Grammaire française Participe passé

Bonjour,

En lisant Le colonel Chabert j'ai été surpris par l'orthographe employée (dénoûment, long-temps...) et je voulais savoir si cette orthographe démodée serait fautive si on l'utilisait.

Merci d'avance ! :)

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    La variante dénoûment était toujours mentionnée par le Petit Robert en 2007 en même temps que dénouement. Elle ne l'est plus en 2009.
    La graphie ne s'est donc "démodée" qu'assez récemment, semble-t-il.
    Ce ne serait sans doute pas considéré vraiment comme une graphie erronée.

    En revanche, il doit falloir remonter loin pour trouver dans un dictionnaire la variante long-temps consignée à côtée de longtemps. Cette ancienne graphie-là serait donc considérée comme fautive...
  • Bonjour Jehan,

    Il y a des tas de mots du XVIIIe avec ce trait d'union. En connaîtrais-tu la raison ? Merci d'avance.
  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour, Fandixhuit.

    Peut-être une des raisons est-elle celle-ci (extrait de Wikipedia) :
    Dans sa première édition de 1694, le Dictionnaire de l’Académie française sépare beaucoup de mots, composés jusque-là en un seul mot, par des traits d’union, parfois sans cohérence (certains mots soudés sont conservés comme arrieremain tandis que d’autres non comme chauve-souris ou passe-port, ou encore les mots composés avec entre- sont écrits avec l’apostrophe tandis que les mots composés avec contre- ou passe- sont écrits avec le trait d’union).

    Notons que le trait d'union entre l'adverbe très et l'adjectif qui suit n'a été aboli qu'au XIXe siècle.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Pour dénouement/dénoûment, c'est l'histoire d'un retour à la case départ. En effet, le mot était dénouement dans les premières éditions du Dictionnaire de l'Académie, puis l'Académie est passée à dénoûment dans les éditions de 1798, 1835 et 1878 avant de revenir à dénouement en 1932. Littré faisait observer ceci :
    Il y a lieu à demander pourquoi l'Académie écrit dénoûment avec un accent circonflexe et dévouement avec un e, mots qui sont faits de même, l'un de dénouer, l'autre de dévouer.
    Aujourd'hui, il semble bien que dénoûment soit nettement plus rare, comme l'atteste l'absence de la variante dans le PLI et les versions modernes du PR. On a cependant d'autres alternances encore présentes dans les dictionnaires comme gaîté/gaieté.
    La faveur relative de dénoûment est très visible sur ce graphique, et correspond au milieu du XIXe siècle.
  • Merci Jehan. Apparemment aucune cohérence donc. Pourtant, je suis sûre qu'il y a une raison pour ce très-longtemps qui revient fréquemment : mot usuel au XVIIIe comme au XIXe, à la différence de chauve-souris ou passeport.

    Peut-on imaginer (si j'en crois Wikipedia) qu'on ait pu écrire trèslongtemps en un mot ???
  • JehanJehan Modérateur
    Ma remarque supplémentaire sur très était en fait mal choisie, puisque l'article de Wikipedia portait seulement sur les véritables mots composés, et non sur une association adverbe-adverbe un peu différente.

    Pour "très-longtemps", il ne s'agissait pas d'une variante d'un hypothétique et compact trèslongtemps soudé en un seul mot, mais d'un raccord systématique entre l'adverbe très et l'adjectif ou l'adverbe modifié, quels qu'ils soient.

