Prépa littéraire Licence lettres modernes
Capes lettres modernes

Que faire après un doctorat de lettres ?

Bonjour,

Actuellement en doctorat de Lettres Modernes, je me rends peu à peu compte que la voie que j'ai choisie n'est pas celle que je me vois continuer toute ma vie. Je commence donc à chercher des alternatives à l'enseignement, que j'ai pu tester, grâce à un contrat doctoral, pendant 3 ans. Ce milieu est relativement oppressant, les magouilles et arrangements entre labos sont une guerre constante dans laquelle je ne souhaite pas m'intégrer, de même que l'aspect purement "social" de l'enseignant-chercheur (essayer de démarcher pour être publié, participer à la vie de l'université) ne m'intéresse pas. Et comme je ne souhaite pas enseigner ailleurs qu'en université, je cherche donc une alternative.
En quoi donc mon doctorat pourrait-il me servir ? Et surtout, quelles sont les différentes options qu'il me reste, pour ne pas rendre caduc le travail mené jusqu'ici ?
Les conseillers d'orientation que j'ai pu voir jusqu'ici m'ont parlé de débouchés, en mettant surtout en avant le fait que les voies autres que l'enseignement étaient bouchées (édition, métiers du livre, etc...). Reste tout ce qui est travail en bibliothèque, mais je ne sais pas trop en quoi cela consiste, ni si cela permet de s'épanouir réellement... On m'a assuré néanmoins que mon cursus littéraire serait très utile dans cette voie, mais je ne serais pas contre une confirmation.

Si donc certains d'entres vous sont passés par là ou ont des conseils, je suis preneur !

Merci d'avance.

Réponses

  • Bonjour.

    J'ai hésité longuement à vous répondre, parce que cela demanderait beaucoup de nuances pour être bien fait, et que j'ai peu de temps. Donc, quelques conseils, un peu en vrac, et, pardonnez-moi, sur un ton qui vous semblera peut-être brusque.

    1. Faites une évaluation sérieuse de l'état d'avancement de votre thèse. L'abandonner n'est pas la même chose selon que vous avez fait 10% du boulot ou 90%.

    2. A propos des problèmes que vous avez dégagés: l'importance de l'influence, du réseau, la concurrence entre labos, la nécessité de "paraître ou disparaître"... Tout cela est pesant, certes, mais sachez que vous rencontrerez des problèmes similaires dans toute profession intellectuelle ou artistique de haut niveau. Une fois qu'on en a pris son parti, il n'est pas si difficile de s'y faire... Si vraiment cela vous semble psychologiquement impossible, c'est peut-être moins d'une réorientation que vous avez besoin, que d'un travail sur vous-même, éventuellement avec l'aide d'un psychologue.

    3. Demandez-vous quelle est la force de votre vocation. Si vous souhaitez vraiment enseigner, alors, vous ne serez peut-être pas heureux en devenant, par exemple, documentaliste.

    4. Vous dites ne pas vouloir enseigner ailleurs qu'à l'université... Mais puisque les nécessités pratiques de la recherche semblent vous dégoûter, avez-vous cependant songé à la prépa? Un doctorat y est fort utile...

    A votre service pour discuter davantage. :)
  • RainRain Membre
    Bonjour,

    Merci de votre réponse.
    Tout d'abord, il est hors de question pour moi d'arrêter ma thèse : je ne suis qu'à mi-chemin, pour autant, j'aurais vraiment le sentiment d'avoir perdu mon temps si je ne la validais pas. De plus, je suis actuellement en contrat doctoral, et si j'arrête ma thèse, je dois rembourser une grande partie de la bourse perçue. Enfin, tout simplement, j'apprecie grandement de donner des cours grâce à ce contrat, et je voudrais donc le finir jusqu'au bout.

