Réponses

  • Quand je ne sais pas laquelle choisir, je fais confiance à La Pléiade, si possible la dernière version - et encore.
    Les œuvres complètes de Franz Kafka sont ici traduites par Jean-Pierre Danès, Claude David, Marthe Robert et Alexandre Vialatte.

    Il semble qu'Alexandre Vialatte soit à l'origine des premières traductions françaises à partir de 1925 (Le Procès, La Métamorphose...). Et Wiki nous dit que ce sont ses traductions qui, avec celles de Claude David, font autorité dans l'édition de la Pléiade de ses œuvres.
    Les romans les plus connus se trouvent également dans les traductions d'Alexandre Vialatte et de Claude David en livre de poche.

    On peut trouver en ligne une nouvelle traduction du Journal de Kafka par Laurent Margantin.
  • Merci Freddy ! Réponse tardive voire inattendue désolé ! :)
  • 27 juin modifié

    Bon, quelques sept ans après cette courte discussion, j'ai un peu avancé, démontrant par là-même qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même !

    Après avoir lu - il y a longtemps - les classiques traductions d'Alexandre Vialatte qui restera pour l'éternité celle qui ont permis au public français de découvrir le texte, j'ai lu celles de Claude David qui a fortement annoté celles de Vialatte dans la première version en Pléiade (annoté et non remplacé pour des questions d'autorisation des ayants droit).

    Ensuite j'ai découvert celles de Jean-Pierre Lefevbre qui font l'objet de la nouvelle édition en Pléiade. J'y reviendrai, mais elle sont évidemment plus modernes - mais aussi plus fidèles - que les versions initiales. Il faut ajouter qu'elles ne se basent pas sur le même texte puisque Vialatte et sers continuateurs travaillaient à partir de la première version éditée par Max Brod alors que Jean-Pierre Lefevbre a eu à sa disposition l'édition allemande dite définitive de Kafka, celle reconstituée à partir des manuscrits de Kafka.

    Il me manquait donc deux autres traductions à découvrir, celles qui ont dépoussiéré Kafka dans les années 90, alors même que l'œuvre tombait dans le domaine public. J'ai donc acquis pour commencer deux versions du Château, celle traduite par George-Arthur Goldschmidt parue chez Points et celle de Bernard Lortholary éditée chez Garnier Flammarion. Il ne me reste donc plus qu'à les lire. À suivre, j'espère avant sept ans...

  • 8 août modifié

    Le Château de Franz Kafka : ébauche d’une comparaison entre quatre traductions en français.(dont les deux versions publiées à La Pléiade : ancienne édition de Claude David et nouvelle édition de Jean-Pierre Lefebvre)

    I. Les quatre traductions retenues

    Parmi les multiples traductions du Château de Franz Kafka en français, au fil du temps j’en ai lu quatre qui ont retenu mon attention :

    1. La première traduction retenue, l’originale, « l’historique », est celle d’Alexandre Vialatte effectuée peu de temps après la mort de Kafka. Le texte français est en phase avec son époque : le vocabulaire correspond à la littérature des années 1920. Vialatte ne disposait que de la version de Max Brod ; il s’applique à traduire au mieux le livre allemand dans sa première édition. Plus tard, on verra que Max Brod a créé de toutes pièces les chapitres et qu’il leur a attribué un titre de son cru d’après ce qu’il pouvait connaître des intentions de Kafka, notamment celles exprimés dans sa correspondance. On se souvient que l’auteur avait expressément écrit que Le Château était surtout destiné à être écrit et non à être lu ! Kafka souhaitait d’ailleurs que l’ensemble des manuscrits non publiés de son vivant soient détruits à sa mort.

    À partir de 1976, Gallimard publie enfin en Pléiade quatre volumes de Kafka sous la direction de Claude David. Comme pour les éditions précédentes chez Gallimard, les héritiers de Vialatte ne veulent pas que la traduction soit modifiée ; c’est ainsi que, pour le volume I consacré aux romans, les variantes de traduction de Claude David sont reportées en fin d’ouvrage, ce qui en rend la consultation en cours de lecture très fastidieuse, contrairement aux notes qui peuvent être consultées avec profit par les exégètes. Notons qu’à partir du volume II (Récits et fragments), la lecture est bien plus aisée puisqu’une grande partie des textes proviennent soit des traductions de Marthe Robert soit ont été directement traduits par Claude David. Mais revenons au Château.

