Littéraires vs scientifiques

Bonjour à tous,

Je suis fort heureux d'être inscrit sur un forum de littérature, domaine tant reconnu comme étant intellectuellement presque strictement opposé à celui de la science (molle et, surtout, dure).

Je suis doctorant en physique théorique à l'UPMC, et je serais passionné de discuter avec un ou une littéraire pour mettre en avant nos soi-disant très nombreuses différences, mais aussi, je pense, nos points communs. J'ai une vague idée de la réflexion d'un ou une littéraire (j'ai quand même fait un bas S, donc une première S !), comme un littéraire aurait une (trop) vague idée de la réflexion d'un matheux...

Alors première différence ou point commun : est-ce que la littérature du supérieur a quelque chose à voir avec celle du lycée ?

Cette question a tout son sens en sciences dures : en sup, on se retrouve dans un monde mille fois plus difficile, précis, bref, qui n'a rien à voir avec celui du lycée, mais VRAIMENT rien !

Très sincèrement,
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Réponses

  • Bonjour et bienvenue,

    Tout d'abord, mettons les points sur les i. La littérature est une science, une science sans nombres, avec des lettres. Ensuite, pour répondre à ta question, il me semble qu'on étudie de vastes corpus de textes, parfois déjà vus au lycée mais onc sur le même angle (je te le dis tout de suite, le sinus, le cosinus et la tangente ne t'aideront pas à le mesurer ;) ). Je laisse, sur ce, les étudiants te répondre mieux que moi et avec plus de vérité.
  • Je réfute l'idée que la littérature est une "science", la science ça représente des protocoles méthodiques et ordonnées. La littérature, c'est la liberté, la règle, c'est qu'il n'y en a pas.
  • On parle ici de l'étude, d'analyse littéraire, pas de création. J'ai un professeur qui insiste sur l'aspect scientifique. L'analyse, tout court, n'est jamais totalement libre. Il n'y qu'à voir la structure du commentaire de texte/composé pour se rendre compte du travail analytique et méthodique que cela exige.
  • Merci de vos réponses...

    Ouf, je ne m'attendais point à ce genre de réponse, à vrai dire !
    Je me doute bien qu'il n'y a pas de "cosinus" ou de "tangente" (sachez quand même que l'Univers mathématique n'est pas constitué exclusivement de cela :D)...

    Hélios, vous dîtes que la science représente "des protocoles méthodiques et ordonnées".

    Je trouve cette vision de la science sans coeur. Je vous rappelle (?) que la recherche, vous apportant alors une contradiction à votre propos, se constitue intellectuellement en deux parties :
    - une partie purement artistique.
    - une partie reprenant la précédente, en la théorisant précisément et rigoureusement.

    La partie artistique implique ce que je nomme la "possibilité scientifique". On créer UNE théorie, non pas LA théorie.
    ("théorie" n'est point à prendre au sens "science expérimentale", mais "science théorique").

    Quelle liberté, la science !

    En cela, voilà un point commun : il suffit de lire le message précédent de Verbum...
  • julien_4230 a écrit:
    Hélios, vous dîtes que la science représente "des protocoles méthodiques et ordonnées".

    Je trouve cette vision de la science sans coeur. Je vous rappelle (?) que la recherche, vous apportant alors une contradiction à votre propos, se constitue intellectuellement en deux parties :
    - une partie purement artistique.
    - une partie reprenant la précédente, en la théorisant précisément et rigoureusement.

    La partie artistique implique ce que je nomme la "possibilité scientifique". On créer UNE théorie, non pas LA théorie.
    ("théorie" n'est point à prendre au sens "science expérimentale", mais "science théorique").

    Quelle liberté, la science !

    Assez d'accord (et je suis plutôt littéraire :D). Il n'y a qu'à voir les récentes vidéos de Curiosity et de Hubble pour être émerveillé par les richesses de la recherche scientifique...
  • Vous avez raison, mais ce n'est pas ce que je voulais dire.

    Je vous rappelle que toute science est création de l'Homme, et qu'elle ne serait rien sans ses facultés de perception et d'interprétation de son environnement (à méditer).

    Mais une chose me semble claire : toute science dépend de son créateur. D'où sa contingence (et sa possibilité) !
  • Je crois que l'essence du littéraire est de saisir le Beau et que l'essence du scientifique est de saisir le Vrai. Ou peut-être le contraire...

    (Lisez Émile !)
  • Ce que vous dites sur la science est, me paraît-il, faux ou irréaliste.

    À moins que ce que vous appelez "science" désigne "mathématiques", et seulement cela ! Mais pour toute autre science, remplacez simplement "vrai" par "réalité"...
  • Oui, bien sur, j'ai été imprécis.

    Je crois que l'essence du littéraire est de saisir le Beau et que l'essence du scientifique est de saisir le Réel et que l'essence du mathématicien est de saisir le Vrai. Ou peut-être l'inverse...

    (Lisez Émile et pendez-vous !)
  • Je suis plutôt scientifique, et un de mes profs du supérieur a un jour dit une phrase qui m'a beaucoup fait réfléchir : "La science [il parlait en particulier de la physique] n'a rien à voir avec la réalité, on essaie simplement de construire un système cohérent qui s'accorde avec nos observations" (je ne suis pas très sûr de la phrase mais c'était à peu près ça).
    Je ne suis pas d'accord avec Verbum sur la littérature : je ne la considère pas comme une science ; il me semble, mais ce n'est là qu'un exemple, qu'en littérature on a plutôt tendance à montrer, alors qu'en sciences on a plutôt tendance à infirmer (j'ai rarement entendu parler en littérature d'une méthode appliquée dans le but de démontrer que le propos d'un prédécesseur était erroné, et je ne sais pas si ce serait encore de la littérature)...

