Bonsoir,

Je vais voir beaucoup de spectacles (théâtre, danse principalement...) et je me demande quel intérêt, quel rôle peut avoir le critique dans tout ça, dans toute cette profusion d'œuvres vivantes, ce jaillissement d'univers singuliers, ce développement des arts de la scène.
Si vous lisez des critiques ou si vous écoutez "le masque et le plume" sur France Inter le dimanche soir, qu'en pensez-vous ?
Trouvez-vous qu'ils ont souvent tendance à exagérer leurs propos ?
Ne les trouvez-vous pas parfois trop méchants, ou trop "doux" ? Que pensez-vous de leur écriture etc...
ou plus largement, pour vous, un bon critique, c'est quoi ? Que doit-il faire ?

En réalité, je porte une attention particulière en ce moment sur cette fonction, ce métier pour en envisager l'exercice (une simple éventualité). J'aimerais donc beaucoup avoir vos avis sur la question. Par curiosité seulement!
A vos critiques !!
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Réponses

  • Je ne réponds pas précisément à la question mais voici mon opinion sur les critiques : c'est un métier redoutable. La plupart des critiques sont des gens incapables de créer.

    Pour moi, c'est assez incroyable que des gens qui n'écrivent pas (ou ne dansent pas, etc.) donc, s'arrogent le droit d'émettre des jugements. Ils savent démolir ou porter au pinacle.

    Ceci dit, vu que c'est leur métier, ils ne disent pas que des insanités, évidemment.
  • On dit souvent que les critiques musicaux sont des musiciens ratés et les critiques de cinéma des réalisateurs refoulés. Je ne sais pas pour la critique littéraire.

    Je crois aussi que beaucoup s'érigent critiques sans en avoir le talent ni la culture.

    Restent quelques contre-exemples d'envergure. Outre Sainte Beuve dont les critiques ont fini par constituer une véritable œuvre littéraire, je pense entre autres à Albert Camus ou à Julien Gracq dont le talent d'écrivain était indiscutable et qui ont écrit de mémorables critiques et essais sur la littérature.

    Pour revenir à l'époque contemporaine, je trouve que l'expérience qui consiste à plonger le critique dans l'univers de la création et la démarche inverse de l'écrivain qui s'essaie à la critique ont un sens.
    Mais celui qui ne fait qu'écrire des petites critiques souvent superficielles ou pleines de fiel pour faire un bon mot paraît en effet bien étriqué.

    J'ai en revanche une forme de respect - sinon d'admiration -, pour un Bernard Pivot dont je ne sais dire s'il est un véritable critique, mais qui, en revanche, m'a procuré des heures et des heures de plaisir lors des émissions littéraires qu'il animait.
  • Oui, Gracq et Camus, OK. Mais ils étaient avant tout écrivains et donc légitimes. J'ajouterais aussi les ouvrages des Goncourt (un régal) sur le XVIIIe siècle et les analyses merveilleuses de Proust sur Nerval par exemple ou de Umberto Eco. Curieux d'ailleurs que Proust et Eco se soient tous deux penchés sur Sylvie... Nerval a toute mon admiration, bien qu'il soit (relativement) dédaigné aujourd'hui.
  • freddy.lombard a écrit:
    On dit souvent que les critiques musicaux sont des musiciens ratés...
    Des compositeurs ou des interprètes ?
    Avec le parallèle auteur/compositeur et lecteur/interprète ?
    A lire ce que produisent certains "auteurs", mieux vaut être lecteur !
  • Vous citez des critiques célèbres qui sont avant tout des écrivains.
    Selon vous, les critiques "purs" sont des artistes ratés. Mais nous pouvons tout de même leur accorder une aptitude qui a mon sens a du mérite, celle de savoir BIEN lire ou bien regarder. Parce que c'est leur métier, ils doivent porter leur attention sur chaque élément qui constitue une œuvre, et en restituer avant tout fidèlement l'ampleur, avant de donner leur "jugement" ou avis. Ils interprètent à leur manière, ils se doivent donc d'être de bons spectateurs. Ce n'est pas à négliger : pas tout le monde ne sait bien lire ou bien regarder ou bien écouter.
    Je ne dis pas qu'il y a une "bonne lecture" et une "mauvaise" lecture. Je veux dire qu'ils savent donner une interprétation, un jugement sur les choses qui les frappent. Ils sont attentifs.