    2 et 3. En 1984, soixante ans après sa mort, le travail de Kafka devient libre de droits d’auteur et plusieurs traductions sont proposées : presque simultanément Bernard Lortholary chez GF-Flammarion et Georges-Arthur Goldschmidt chez Points y vont de leur version. Ce dernier écrit également une longue et intéressante introduction où il évoque les difficultés rencontrées par le traducteur de Kafka et où il pointe la vanité des ouvrages qui commentent l’œuvre à l’infini (j’y reviendrai). Beau joueur, il y évoque le travail de Bernard Lortholary et fait l’apologie méritée des ouvrages sur l’auteur écrits par Marthe Robert, l’une des pionnières qui a contribué à faire connaître Kafka en France.

    4. Finalement, c’est dans en 2018 que Gallimard propose les deux premiers volumes d’une nouvelle version des œuvres complètes de Kafka, sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre ; ce dernier assure les trois-quarts des traductions et s’adjoint des collaborateurs… dont Bernard Lortholary.

    À l’heure où j’écris cette petite chronique, en juillet 2020, deux volumes ont paru : la numérotation des tomes est inversée par rapport à l’ancienne version dont le premier volume rassemblait les trois Romans et le deuxième les Récits et fragments. Pour le Journal et la Correspondance de Kafka, actuellement c’est encore la première édition qui reste disponible à la vente en neuf ; mais ces deux volumes devraient eux-aussi connaître prochainement une nouvelle édition sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre.

    J’en profite pour signaler deux traductions remarquables du Journal : d’une part « Kafkaweb » le projet en ligne d’une traduction intégrale et d’un vaste appareil critique par Laurent Margantin, disponible sur son site œuvres ouvertes http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article3287 et d’autre part « Journaux - première traduction intégrale » par Robert Khan (éd. Nous, 2020).

    Mon propos n’est pas de comparer ligne à ligne ces quatre versions du Château. Je considère cet ouvrage comme l’un des plus grands chefs d’œuvre de la littérature, strictement au même niveau que Le Procès. J’ai lu et relu avec attention les deux versions disponibles chez Gallimard, puis j’ai lu en parallèle les deux autres traductions précitées. Inutile de dire que j’ai pris un immense plaisir à comparer les versions, concoctant de façon un peu inconsciente « mon meilleur » des quatre ; ces lectures m’ont permis d’approfondir ma connaissance sinon ma compréhension du Château et d’en découvrir d’innombrables et précieux détails qui en font tout le sel.

     

    II. Quand le traducteur insuffle son style

    Les styles des auteurs collent à leur époque et à leur culture littéraire. Il est courant de comparer l’incipit. Pour ma part, je préfère extraire la première apparition de Frieda au début du chapitre 3, qui me paraît donner le ton.

     

    Pour Alexandre Vialatte :

    La bière leur fut apportée par une servante du nom de Frieda, une petite blonde insignifiante aux yeux tristes et aux joues maigres, mais dont le regard surprenait par une espèce de supériorité.

    Le style est simple et clair.

     

    Chez Bernard Lortholary :

    La fille qui servait la bière était jeune et s’appelait Frieda. Une petite blonde sans attrait à l’air triste et aux joues maigres, mais dont le regard surprenait par une particulière assurance.

    Cette dernière expression (l’inversion de l’attendu « une assurance particulière ») dénote chez Bernard Lortholary une volonté de coller au plus près du texte allemand, quitte à employer des tournures de phrase peu naturelles dans notre langage courant actuel.

     

    Pour Georges-Arthur Goldschmidt :

    C’était une jeune fille nommée Frieda qui servait la bière, une jeune fille d’apparence insignifiante, petite, blonde avec des yeux tristes et des joues maigres, mais dont le regard surprenait, un regard de supériorité très particulier.

    Georges-Arthur Goldschmidt prend des libertés avec le texte allemand afin que sa traduction semble plus naturelle en français ; mais pour ce faire, il emploie des répétitions qui n’existent pas en allemand (ici : jeune fille et regard).

     

    Chez Jean-Pierre Lefebvre, enfin :

    La bière était servie par une jeune fille qui s’appelait Frieda. Une petite blonde falote, les traits tristes et les joues creuses, mais qui surprenait par son regard, un regard témoignant d’une supériorité particulière.

    On retrouve la simplicité de style qui était déjà présente chez Alexandre Vialatte. Les phrases sont courtes et directes ; elles collent en cela au style très dynamique et factuel de Kafka.

     

    Sur ce simple exemple, on voit que les deux traductions en Pléiade ont pour objectif de refléter au mieux l’esprit de l’écriture de Kafka, même si l’objectif premier de Vialatte était de faire découvrir Kafka au public français alors même qu’il ne disposait pas des manuscrits originaux mais de la version imprimée de Max Brod.

