobation...

    Amicalement vôtre,
    Edy
  • henryhenry Membre
    Demain je joue aux cartes avec mes amis

    Demain je jouerai aux cartes avec mes amis
    Bonjour,

    Je comprends très bien l’argumentation de Jean-Luc, non sur le terme « demain » qui est bien un CC non essentiel, mais sur le temps appliqué, présent ou futur.

    Le problème majeur auquel on se trouve confronté pour répondre à certains exemples proposés, c’est que ces bribes de phrases sont sorties de leur contexte et qu’en dehors des règles générales, la grammaire autorise de très nombreuses interprétations ce qui souvent incite chacun d’entre nous à énoncer diverses explications qui ne sont pas dénuées de bons sens. Je m’explique par deux exemples :

    Oui mes amis, le jour de gloire est arrivé, demain je joue aux cartes avec mes amis.

    Oui mes amis, si la pluie continue de tomber, demain je jouerai aux cartes avec mes amis.

    C’est court, mais je pense explicite bien que sujet à d’autres réflexions.

  • EdyEdy Membre
    Bonjour Henry !

    Personnellement, je n'ai pas donné des bribes de phrases ; elles ont, par elles-mêmes, en dépit de leur concision, un sens complet. Vous en faites d'ailleurs autant.

    Je répète qu'il ne s'agit pas ici d'interpréter, mais de vérifier ce qui, dans une phrase, est grammaticalement essentiel ou non essentiel, de manière telle que cette phrase reste grammaticale après le ou les effacements.

    La procédure syntaxique d'effacement est purement formelle et ne s'occupe pas des dérives sémantiques qu'elle entraîne.

    C'est du moins ce que je pense avoir appris depuis que je suis tombé dans le chaudron de la grammaire.
  • henryhenry Membre
    Bon sang, Edy
    Personnellement, je n'ai pas donné des bribes de phrases ; elles ont, par elles-mêmes, en dépit de leur concision, un sens complet. Vous en faites d'ailleurs autant.
    Mais je me suis fait mal comprendre, car les "bribes de phrases" sont celles qui sont soumises à notre perspicacité par des visiteurs. C'est pourquoi je notais les difficultés souvent rencontrées pour que nous puissions chacun de nous suivant nos "moyens et nos connaissances" apporter des réponses allant dans le même sens, vu le nombre d'exceptions que la grammaire nous inflige.

    En fait il s'agissait d'un aparté pour expliquer la longueur et les échanges procurés par cette discussion.

    Je vous respecte trop pour me permettre de vous offenser et si tel était le cas, mes plus vives excuses.

    bien @micalement
    henry
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir, Henry !

    Rassurez-vous, je n'ai pas pris votre réflexion pour une offense.
    J'aurais dû, de mon côté, penser que vous visiez plutôt les questions qui nous sont posées.
    Amicalement aussi,
    Edy
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