    En effet, contrairement à tout ce que j'avais pu imaginer durant mon master, c'est l'enseignement qui m'a beaucoup plus, et non la recherche, alors que je m'attendais à l'inverse. Pour autant, je ne sais pas si c'est CE plaisir professionnel que je recherche avant tout ou non... C'est pour cela que je me renseigne, pour savoir ce qui pourrait rendre mon cursus utile, outre l'enseignement, et rester appéciable. Je n'ai justement eu que très peu d'echos sur la documentation : ayant travaillé comme assistant bibliothecaire dans la BU de mon département pendant un an, j'ai certains appriori, que j'aimerais confirmer ou infirmer. J'imagine que ce terme de documentaliste recouvre de nombreuses activités, dont j'ignore justement la plupart.

    Concernant la prépa, il est vrai que je n'y avais absolument pas songé. Je vais me renseigner plus avant.
    " A propos des problèmes que vous avez dégagés: l'importance de l'influence, du réseau, la concurrence entre labos, la nécessité de "paraître ou disparaître"... Tout cela est pesant, certes, mais sachez que vous rencontrerez des problèmes similaires dans toute profession intellectuelle ou artistique de haut niveau. Une fois qu'on en a pris son parti, il n'est pas si difficile de s'y faire... Si vraiment cela vous semble psychologiquement impossible, c'est peut-être moins d'une réorientation que vous avez besoin, que d'un travail sur vous-même, éventuellement avec l'aide d'un psychologue. "
    → Naïvement, pour ma part, je dirais que c'est plutôt à ceux qui recherchent ou vivent des conflits que s'adresse ce travail sur soi... Les conflits "ouverts" ne me gênent pas, je ne vis pas dans un monde de bisounours. J'aime me battre pour vendre mon travail, c'est juste que le type de conflits pervers propre à l'université est particulièrement oppressant : la majorité des doctorants que j'ai pu rencontrer sont des étudiants completement imbus d'eux-mêmes, qui entretiennent pour la plupart de la désinformation quand ce n'est pas une franche hostilité. Tout est dans le furtif, même les conflits se font dans le dos des gens, voila ce qui me gêne avant tout. Oui, je suis un brave idéaliste... J'avais d'ailleurs détesté cette ambiance déjà rencontrée, comme vous le soulignez, aux Beaux Arts.
  • Bonjour Rain,

    Je sais qu'il est très tard pour répondre à votre message, mais j'aurais voulu savoir si vous avez mené à bien votre thèse (ce que je vous souhaite), et quelles décisions avez-vous prises quant à votre avenir professionnel. Je suis dans le même cas que vous, et je suis aussi parvenue aux mêmes conclusions quelques peu désenchantées sur le monde universitaire...

    J'enseigne dans un petit lycée pour mener à bien ma thèse, mais la confrontation avec l'enseignement est assez difficile et m'a ôtée bien des illusions, même si ma relation avec les élèves est bonne.

    Je me pose donc les mêmes questions que vous. Je souhaite finir la thèse car c'est sûrement un précieux atout dans le monde professionnel, mais que puis-je espérer de mon doctorat ? Quelles portes m'ouvre-t-il à part l'enseignement ?

    Merci pour vos réponses.
  • Phèdre87 a écrit:
    Je me pose donc les mêmes questions que vous. Je souhaite finir la thèse car c'est sûrement un précieux atout dans le monde professionnel, mais que puis-je espérer de mon doctorat ? Quelles portes m'ouvre-t-il à part l'enseignement ?

    Je vais être assez cruel, mais le doctorat n'est pas un atout ; c'est en France un diplôme qui ne sert strictement à rien, hors de l'université (et encore à l'université, il ne vaut pas grand chose sans concours du secondaire pour les LSH ou post-doc pour les sciences). Tu pourras le valoriser plus facilement à l'étranger.

    Pierre Dubois évoque les docteurs en entreprise sur son blog :

    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2013/04/04/rue-2013-docteurs-en-entreprise-1/

