Grammaire française Participe passé

Bonjour,

Quelqu'un pourrait expliquer grammaticalement et sémantiquement la tournure "avoir été + inf" comme la phrase suivante :

- J'ai été passer deux jours chez lui à la campagne pendant que malheureusement la princesse était malade.

Merci à l'avance,
NJ

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Il s'agit d'un emploi familier du verbe "être" au passé composé, au sens d' "aller".

    J'ai été passer... = Je suis allé passer deux jours chez lui...
    Le but de mon déplacement (aller) était de passer deux jours chez lui.

    Autre exemple :
    J'ai été acheter du pain = Je suis allé acheter du pain.
    Le but de mon déplacement était d'acheter du pain.
  • Bonjour Jehan,

    Il me semble que nous avions discuté de cette tournure sur un autre topic. Effectivement, cela relève du registre familier car enfin être est un verbe d'état. Je préfère dire : Je suis allée acheter du pain que J'ai été acheter du pain.

    Non ?
  • JehanJehan Modérateur
    Au sens strict, oui, être est un verbe d'état. Mais il a de très nombreuses acceptions, et celle qui nous occupe ici est consignée dans le Trésor de la Langue française :
    d) [Aux temps passés, dans le style direct et le langage familier. être, suivi d'un compl. ou d'un adv. de lieu, s'emploie comme substitut de aller ] Il a été trop loin; elle a été hier au bal; Pierre a été à la porte et l'a ouverte. J'avais été au temple avec ma mère; puis, à la sortie, je l'avais laissée (LACRETELLE).− Le cirque... − Tiens!... tu fais bien de me le dire!... C'est justement là que j'allais te mener... − J'm'en doutais, et j'y ai été trois fois... (GYP).
    − [Souvent sans expression du lieu, suivi d'un infinitif.] Le Cardinal. − Prenez garde à Lorenzo, duc. Il a été demander ce soir à l'évêque de Marzi la permission d'avoir des chevaux de poste cette nuit (MUSSET).Autrefois je barbouillais du papier avec mes filles, Atala, Blanca, Cimodocée; chimères qui ont été chercher ailleurs la jeunesse (CHATEAUBRIAND).La nourrice. − La nuit! C'était la nuit! Et tu veux me faire croire que tu as été te promener, menteuse! D'où viens-tu? (ANOUILH).

    Dans le même ordre d'idée, aller est au sens strict un verbe de mouvement...
    Mais il ne l'est plus vraiment (sinon par vague métaphore ) quand il est utilisé comme semi-auxiliaire du futur proche.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Fandixhuit, tu es pourtant bien placée pour savoir que l'expression était très courante au XVIIIe siècle et point familière.
    Nota : les citations du TLF sont postérieures, parce que ce dictionnaire fait commencer ses citations au XIXe siècle, mais on en trouve à la pelle dans les auteurs classiques.
  • Bonsoir

    Je suis perturbé depuis quelques temps par la phrase suivante tirée de "Madame Bovary":
    "On avait été chercher un pâtissier à Yvetot, pour les tourtes et les nougats..."

    Quelqu'un peut-il m'expliquer le pourquoi du comment de cette curieuse construction ?
    Dans l'ouvrage "La grammaire du français moderne ; la phrase française" de Abdelhamid Drissi Messouak, je vois une explication page 313, mais j'avoue ne pas bien comprendre cette construction "attributive" cf https://books.google.fr/books?id=yUSSHizJkWsC&pg=PA310&lpg=PA310&dq=%22infinitif%20attribut%22&source=bl&ots=5YdHpadrnl&sig=01bWN10cSLlRBYgGrWX2ngKN-Hc&hl=fr&sa=X&ei=pLjkUPDmNIO3hAf-1ICYBA&ved=0CDUQ6AEwAQ#v=onepage&q=%22il%20avait%20%C3%A9t%C3%A9%20chercher%20le%20grattoir%22&f=false


    Je vous en remercie par avance.
  • JehanJehan Modérateur
    L'analyse de ce grammairien est vraiment étrange.
    Je ne vois pas de construction attributive ici, malgré le verbe être.
    Nous avons ici le verbe être employé non pas comme verbe-copule suivi d'un nom ou d'un adjectif attribut du sujet, mais le verbe être employé au sens d'aller, et conjugué ici au plus-que-parfait.
    C'est un emploi très courant.

    On avait été chercher un pâtissier à Yvetot = On était allé chercher un pâtissier à Yvetot.
    Il y a une idée de but sous-entendue dans l'infinitif qui suit :
    On était allé (pour) chercher...
  • Ce que je ne comprends pas c'est qu'il me semblait que cet emploi d' "avoir été" était totalement fautif.
    Dans un message précédent, cette construction est déclarée usuelle au XVIIIe....
    Alors je suis un peu perdu (surtout quand je vois cette tournure employée par Flaubert).

