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Capes lettres modernes

Bonjour,

Voici le sujet qui devait être traité aujourd'hui même au CAPES de Lettres Modernes.

Je ne puis croire au nécessaire triomphe du Roman. Sa formule est grossière par excellence et sa transsubstantiation médiocre. Il réclame de se développer. Il a besoin du temps. Il lui faut aligner toute une série de causes et d’effets, et il n’est même pas réversible. Comme un long fil d’acier, il doit surtout faire preuve d’une ductilité grande (300 pages) et, pour ne pas se rompre, d’une considérable ténacité. Victor SEGALEN, Sur une forme nouvelle du roman ou un nouveau contenu de l'essai, 1910.

Commentaires, critiques, remarques bienvenus. Si vous avez participé à l'épreuve, qu'en avez-vous pensé?
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Réponses

  • PoloPolo Membre
    Pas bien passionnant...
  • YueenYueen Membre
    Le sujet était relativement compliqué, puisqu'on sent une tension très clair de Segalen contre le roman au profit de la méthode essayiste. Problème cependant, la citation normalement invite à transcender le postulat de base pour proposer une "solution", sans vraiment connaitre Segalen il était difficile de voir si oui ou non on partait dans la bonne direction...
  • Comme beaucoup d'autres, à la vue du sujet je me suis dit "bon...bah...à l'année prochaine". J'ai fait une sieste d'une heure, contempler le ciel bas et lourd comme un couvercle de ce matin et j'ai joué la carte de l'audace. Il était évident au vu du titre de l'article, qu'il mettait au pilori la forme du roman. Aussi, avec les deux termes barbares "ductile" et "transsubstantationhypercalifraligicapesmachindociose" il ne pouvait être qu'un auteur différent des autres. A partir de là
    je me suis dit qu'on devait avoir un avant-gardiste. Sa définition de ce que devait être et ce que n'était pas le roman, m'a fait penser à l'OULIPO donc j'ai joué la carte du surréaliste avant l'heure. D'autant plus que Segalen était un voyageur (chine, polynésie). J'ai donc composé avec le peu d'éléments que j'avais là. Mon manque de connaissances sur l'histoire littéraire m'a tué. Si d'autres ont pris un autre chemin, j'aimerais voir les oeuvres citées.
  • SPQRSPQR Membre
    Je trouve que c'est un beau sujet; l'idée de "transsubstantiation médiocre" est intéressante et riche.
  • Aviez-vous un dico ou un petit lexique pour accompagner le sujet ? Parce que, "ductile", je ne l'emploie pas vraiment tous les jours.

    Je m'inscris en M1 MEEF afin de préparer le CAPES de Lettres modernes à la rentrée... ça me fait un peu peur. Vous étalez beaucoup votre culture littéraire dans cette dissertation ?

    Merci.
  • "Transsubstantiation" et "ductilité", c'est quand même pas la mer à boire, je veux dire, à ce niveau-là...
    Remarquez, ça pourrait en motiver plusieurs à reprendre le latin ! ;)
  • YueenYueen Membre
    Ductile désigne avant tout la propriété d'un matériau, il n'est donc pas spécialement évident de faire le rapport entre ce genre de mot et une dissertation sur le roman, pour répondre à ta question KevinSartre, il n'y a pas de notes explicatives dans la dissertation et oui, le but de l'exercice est vraiment d'étaler sa culture/confiture littéraire, encore faut-il vraiment que le sujet s'y prête (cf le sujet de CAPES sur Gracq en 2007 ou encore les sujets sur le journal intime...)

    Pour transsubstantiation, je veux bien que l'écrit requiert un minimum de connaissance du lexique et/ou de culture religieuse, mais le fait est que Segalen a son propre vocable et que si l'on ne connait pas un peu son parcours (et sa fascination pour la transsubstantiation notamment chez le poète), il est difficile de voir où il veut en venir, et je pense très sincèrement que placer deux termes aussi complexes en 3 phrases n'a pas aidé une grande partie des candidats qui n'ont pas compris où la citation devait les emmener.