    Mais l'entreprise qu'ont formé ces docteurs consiste à conseiller les encadrants de docteur, le système ne fait que s'auto-alimenter, il ne s'ouvre pas réellement sur l'extérieur (ou pour être plus précis, l'extérieur n'en veut pas).
  • Bonsoir,
    la réponse de Varney n'est pas fausse, mais j'aurais tendance à la nuancer un peu. Disons qu'elle n'était pas fausse il y a 10 ou 15 ans, mais je crois - j'espère... - que les choses sont en train de changer lentement.
    Pour t'orienter, je ne pense pas qu'un conseiller d'orientation "classique" te soit d'un grand secours. En revanche, connais-tu l'Association Bernard Grégory (ABG) ? C'est une association assez récente qui a été fondée justement pour valoriser le doctorat en sciences humaines et soutenir les jeunes docteurs littéraires dans leur recherche d'emploi, le développement de projets auxquels ils n'auraient pas pensé spontanément, développer les contacts entre jeunes docteurs et monde de l'entreprise, etc.
    Je n'ai jamais eu directement affaire à eux mais en ai entendu beaucoup de bien. Il me semble qu'ils organisent des rencontres et présentations dans plusieurs universités. Je crois aussi que c'est pendant le doctorat (dernière année de thèse ?) et non après qu'il faut prendre contact avec eux car ils mettent en place des formations aux doctorants n'ayant pas encore soutenu leur thèse.
    C'était du moins le cas il y a quelques années. Je n'ai pas trop le temps d'approfondir, mais leur site te renseignera bien mieux que moi ! :)
    http://www.intelliagence.fr/
  • tropic a écrit:
    Disons qu'elle n'était pas fausse il y a 10 ou 15 ans, mais je crois - j'espère... - que les choses sont en train de changer lentement.

    http://www.intelliagence.fr/

    Très lentement alors quand on regarde la réalité des offres d'emploi sur ce site ...
  • D'accord. Tout ne va pas devenir miraculeux du jour au lendemain.
    Comme je l'ai précisé (et comme le site le fait bien mieux que moi), l'ABG ne se limite pas aux offres d'emplois sur le site mais offre un suivi individualisé, donne des pistes de réflexion, etc.
    En indiquant cette association, je me permettais juste de répondre au doctorant qui s'interrogeait sur les possibles de débouchés après sa thèse et sur les moyens de s'informer. C'est une piste à exploiter parmi d'autres...
  • l'ABG existait déjà il y a 20 ans, j'y étais inscrite en 1991!!! Elle ne s'occupe pas uniquement des sciences humaines mais également des sciences "dures" puisque j'y étais en biologie et que tous les étudiants et post-docs de mon entourage y sont inscrits.
  • Ah, alors merci de cette correction ! On me l'avait présentée comme quelque chose de "récent". :)
    Peut-être est-ce son ouverture sur les sciences humaines qui s'est faite plus tard ?
  • tropic a écrit:
    D'accord. Tout ne va pas devenir miraculeux du jour au lendemain.
    Comme je l'ai précisé (et comme le site le fait bien mieux que moi), l'ABG ne se limite pas aux offres d'emplois sur le site mais offre un suivi individualisé, donne des pistes de réflexion, etc.
    En indiquant cette association, je me permettais juste de répondre au doctorant qui s'interrogeait sur les possibles de débouchés après sa thèse et sur les moyens de s'informer. C'est une piste à exploiter parmi d'autres...

    Tu fais très bien de donner la référence de cette association ; je voulais pour ma part seulement souligner l'écart entre un discours médiatique émergent et la réalité des emplois. Le travail à une reconversion à partir de l'enseignement présuppose généralement une mise à niveau dans une discipline technique (droit / gestion).
  • Varney a écrit:
    (...) je voulais pour ma part seulement souligner l'écart entre un discours médiatique émergent et la réalité des emplois. Le travail à une reconversion à partir de l'enseignement présuppose généralement une mise à niveau dans une discipline technique (droit / gestion).

