À quelle partie de la phrase se rapporte cette expression ?

Bonjour !

Je cherche à comprendre le sens exact d'une phrase (enfin... d'une partie de phrase !) latine, n'étant pas moi-même un latiniste... Je vous la cite :

"... et huius mysterii gratia in omne tempus cum eo Christus se coniunxerit."

Je voulais savoir à quelle partie se rattache l'expression in omne tempus : à huius mysterii gratia ou bien à Christus se coniunxerit. Suivant la partie à laquelle on la rattache, cette expression prend un sens tout différent.

Alors,... merci si quelqu'un de compétent pouvait m'aider. ;)

Réponses

  • YvainYvain Membre
    Il manque le contexte, mais manifestement, in omne tempus se rattache à cum ... conjunxerit.
  • Merci pour votre réponse. Je vous mets la phrase en entier :

    De quolibet homine agitur, cum quivis comprehendatur mysterio Redemptionis, et huius mysterii gratia in omne tempus cum eo Christus se coniunxerit.

    Pourriez-vous m'indiquer comment vous me la traduiriez ? Et merci aussi - puisqu'on y est ! - si vous pouviez expliquer ce qui motive votre choix pour le ratachement de in omne tempus.

    Encore merci ! ;)
  • Je pense plutôt que in omnes tempus se met à la fin car il est relatif à toute la proposition coordonnée (la gratia et le Christ). Néanmoins, Jacques Vaissier n'a pas tout à fait tort. Le latin permet les anacoluthes, sachons-le.

    En espérant t'avoir aidé, Philippe. :)
  • YvainYvain Membre
    Je ne vois pas où il y a une anacoluthe...

    "De quelque homme qu'il s'agisse, quand quiconque est saisi par le mystère de la Rédemption, c'est par la grâce même de ce mystère que le Christ se sera uni à lui pour l'éternité"
  • jacquesvaissier a écrit:
    Je ne vois pas où il y a une anacoluthe...

    Je voulais dire que in omnes tempus pouvait avoir une place différente.
  • Très intéressantes, vos réponses. Je vois donc qu'il vous parait naturel de ratacher in omne tempus à la fin de la phrase.

    J'aurais envie de pousser plus avant; aussi deux petites questions :

    1) quel est le sens naturel, littéral de in omne tempus ?

    2) Et est-il donc possible de traduire par exemple comme ceci :

    Il s'agit de chaque homme, parce que chacun a été inclus dans le mystère de la Rédemption, et par la grâce de ce mystère, à chaque époque avec lui le Christ s'est uni.

    On voit ici que le in omne tempus prend un sens différent, celui de durée dans l'histoire de l'humanité. Une telle traduction est-elle valable ?

    Merci d'avance pour vos réponses...
  • YvainYvain Membre
    Si la préposition in était suivie de l'ablatif : in omni tempore, l'expression signifierait "en tout temps", "à chaque époque" ; mais ici, in est suivi de l'accusatif : in omne tempus. La préposition prend alors le sens de "pour", "en vue de", et semble plutôt se rattacher au verbe, élément "dynamique" de la phrase.
    Bien sûr, ceci vaut pour le latin classique...
  • "Traduction officielle" n français du Vatican :
    Il s'agit de chaque homme, parce que chacun a été inclus dans le mystère de la Rédemption, et Jésus-Christ s'est uni à chacun, pour toujours, à travers ce mystère.
    http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_04031979_redemptor-hominis_fr.html
  • Merci Jacques Vaissier pour vos explications très claires.

    C'est volontairement que je n'ai pas mis la traduction officielle, afin d'avoir un avis impartial sur le sens du "pour toujours" (in omne tempus) que je ne comprenais pas très bien (pour toujours= pour toute la vie, ou pour toujours= pour toutes les époques).

    Pour bien éclaircir ce point, je me permets d'apporter un nouvel élément qui me semble contredire un peu l'explication de Jacques Vaissier. Il s'agit d'un autre passage d'une autre encyclique de Jean-Paul II (http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_14091981_laborem-exercens_lt.html) :

    Si verum est hominem labores manuum suarum manducare (5), id est non solum panem illum cotidianum, quo corporis vita sustentatur, sed etiam panem scientiae et progressionis, civilis vitae humanitatis et ingenii culturae, verum est etiam in omne tempus hominem hoc pane vesci « in sudore vultus sui »

    traduit officiellement par :

    S'il est vrai que l'homme se nourrit du pain gagné par le travail de ses mains 5, c'est-à-dire non seulement du pain quotidien qui maintient son corps en vie, mais aussi du pain de la science et du progrès, de la civilisation et de la culture, c'est également une vérité permanente qu'il se nourrit de ce pain en le gagnant à la sueur de son front

    Sauf erreur, je crois qu'ici le "in omne tempus" signifie bien "en tout temps, à toutes les époques".

    Merci si vous pouviez confirmer ou infirmer...
  • YvainYvain Membre
    in omne tempus contient bien ici une idée de destination : c'est une vérité valable pour tout temps, traduit par "éternelle". Mais ici, la nuance entre l'accusatif et l'ablatif est plus ténue.
  • D'accord, je comprends mieux.

    Alors, je reviens sur mon premier exemple pour une dernière tentative de traduction, où le in omne tempus est rataché à et huius mysterii gratia ; cela donnerait :


    Il s'agit de chaque homme, parce que chacun a été inclus dans le mystère de la Rédemption, et par la grâce de ce mystère qui opère pour tout temps le Christ s'unit à l'homme.

    Valable ?
  • YvainYvain Membre
    Certes, mais le texte n'émane pas d'un auteur qui aurait écrit une phrase pouvant prêter à des interprétations différentes, comme c'est souvent le cas dans des textes latins médiévaux, par exemple ; ici, nous bénéficions d'une traduction officielle, validée par le Saint-Siège (et en matière de dogme, c'est capital) : pourquoi chercher d'autres interprétations ?
  • Ce n'est pas pour chercher d'autres interprétations; c'est plutôt pour saisir le vrai sens de cette phrase - qui était déjà dans Vatican II, mais justement sans le pour toujours - que j'ai posées toutes ces questions, qui ont pu vous paraître un peu futiles.

    Merci donc pour toutes vos réponses; et à plus tard... si j'ai d'autres questions ! ;)
  • YvainYvain Membre
    Non, ces questions ne seraient pas futiles si c'étaient Saint Augustin ou Saint Jérôme qui avaient écrit ces lignes ; du fait que c'est un auteur vivant au moment des traductions de son texte, il a pu en contrôler l'interprétation exacte.
    Mais cela met l'accent sur la difficulté qu'ont parfois les langues anciennes, le latin tout particulièrement, à formuler une pensée de façon vraiment univoque.
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