    Merci pour le commentaire sur la prose du grammairien qui demeure pour moi bien obscure.
    Cdt
  • Cette construction était très courante (donc acceptée) au XVIIIe siècle. On la trouve chez plusieurs auteurs.
    Cela ne veut pas dire qu'elle était fausse au XIXe siècle. Elle était juste employée un peu moins fréquemment.
    Désormais, elle est beaucoup moins répandue qu'autrefois, c'est vrai, et elle relève plutôt du registre familier.
    Je ne serais point étonné si elle venait à disparaître définitivement d'ici un siècle ou deux.
  • Certes, la plupart des dictionnaires y prennent être pour synonyme d'aller, avec un sens tout différent de son sens usuel comme copule. C'est assez inventif, de la part de ce grammairien-là, d'y voir une variation de copule. On peut y voir une sorte d'attribution. Il y a un sujet, et on attribue une activité au sujet. Cela accentue la ressemblance entre deux constructions :
    Il avait été chercher le grattoir à la cuisine.
    Je l'ai vu chercher le grattoir à la cuisine.
  • JehanJehan Modérateur
    Le grammairien parle de l'absence de la préposition de...
    On peut supposer qu'il veut évoquer ces tournures-là, réellement attributives :
    Son rôle a été de chercher le grattoir.
    L'attribut "(de) chercher le grattoir" sert à définir, à préciser le rôle en question.

    Mais dans la phrase en question plus haut : On avait été chercher un pâtissier à Yvetot
    "chercher un pâtissier à Yvetot"
    n'es nullement une façon de définir le sujet "On".

    Dans Je l'ai vu chercher le grattoir à la cuisine. on perd totalement le sens de "déplacement dans le but de"... Et ce n'est pas non plus un attribut : c'est le verbe d'une proposition infinitive.
  • Je voudrais, si vous le permettiez, donner mon avis sur ces constructions un peu particulières où le verbe "être" est l'équivalent de "aller". De prime abord, je me permets de rappeler que le verbe "être" remplit plusieurs fonctions dans la phrase française. Il est:
    - un auxiliaire dont le rôle est d'introduire un participe passé dans la conjugaison des temps composés
    - un élément faisant partie de la tournure passive
    - un mot introducteur d'un attribut
    Cet attribut est soit un nom, soit un adjectif qualificatif, soit un pronom, soit un infinitif. C'est ce dernier cas qui nous intéresse. Le mot introducteur peut être lui-même un infinitif:
    - Penser c'est agir: Victor Hugo
    Quand le mot introducteur est un nom, l'usage de la préposition "de" s'imposerait:
    - Le courage a toujours été d'affronter le mystère: Jean-François Deniau
    L'attribut possède deux propriétés:
    - Une propriété sémantique:"terme décrivant la qualité, la nature ou l'état qu'on rapporte au sujet ou au complément": Le Petit Robert
    - Une propriété syntaxique: L'attribut du sujet est le deuxième constituant d'un groupe verbal dont le verbe introducteur est le verbe "être" ou un verbe d'état... ": Riegel
    L'attribut peut donc être décrit selon deux optiques: une optique sémantique et une autre syntaxique. Les deux caractéristiques mêlées donnent un attribut au sens fort du terme. Quand la première est manquante, on obtient un attribut dans le sens faible du terme. Autrement dit, le verbe "être" introduit un attribut, même quand la propriété sémantique est manquante. Il en résulte un attribut de type exclusivement syntaxique. Il se peut alors que la suite qui vient après un verbe d'état ait une valeur circonstancielle:
    - Le livre est sur la table
    "Sur la table" est un attribut qui exprime le lieu
    Les circonstances sont exprimées un peu partout: dans les subordonnées circonstancielles mais aussi, à titre d'exemple, dans les propositions complétives et les propositions relatives. Mais dans le cas précité: le livre est sur la table, la circonstance en question, si on peut la considérer comme telle, ne peut être effacée. On ne peut écrire: * le livre est.
    Le cas est à peu près analogue dans la construction particulière qui nous intéresse:
    - Il a été chercher un médecin
    Tout d'abord, la construction est correcte. Personne ne peut en disconvenir. Elle a en plus plusieurs particularités: "chercher un médecin" est bel est bien un attribut, au sens faible du terme. Qui plus est, "il a été" joue deux rôles différents. L'expression verbale est d'abord l'équivalent de "aller":
    - Il est allé chercher un médecin.
    Ensuite, elle traduit un état, une situation: Il se trouve dans une situation qui le contraint à chercher un médecin. Il s'agit, si j'ose m'exprimer ainsi, d'un état qui précède l'action. Cet état est présenté sous sa forme accomplie: un passé composé, un plus-que-parfait ou même un passé simple sont obligatoires. L'emploi de l'imparfait est à éviter. On ne peut effectivement dire:
    - * Il était chercher un médecin.
    Un dernier mot: l'emploi circonstanciel est en quelque sorte affaibli car aucune préposition, en l'occurrence "de", ne vient consolider la fonction circonstancielle comme dans la phrase:
    - Le livre est sur la table.
    Je m'excuse si j'étais un peu long et espère avoir un tant soit peu contribué à l'élucidation du fonctionnement de cette construction un peu particulière.
    Abdelhamid Drissi Messouak
  • JehanJehan Modérateur
    Bienvenue sur le site .

    Et merci de votre éclairage pertinent.
    Grâce à Google, je viens de découvrir que vous êtes enseignant-chercheur, éminent grammairien et linguiste. Nous sommes très honorés de votre visite ! :)
  • Merci!
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