    Dans les deux cas, il n'y avait pas de plan évident, l'impression de lecture était plutôt "à mort le roman", à nous de nous débrouiller pour argumenter ^^
  • Qu'avez-vous adopté comme plan? Je mettrai le mien en ligne lorsque je serai sur mon ordi.
  • Personnellement, je ne me suis pas pris la tête pendant des heures sur la ductilité ou sur la transsubstantiation. Il faut faire abstraction des notions un peu fumeuses qui sont faites pour effrayer les candidats, je pense.

    Personnellement, j'ai problématisé ainsi : Dans quelle mesure le roman peut-il assurer, sinon son triomphe, sa longévité ?

    En 3 parties de deux sous-parties chacunes.

    I. Une formule du roman ?
    1. Tendance XXémiste à réduire le "roman" à ce qu'en a fait le XIX° siècle comme s'il existait une "formule du roman", qui serait donc canoniquement réaliste, naturaliste... Mouvance autour du Nouveau Roman (à laquelle n'appartient pas Segalen mais qui semble aller dans le sens d'un renouveau du roman dans cette citation) et qui a la fâcheuse manie de le réduire au modèle balzacien. Soupçon, donc, que Segalen est dans cet état d'esprit : post-Parnasse qui remet en cause le réalisme et pré-Nouveau Roman.
    2. Ce qu'est, en fait, le roman : brossage à grand traits qui tend à prouver qu'il n'est pas possible de trouver une formule unique au roman, qu'on ne peut pas le définir parfaitement parce qu'il tient de l'incomplet par les multiples possibilités qu'il apporte, toussah.
    Hérité de l'épopée, c'est un espace expérimental, du monde et de l'écriture, et pour ça, il est infini.

    TR : du reste, on n'a pas attendu le XIX°, Segalen ou le Nouveau Roman pour le "développer".

    II. Le roman et ses métamorphoses.
    1. Rétrospective historico-sociale. -> Comment, du Satiricon de Pétrone au XIX° siècle, le roman a su se mouvoir, s'adapter aux idéaux humains et aux sociétés. Comment, en somme, il a pu subsister et se transformer, allant du roman satirique de l'Antiquité au roman de chevalerie, puis au roman humaniste, et à celui d'analyse. Comment il devient libertin sous la Régence, philosophique pour soutenir l'ouverture du monde, épistolaire quand émerge l'intérêt pour le for intime, etc., etc. Evidemment, exemples à l'appui, plus ou moins canoniques.
    2. Le roman est-il bel et bien irréversible ?
    Je me suis appuyé sur le Racine et Shakespeare de Stendhal pour envisager le roman comme étant résolument moderne (= romantique chez Stendhal), au sens où il est tourné vers l'avenir et rejette la nostalgie du classique. Pour Segalen, le classique, c'est le XIX°. Le roman, à chaque étape de sa fondation, intègre de nouvelles caractéristiques, de nouvelles modalités d'écritures. Il est progressiste. C'est ce "même pas réversible" qui fait justement sa subsistance : revenir en arrière est vain.

    TR : Le roman est en mouvement perpétuel : quelle cohérence peut-on en attendre ? Qu'est-ce qui fait sa ténacité ?

    III. Un pervers polymorphe. (Ouais non, je l'ai pas dit comme ça mais là c'était marrant).
    1. Formellement.
    -> Taille : il peut être bref (Regain, Giono, l'Etranger, Camus, La Princesse de Clèves en son temps)
    long (Artamène ou le Grand Cyrus de Scudéry, l'Astrée d'Urfé, Belle du Seigneur, etc.)
    moyen (les fameuses 300 pages) Le Père Goriot, Un roi sans divertissement.
    en série (les Amadys, Le Seigneur des Anneaux.
    -> Personnages pluriels : >< à la tragédie : pas de restriction de personnel (duchesse de Langeais aristo, dr Rieux bah... docteur quoi)
    -> Multiplicités de modes narratifs. Capacité à intégrer d'autres genres.
    ====> Démocratisation de l'écriture : il y a tant de manières de faire du roman qu'il est plus aisé d'en faire donc potentiellement plus d'écrivains de romans.
    2. Un genre, des sous-genres.
    Métamorphoses successives dans le temps, mais polymorphies contempo.
    Emergence de la fantasy (conte merveilleux + roman de chevalerie + nouvelle fantastique).
    Emergence des littés post-coloniales et francophones qui privilégient le roman (Boudjedrah, Kourouma)
    Romans jeunesse. Romans policiers, etc., etc.
    "Paralittératures" (avec une petite pique à ceux qui pensent qu'il y a de la sous-litté)
    ====> Démocratisation de la lecture : il y a du roman pour tout type de lecteur, donc plus de lecteurs potentiels.

