Enseignant chercheur en histoire

Bonjour,
je suis en 1ère S avec un niveau plutôt bon. Je rêve de devenir enseignant chercheur en histoire. On m'a donc conseillé une prépa littéraire pour pouvoir tenter le concours de l'ENS. Mais voilà, prépa A/L ou B/L ? J'adore les matières littéraires mais suis plutôt bon également dans les matières scientifiques. Je me dis qu'il serait peut-être bête d'avoir fait une S pour entrer en A/L... à moins que la A/L corresponde plus à mon projet d'enseignant chercheur en histoire... bref, je suis un peu perdu !! Merci pour l'aide que vous pourrez m'apporter !
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Réponses

  • En A/L, si je ne m'abuse, tu as 5h par semaine d'histoire; alors que tu n'en as que 4 en B/L. Après, es-tu prêt à faire de l'éco et des maths à un niveau assez élevé pendant 2 ans?
  • j'avoue que cela ne me fait pas peur. Je me demandais seulement si l'une ou l'autre des filières était plus appropriée. Est-ce que le fait d'avoir 1 heure en moins en b/l ne risque pas de me pénaliser ?
  • Bien sûr que non. ce n'est pas une heure de plus ou de moins qui va faire la différence. Ce qu'il faut se demander, c'est : es-tu près à faire beaucoup d'éco et surtout beaucoup de maths, et ce à très haut niveau ? Est-ce que ça te plait, et surtout est-ce que tu es suffisamment bon ? C'est-à-dire, je pense avoir au moins 14-15 de moyenne en terminale ?
    Pour devenir enseignant-chercheur, le mieux c'est l'ENS évidemment, donc il faut entrer dans la prépa où tu aurais le plus de chances d'intégrer. Après tu ne peux pas le savoir maintenant forcément, mais si tu es déjà un peu juste en maths (enfin si tu n'es pas très bon quoi) ce n'est peut-être pas un bon plan d'aller en B/L. Après, pour rejoindre la fac, je ne sais pas comment ça marche en B/L, il y a aussi des spécialités en khâgne je suppose ? Si oui que tu fasses la spécialité histoire en B/L ou en A/L je ne pense pas que ça change grand-chose honnêtement, l'important c'est d'être très bon.
    Après il y a pas mal de S qui sont en A/L (moi par exemple !) il n'y a absolument aucun problème évidemment.
    Donc pour résumer, attends de voir, dans un an, si tu as envie de continuer à faire des maths ou pas, ça se résume pas mal à ça. Et ensuite, les deux prépas sont adaptées pour être enseignant-chercheur, ce qui compte surtout, c'est d'avoir l'ENS, ou bien, parce que c'est très loin d'être donné à tous, d'obtenir l'agrégation, de préférence bien classé, et ensuite de faire une excellente thèse. Puis d'être patient, car la plupart du temps on commence par enseigner dans le secondaire.

    Voilà voilà :) Bonne fin de première déjà ! Et c'est un beau projet (le mien aussi haha).
  • Si tu veux vraiment faire "que" de l'histoire en prépa: il y a la prépa hypochartes qui se divise en deux.

    La voie A : avec du latin (6h) , de l'histoire (10 heures environ), anglais (2h), géographie (1h), grec en option (2h).
    → Trois classes en France.

    La voie B : une hypokhâgne A/L normale, puis en seconde année seulement se spécialiser sans latin mais avec deux langues vivantes. Avec des cours avec les A/L.
    → Une dizaine de classes ouvertes en France.
  • Bonjour,

    Je viens compléter ce qui a été dit par quelques éléments concernant deux de mes connaissances qui exercent le métier dont vous rêvez. Tous deux sont reconnus dans leur domaine. Leurs parcours sont pourtant très différents.

    O., le plus âgé des deux (50 ans aujourd'hui), est normalien (ENS Lyon, enfin Cloud à l'époque), agrégé d'histoire, spécialiste de l'histoire religieuse. Professeur d'université (on fit même appel à lui pour de plus hautes fonctions au sein de l'université), directeur d'études à l'EPHE (section des sciences religieuses), il publie beaucoup (dans la revue Histoire, par exemple).

    R., est plus jeune. Bac S (obtenu sans éclat) dans un bon lycée. Formation universitaire en histoire, avec d'excellents résultats. Diplôme de l'IEP de Paris. Agrégation d'histoire. Spécialiste de l'histoire de l'Islam en Asie. Il est aujourd'hui chargé de recherches au CNRS, enseigne à l'EHESS, entre autres, est à la tête de l'Institut d'études de l'islam et des sociétés du monde musulman.

