Prépa littéraire Licence lettres modernes
Capes lettres modernes

pardonnez-moi si j'ai choisi ce titre brutal, mais je voulais attiser votre attention.
En réalité, le problème est moins dramatique que cela. Je suis un étudiant italien en France depuis un an, ça fait un an que j'ai arreté (pardonnez-moi, mon clavier n'a pas d'accent circonflexe) mes études pour améliorer mon français sur le terrain, et je partirais avec un an de retard supplémentaire par rapport aux étudiants français: le lycée, en Italie, dure 5 ans.
Après avoir obtenu une licence en philosophie avec une mention très bien, j'ai quitté l'Italie pour la France afin de continuer mes études philosophiques ici. Or, après 5 mois que j'étais en France, j'ai commencé à considerer les dangers de ce projet: en effet, les concours du CAPES et de l'agreg étant très difficiles meme pour un français, comment pouvais-je espérer les avoir, et ainsi faire de l'enseignement mon métier? Bon, lors de l'envoi des candidatures, j'ai postulé, d'un coté, pour une formation d'un an comme Guide Touristique, de l'autre, pour l'ENS de Lyon (en tant qu'auditeur libre en master1, Histoire de la Philo).
En connaissant la dure sélection faite à l'ENS, je me suis dit: bon, ils ne me prendront jamais, et s'ils ne vont pas me prendre, tant mieux pour moi: la philo ne donne pas à manger.
Après un mois, je reçoit les réponses: les deux avaient accepté mes candidatures.
Problème: la rentrée approche, et je suis en crise: d'un coté, la licence professionnelle promet une insertion dans le monde du travail plus ou moins facile, là où mon avenir en tant que philosophe n'est pas trop rassurant. De l'autre, le fait d'avoir été accepté dans une école (soit-disant) préstigieuse (pas comme normalien, mais bon...), et de pouvoir étudier la discipline que j'aime, en en ayant plus ou moins les moyens économiques...en somme, cela me fait rever. Mais après, je me trouve à penser: mon gar, t'as fait déjà des petits boulots dans la restauration, si tu fais de la philo et tu échoues, tu sais déjà où tu vas tomber...
Or, vous devez comprendre que, depuis désormais 8 ans, si je vais dans une libraire, j'achete un livre de philo. Si j'écoute une émission radio, j'écoute une émission de philo. Comment pourrais-je renoncer à cette occasion lorsque, si je le fais, tout live de philo, toute émission me dégouterait ( en me rappellant sans cesse l'occasion perdue)? et, pourtant, je SAIS que c'est un suicide, et j'ai en plus la possibilité de choisir.
Bref, je ne vous écris pas pour avoir des réponses, et les commentaires comme "la philo c'est de l'arnaque", quoique sympas - et vrais-, ne vont pas etre constructifs. Je souhaite plutot lire des opinions, des expériences, des conseils.
Merci

Réponses

  • lucaballandi, tout d'abord, félicitations pour avoir été reçu à l'ENS Lyon. Si je commence par cela, c'est parce que je pense que c'est un élément de réponse décisif. En effet, l'ENS Lyon, comme toutes les ENS, est traditionnellement tournée vers la préparation des concours d'enseignement. Être reçu -sur dossier comme sur concours- à l'ENS Lyon signifie donc qu'ils considèrent que tu as tes chances pour préparer ces concours. Tu as deux ans pour perfectionner ton français avant d'aborder la préparation du concours proprement dite. Bref, si c'est vraiment ce que tu aimes faire -et il semblerait que ce soit le cas-, je pense que tu dois y aller. Tu verras l'année prochaine si tu y arrives, et dans le cas contraire, tu peux toujours changer de voie.

    Mais il serait dommage de te priver d'une telle opportunité, non ? :)
  • Totalement d'accord avec Artz.
    Les études de philosophie ont des débouchés assez minces certes, mais ils ne sont pas toujours pour les autres. Que voulez-vous faire, enseigner ? Si vous avez été pris sur dossier à l'ENS c'est que vous avez les capacités pour réussir.
    Et, si vous échouez, vous aurez au moins un master de philosophie, ce qui n'est pas rien, et vous aurez fait pendant deux ans ce qui vous plaît le plus. Mieux vaut ça que d'entamer déjà sa rentrée avec des regrets...
  • Bonjour,

    Cela fait quelques années que je suis étudiant à l'ENS de Lyon, donc je pense pouvoir te répondre, bien que cela est compliqué. Le fonctionnement de l'ENS de Lyon est extrêmement complexe, parce qu'il est en même très fermé et très ouvert. Il peut être extrêmement bénéfique d'y passer, mais on peut aussi se retrouver déçu.