    À contrario, Bernard Lortholary cherche à coller à la lettre au texte original.

    Quant à Georges-Arthur Goldschmidt, même s’il s’efforce de rester fidèle à l’allemand de Kafka, il n’en sacrifie pas moins à la volonté de rendre sa traduction plus claire et plus lisible pour le lecteur contemporain. 

    Il se trouve que, malgré les différences constatées, la compréhension du passage choisi ici ne m’apparaît pas affectée notablement selon les versions.  

     

     

    III. Questions de vocabulaire

     

    Contrairement à ce que l’on peut voir dans d’autres traductions récentes, il faut être reconnaissant aux trois derniers traducteurs : aucun n’a cherché à moderniser complètement le vocabulaire afin de rendre plus accessible l’œuvre de Kafka à un lectorat jeune contemporain.

     

    Tout au long du livre, on retrouvera chez Lortholary la volonté d’être fidèle à l’écriture allemande, avec parfois des formules qui ne nous semblent pas très naturelles en français : par exemple, chez lui l’arpenteur K. devient un géomètre.

    A contrario, Goldschmidt va tenter de restituer un style qui nous est familier en français, tandis qu’il

    lui arrive de s’éloigner (un tout petit peu) du texte original.

     

    À titre de curiosité, il est un passage au chapitre 1 où K. s’exclame « en riant » :

    L’animal ! chez Vialatte (à noter que le passage entier est repris par Claude David mais que celui-ci valide animal),

    La fripouille ! pour Bernard Lortholary,

    Le vaurien ! pour Georges-Arthur Goldschmidt,

    Le salopard ! chez Jean-Pierre Lefebvre.

    On peut s’étonner de la variété du vocabulaire retenu. Bizarrement, malgré les nuances impliquées par chacun des quatre termes, cela ne change pratiquement rien au ressenti de la lecture une fois ce passage replacé dans son contexte.

     

    Au troisième chapitre, à la fin de la scène où K. observe Klamm, Frieda bouche :

    le trou avec une petite cheville de bois chez Vialatte,

    l’orifice (puis : le trou) avec un bout de bois chez Lortholary,

    l’œilleton avec un morceau de bois chez Goldschmidt qui fait ici preuve d’originalité,

    le trou avec un petit bout de bois chez Lefebvre – on retrouve l’esprit de Vialatte.

  • Au chapitre 4, lors du premier entretien avec l’aubergiste - que Vialatte nomme l’hôtesse et Lortholary la patronne de l’auberge -, celle-ci s’écrie :

    Les crapules ! chez Vialatte (terme validé par David),

    Les salauds ! pour Lortholary,

    Les canailles ! chez Goldschmidt,

    Quelles fripouilles ! pour Lefebvre.

     

    Au chapitre 5, K. rencontre :

    Le Président du village (parfois aussi appelé le maire) pour Vialatte,

    Le chef de la commune pour Lortholary,

    Le maire chez Goldschmidt,

    Le Président [de la commune] chez Lefebvre qui a repris la notion originelle de « président » tout en retenant la notion plus administrative de « commune » qu’avait pointée Lortholary. Ceci rend la version de Lefebvre fidèle à l’esprit de texte de Kafka qui fourmille de termes administratifs nombreux et précis (division, subdivision, département, section, bureaux…).

     

    Au même chapitre, K. qualifie ses complications avec l’administration comme :

    Une confusion pour Vialatte,

    Un imbroglio chez Lortholary,

    Un embrouillamini pour Goldschmidt,

    Un embrouillement pour Lefebvre.

     

    En guise de dernier exemple, on lira que K. est aux prises avec :

    Les services du Comté pour Vialatte

    Les services de la Commune pour Lortholary,

    Les services seigneuriaux chez Goldschmidt,

    Les autorités seigneuriales pour Lefebvre.

     

     

    IV. Alors, pourquoi tant de différences ?

     

    On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Il peut paraître curieux qu’un même terme allemand donne quatre mots parfois très différents en français – et probablement plus si l’on se penchait sur les autres traductions qui existent (Brigitte Vergne-Cain, Gérard Rudent, Axel Nesme…).

     

    Certaines écoles considèrent que traduire Kafka est une véritable gageure (voir par exemple : Traduire Kafka aux éditions Kimé). Pourtant, la plupart des traducteurs semblent s’accorder sur un point crucial que Georges-Arthur Goldschmidt décrit ainsi : « la langue de Kafka […] est absolument cristalline, d’une précision chirurgicale ; elle est exacte et décrit toujours des faits, des déroulements précis dont elle rend exactement compte ».

