La métamorphose du genre romanesque au XXe siècle

Bonjour,
Dans Les Faux-monnayeurs, Gide écrit:"Je voudrais que les événements ne fussent jamais racontés directement par l'auteur, mais plutôt exposés (et plusieurs fois sous des angles divers) par ceux des acteurs sur qui ces événements auront eu quelque influence".
Commentez et au besoin discutez, en appliquant cette réfléxion au roman français de l'entre-deux-guerres. (oeuvre au corpus, Proust "Un amour...", JOUVE " Paulina...", ARAGON " Les clôches de Bâle", Céline "Voyage...", Montherlant "les jeunes filless"
Avant de me lancer dans la rédaction de mon devoir, j'aurais souhaité si possible, avoir un avis sur mon plan.
La problématique: renouvellement des techniques narratives. Remise en cause du roman traditionnel.Agencement des voix narratives. Pourquoi écrire? Comment écrire?
I/ Une réaction contre le réalisme ( et le naturalisme):
1-Une crise du personnage: remise en question de la cohérence du personnage réaliste. Sa psychologie apparaît comme peu vraisemblable. La notion de héros est mise en question. Le personnage balzacien représente un type social et psychologique. Positivisme. Influence des sciences humaines( Freud, Bergson, Schopenhauer). Réalisme des profondeurs.
2-Une crise du narrateur et de l'intrigue. On conteste la narration omnisciente où le narrateur guide le lecteur. On ne veut plus se "contenter de décrire les choses". On rejette l'idée d'une narration linéaire et de l'intrigue traditionnelle( situation de départ, péripéties, dénouement). Impassibilité de l'auteur comme le prônait Flaubert. Ne plus faire l'historien. Influence du cinéma. On s'oriente vers l'écriture du moi.
3/Une crise du style: Si pour Flaubert" le style c'est tout", cette notion de style en appelle à remettre en question le rapport entre langue écrite et langue parlée. Dans les années 30, on réagit contre la littérature de l'introspection des années 20. Certains écrivains critiquent cette littérature bourgeoise pour se tourner vers l'Histoire. Le renouvellemnt des formes littéraires se poursuit.

II/ les techniques narratives:
1/ Multiplicité des points de vue: Montherlant, Jouve. Utilisation du monologue intérieur, du journal. Zones d'ombre dans la narration..Illogisme des conduites.
2/ l'autobiographie fictive: Proust/ Céline. L'adoption de la première personne sauf dans le cas d'un amour de Swann. Expression de la subjectivité.Nouvelle psychologie de l'homme.Chronologie bouleversée
2/ Le style.
III/
1/ Un rapport au lecteur modifié: lecture active.
2/Intrusion d'auteur.
3/Comment écrire le réel?

Qu'en pensez-vous? D'avance merci. Réussir ma dissertation est capital pour moi.
Bonne journée :)

Réponses

  • Personne n'a répondu ? Je te donne mon sentiment : c'est rudement bien ! :)
  • Bonjour Débutante,

    Le sujet n'est pas simple à traiter. Mais il me semble que tu poses mal ta problématique si bien que tu donnes l'impression d'étaler ce que tu sais sans vraiment répondre au problème qu'on te pose. A mon avis, travaille bien ton explication de la citation de Gide et du questionnement qu'il en découle en intro pour servir de squelette à ta dissert sinon, il y a un gros risque de plantage.
    Je crois que ta première partie est très artificielle. Présentée comme ça en tout cas ça me semble hors sujet. Ton plan fait assez catalogue. Ok tu sais plein de choses mais ce n'est pas parce que tu les étales que ça te garantit une dissertation réussie. Ton plan ne semble pas répondre réellement à la problématique. On te demande d'illustrer avec des ouvrages et ça ne représente qu'une partie dans les 3 exposées !!!

    Avant toutes choses, je m’intéresserai aux termes employés par Gide avant de rédiger quoi que ce soit : "exposé" et non 'raconté', "auteur" et "acteur", "angles divers" et "influence" me paraissent des mots clés pour comprendre le sujet.
    Ensuite il te faudra illustrer avec les oeuvres en question voire élargir.
  • Tout à fait d'accord avec Pommeraie. La problématique n'est pas vraiment posée.
    Quelques remarques pêle-mêle:
    auteur : notion d'autorité
    intéressante construction de la phrase (regarder le ou les agents, auteur/ acteurs+événements, dans les différentes propositions).
    Pourquoi différents points de vue? A envisager, à mon avis, en opposition avec la notion d'auteur.
    Je trouve le "Je voudrais" très beau, et extrêmement problématique!

    Par contre, c'est tout à fait pertinent de réfléchir au rôle du lecteur (même si c'est très rarement le cas, et que cette troisième partie "tarte à la crème" énèrve bcp). En effet, l'opposition raconté/exposé, entre autres, le justifie pleinement.