    Très fermé parce que le but principal est de former des chercheurs, sur un parcours master de recherche/agrégation/doctorat (Contrairement à ce que dit Artz juste au-dessus, l'ENS ne prépare pas vraiment à l'enseignement : oui la préparation à l'agrégation est excellente, mais il n'y a pas vraiment de préparation au CAPES, bien que cela dépendent des disciplines et des années). Mais ce parcours est long et difficile, et beaucoup d'étudiants dérivent de ce projet. L'Ecole leur en donne la possibilité, car, en même temps, l'école est extrêmement ouverte. Les passerelles entre d'autres universités en France et à l'étranger sont nombreuses, les allocations d'études ou de stages sont très accessibles, le nombre d'étudiants non normaliens correspond à plus de la moitié. Il y a énormément d'étrangers, comme toi, des gens avec des parcours très chaotiques qui changent de discipline tous les ans etc. En fait, il y a autant de possibilités d'expérience à l'ENS de Lyon que d'élèves. C'est donc un système appréciable de ce point, mais qui, il ne faut pas le nier, peut laisser des étudiants sur le carreau. Même si être passé par l'ENS de Lyon est prestigieux, tu peux y laisser tes plumes si tu n'y trouves pas ton compte.

    Si tu rentres cette année en Master 1 de philosophie, l'objectif principal est de faire un mémoire de recherche. Tu peux travailler sur absolument ce que tu veux dans la mesure où tu peux choisir un directeur de recherche n'importe en France et à l'étranger : comme tu viens de l'ENS, tout le monde acceptera de te diriger. Après le master 1, le master 2 recherche, année strictement semblable de rédaction d'un mémoire, est la continuité la plus logique. Tu auras un master 2 complet, mais est-ce que cela t'apporteras quelque chose dans ta situation ? Difficile de répondre, donc il faut voir les voies qui s'offrent à toi après une année de master 1 là bas.

    Tu veux enseigner en France ? Pour cela, il faut être fonctionnaire à moins d'enseigner dans le privé, c'est-à-dire être français, et tu es italien. Des dérogations peuvent exister mais je n'en sais pas plus. Pour enseigner, tu peux tenter le CAPES, mais dans ce cas l'ENS de Lyon n'est pas la solution la plus facile car aucune année de préparation n'y est consacrée.Tu peux aussi tenter l'agrégation, après deux ans de master recherche à l'ENS de Lyon. Mais je vais être franc : c'est mission impossible de chez impossible. D'après ce que je comprends tu es depuis un ou deux ans en France, ton niveau de français ne sera jamais suffisant. Bien sûr, tu peux être très bon, et peut-être que ta culture étrangère t'apportera quelque chose en plus dans le concours qui te distinguera des autres candidats. C'est possible, mais les chances sont faibles. Des étudiants exceptionnels, normaliens, ne réussissent ce concours qu'après deux ans d'un travail considérable.

    Maintenant je vais passer aux points positifs de faire ton année de master 1 à l'ENS de Lyon. Déjà au niveau financier, si tu es étranger, tu as une bourse facilement pour tes études, il faut que tu te renseignes et d'une manière ou d'une autre tu peux avoir de l'argent, et sinon au moins une place de logement à la résidence de l'ENS de Lyon qui n'est vraiment pas cher. Si tu n'as pas de bourse cette année tu dois pouvoir te débrouiller pour en avoir une l'année prochaine. Tout se fait plus ou moins au cas par cas donc demande à des différentes personnes. Ensuite, une année à l'ENS t'offre beaucoup de passerelles donc il faut pouvoir se saisir : des stages, des voies vers d'autres universités, faire ton master ailleurs, je pense notamment à l'ENS de Pise comme tu es italien, changer de master pour une matière qui te plaît le plus etc. Les étudiants étrangers sont vraiment nombreux à l'ENS et tu verras là bas les possibilités qui s'offrent à toi. J'ai connu plusieurs étudiants étrangers en master 1 qui n'ont pas fait de master 2 directement par la suite, donc qui se sont réorientés facilement vers quelque chose qui leur convenait plus. (Je précise si ce n'est pas clair : si tu fais un master 1 à l'ENS de Lyon, tu as énormément de chances d'être pris en master 2 si tu as travaillé un minimum)