    En donnant leur avis, ils donnent également, d'une certaine manière, leur conception de ce que doit être l'art qu'ils critiquent. C'est ce qui à mon sens est le plus intéressant. Au-delà des "c'est mauvais, atroce" ou "c'est sublimissime, extraordinaire etc...", leurs arguments se fondent sur une conception de l'art, certes personnelle, mais qui mérite d'être écoutée, à défaut d'être suivie. Leur culture permet de rendre plus solide cette conception, ainsi que le temps qui la soumet à des changements, des évolutions..
    N'oublions pas que les artistes et les critiques peuvent également marcher ensemble, sans forcément se haïr, s'opposer, mais aussi s'influencer, se faire avancer les uns les autres dans l'"art" qui est le leur.
  • Un critique, ça n'existe pas.
    Pour preuve ce qu'on a pu dire sur Baudelaire. Pour preuve ce que Gide a dit de Proust.
    Ce sont de petites bestioles soumises à une norme hypocrite et vouée toujours à évoluer.
  • Si la question t'intéresse, margotonmouton, il y a un numéro pas mal des Temps modernes sur la critique littéraire : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Revue-Les-Temps-Modernes/Les-Temps-Modernes503
  • Restent quelques contre-exemples d'envergure. Outre Sainte Beuve dont les critiques ont fini par constituer une véritable œuvre littéraire,

    Contre-exemple, Sainte-Beuve ? Poète mineur, romancier raté, il n'a su reconnaitre ni le génie de Balzac (« Je lui passerai ma plume à travers le corps, je referai Volupté » aurait dit le romancier après une mauvaise critique), ni celui de Stendhal, ni celui de Baudelaire.
    Il ne reste rien de sa critique : un montage d'extraits dans un Petit Larousse, c'est tout ce que j'ai pu en trouver, avant internet, il est juste de le dire.
    Bref, ce pauvre Charles-Augustin est le type même du critique qui critique faute de pouvoir créer.

    A décharge, je livre cette remarque de Truffaut, que je ne parviens pas à retrouver, et dont je ferais donc une libre adaptation :
    un cinéaste ne peut faire un bon juré de festival (il pensait à Cannes) car il ne jugera pas le film tel qu'il est, il jugera le film d'après l'écart entre ce que l'auteur en a fait, et ce que lui, juré, en aurait fait. Bref, être de la partie nuirait à l'objectivité.
  • ComteDeValmont a écrit:
    Un critique, ça n'existe pas.
    Pour preuve ce qu'on a pu dire sur Baudelaire. Pour preuve ce que Gide a dit de Proust.
    Ce sont de petites bestioles soumises à une norme hypocrite et vouée toujours à évoluer.

    Voici un sévère jugement sur le travail qu'exercent encore aujourd'hui et depuis toujours beaucoup d'entre nous. J'ai presque envie de dire que la critique s'est développée parallèlement à l'art, donc de ce point de vue les œuvres d'art en sont dépendantes, tributaires.
    Je trouve que c'est un art (en un autre sens ;) ), d'ailleurs, de critiquer (la preuve, on ne sait pas tous le faire) et que les réduire à des bestioles soumises me paraît excessif. Dans ce cas, les artistes ne sont-ils non plus pas voués à évoluer ? Eux aussi sont soumis à des normes spécifiques de leur temps, il me semble.
    Faire appel aux arguments de Gide de Proust ou d'autres est une facilité, une manière d'esquiver le fond de la chose. Ce serait sympa de votre part d'en rapporter l'essentiel ici, pour qu'on puisse savoir de quoi vous parlez quand vous affirmez qu'un critique n'existe pas.

    (De manière générale ici, je trouve que l'on déploie toujours sa culture littéraire comme si tout le monde connaissait tout sur ce forum, sans jamais développer et argumenter de manière personnelle. La référence aux auteurs est une constante, comme pour exclure les gens qui ne connaissent pas. Pardonnez-moi cette petite excursion qui n'a sans doute rien à faire ici, mais juste pour que vous sachiez que c'est doté d'un pouvoir agaçant. Ok, ça donne l'occasion d'aller chercher par soi-même, de remplir son "inculture", mais de développer ça ferait gagner beaucoup de temps)


    Merci Polo.
  • le critique pour moi jeux un rôle importante, car sans critique on peut pas avance (C mon point de vue )
  • LaoshiLaoshi Membre
    La plupart des critiques sont des gens incapables de créer.
    Pour moi, c'est assez incroyable que des gens qui n'écrivent pas (ou ne dansent pas, etc.) donc, s'arrogent le droit d'émettre des jugements. Ils savent démolir ou porter au pinacle.
    Je ne suis pas loin de partager cet avis.
    Comme disait l'autre : La critique est aisée et l'art est difficile...
  • oui ta raison
  • JehanJehan Modérateur
    oui, t'as raison
    Tu as pourtant dit le contraire tout à l'heure...
  • "Le critique est un auteur à la seconde puissance" Friedrich Schlegel, L'atheneaum.