     

    Pour aller plus loin et comparer les approches, on peut accéder facilement en ligne :

    - à un entretien avec Jean-Pierre Lefebvre et Georges-Arthur Goldschmidt : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2018/10/23/kafka-lefebvre-goldschmidt/

    - et un autre avec Bertrand Lortholary : https://www.humanite.fr/node/135113 .

    - il existe également trois enregistrements d’entretiens avec Jean-Pierre Lefebvre, des podcasts disponibles sur le site de France Culture.

     

    Bien que l’œuvre de Kafka ait donné lieu à un nombre impressionnant d’études (582 ouvrages d’exégèse recensés sur le site de la BNF !), à mon sens on peut l’apprécier en le lisant et en le relisant, tout simplement. Les notes pourront toujours servir d’écrin au joyau que représente le texte du Château.

     

    Dans son introduction au Château (éd. Points, 1984), Georges-Arthur Goldschmidt explique que les innombrables variantes auxquelles les traducteurs ont accès sont « à tel point minimes qu’ils ne peuvent pas les exploiter ; deux gros volumes de plus cinq cents pages sont destinés à se substituer au texte lui-même » - un peu comme sont si difficiles à exploiter en cours de lecture les notes de Claude David dans la première édition en Pléiade.

     

    Bernard Lortholary, quant à lui, a écrit dans un intéressant article à propos des variantes du Château, intitulé À quoi sert l’édition critique du Château ? (in Études germaniques, n°2, 1984) :

    « L’objet n’est plus l’œuvre et n’est même plus l’écriture mais l’édition critique elle-même, fonctionnant comme une sorte de machine célibataire dans une autosatisfaction narcissique qui bascule vers l’autisme ».

     

     

    V. Quelle version préférer ?

     

    De façon très subjective, il me semble qu’en général on préfère la première version qu’on a lue aux autres, ne serait-ce que parce que le vécu littéraire de chaque lecteur constitue son référentiel.

     

    Cela dit, la version « historique » de Vialatte ne perd aucune de ses qualités si on commence par elle ; elle était la plus disponible pour ne pas dire l’unique version française disponible (avec ses variantes) jusqu’à la première édition en Pléiade de 1980. Vialatte ne disposait pas des manuscrits, mais simplement de la version dite courante éditée par Max Brod.

     

    Les traductions de Bernard Lortholary et de Georges-Arthur Goldschmidt sont tout aussi honorables et restent bien agréables à lire malgré ça et là d’inévitables petites lourdeurs bien pardonnables. J’ai lu en parallèle ces deux traductions, j’y ai trouvé deux ou trois contresens et de rares mots un peu inattendus, mais rien de grave. Les chapitres ne sont pas toujours articulés de la même façon, notamment vers la fin du roman là où les intentions de Kafka restent hypothétiques ; c’est Max Brod qui avait reconstitué l’ordre des feuillets, défini la découpe des chapitres et leur avaient même donné un titre pour la première partie de l’ouvrage. Les traductions de Lortholary et de Goldschmidt sont disponibles en éditions de poche, donc faciles à lire et à emporter en toutes circonstances. Emporter Kafka sur une île déserte pendant l’épidémie est à considérer…

     

    [Quelques semaines plus tard] En seconde approche, parmi les deux versions disponibles en poche je donne quand-même un avantage à celle de Georges-Arthur Goldschmidt : en effet, dans les cinq ou six derniers chapitres, la traduction de Bernard Lortholary contient des formulations peu claires (le chapitre consacré à la rencontre entre K. et Brüger est assez confus), quelques expressions bien indigestes (« les joues enfantinement rondes, les yeux enfantinement gais… ») et des termes un peu incongrus (« c’est aussi, de façon médiate, un résultat des règlements »). Par ailleurs, en comparant avec les trois autres traductions, il semble qu’il y a quelques contresens importants.

     

    Une fois n’est pas coutume, la dernière version en date, celle de Jean-Pierre Lefebvre dans la nouvelle édition en Pléiade (en 2020 : deux volumes parus, deux volumes à paraître) m’apparaît comme un excellent choix. Si Lefebvre bénéficie de l’expérience, des tâtonnements, des erreurs et des réussites de ses prédécesseurs, cela n’enlève rien au travail de traduction qu’il a mené nous dit-on « aux trois-quarts », en cela aidé par des collaborateurs qu’il ne faut pas omettre : Isabelle Kalinowski, Bernard Lortholary et Stéphane Pesnel.