    NB. Je ne suis pas sûr qu'il soit pertinent de parler de roman à la troisième personne pour Un amour de Swann. C'est plutôt une partie d'un roman à la première personne (et en cela très intéressant pour le sujet).
  • Bonjour,
    Merci à vous trois pour votre réponse. J'ai bien conscience de la faiblesse de mon devoir et je me suis contentée, il est vrai, de faire un assemblage d'éléments de cours. Il me faut un peu de temps pour réfléchir à un nouveau plan.
    Je pensais que le plus important à retenir était la volonté de présenter les faits par le biais de points de vue multiples. Pourquoi? Parce que Gide émet la volonté de faire collaborer son lecteur en le laissant imaginer et juger les vérités qui s'offrent à lui. Ce procédé permet entre autre d'installer du mystère( pas de narrateur omniscient qui sait tout). Chaque personnage a sa propre perception des choses, son propre regard.
    Je vois dans ce tte volonté de ne pas raconter directement les événements par l'auteur un refus de l'omniscience, un refus de guider le lecteur. L'opposition raconté/exposé se situe peut-être dans l'idée qu'il n'existe pas qu'une vérité unique imposée par un narrateur" tout-puissant".
    En vrac, les points à mettre dans le devoir.
    Faire l'histoire d'une conscience chez Proust, Céline( point de vue unique).
    Aragon :roman à thèse. Il marque ce tournant des années 30 où la littérature n'est plus à l'introspection mais s'intéresse à l'Histoire.


    Merci beaucoup pour vos précisions et vos pistes de recherche. Je repasse avec quelque chose de neuf.
    Merci au forum de m'avoir si souvent guidée!
  • Je vois dans cette volonté de ne pas raconter directement les événements par l'auteur un refus de l'omniscience, un refus de guider le lecteur. L'opposition raconté/exposé se situe peut-être dans l'idée qu'il n'existe pas qu'une vérité unique imposée par un narrateur" tout-puissant".

    C'est ce que Choderlos de Laclos a magistralement réussi, au XVIIIe, dans les Liaisons dangereuses.
    La fausse autobiographie remonte au premier siècle de notre ère, avec le Satiricon de Pétrone et les Métamorphoses d'Apulée, récits à la première personne dans lesquels s'enchassent des récits à la troisième personne.
    Les interventions d'auteur sont nombreuses chez Stendhal.

    Bref, les innovations que vous datez du XXe siècle lui sont largement antérieures.
  • Delia a écrit:
    C'est ce que Choderlos de Laclos a magistralement réussi, au XVIIIe, dans les Liaisons dangereuses.
    Néanmoins, c'est bien dans la couture, dans la disposition des lettres que s'entend, pour ainsi dire, une omniscience - voire une instance narratoriale. Par ailleurs, il pourrait être intéressant d'exploiter ce que Bakhtine a pu appeler "polyphonie du roman" (j'ai numérisé certaines pages du livre en question, si ça t'intéresse).
  • Néanmoins, c'est bien dans la couture, dans la disposition des lettres que s'entend, pour ainsi dire, une omniscience - voire une instance narratoriale.

    Parfaitement, et je dirais que c'est inévitable : dès qu'il y a narration, il y a forcément instance narratoriale. (Instance narratoriale, c'est joli, ça, je ne connaissais pas. Comme quoi il n'y a pas d'âge pour apprendre.)
    Un cas limite très intéressant est le Dossier 51 de Gilles Perrault. Le lecteur recrée l'histoire à partir des documents qui lui sont soumis, mais il y a bien au départ une instance narratoriale, celle qui a conçu ces documents, et leur ordre de présentation.
    Sauf si les fameux singes dactylographes réussissaient à produire un récit, tout récit a de toute nécessité un narrateur.
  • Merci Sullien pour ta proposition mais j'ai pas quelques éléments sur le roman polyphonique et monologique. Je vais faire avec ça. On m'oriente sur la voie de l'auteur mais par définition le romancier est omniscient puisqu'il crée. Alors je me dis qu'il faut partir de l'acte d'écriture et de sa fonction. Je crois que par cette volonté de ne pas présenter les faits directement par l'auteur, Gide prétend que ce ne n'est pas le rôle du romancier de "tout dire, tout voir et tout montrer". Pourquoi? Parce que le lecteur a son rôle à jouer. Je crois que tous ces romanciers ont cherché à styliser le réel. Ils ont tous cherché à être vrai mais avec des desseins très différents. Merci de votre aide en tout cas! Je vais retourner travailler.
    Bonne journée.
  • Tu es dans le juste débutante. En effet, Gide apporte de la subjectivité en mariant les points de vue de divers personnages ce qui force le lecteur à s'impliquer pour rétablir la vérité des évènements présentés.
    Bon courage pour ta dissertation
  • ce qui force le lecteur à s'impliquer pour rétablir la vérité des évènements présentés.

    ... ou à se dire qu'il n'y a pas de vérité objective, mais seulement des vérités subjectives.
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