    Référence facile mais je suis assez en accord avec les romantiques allemands qui défendent l'idée que la critique fait partie de l'oeuvre et la déploie, la complexifie et lui donne sa véritable potentialité.
  • Delia a écrit:
    Contre-exemple, Sainte-Beuve ? Poète mineur, romancier raté, il n'a su reconnaitre ni le génie de Balzac (« Je lui passerai ma plume à travers le corps, je referai Volupté » aurait dit le romancier après une mauvaise critique), ni celui de Stendhal, ni celui de Baudelaire.
    Il ne reste rien de sa critique : un montage d'extraits dans un Petit Larousse, c'est tout ce que j'ai pu en trouver, avant internet, il est juste de le dire.
    Bref, ce pauvre Charles-Augustin est le type même du critique qui critique faute de pouvoir créer.

    :lol:
    J'avais oublié ce fil...
    D'après ce réquisitoire, il semble donc que ce pauvre Charles-Augustin apporte de l'eau au moulin de la détestation de la critique.

    La question n'est pas d'être d'accord ou non avec Sainte-Beuve ou de déterminer s'il a aidé à faire découvrir des écrivains et s'il est passé à côté de grands génies.
    Je relate juste qu'il est considéré aujourd'hui comme un grand critique littéraire français sinon le plus grand.

    Quant à dire qu'il ne reste rien de sa critique... Cinq volumes à La Pléiade - j'aimerais qu'il reste aussi peu de moi après ma mort ! :D

    Pour ceux que ça intéresse, voir l'article "Sainte-Beuve ou l'invention de la critique" (in Romantisme, 2000, numéro 109)
  • DeliaDelia Membre
    Quant à dire qu'il ne reste rien de sa critique... Cinq volumes à La Pléiade - j'aimerais qu'il reste aussi peu de moi après ma mort !

    Cinq volumes de la Pléiade... Combien de lecteurs ?
    Personne ne dit que Sainte-Beuve n'a pas pissé de copie, personne ne dit qu'il écrivait mal, mais l'opinion générale est que la postérité n'a validé aucun de ses diagnostics ce qui est un peu gênant pour un critique d'influence.
  • "Un critique, ça n'existe pas" ...

    Mon inculture dans bien des domaines m'oblige à reconnaître que certains critiques m'intéressent pour baliser devant moi.
    Et s'il fallait argumenter ... :) Je m'explique : j'aime les Chroniques de Maupassant, à double titre. C'est une facette du romancier et du conteur qui élargit ma perception. C'est aussi toujours un point vue dans le prisme d'une époque.
    J'apprécie Baudelaire critique d'art. Il me plaît à penser que son vieux père avait aiguisé son regard dès le plus jeune âge.
    Et puis, certains critiques littéraires ont tellement lu que même leurs écrits passionnés m'intéressent et guident aussi mes lectures.
    Quant aux critiques musicaux, même leurs avis tranchés me font encore dire "total respect" devant une telle connaissance des oeuvres et des interprètes.

    Mais bien sûr, on n'est pas obligé de partager mon point de vue. :/
  • Delia, j'adore cet enthousiasme parfois teinté de mauvaise foi qui rend si attachantes certaines de tes interventions. :)

    Le critique par définition est extrêmement faillible, fut-il actuel, génial ou visionnaire. Mais pour ce qui est du critique du passé, il est en effet fort probable que ses écrits très datés ne conservent pas la pertinence qu'ils pouvaient avoir à leur époque, que les avis aient été favorables ou dévastateurs. Les meilleurs critiques se remettent en général en question tôt ou tard.

    Admettons au moins que nous sommes au minimum nos propres critiques : or qui ne verrait jamais ses goûts évoluer serait bien à plaindre. Ainsi, ce qui nous semble vrai à un instant donné nous paraît étrange quelques années plus tard (quelques décennies pour les plus anciens... :/ )

    Qui d'entre nous n'a pas adulé tel auteur à 15 ans pour le rejeter ou minimiser à l'âge mûr, qui n'a pas ignoré tel écrivain à 20 ans pour le découvrir et le dévorer à un autre âge ? ;)
  • DeliaDelia Membre
    Delia, j'adore cet enthousiasme parfois teinté de mauvaise foi qui rend si attachantes certaines de tes interventions
    .

    Cela ne vous autorise pas à me tutoyer ni à me taxer de mauvaise foi.
  • LaoshiLaoshi Membre
    Personnellement, j'ai toujours eu du mal à lire les critiques. Tout comme les préfaces d'ailleurs. (Je n'en suis pas fière)
    Et je me suis toujours contentée de l'oeuvre brute.
    Avec le recul, je me rends compte que je suis sans doute passée à côté de points de vue intéressants.
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