    CCL : On peut peut-être nier le "nécessaire triomphe du roman", mais on est forcé d'admettre son triomphe de fait (marché du livre + production effective contemporaine).
    Triomphe du à cette capacité d'adaptation hors norme grâce à ce qu'on lui reproche justement : cette informité, cette absence de formule définie. Toussah toussah.

    Voilà. Advienne que pourra.
    La grammaire, c'était loin d'être mon bébé. Je suis plutôt réfractaire à l'apprentissage bête et méchant et j'ai pas la bosse de la grammaire. J'admire les gens qui ont cet instinct d'ailleurs. :D Donc je dirais avoir sauvé les meubles. Le sujet de stylistique versait peut-être un peu trop dans l'analyse littéraire, et j'ai eu tendance à dévier de ce côté, ce qui est reprochable, of course. J'ai zappé les questions de morphosyntaxe, blindé les lexico, valà valà...


    D'ailleurs, z'avez une idée de quand tombent les résultats ?
  • Oui, ça tombe le 12/07 (ce qui est exceptionnellement rapide si on compare à la session de l'année dernière!). D'autant plus que les jurys des oraux (qui se déroulent en ce moment, je les ai passé le week-end juste avant les écrits) sont les mêmes que ceux des écrits.
  • Sullien a écrit:
    "Transsubstantiation" et "ductilité", c'est quand même pas la mer à boire, je veux dire, à ce niveau-là...
    Remarquez, ça pourrait en motiver plusieurs à reprendre le latin ! ;)

    Transsubtantiation, en tant que terme ancré dans la culture chrétienne ne pose aucun problème. Mais "ductilité", un terme technique comme le disait Yueen, en pose un... A moins que l'exercice de composition ne relève d'un concours de pédanterie, je vois mal l'intérêt de ne pas expliquer ce terme. Enfin bon, c'est pas bien méchant car dans le contexte il se devine.

    Merci Yueen pour ces précisions ! :)
  • Pour ma part, qui ai également tenté ma chance cette année, j'ai bien entendu buté sur les mots que vous avez relevés. Si la notion de transsubstantiation m'est familière (en fait je la trouve passionnante :)), j'ai eu beaucoup de mal à la rapprocher du roman. La transsubstantiation est le corps du christ qui devient pain et vin. Mais adapté au roman ça donne quoi ? Je l'ai rapproché de la notion de la catharsis, mais c'est un peu fumeux.
    Quant à la ductilité, j'étais persuadé qu'il s'agissait d'un quasi synonyme de "fluidité", ou que ça s'appliquait à des éléments liquides. Du coup je l'ai mis en opposition avec la ténacité, opposition que j'ai confirmée par l'emploi du chiasme entre "ductilité grande" et "considérable ténacité". Manque de bol la ductilité, ça n'a rien à voir avec les fluides mais avec les filaments.

    Quant au mot "formule", il m'a laissé un peu circonspect. Une formule magique, une formule mathématique, une formule entré + plat + dessert à 28 euros ok, mais la formule du roman, merci bien ... du coup j'ai glosé ça par "ensemble des critères génériques".... merci d'être venu, on vous appellera... Gros fiasco pour moi cette dissertation... dégoûté.

    Sinon tout à l'heure j'étais chez Gibert et je tombe par hasard nez à nez avec un bouquin de Segalen, Stèles , apparemment son pus reconnu et indéniablement original. En fait il s'agit avant tout d'un poète sinologue, ce qui me réconforte un peu parce que, bizarrement, je sentais que cet énoncé, il y avait certes un jugement de valeur sur le roman, mais surtout par rapport à aux genres sans que jamais ceux-ci soient nommés.

    Enfin bref... Alea jacta est...