    Cela peut vous donner quelques idées...
  • Il y a quand même aussi des profils moins "prestigieux"...
    Je dis ça parce que si on me présentait à l'âge de syfa deux profils de ce genre en littérature, ça me découragerait sans doute un peu...

    Je pense aussi qu'il faut insister, certes sur le parcours scolaire suivi (suivant les domaines de recherche tout le monde, encore une fois, ne passe pas par l'ENS), mais surtout sur l'excellence de la thèse et les contacts que l'on a pu se faire dès le master : ça ne veut pas dire piston mais de bonnes relations avec certains professeurs, qui encouragent les publications, font participer à diverses activités de recherche assez vite, peuvent aider ensuite à se faire une place. Et entretenir de telles relations peut aussi être particulièrement motivant intellectuellement parlant (car on peut se sentir assez seul une fois arrivé en master recherche).
  • Bonjour Polo, ce qui importe à mon sens dans les parcours ci-dessus n'est pas tant le "prestige", mais le fait qu'à "réussite" égale (mais le terme de "réussite" est subjectif et difficilement mesurable), les chemins, les choix de formation pour y parvenir ont été différents. Je voulais insister sur le fait qu'il n'y a pas une seule voie possible, contrairement parfois à ce que l'on croit, ou à ce que l'on nous/vous dit. Vous le savez, vous. Mais Syfa, pas forcément.
    Quant à l'excellence (de la thèse ou autre), oui, sans doute, mais je porte un regard un peu plus désabusé que le vôtre sur cet aspect. Il ne suffit pas d'être excellent pour réussir, hélas (et nous le savons bien, des personnes qui ne sont pas particulièrement excellentes "réussissent"). Vous soulignez l'importance de la relation (avec vos professeurs) et j'insisterai sur les questions de personnalité (dynamisme, curiosité, pragmatisme, disponibilité et ouverture intellectuelles, audace, originalité...) qui à un moment de la carrière, deviennent très importants (alors que la formation initiale s'éloigne).
  • Merci pour ces renseignements ! mais hypochartes permet-il également de passer le concours de l'ENS ? car même si je sais qu'il existe d'autres voies pour devenir enseignant chercheur, celle-là reste quand même la plus prestigieuse, il me semble...
  • Pas en voie A. En voie B partiellement, c'est à dire à condition d'être inscrit dans une khâgne A/L préparant l'ENS et de suivre en plus les enseignements spécifiques à l'Ecole des Chartes.

    Un exemple parmi d'autres : à Paris, les khâgneux des lycées franciliens suivent leurs cours (A/L pour l'ENS) dans le lycée où ils sont inscrits, et se rendent au lycée Henri IV pour les enseignements spécfiques à l'ENC (Histoire moderne, Histoire médiévale, éventuellement géo aussi selon le programme ?).
  • En résumé, grâce à toutes les réponses qui m'ont été faites, je me dis que pour rentrer à l'ENS, les prépa A/L et B/L sont les mieux adaptées et que, par ailleurs, le choix entre les 2 prépas se fera surtout par rapport au fait d'être ou non bon en maths... A priori, il n'existe pas plus de chance d'être pris parce qu'on a fait une B/L ou une A/L ? Si je comprends bien, il faut être le meilleur possible !!
  • Potentiellement, une A/L à plus de places : 75 à Paris et un peu plus d'une centaine à Lyon. Alors que B/L à seulement 25 places... Après niveau des candidats, par contre, le % doit être équivalent.

    Les matières ne sont pas tout à fait les mêmes par contre, tout comme les horaires.

    B/L :
    Math (6h); Sciences sociales (4 + 2h); Français (4h); Histoire (4h) (uniquement de la contemporaine); Philosophie (4h); Langue vivante (2h); Option : 4h (géo ou langue vivante ou ... )

    A/L :
    Français (5h); Histoire (5h) (au choix du professeur); Philosophie (4h); Langue vivante A (3h); Langue vivante B (2h); Langue ancienne (2h); Culture antique (1h); Géographie (2h); Option 4h (2h de géographie; un renforcement en langue vivante; une autre langue ancienne ou renforcement en langue ancienne; cinéma; histoire de l'art; théâtre....)
  • syfa a écrit:
    (...) les prépa A/L et B/L sont les mieux adaptées et que, par ailleurs, le choix entre les 2 prépas se fera surtout par rapport au fait d'être ou non bon en maths...