    C'est long-temps au lieu de longtemps que Simon UA dit avoir trouvé chez Balzac.
    Tout à l'origine, on écrivait long temps.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    À ma connaissance, très ne s'est jamais intégralement soudé au mot qu'il précède. Dès la première édition du Dictionnaire, l'Académie prône le trait d'union :
    TRES. Adverbe, qui denote le superlatif, & se joint avec un nom, avec un participe, ou avec un autre adverbe. Bon, meilleur, tres-bon. sage, plus sage, tres- sage. assuré, tres-assuré. tres-connu, tres-estimé. vaillant, plus vaillant, tres-vaillant, tres-bien, tres fort, tres- sagement.
    Elle conservera cette position jusqu'au XIXe siècle comme noté par Jehan.
    Dans la pratique, certains imprimeurs suivaient cette règle, d'autres ne mettaient pas de trait d'union, mais je n'ai jamais rencontré un "trèslongtemps" soudé, et cela me semble même inimaginable.
  • Le trait d'union placé anciennement entre très et l'adjectif ou l'adverbe qui le suit s'explique par le fait que cet élément n'a pas d'existence lexicale autonome, mais constitue simplement la marque du superlatif absolu.
  • OK, Messieurs, notion du superlatif absolu bien comprise. Merci. Je comprends enfin le très-longtemps. Il était temps !
  • JehanJehan Modérateur
    Il semble bien que très, senti à l'origine comme un préfixe (du latin trans : tressauter, trépasser, trébucher, tressaillir, tréfonds... ) se soit parfois soudé à l'adjectif à l'origine :
    Son caractère originel de préfixe a longtemps subsisté dans l'orthographe: il est accolé au mot dans le Dictionnaire de R. Estienne (tresbon, treslong etc.), et on l'a lié ensuite au mot par un trait d'union (très-bon), que l'imprimeur Didot fut le premier à supprimer, suivi par l'Académie en 1877.
    (Tlf)
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    lamaneur a écrit:
    À ma connaissance, très ne s'est jamais intégralement soudé au mot qu'il précède. Dès la première édition du Dictionnaire, l'Académie prône le trait d'union.
    Si on remonte plus haut néanmoins, la soudure a pu être parfois faite, comme le dit le TLFi, en suivant Robert :
    Rob. 1985 explique cette façon d'écrire par l'orig. préf. de très: ,,Son caractère originel de préfixe a longtemps subsisté dans l'orthographe: il est accolé au mot dans le Dictionnaire de R. Estienne (tresbon, treslong etc.), et on l'a lié ensuite au mot par un trait d'union (très-bon), que l'imprimeur Didot fut le premier à supprimer, suivi par l'Académie en 1877.
    Le dictionnaire d'Estienne date de 1552. C'est un état assez ancien de la langue. On trouve effectivement dans les très vieux livres quelques soudures comme tresbon, treschrestien.
  • JehanJehan Modérateur
    Comme on se rencontre... Je viens juste de poster la même information ! :)
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Effectivement, quelle harmonie !
    Je suis allé voir par curiosité le dictionnaire d'Estienne à l'entrée "très". C'est amusant de voir qu'il liste comme des mots différents tous les superlatifs formés de "très", effectivement soudés. Il a bien treslong et treslonguement, mais pas treslongtemps (ni treslongtems).
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  • Treslong temps (ou tems) alors !
  • Balzac écrivait plein de mot différemment d'aujourd'hui, c'est assez frappant de voir comment ça a évolué. Mais dommage qu'une orthographe vieillie soit fautive juste parce qu'elle est vieille.
    :(
  • Je ne suis pas un spécialiste de Balzac, mais je sais qu'il aimait utiliser des tournures plus que désuètes.
    Je me souviens qu'il faisait exprès d'écrire lui persuader plutôt que le persuader.
    Il faut lui persuader de faire ceci.
    Ce qui n'était pas en usage courant à son époque.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    tancrède5a a écrit:
    Il faut lui persuader de faire ceci.
    Ce qui n'était pas en usage courant à son époque.
    Au contraire, c'est un usage très courant à l'époque, usage qu'on trouve chez presque tous les auteurs. Le dictionnaire de l'Académie de 1835 le note bien :
    Il régit souvent la chose directement, et la personne avec la préposition à. Persuader une vérité à quelqu'un. Il rejetait sa faute sur celui qui lui avait persuadé de la faire. On lui a persuadé de se marier.
  • Dans ce cas sur ce point je n'ai rien dit. :)
    Mais je suis sûr d'avoir lu que Balzac aimait user de tournures désuètes.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Tu as sûrement raison et je ne suis pas un spécialiste du style et du vocabulaire de Balzac. Mais en fait, je crois qu'il aimait surtout la richesse de la langue, pas spécialement son côté obsolète. Cette richesse, il allait la chercher tantôt dans des tournures désuètes et des provincialismes, mais bien souvent aussi dans des termes modernes : on sait par exemple qu'il a introduit (pour s'en moquer il est vrai) dans le Père Goriot les mots à la mode en -rama, qu'il utilise l'anglicisme partner, et on trouve en fait dans ces œuvres pas mal de premières attestations de certains mots. Il n'hésite pas non plus à utiliser des mots d'argot comme soûlographie et bien d'autres.
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