    Voilà, je ne crois pas avoir vraiment clarifié les choses pour toi, mais c'est le fonctionnement de l'ENS qui est obscur et qui dépend vraiment des situations de chacun. L'école est extrêmement mouvante, et tout dépend de la situation présente. Des choses vraies en 2012 peuvent être complètement dépassées pour 2013 et vice-versa. Mais une ligne rouge reste toujours présente : l'excellence, le prestige et les possibilités d'ouverture. Pour conclure, à moins que tu sois vraiment en difficulté financière, je te conseille de faire ta rentrée à l'ENS de Lyon et de boucler ton année de master 1, tout ne prenant contact avec les directeurs des études pour mieux préciser ton parcours par la suite. Si tu as des questions, n'hésite pas à m'en envoyer en MP. Et au plaisir de peut-être te croiser cette année.
  • Pourquoi vouloir passer le CAPES ? Autant viser tout de suite l'agrégation.
    Pourquoi faudrait-il être français pour enseigner dans le privé ?
  • Je n'ai pas dit qu'il fallait être français pour enseigner dans le privé, relisez-ma phrase.
    Viser l'agrégation de philosophie en étant arrivé en France récemment, c'est d'une difficulté que je n'ose même pas imaginer, même si des exceptions sont toujours possibles.
  • Ta phrase est donc ambiguë. Mais elle reste fausse même pour enseigner dans le public !
    Aurai-tu pronostiqué une mention TB à la licence à quelqu'un arrivé encore plus récemment en France ?
  • Coltrane, je ne souhaitais pas débattre des différentes possibilités de l'ENS -ni de la légitimité qu'ont les ENS à permettre ces débouchés...-. Je dis simplement que si le département de philosophie l'a accepté, c'est parce que celui-ci considère qu'il a le niveau suffisant. Mais les concours dont nous parlons sont dans trois ans. Je pense que ça lui laisse largement le temps, d'une part, de progresser en français, d'autre part, de se faire une idée de ses chances.

    Par ailleurs, il est citoyen européen, il peut donc à ce titre passer ces concours au même titre que des Français -à ma connaissance, du moins-. Je ne pense pas d'ailleurs qu'il soit impossible d'avoir l'agrèg en étant étranger...

    Et quand je parlais de préparation à l'enseignement, j'entendais plutôt une préparation aux concours de l'enseignement, à savoir l'agrégation (les résultats des ENS sont tout à fait corrects) et le CAPES qui, n'ayant pas de programme, ne demande sans doute pas une préparation distincte de celle de l'agrégation -disons que la préparation est davantage sur une certaine méthodologie de la dissertation, exercice franco-français, et une certaine culture générale-.

    Bref, je maintiens mon propos. :)
  • Ah oui, en effet être ressortissant de l'UE fonctionne pour le Capes (+ Andorre et Suisse).
    Oui j'aurais pronostiqué une mention très bien sans problème. Mais le niveau n'est pas comparable du tout à l'agrégation. (juste pour rappel : 60 admis en 2013).