    Ya une autre session en avril y paraît
  • Tu pourrais nous donner le plan que tu as adopté ? On s'est peut-être croisé si tu l'as passé à Paris ;p
  • Bonjour,

    Première fois pour moi - persuadée au départ que j'allais planter la grammaire (trop peu de temps de préparation, donc impasse sur l'AF entre autres) et me rattraper en composition. Au sortir des épreuves, un peu l'impression de l'inverse au final - même si en grammaire je serai notée sur 15 puisque je n'ai pas traité les deux question d'AF. Le sujet de composition était en effet un peu déstabilisant... Pour moi, j'ai pris une direction particulière - ça passe ou ça casse - puisque j'ai choisi de voir dans cette critique du roman une valorisation implicite de la poésie... vu que la seule chose que je savais sur Segalen c'est que c'est un poète. De plus, j'ai utilisé la date de parution de l'essai de Segalen pour situer sa réflexion à une époque-charnière : au XIXème la poésie a pris son envol et rompu avec les codes et les canons, alors que le roman semble s'être figé dans une forme particulière, celle du roman réaliste. Donc l'analyse que j'ai proposée montrait que si le roman n'est "même pas réversible" ou que "sa transsubstantiation est médiocre", c'est par opposition à la réversibilité et à la transsubstantiation abouties de la poésie. J'ai expliqué "réversibilité" à la fois comme anti-linéarité (chronologie du roman qui empêche la liberté de l'auteur, liberté de la poésie) et comme échange (la poésie établit une équivalence entre auteur et lecteur puisque l'auteur parle pour le lecteur, alors que dans le roman l'auteur guide le lecteur - cf "ducere" en latin, guider... donc ductilité) ; et "transsubstantiation" comme la transformation magique/mystique/spirituelle qui charge le langage poétique (passage du langage quotidien à un langage divin) et fait du poète un prophète. Mister Cevalier au Lion, pour moi la transsubstantiation c'est la transformation de l'hostie en chair divine plutôt que l'inverse, je me trompe ? J'ai dû bâcler ma IIIème partie mais en gros j'y parlais de l'aspect visionnaire de Segalen qui ouvre un débat, et des changements que connaît le roman au XXème siècle, du Nouveau Roman à la science-fiction en passant par les oeuvres poético-romanesques de Vian.

    A la base plutôt contente de moi, ensuite frustrée car j'ai fini sur le fil (mon intro, que je fais toujours à la fin, est foireuse, et je ne préfère pas penser à mon ouverture de conclusion), après affolée par la possibilité du Hors-Sujet... maintenant je ne sais plus trop quoi penser.
  • Bonsoir,

    J'ai moi même fait une comparaison implicite avec la poésie dans ma 3ème partie et parler du style dans les romans réalistes (malgré les contraintes évoquées dans ma première partie ). Je pense qu'il fallait tenir compte que Segalen était un poète. Je me suis axée plutôt sur les adjectifs qui dénotaient un jugement de valeur négatif, toujours je pense en comparaison avec la poésie, genre noble : "médiocre" et "formule grossière". Pour moi, la transsubstantiation correspondrait au niveau littéraire à la "poésie pure".
    Pour ma 2ème partie, je l'ai axée sur le fait que le triomphe du Roman n'est pas "nécessaire" selon Segalen et essayé de prouver le contraire.
    On a toujours essayé de définir le roman en comparaison avec la poésie et les adjectifs allaient dans ce sens.
    J'ai été assez critique sur la définition assez réductrice du roman vu par Segalen.

    Je ne suis pas satisfaite de ma copie car par manque de temps j'ai bâclé la fin.

    Bonne soirée
    Elisabeth
  • Bonjour,

    Lexique : Grossier + médiocre + transsubstantiation + ductilité + formule + causes et effets + acier + excellence...

    N'y aurait-il pas ici une connotation alchimique, la science des métaux et essences ? (à adapter à la création poétique ?)
    La transsubstantiation du plomb en or, les matériaux grossiers, les lois de causalité dans les transformations, les formules alchimiques, la ductilité de l'or reconnue... Quelle belle métaphore pour un poète !

    En regardant de plus près, en amont, dans le texte d'où est issue la citation, on relève l'idée de "germe" (que transmet tout oeuvre d'art)...
    Puis, l'expérience du médecin-poète Ségalen en Asie au contact de spécialistes sinologues peut confirmer la thèse du processus alchimique propre à l'écriture, notamment poétique.
    Je ne sais pas. je dis ça : je dis rien...