     

    Si l’on veut à tout prix établir un classement de ces quatre traductions, je donne mon petit quarté :

    1/ Jean-Pierre Lefevbre, traduction classique, style clair

    2/ Alexandre Vialatte, traduction classique délicieusement datée, style assez clair

    3/ Georges-Arthur Goldschmidt, traduction très légèrement modernisée, style assez clair

    4/ Bernard Lortholary, traduction originale mais parfois alambiquée, style pas toujours très clair

     

    Cette première ébauche de comparaison entre les quatre textes ne débouche au final sur aucun jugement de valeur de ma part : les quatre versions me paraissent dignes d’êtres lues, elles font montre d’un travail important et consciencieux de la part des traducteurs, de leur volonté de restituer au mieux le chef-d’œuvre de Kafka auprès du public français, et, malgré toutes les menues différences observées lors d’une lecture attentive, on a tout de même bien l’impression de lire le même ouvrage.

     

    Georges-Arthur Goldschmidt , dans son introduction au Château, note qu’il ne saurait y avoir de « spécialistes » de Kafka et qu’on ne peut prétendre faire autorité ou vouloir se réserver Kafka.

     

    Je laisse la conclusion – toute provisoire – à Peter Handke, prix Nobel de littérature 2019, justement l’un des plus grands spécialistes de Kafka et qui écrit à son propos :

    « Il est peu d’auteurs qui soient à ce point devenus le bien commun de tous et de chacun. C’est précisément parce qu’il échappe à toute interprétation que chacun a le droit d’en parler sans jamais pouvoir imposer sa « lecture » aux autres. »

  • JocrisseJocrisse Membre
    9 août modifié

    Pour juger, il faudrait citer le texte allemand. Pour le premier exemple, il y a en allemand comme en français bien des manières de dire ordure, fripouille, crapule, salaud, sans le mot utilisé par Kafka et sans le contexte, c'est hasardeux.

    Je n 'ai lu en allemand que la Métamorphose et la Lettre au Père, qui ne m'ont pas paru trop difficiles à comprendre ni à traduire. Je n'ai le souvenir que de difficultés de vocabulaire (quelques termes rares ou vieillis) ce qui n'est pas bien méchant (il existe des dictionnaires !) Mais le Chateau, c'est peut-être une autre paire de manches, je l'ai lu en traduction (Vialatte). Tout à fait d'accord sur la pureté et la clarté de sa langue. L'intérêt du contenu ne faisant pas débat, je pense.

  • JocrisseJocrisse Membre
    9 août modifié

    Il faut mentionner également que de toute la bande, Vialatte est le seul écrivain. A ma connaissance (corrigez si je me trompe), il n'a guère traduit que Kafka. C'est du travail d'amateur au sens noble du mot (il aime Kafka). Les autres (au moins Lefebvre et Lortholary, je ne connais pas le dernier), sont des pro de la traduction. Par hypothèse, Vialatte est peut-être plus "littéraire" que littéral ?

  • Merci pour ton retour, Jocrisse.

    C'est en effet une belle hypothèse que de considérer la « meilleure » traduction comme étant celle d'un écrivain - mais, bien que contemporain, Goldschmidt est aussi écrivain. Dans le cas de Vialatte, oui, la passion l'emporte peut-être parfois sur la fidélité minutieuse au texte original. Chacun sait qu'un écrivain peut aussi apporter sa patte - l'un des exemples les plus fameux étant celui de Poe traduit par Baudelaire avec sa maestria.

    Pourtant, en face on a des pointures !

    Bernard Lortholary, ENS, agrégé d'allemand, maître de conférence en littérature allemande à la Sorbonne ; comme traducteur il a reçu le Grand prix de la traduction du ministère de la culture pour sa traduction du Parfum de Süskind, le prix Gérard-de-Nerval de la Siciété des gens de lettres et du Goethe Institut, le prix Friedrich-Gundolf de l'Académie allemande de langue et de littérature...

    Georges-Arthur Goldschmidt, traducteur, critique littéraire et enseignant mais aussi écrivain ; il a écrit une trentaine de romans et d'essais et a reçu pas loin d'une dizaine de prix. Il a aussi traduit Nietzsche, Handke, Benjamin, Büchner et Stifter.

    Quant à Jean-Pierre Lefevbre, ENS et « germaniste », Prix Gérard de Nerval de la Société des gens de lettres, prix Grimm du DAAD (décerné aux germanistes) et prix lémanique de la traduction. Il a entre autres traduit Marx, Hegel, Hölderlin, Freud ou Meyrink - pas les plus aisés !

    Comme tu le vois, on n'a pas non plus à faire à n'importe qui. La traduction est un métier difficile.



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