    Personnellement, je pense que la difficile reconversion que vous évoquez tient aussi à des représentations du "chercheur" dans le "monde de l'entreprise" (pour faire simple) (qui joue aussi dans l'autre sens, avec l'image que se font les chercheurs de ce monde).
    Au cours de mes deux années passées ici, j'ai observé un monde différent où l'étude, le savoir, l'érudition occupent l'espace et le temps. Les titres, les diplômes, le rang dans un classement à un concours, la relation individuelle à un directeur de recherche (ou à un professeur) sont des éléments déterminants (je ne dis cependant pas exclusifs) de la vie de la plupart des (jeunes) participants de ce forum.
    L'image du chercheur hyper-titré, hyper-diplômé, mais aussi assez solitaire et spécialiste d'un domaine est sans doute caricaturale (car nous savons bien que son parcours inclut aussi l'ouverture à d'autres champs de recherche, des activités de communication et de partage de ses savoirs, et nécessite une certaine habileté relationnelle), mais je pense qu'elle reste assez prégnante dans la société plus "marchande".
    C'est peut-être ce qui explique une certaine incompréhension ou méfiance à son égard et une reconversion difficile.
    Des éléments de personnalité (ouverture, dynamisme, mobilité), des parcours plus ouverts (à des disciplines plus "terre-à-terre" -droit, gestion, comme vous dites-, à d'autres espaces -notamment internationaux-, à d'autres expériences) sont évidemment des éléments qui sont de nature à faciliter la reconversion. Il y a de belles réussites, dans le monde du Conseil notamment.
  • @ Tropic
    Peut-être, je ne saurais dire :)
  • Bonjour à tous,

    Je souhaite avoir vos avis sur la situation que j'expose et qui me semble complexe.

    Je vais terminer ma thèse en lettres modernes cette année. J'ai fait ces études motivée par un intérêt pour le sujet et non pour les métiers de la recherche. Je me retrouve sans repère et sans orientation professionnelle.

    Mon indécision est liée à plusieurs choses : étant lourdement handicapée et dépendante, envisager un travail à plein temps avec des déplacements fréquents me parait difficile. La preuve en est que cela me coute de plus en plus et que je be parviens pas à gérer mon stress, comme si la moindre pression me faisait paniquer et le pire est que j'ai des répercutions physiques (nervosité importante, fatigues à répétitions altérations...).

    Lorsque je songe à une vie (que je vis déjà assez mal) consacrée à un métier épuisant que je détesterai cela me bloque et m'empêche de trouver l'envie et l'énergie de chercher. Je travaille à un roman ainsi qu'à d'autres activités artistiques qui me rendent dynamiques. Je voudrais pouvoir me consacrer àl'écriture mais j'ai l'impressionque je n'aurais jamais le temps de faire ce pour quoi je me sens faite parce que je vais devoir me fatiguer à faire un travail alimentaire qui va tot ou tard me faire rechuter dans une dépression.

    Je souhaite donc savoir ce qu'il serait avisé de faire, si il est possible de trouver un travail intéressant dans mon domaine (littérature comparée spécialisée dans l'imaginaire, les genres et l'intermédialié : relations entre littérature et mouvement gothique, entre littérature et jeux vidéo par exemple) qui me permettrait de travailler à mi temps ou à distance ou alors quelles prestations je pourrai faire ? Je songeais aux conférences mais je ne sais meme pas quelles sont les démarches et ou chercher pour continuer dans l'univers que je maitrise...

    Ma question est naïve carr je donne l'impression de ne pas savoir me débrouiller seule, ou peut être ne suis je pas assez réaliste pour cela...

    Dans l'idéal je prendrais le risque de faire ce que j'aime : écrire et essayer, me payer le seul luxe du temps plutot que de devenir enseignante (une profession qui ne me dit rien du tout). Bref je suis perdue je sais pas quoi faire. Peut etre pourriez vous me faire part de vos expériences. Merci de me lire et pour vos avis.
  • Titania91Titania91 Modérateur
    Bonjour,

    Il ne s'agit pas de mon expérience - je ne suis encore qu'en master - mais de celle de mon frère, qui lui aussi a un doctorat et a un handicap (lourd traitement pour un cancer). Il a longtemps cherché un poste sans succès et il vient d'apprendre que certaines universités, musées ou bibliothèques proposent des postes réservés exclusivement aux personnes handicapées et diplômées. Je n'en sais pas plus, je vais lui demander s'il a des infos plus précises :)

    Bon courage!
  • Oui, pour ce type de poste il faut avoir une RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé), c'est une procédure un peu complexe mais qui, une fois le statut obtenu, permet un aménagement personnalisé des conditions de travail, nombre d'heures, lieu de repos si nécessaire, etc. Certains postes sont en effet réservés.
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.