    Se décider en fonction de son niveau en mathématiques, oui, mais aussi de l'intérêt que l'on porte aux sciences sociales (voir le nombre d'heures consacrées à ces matières, donné par Paige ci-dessus). Le programme en B/L est beaucoup moins "littéraire" qu'en A/L.
  • Mon fils en Hypo B/L n'a pas tout à fait ces horaires mais bien:
    Philo 5h au lieu de 4
    Langue vivante 3h au lieu de 2
    Théologie 1h30
    E.P.S. 1h
    pour math, sciences sociales, français et histoire (1880 à 1950) c'est pareil.
    En options par contre il a bien 4h de géo plus 2h de langue vivante 2 (italien)

    Cela doit changer d'un établissement à un autre...
  • NENE Membre
    Potentiellement, une A/L à plus de places : 75 à Paris et un peu plus d'une centaine à Lyon. Alors que B/L à seulement 25 places... Après niveau des candidats, par contre, le % doit être équivalent.

    Justement, c'est le pourcentage qui importe et non le nombre de candidats ou de places attribuées qui, seul, n'est pas en soi significatif. Il le devient par une mise en rapport du premier avec le second, et ce rapport est (je n'ai pas exactement les chiffres) relativement équivalent: sachant que tu es pris en B/L, tu n'as pas, d'un strict point de vue statistique, moins de chances d'intégrer l'école que si tu étais en LSH ou en A/L.
  • Je pense qu'il vaut mieux aller en A/L ou hypochartes pour faire de l'histoire ancienne, et qu'il vaut mieux aller en B/L pour de l'histoire contemporaine (XXème siècle). Je m'explique : en A/L, il y a de l'histoire antique et médiévale, mais le travail de khâgne se fait sur un sujet qui n'est pas du tout général (hygiène et santé au XXème siècle cette année) ce qui ne facilite pas, à mon avis, l'acquisition d'une culture historique de débutant (car c'est ce que nous sommes en prépa...).

    En B/L, aucun programme, aucun thème n'est proposé : nous étudions la France (à partir de 1870) puis le monde (à partir de 1914).
    Aussi, l'histoire du XXème siècle me semble absolument incompréhensible sans avoir de solides notions d'économie, et je pèse mes mots. La science économique a eu des effets de réel sur l'histoire du XXème siècle, au-delà de l'héritage absolu du keynésianisme dans les politiques publiques. Le Japon est entré en guerre contre les Etats-Unis pour des raisons essentiellement économiques. Certains mécanismes paraissent simples mais je me rappelle avoir été, à mon très faible niveau, alarmée par des inexactitudes frappantes dans le discours de certains théoriciens "littéraires". Bref, j'ai la conviction qu'avoir des notions d'économie vulgarisée ne suffit pas vraiment pour comprendre à fond l'histoire plus ou moins récente, et, après deux ans d'économie, il y a encore des choix politiques et économiques dont je n'arrive pas à saisir l'étendue. Pourquoi, par exemple, la dévaluation Mayer par l'instauration de taux de change multiples a-t-elle fonctionné, et pourquoi René Mayer a-t-il pris ce risque alors que la France y a perdu son éligibilité au FMI jusqu'en 1955, c'est-à-dire ses droits de tirage spéciaux, c'est-à-dire quelque chose d'absolument vital pour la souveraineté d'une République ? Mais je suis peut-être biaisée par ma formation. Autant d'interrogations existentielles qui ne font pas facilement surface. Il faut aimer cela, en avoir le courage aussi, parce que cela reste un peu moins excitant que l'histoire politique.
    De même, certaines heures de sociologie ressemblent de façon inquiétante à de l'histoire, puisque l'on y fait aussi de l'anthropologie générale et énormément d'histoire sociale. On nous y fait parfois lire des ouvrages passionnants (Le Pouvoir est dans la rue, Surveiller et punir, La Civilisation des moeurs, Le Travail en miettes...pour citer quelques unes de mes excursions).

    Ceux de mes amis qui ont intégré Ulm font souvent de l'histoire avec de l'économie (ce qui permet de préparer l'ENA également), ou de l'histoire avec sociologie ; aucun d'entre eux n'a regretté être passé par une B/L.

    Pour me résumer, si l'histoire contemporaine t'intéresse particulièrement, je te recommande la B/L où tu acquerras une culture historique plus large (socio-économique), tout à fait intégrée dans le mythe braudelien de la "longue durée", presque trop d'ailleurs. Mais ce sera au détriment de la plus longue portée de l'histoire en A/L, et aussi, je pense, d'un certain regard enthousiaste (que je fantasme peut-être) : impossible de lire Hegel sérieusement et d'accorder autant de foi que lui au développement de l'Esprit, à voir la trivialité économique des causes de grandeur et décadence des nations. On peut finir par être écoeuré par autant de pragmatisme dans la considération de notre siècle. Mais à ce régime, autant s'avouer écoeuré par le pragmatisme de notre siècle tout court.
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