Robert Antelme, L’Espèce humaine - Nous sommes au point de ressembler à tout ce qui se bat que pour

Bonjour j'ai un commentaire littéraire à faire pour la semaine prochaine mais je ne sais pas comment m'y prendre.


Mon professeur me demande de commenter le texte suivant de Robert Antelme:

« Nous sommes au point de ressembler à tout ce qui se bat que pour manger, au point de nous niveler sur une autre espèce, qui ne sera jamais nôtre et vers laquelle on tend ; mais celle-ci qui vit du moins selon la loi authentique — les bêtes ne peuvent pas devenir plus bêtes — apparaît aussi somptueuse que la nôtre « véritable » dont la loi peut être aussi de nous conduire ici. Mais il n’y a pas d’ambigüité, nous restons des hommes, nous ne finirons qu’en hommes. La distance qui nous sépare d’une autre espèce reste intacte, elle n’est pas historique. C’est un rêve SS de croire que nous avons pour mission historique de changer d’espèce, et comme cette mutation se fait trop lentement, ils tuent. Non, cette maladie extraordinaire n’est autre chose qu’un moment culminant de l’histoire des hommes. Et cela peut signifier deux choses : d’abord que l’on fait l’épreuve de la solidité de cette espèce, de sa fixité. Ensuite, que la variété des rapports entre les hommes, leur couleur, leurs coutumes, leur formation en classes masquent une vérité qui apparaît ici éclatante, au bord de la nature, à l’approche de nos limites : il n’y a pas des espèces humaines, il y a une espèce humaine. C’est parce que nous sommes des hommes comme eux que les SS seront en définitive impuissants devant nous. C’est parce qu’ils auront tenté de mettre en cause l’unité de cette espèce qu’ils seront finalement écrasés. Mais leur comportement et notre situation ne sont que le grossissement, la caricature extrême — où personne ne veut, ni ne peut sans doute se reconnaître — de comportements, de situations qui sont dans le monde et qui sont même cet ancien « monde véritable » auquel nous rêvons. Tout se passe effectivement là-bas comme s’il y avait des espèces — ou plus exactement comme si l’appartenance à l’espèce n’était pas sûre, comme si l’on pouvait y entrer et en sortir, n’y être qu’à demi ou y parvenir pleinement, ou n’y jamais parvenir même au prix de générations —, la division en races ou en classes étant le canon de l’espèce et entretenant l’axiome toujours prêt, la ligne ultime de défense : « Ce ne sont pas des gens comme nous. »

Eh bien, ici, la bête est luxueuse, l’arbre est la divinité et nous ne pouvons devenir ni la bête ni l’arbre. Nous ne pouvons pas et les SS ne peuvent pas nous y faire aboutir. Et c’est au moment où le masque a emprunté la figure la plus hideuse, au moment où il va devenir notre figure, qu’il tombe. Et si nous pensons alors cette chose qui, d’ici, est certainement la chose la plus considérable que l’on puisse penser : « Les SS ne sont que des hommes comme nous » ; si, entre les SS et nous — c’est-à-dire dans le moment le plus fort de distance entre les êtres, dans le moment où la limite de l’asservissement des uns et la limite de la puissance des autres semblent devoir se figer dans un rapport surnaturel — nous ne pouvons apercevoir aucune différence substantielle en face de la nature et en face de la mort, nous sommes obligés de dire qu’il n’y a qu’une espèce humaine. Que tout ce qui masque cette unité dans le monde, tout ce qui place les êtres dans la situation d’exploités, d’asservis et impliquerait par là même, l’existence de variétés d’espèces, est faux et fou ; et que nous en tenons ici la preuve, et la plus irréfutable preuve, puisque la pire victime ne peut faire autrement que de constater que, dans son pire exercice, la puissance du bourreau ne peut être autre qu’une de celles de l’homme : la puissance de meurtre. Il peut tuer un homme, mais il ne peut pas le changer en autre chose. »

Merci de prendre la peine de lire et d'essayer de m'aider, par exemple si vous avez des pistes pour des axes de lecture ça serait très sympa.

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour.

    Tu peux déjà consulter les fiches méthode, pour la méthode du commentaire...

    https://www.etudes-litteraires.com/fiches-methodologiques.php
  • Bonjour j'ai étudier en classe la méthode du commentaire. Ce que je cherche c'est de l'aide parce que j'ai du mal à analyser le texte mais je pense avoir trouver un plan:

    I- Le Choc de l'opposition entra la condition humaine et la nature au camp

    II-L'idéal du SS divisé

    III-L'espèce humaine selon Antelme

    êtes vous d'accord?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Je crois que ce texte émet des variations sur trois concepts : la bête, l'homme et le surhomme.
    Il est prise de conscience, acte de foi, tentative de survie...
    Il est lucide et cruel.
    Cherche d'abord quel effet veut produire l'auteur sur toi, lecteur.
    Le comment devrait te fournir un parcours de lecture dans ce texte argumentatif.
  • Bonjour, :)

    J'ai moi-même étudié ce texte en cours, nous travaillons en ce moment sur le thème de "Victimes et Bourreaux" et nous avons trouvé un plan de commentaire composé avec notre professeur.

    Le voici :

    I- Une réflexion sans pathétique

    a) Un texte réflexif qui met en scène l'Humanité
    b) Une absence de mises en scène et des bourreaux et des victimes
    c) Observation des types de phrases

    II- Hommes & Animaux

    a) Évocation de la thèse ( "L'Homme ne sera jamais un animal" )
    b) Cpdt crainte de l'auteur avec la possibilité victimes & bourreaux
    c) L'homme devant l'Homme ( Naît Homme --► meurt Homme)

    III- La double parole du déporté

    a) Le déporté dans la camp
    b) Le déporté qui n'est plus dans le camp ( tps de la mémoire dans la camp )
    c) Philosophie : question de l'Homme ( Sagesse )

    Voilà, bonne chance ☺
    Moi je dois rendre ce commentaire pour lundi ;)
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