    Edit pour répondre à Artz : mon long message était destiné à l'auteur du sujet pour qu'il voit un peu plus où il met les pieds.
    En effet, le Capes repose sur une culture générale et la maîtrise de la dissertation, mais aussi d'une excellente prestation orale. Le niveau est accessible, je le nie pas, mais ce n'est pas en deux ans de master recherche qu'on l'acquiert ces qualités (je connais des étudiants de l'ens qui l'ont raté, car trop pris dans leur mémoire au moment des écrits). A l'ENS de Lyon, il s'agit surtout de faire un très bon mémoire, avec des cours centré sur les acquis récents de la recherche. Il est largement possible, à côté d'un master recherche, de se consacrer soi-même au Capes de philo, mais ce n'est pas la voie la plus simple. Autant faire un master enseignement à la fac. D'accord, comme tu dis, l'année de préparation à l'agrégation remplit en effet les exigences pour le Capes, mais ce n'est pas non plus la voie la plus simple dans le sens où le recrutement en tant qu'auditeur d'agrégation est une étape supplémentaire à franchir (plus ou moins drastique selon les années, cela dépend aussi de la réussite des promos précédentes).
  • Coltrane, je crois que nous savons tous, hélas, mille fois hélas, ce qu'est l'agrégation.
  • Lucaballandi a un excellent niveau de français, pour un italien. Et même, un très bon niveau tout court. Coltrane, sans vouloir vous attaquer personnellement, j'ai remarqué plusieurs fautes de conjugaison etc. dans vos réponses. Et pourtant vous êtes à l'ENS. Avec une telle passion, Lucaballandi va consacrer quelques instants de sa vie à sa culture et, français ou non, il pourrait très bien réussir le concours. S'il a acquis un si bon niveau de français en peu de temps, pourquoi ne serait-il pas capable de fournir le travail nécessaire à la réussite de l'agrégation?
    Il faut foncer, c'est une véritable opportunité pour un passionné.
  • La sélection pour rentrer à l'ENS est le signe que ton dossier tient la route et que tu as les moyens de réussir (sans cette première sélection, ma réponse aurait été plus nuancée). La maîtrise du latin (je suppose) doit aussi être un atout. Dans le supérieur français, il n'est pas rare que des italiens trouvent leur place, et au CNRS en section 35 aussi.
    Par ailleurs, le nombre de places pour le CAPES semble redevenir raisonnable.
  • Lyleith : la bonne vieille attaque sur les fautes d'un message sur un autre forum. Et oui, j'ai écrit un message assez long et mes yeux fatiguent très vite sur l'ordinateur, surtout en soirée. Vous dites que Lucaballandi est un passionné, qu'il a un excellent niveau et qu'il pourrait fournir le travail nécessaire à l'agrégation. Je suis d'accord avec vous, comme je l'ai dit, tout est possible. Et ses chances peuvent se multiplier s'il tente le concours deux fois (et dans ce cas, obtenir des bourses serait difficile la deuxième année). Mais on est dans l'optique de quelqu'un qui semble en difficulté financière, qui n'a pas les moyens de perdre des années et qui hésite sur son parcours. Dans ce cas-là, je ne crois vraiment pas que viser l'agrégation à tout prix soit la solution la plus idéale. Bien sûr, vous pouvez donner de l'espoir aux gens et dire qu'avec de la volonté, tout est possible. Mais le niveau à l'agrégation de philosophie est vraiment élevé. Allez une seule fois dans la salle de travail d'une ENS ou d'une très bonne faculté pour vous rendre compte de ce qui est demandé. Par rapport à ses concurrents, Lucaballandi accumule les retards. Il ne s'agit pas seulement de la langue, mais aussi de tout ce qui a été acquis en classe préparatoire, et même avant, dans les excellents lycées parisiens. J'essaye juste d'être pragmatique car j'ai vu trop d'étudiants perdre des années d'étude, dans le sens où leurs moyens financiers étaient trop limités. Je ne veux participer d'aucun élitisme en disant d'un air dédaigneux quelque chose comme "si vous n'êtes pas dans le moule, vous n'y arriverez jamais". Je serais le premier à me féliciter de sa réussite, mais je ne veux voiler la face à personne car l'agrégation est un niveau rude et il faut le savoir avant de s'y lancer.

    Varney : en effet beaucoup d'italiens trouvent leur place dans le supérieur français, et qui plus est à l'ENS où les étudiants italiens sont nombreux en thèse ou ailleurs. Dans ce cas là, il peut être envisagé un parcours sans l'agrégation, ce qui est possible, en envisageant des passerelles avec d'autres universités et en lien avec l'Italie par exemple, comme je l'ai dit dans mon premier message.
    Pour le CAPES, le nombre de places est bien raisonnable et il est accessible à quelqu'un de sérieux.
  • Encore une fois, Coltrane, nous connaissons l'exigence de l'agrégation, je fréquente suffisamment les salles de l'ENS ou de la Sorbonne pour me faire une idée de ce qu'ils attendent de nous. Cela ne change pas d'un iota ma position : d'ailleurs, dans les salles de l'ENS Ulm vous pouvez trouver des Italiens en nombre -et je me suis laissé dire que certains voulaient passer l'agrégation-. Et je pense que, si Lucaballandi n'a pas été confronté durant la classe prépa -que tous les étudiants français ne font pas- aux exercices types de l'agrégation, il aura deux ans pour s'y former -il doit être possible de prendre des cours d'agrèg pendant le M1 ou le M2-. Enfin, Lucaballandi ne semblait pas dire que sa situation économique était catastrophique...
  • Si tu le sens, il faut essayer, ce n'est pas plus un suicide que faire autre chose. (Surtout une chose pour laquelle on n'est pas faite).

    Perso, faire un master de philosophie et préparer le CAPES de philosophie, c'est ma seule raison de vivre. L'inverse de ton titre, donc! :)
  • NFNF Membre
    Si tu t'intéresses à la philosophie, je pense que le choix entre guide touristique et l'ENS sera vite fait (ou l'a été vu que nous sommes maintenant en novembre), au pire aller à l'ENS c'est repousser un job alimentaire d'un an ce qui est loin d'être désastreux dans une vie.

    Mais par pitié, que l'on cesse d'associer la philosophie à de l'ambition et de la passion ! On peut très bien être dans une cabane au fin fond de la forêt et souffrir - ou si tu préfères s'emmerder - à penser sans espérer aucune reconnaissance sociale tout en étant un philosophe bien plus authentique que beaucoup des gens qui fréquentent les ENS. Ne travestissons pas la philosophie en ce qu'elle n'est pas, à savoir une bataille de coquelets cherchant à assouvir sous couvert d'amour une sorte de principe de plaisir.
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