Le point de vue interne

Bonjour,

Je me permets de vous contacter car j'ai une question.

En effet, je m'interroge sur le point de vue interne d'un récit.

Ce point de vue confère au récit une certaine subjectivité.

Ainsi, le lecteur peut s'identifier au personnage et aux situations qu'il vit.

Aussi, pouvez-vous m'indiquer si ce point de vue permet à l'auteur d'exprimer son propre opinion sur la société ?

Cdt,

PS : le titre du sujet n'est pas modifiable. Désolé de ne pas pouvoir corriger ma faute.
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    En principe non, sauf s'il utilise un de ses personnages comme porte-parole.
  • Bonjour,

    Merci d'avoir pris le temps de me répondre et d'avoir corrigé le titre du sujet.

    Autre point, est-ce l'auteur qui fait preuve de subjectivité ou est-ce le lecteur qui est amené à vivre l'action "à sa façon" ?

    Cdt,
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Dans le point de vue interne, la perception des choses s'effectue au travers du prisme subjectif d'un personnage.
    Cette subjectivité peut être une transposition de celle de l'auteur (par exemple dans les romans autobiographiques) mais l'auteur ne délègue pas formellement ce transfert (comme dans l'autobiographie).
    Quant au lecteur, sollicité par les impressions du personnage, il peut entrer en sympathie ou refuser cette perception.
  • Il s'agit du point de vue d'un personnage, et non de celui de l'auteur. Le personnage peut être relativement proche de l'auteur (caractère, vécu, opinions...) peut mais peut aussi être à l'opposé de celui-ci
  • Merci beaucoup de votre aide.

    Dans l'extrait suivant, Voyage au bout de la nuit de Céline, pouvons-nous dire que la focalisation est interne ? Notamment en relevant l'utilisation de la première personne du singulier ?
    " On y passerait tous"
    Donc pas d'erreur? Ce qu'on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n'était pas défendu! Cela faisait partie des choses qu'on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C'était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre!... Rien à dire. Je venais de découvrir d'un coup la guerre tout entière. J'étais dépucelé. Faut être à peut près seul devant elle comme je l'étais à ce moment-là pour bien la voir la vache, en face et de profil. On venait d'allumer la guerre entre nous et ceux d'en face, et à présent ça brûlait! Comme le courant entre les deux charbons, dans la lampe à arc. Et il n'était pas près de s'éteindre le charbon! On y passerait tous, le colonel comme les autres, tout mariole qu'il semble être, et sa carne ne ferait pas plus de rôti que la mienne quand le courant d'en face lui passerait entre les deux épaules.
    Il y a bien de façons d'être condamné à mort. Ah! combien n'aurais-je pas donné à ce moment-là pour être en prison au lieu d'être ici, moi crétin! Pour avoir, par exemple, quand il en était temps encore. On ne pense à rien! De la prison, on en sort vivant, pas de la guerre. Tout le reste, c'est des mots.
    Si seulement j'avais encore eu le temps, mais je ne l'avais plus! Il n'y avait plus rien à voler! Comme il ferait bon dans une petite prison pépère, que je me disais, où les balles ne passent pas! Ne passent jamais! J'en connaissais une toute prête, au soleil, au chaud! Dans un rêve, celle de Saint-Germain précisément , si proche de la fôret, je la connaissais bien, je passais souvent là, autrefois. Comme on change! J'étais un enfant alors, elle me faisait peur la prison. C'est que je connaissais pas encore les hommes. Je ne croirai plus jamais à ce qu'ils disent, à ce qu'ils pensent? C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours.

    Cdt,
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Oui.
    Le on vaut un nous = je + les autres.
    Il y a un je qui prend en charge le discours.
    Nombreuses expressions de la subjectivité et de l'affectivité...
  • Bonjour,

    Jean-Luc, je me permets de revenir sur votre phrase :
    Nombreuses expressions de la subjectivité et de l'affectivité...

    Dites-vous que l'utilisation de "je" confère une certaine affectivité entre le personnage et le lecteur et que le point de vue du personnage est subjectif ?

    Cdt,
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Le je qui parle livre ses sentiments.
    Par exemple : "J'étais dépucelé", la qualification triviale, " la vache"...
    Il choisit certains détails, signifiants pour lui. Il porte des jugements.
    Son expression est donc subjective.

    Dans la focalisation externe, nous avons en général à l'opposé une description objective et impersonnelle.
  • Bonjour,

    Merci de vos réponses.

    Diriez-vous que le point de vue interne "fausse" la réalité de par la subjectivité du texte ?