    Pour revenir au sujet, j'ai l'impression que la recherche en mathématiques n'a rien à voir avec la recherche en physique, en chimie, en biologie, en sociologie, en linguistique, etc. On dit qu'il y a un grand écart entre les sciences et les lettres (et les arts), mais on considère moins souvent les gouffres qui se trouvent entre les différents domaines scientifiques ou artistiques. S et L sont des catégories grossières qui peuvent être pratiques pour l'orientation, mais plutôt qu'un découpage du champ des "connaissances", je les considèrerais plutôt comme des assemblages d'éléments très différents : qui oserait assurer que les mathématiques (plutôt science) et l'histoire (plutôt science) sont beaucoup plus proches entre elles qu'elles ne sont proches de la littérature (plutôt art), ou que la linguistique (plutôt science) est plus éloignée de la littérature que celle-ci de l'est de la danse contemporaine (plutôt art) ?
  • Indentié et Réalité d'Emile Meyerson évoque au début du XXe les problèmes épistémologiques que pose la subjectivité dans la construction des théories scientifiques. C'est une approche parmi d'autre ayant tendance à montrer que les différences épistémologiques qui structure notre rapport aux disciplines (avec ce genre de distinction "science de la nature" / "science de la culture ou humaines") sont des fictions. Il ne s'agit pas de dire que ces fictions n'apportent rien en elles-même et ne disent rien des approches différenciés que l'on peut dénoter, simplement, ça me semble être une gageure un peu naïve que de croire que l'on peut fonder "ontologiquement" ces différences.

    La distinction littéraire / scientifique est de ce point de vu particulièrement fade et sans prégnance.
  • Je suis ravi que de voir toutes vos réactions, j'en apprends des choses !
    Mais je voudrais creuser plus sur les préjugés.
    Avant, permettez moi, stdd, de vous dire que votre prof a absolument raison, mais il s'est trompé sur un mot : remplacez "réalité" par "réel", car la physique constitue une réalité possible, puisque auto-consistente (au sens de Gödel), mais certainement pas le réel ! La physique passe son temps à modéliser (mot très important). Un modèle est irréel ! En revanche, sa représentation du réel (= réalité) est elle seule compréhensible, et le lien liant réalité et réel est l'expérimentation scientifique.
    Mais je tiens à préciser une chose : la physique n'est PLUS aujourd'hui une science expérimentale ! Son essense s'est vue modifiée (suis-je sartrien ?) au le XIXeme siècle avec la naissance de la théorie des cordes. Depuis, on se met à faire des modèles qui nous permettent de comprendre la réalité sans vérifier par l'expérience, simplement parce que cela est (et restera pour certaines approches carrément mathématiques, par exemple en biologie génétique [c'est ma thèse !]) impossible à réaliser ! Prenez conscience de ce fait, et de nombreux physiciens vous dirons le contraire, soit parce que leur connaissance en physique n'excède pas celle de licence, soit parce qu'il faussement "historiquement puriste"...

    Concernant la littérature (je précise que j'aime bien Ionesco et Molière !!), je suis aussi conscient que les littéraires se sentent rabaissés par nous. Je discutais il y a fort longtemps avec une littéraire d'hypocagne, sur, sans aucune arrière pensée et de manière authentique, l'utilité ou les utilités de la littérature (jusqu'à ce que je m'a perçoive bien plus tard que la question était très mal posée et qu'il s'agissait plutôt de : "à quoi sert l'art ?"). Cette personne s'est sentie très agressée et est partie en pleurant (c'était une femme... je plaisante ! Non mais c'etaut vraiment une femme). J'ai dû être très maladroit et fort dans mes propos, mais que voulez-vous, j'essayais d'être objectif. Je regrette si je lui ai fait du mal même involontairement.

    Il y a en effet des scientifiques (j'en connais) qui prennent les littéraires pour des abrutis, mais en général, ces scientifiques (il y en a peu) sont frustrés et souffrent d'un complexe d'infériorité. Bref, il y a des cons partout ! Ce n'est pas mon cas (je dois être con pour autre chose !!), ma présence ici le "prouve".

    Les scientifiques n'ont pas à comparer et différentier la science et la littérature. Cela semble en contradiction avec ma présence. Pourquoi ce désir de comparer ?
  • (jusqu'à ce que je m'a perçoive bien plus tard que la question était très mal posée et qu'il s'agissait plutôt de : "à quoi sert l'art ?")

    Deux réponses possibles :
    1) par une autre question : à quoi sert le football ?
    2) positivement : l'art sert à ne servir à rien, car rien n'est plus indispensable que le superflu. L'art, c'est la gratuité... comme la recherche mathématique, dirais-je.

    Là gît peut-être la différence : les scientifiques voudraient que tout serve à quelque chose, les littéraires sauraient que rien ne sert à rien, et que c'est bien plus beau quand c'est inutile, comme Rostand le fait dire à Cyrano de Bergerac.
  • Enfin un grand désaccord qui me vient vers vous.

    Je suis OK pour votre réponse (c'est celle que je m'étais efforcé de trouver à l'époque). Mais ne dites pas que la recherche en mathématique et inutile puisqu'elle aura une application de compréhension demain, ou de compréhension de vérité... à moins que... !
    Bien, ce qui sépare l'art des mathématiques, c'est bel et bien leur fin : les mathématiques sont authentiquement faites pour parvenir à la vérité (toujours relative ! La écrite absolue était par essense inaccessible à l'Homme), si bien que l'art illustre le beau, vous l'avez dit.

    Tout compte fait, il y a un lien évident entre les deux !...
  • Encore une douzaine de pages comme ça et on a de quoi faire la publication des actes du colloque "Littéraires vs scientifiques". On pourra dire qu'il s'agit d'une parodie, ça passera peut-être...
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