    De mon côté, j'ai privilégié :
    - la perspective historique (année 1910 : essoufflement des codes romanesques, primauté de la poésie pour le déchiffrement du nouveau siècle, occultisme de l'époque - Huysmans fut un ami de Ségalen -, scientisme prédominant, les romans d'Anatole France...). Et Proust est pleine rédaction de sa Recherche qui ne paraitra que dans les années suivantes : Proust ou le renouveau du roman et de la critique littéraire.
    - L'inquiétude du début du siècle...Les polémiques... La folie dont parle Céline au début du Voyage : Apollinaire, Péguy, et lui-même Ségalen morts pour la France à la fin de la première guerre mondiale...).
    - Une définition de l'essai comme seul avenir possible du roman et de sa prose (qui ne peut être réversible comme le vers l'est ;) - Versus : retour-).


    Bref, un sujet qui oblige à bien des prises de risques.
    Bonne journée !
    Lucien
  • Jb69Jb69 Membre
    ComteDeValmont a écrit:
    Oui, ça tombe le 12/07 (ce qui est exceptionnellement rapide si on compare à la session de l'année dernière!). D'autant plus que les jurys des oraux (qui se déroulent en ce moment, je les ai passé le week-end juste avant les écrits) sont les mêmes que ceux des écrits.


    C'est juste hallucinant ! Comment vont-ils faire pour corriger en si peu de temps sachant qu'il y aura sans doute plus de candidats qu'à la dernière session ? Quelqu'un a-t-il eu des échos de plaintes de profs à ce sujet ?

    J'imagine que la présentation des copies jouera beaucoup :rolleyes:
  • Moi ce que je me demande aussi, c'est comment ils vont gérer les "démissions" des M2 qui auront été admis mais qui ont quand même tenté les écrits de cette session exceptionnelle. Ils vont les retirer du classement ? Faire une liste d'attente des admissibles susceptibles d'être repêchés ? Ne pas faire de repêchage ?
  • Je me suis éclatée sur la dissert... fufufu. Oui, j'avais les oraux vendredi et samedi, je suis rentrée dimanche et du coup, en plus d'être lessivée, je n'avais plus de stress du tout... Ca m'a permis de réfléchir - peut-être mal, nous sommes bien d'accord...

    La ductilité je ne connaissais pas non plus. Je l'ai associé au terme "longueur" avec l'histoire des 300 pages.

    La transsubstantiation, comme c'était le pain et le vin qui venaient du corps et du sang du Christ, j'ai pensé que ça pouvait être le passage du réel au factice... Je l'ai expliqué ainsi...

    J'ai fait comme plan, en gros :

    I. Le roman dans le temps

    A. "Je ne puis croire au nécessaire triomphe du roman" : Oui, il triomphe mais au prix de gros efforts, triomphe qui ne vient pas de soi. Il peut triompher de ses détracteurs mais est toujours remis en cause.
    Ex : Rousseau critique les romans dans son propre roman La Nouvelle Héloise ; Pourtant, considérable succès ! Opposition entre la critique faite au genre romanesque et la demande du lecteur qui accorde plus d'attention au romans qu'aux autres genres littéraires ; roman plus lu que les pièces de théâtre ou les recueils de poèmes.

    B. D'ailleurs, les romanciers veulent se justifier et s'excuser d'écrire des romans. Ils cherchent eux-mêmes à lui donner un autre nom, ils trouvent de l'intérêt dans d'autres sciences et d'autres arts.
    Ex : Zola montre l'intérêt de ses romans en les justifiant par rapport à la médecine et à la généalogie.

    C. "Il réclame de se développer. Il a besoin du temps" : Genre en constant tâtonnement sur de longs siècles, qui a besoin des siècles pour atteindre une perfection (perfection somme toute relative, différente pour chaque période littéraire). Chaque courant prend le contre pied, s'oppose à ce qui le précédait, s'en distingue.
    Ex : La Princesse de Clèves. Roman classique qui s'oppose à la préciosité de Melle de Scudéry : histoire simple, intrigue qui ne multiplie pas les récits enchâssés, personnages historiques réels proches dans le temps (Henri II à 1 siècle de distance de Louis XIV).