    Et dernier point à voir avant d'en avoir fini :)

    Pouvez-vous me confirmer que le point de vue de ce texte est externe ?
    Honteux, vaincu, écrasé, il retourna vers le chemin de fer, et s’en
    revint à Paris.
    Son cocher de fiacre assura que les barricades étaient dressées
    depuis le Château-d’Eau jusqu’au Gymnase, et prit par le faubourg
    Saint-Martin. Au coin de la rue de Provence, Frédéric 5 mit pied à terre
    pour gagner les boulevards.
    Il était cinq heures, une pluie fine tombait. Des bourgeois
    occupaient le trottoir du côté de l’Opéra. Les maisons d’en face étaient
    closes. Personne aux fenêtres. Dans toute la largeur du boulevard, des
    10 dragons galopaient, à fond de train, penchés sur leurs chevaux, le sabre
    nu ; et les crinières de leurs casques et leurs grands manteaux blancs
    soulevés derrière eux passaient sur la lumière des becs de gaz, qui se
    tordaient au vent dans la brume. La foule les regardait, muette, terrifiée.
    Entre les charges de cavalerie, des escouades de sergents de ville
    15 survenaient, pour faire refluer le monde dans les rues.
    Mais, sur les marches de Tortoni, un homme, - Dussardier, -
    remarquable de loin à sa haute taille, restait sans plus bouger qu’une
    cariatide.
    Un des agents qui marchait en tête, le tricorne sur les yeux, le
    20 menaça de son épée.
    L’autre alors, s’avançant d’un pas, se mit à crier :
    - Vive la République !
    Il tomba sur le dos, les bras en croix.
    Un hurlement d’horreur s’éleva de la foule. L’agent fit un cercle
    25 autour de lui avec son regard ; et Frédéric, béant, reconnut Sénécal.
    Gustave Flaubert, L’Education sentimentale, III, V (1869)

    Cdt,
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Plutôt que "fausse", j'utiliserais le terme de "colore".
    Quant au texte, il relève bien de la focalisation externe, hormis la 1re phrase.
    Honteux, vaincu, écrasé, il retourna vers le chemin de fer, et s’en
    revint à Paris.
  • Merci Jean-Luc d'avoir pris le temps de m'apporter ces précisions.

    Bonne journée,

    Bonjour,

    En fait, une dernière question :|

    Le point de vue interne ne renforce-t-il pas l'effet de réel ?
    De par le fait que le lecteur suive l'action de près ?

    Merci,
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Je ne pense pas qu'il y ait plus d'effet de réel avec la focalisation interne.
    Ce dernier est surtout produit par les effets d'insistance : accumulation, répétition, exagération... qu'on peut retrouver aussi dans le point de vue externe.
    La focalisation interne n'ajoute que la force de l'affectivité.
  • Bonjour,

    La question qui m'est posée est : quels effets produisent le point de vue interne et externe sur le réel.

    La présence d'exagérations, répétitions etc. est-elle dépendante du point de vue adopté ?
    Peut-on retrouver ces figures de style quel que soit la focalisation ?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Le point de vue externe décrit le réel tandis que le point de vue interne l'interprète.

    Les figures de style que j'ai indiquées peuvent se retrouver dans chacune des focalisations, mais elles n'auront pas le même but.
    Le nouveau roman décrit soigneusement des objets et leur donne une existence autonome, Balzac montre comment les lieux influencent les personnages... (focalisation externe)
    Dans Voyage au bout de la nuit, Céline, par Bardamu, livre ses peurs, ses désillusions, son pessimisme face à un réel menaçant... (focalisation interne)
  • Bonjour,
    je ne suis pas au point sur la question de la focalisation / du point de vue et c'est pourquoi j'en appelle à vos connaissances. Si quelqu'un pouvait éclairer ma lanterne j'avoue que ça m'aiderait grandement.

    J'ai un tableau synthétique à remplir pour mon cours de 2nde mais voilà je bloque.
    Dans le point de vue interne, j'ai compris qu'on connaissait le passé du personnage mais qu'en est-il de l'avenir ?
    Y a-t-il des incursions dans le futur du narrateur, dans ce qu'il se passera plus tard dans sa vie ou alors ne fait-il que référence à son passé ?
    Pourriez-vous aussi avoir la gentillesse de jeter un coup d'oeil à mon tableau ?
    Je vous en demande beaucoup j'en suis consciente mais vous remercie par avance pour votre gentillesse, votre bienveillance et votre générosité.
    Au plaisir de vous lire,
    Mélusine



    Pronoms personnels
    e = IL / ELLE i = JE (JE = TJS PDV INTERNE) IL / ELLE o= IL / ELLE

    Connaît-on les pensées/les sentiments d’un ou de plusieurs personnages ?
    e = NON i = OUI o = OUI

    On vit la scène en même temps qu’un personnage / On n’en sait pas plus que lui sur son futur
    e = NON i = OUI o = NON

    Voit-on la scène à travers le regard d’un personnage ?
    e = NON i = OUI o = NON

    Connaît-on le passé, l’avenir d’un ou de plusieurs personnages ?
    e = NON i= OUI (pour le passé) o=OUI

    On connaît tout des personnages, des lieux, des événements
    e= NON i = NON o= OUI

    Effet(s) recherché(s)
    e = OBJECTIVITÉ, SUSPENSE, MYSTÈRE
    i = ON SE MET À LA PLACE DU PERSONNAGE : COMPLICITÉ AVEC LE LECTEUR
    o = LE LECTEUR A TOUTES LES CARTES EN MAIN : IL A LE POUVOIR, IL EN SAIT PLUS QUE LE PERSONNAGE LUI-MÊME
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