    II. L'écriture du roman

    A. "Sa formule est grossière par excellence et sa transsubstantiation médiocre" : aucun affinage dans les traits des personnages qui ne ressemblent que de loin aux personnes réelles, tant moralement que physiquement. Aucun exploit dans le passage de l'un à l'autre, du réel au factice. L'image ou la reproduction du réel n'aboutit à rien.
    Ex : pour Valery, le personnage de roman est un "vivant sans entrailles". Les personnages ne prennent pas vie. Les nouvelles tentatives d'écritures différentes ne sont pas récompensées, peu lues : La Soirée avec M. Teste.

    B. "Aligner une série de causes et d'effets" : Dans l'histoire, c'est comme dans la vraie vie. Les personnages et les événements sont le produit de l'auteur, aucune place au hasard
    Ex : Balzac surdétermine ses personnages à travers la description qu'il en fait, le lecteur a donc peu de place pour l'imagination. Ca empêche au lecteur de remplir les blancs pour se rapprocher des personnages. Le lecteur est alors concentré sur les causes et effets de l'histoire. L'explicit du Père Goriot. Posture de conquérant de Rastignac face à Paris comme conséquence de son lien avec Goriot.

    C. "Il n'est même pas réversible" : Les romans ne peuvent revenir en arrière, écriture comme intention d'auteur qui maîtrise l'histoire (oui, l'auteur n'est pas encore mort en 1910 !). Une fois écrit et publié, le roman ne peut revenir en arrière, ne peut faire revivre un personnage mort (bon, je sais que c'est faux, mais je n'avais pas d'exemple français... Mais je sais par ex. que Conan Doyle a tué Sherlock Holmes mais les "fans" l'ont menacé s'il ne le remettait pas à la vie..).
    Et à un autre niveau, les romanciers ne peuvent ignorer les avancées, les progrès de leurs prédécesseurs
    Ex : le monologue intérieur utilisé par Desjardins (Dujardin ??) dans Les Lauriers sont coupés. Le monologue intérieur sera repris par d'autres auteurs, Joyce en 1e...

    D. Un long roman : le roman s'oppose à la nouvelle : personnages complexes, histoire complexe, période souvent longue contre la nouvelle et ses personnages réduits à 1 trait, 1 seul événement majeur, histoire simple dont chaque mot dès le 1er doit tendre vers une fin (ce qu'explique Baudelaire à propos des nouvelles d'Allan Poe). Le roman peut rarement être lu d'une traite... "Considérable ténacité" : pour en venir à bout, il ne faut pas qu'il y ait de rupture. L'auteur doit aller au bout de son histoire, ce qui permet au lecteur d'y aller aussi et de ne pas lâcher le livre avant la fin.
    Ex : passion des lecteurs pour l'Astrée, très long roman pastoral.

    III. Antithèse / synthèse... Je ne l'ai pas appelée en fait... LOL

    A. Un long roman n'est pas nécessaire pour porter le nom de "roman"
    Remise en cause de la longueur à de nombreuses reprises.
    Au hasard, j'ai pris pour exemple les Lettres portugaises, qui ne reste pas moins un roman malgré ses 5 petites lettres.

    B. Opposition à la "formule grossière" : souci des auteurs pour trouver le mot juste, besoin de se rapprocher toujours plus du réel, autant dans le portrait physique que moral, de peindre des sentiments humains dans ce qu'ils ont de contradictoire.
    Ex : le mal du siècle est présenté dans Adolphe. Introspection, première personne, qui n'est pas tout à fait la réalité mais qui s'en approche, d'autant plus que le mal être décrit pour le personnage d'Adolphe est proche de celui de l'auteur, roman autobiographique.

    C. Opposition à la "transsubstantiation médiocre" : le roman peut à la fois, selon le but de l'auteur, permettre l'évasion ou nous présenter notre condition humaine. Quel que soit son but, il est là pour dire la vie, pour nous apprendre quelque chose sur nous-même, pour nous amener à nous interroger sur l'existence ou pour créer un sentiment de révolte contre l'injustice, la société.
    Ex : Voyage au bout de la nuit. Roman poignant dans son refus de la guerre, de la boucherie qu'elle représente, la fois dans le travail d'écriture (langage familier, vulgaire, argotique), le démonstratif "ça" que dans ce qui est dénoncé par Bardamu.






    Bon appétit bien sur ! :D
  • J'aime bien ton plan, Stéphanie. Du coup, tu me fais flipper. Huhu.
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