Grammaire française Participe passé

Bonjour, je dois traduire un extrait du montage guillaume pour l'université mais une phrase me pose problème :

Ne vous sai pas trestout son estre dire,
Mais tant i fu que forment le häirent
Abes et moine, que Jhesus malëie.

Pour le moment j'ai ça : Je ne sais vous raconter tout de son attitude,
Il fut si mauvais que les moines et les abbés le haïrent fortement,
souhaitant que jésus le maudisse

Mais je ne suis pas fort convaincue,

merci de votre aide :)
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«13

Réponses

  • Bonsoir,
    toute son attitude veux-tu dire sans doute?
    tant i fu doit garder son caractère impersonnel : il s'en passa tant
    3° Dans la proposition que Jhesus maleïe, que est un pronom relatif renvoyant à le et maleïe est un subjonctif optatif; cette construction, possible en AF ne l'est plus en FM. : Que Jésus le maudisse! C'est le narrateur qui dit cela, non l'abbé et les moines.
  • Merci beaucoup de votre aide !
  • Bonjour à tous,
    je suis étudiante à l'université et je dois traduire et commenter un extrait du Moniage Guillaume II. J'J'ai traduit ledit extrait mais il me reste néanmoins des points d'achoppements pour certains vers.
    Pourriez-vous m'aider un peu car mon examen approche et je suis à cours d'idées...
    Voici ma la traduction en juxta :

    610 Li quens Guillaumes a la ciere hardie Le comte Guillaume au visage (plein d’audace) audacieux
    Envers l'abé durement s'umelie, S’incline très humblement devant l’abbé,
    Bel l'aparole et doucement li prie : Il lui parle gentiment et le prie avec douceur (doucement)
    « Biaus sire maistres, por Dieu, le fil Marie,« Beau seigneur, maître, pour [l’amour de] Dieu, le fils de Marie,
    Que ferai jou s'il me tolent ma plice ? Que ferais-je s’ils me ravissent mon manteau (de fourrure)
    615 Il est ivers si est froide la bise, C’est l’hiver tant la bise est froide,
    S'il le me tolent chou sera dïablie; Si ils me le volent ce sera une chose pénible
    Mieus ameroie a perdre trente livres. » J’aimerais mieux perdre trente livres ».
    « Dans, » dist li abes, « ne lor refusés mie, « Seigneur », dit l’abbé, « ne les repoussez pas
    Mais rendés lor, et après l'estamine ; Mais livrez-la leur et ensuite [livrez-leur] la chemise
    620 Por une seule vous en renderai quinse. » Pour une seule je vous en rendrai quinze ».
    « Voire ? » dist il, « vous me ferés tout rice ; « Vraiment ? » dit-il, « vous me rendrez richissime ;
    Quant g'iere mors et ma vie finie, Quand je serai mort et [que] ma vie [sera] terminée,
    Dont me donrés toute vo manandie ! C’est alors que vous me donnerez toutes vos richesses !
    Se jou i muir, c'iert par vostre enredie ; Si j’y meurs ce sera à cause de votre opiniâtreté (extravagance)

    625 Ch'ont fait vo moine, que Jhesus malëie, Qu’ont fait vos moines, que Jésus maudit,
    Qui plus me heent que nul home qui vive. Qui me haïssent plus que tout homme qui vive ?
    Or m'en irai por faire le service : Je vais m’en aller maintenant faire le devoir/service (?)
    Se li larron m'asalent ne ocient, Si les voleurs m’attaquent ou me tuent,
    Qu'en sera il, maistres, car le me dites. » Qu’adviendra-t-il, maître, dites-le moi donc ».
    630 « C'ert penitance, » dist li abes, « biaus sire : « Ce sera une punition » dit l’abbé, « Beau seigneur :
    Por vo saint ordene recevrés le martire. Pour votre saint ordre vous recevrez le martyre
    Comment qu'il aut, ne vous combatés mie, Quoi qu’il se passe, ne vous battez pas,
    Car li sains ordenes saint Beneoit vous prie, Car la sainte Règle de saint Benoît vous prie,
    Et tous ses moines et semont et castie Et elle averti et recommande à tous ses moines

    635 Que ja ne facent vers nul home estoutie, Que jamais ils ne fassent violence à nul homme,
    Anchois se doivent tot metre a descipline. » mais plutôt qu’ils doivent totalement se soumettre à la règle».
    Et dist Guillaumes : « Dieus tel ordene honisse, Et Guillaume dit : « Que Dieu anéantisse une telle règle,
    Qui l'estora, Jhesus le malëie, Celui qui l’institua, que Jésus le maudisse,
    Mauvais hom fu et plains de coardie. Il fut un homme mauvais et rempli de lâcheté .
    640 Mieus vaut li ordenes de la cevalerie, Mieux vaut l’ordre de la chevalerie,
    Qu'il se combatent vers la gent sarrasine, Car ils [les chevaliers] se battent contre la race sarrasine,
    Prendent lor terres et conquierent lor viles, S’emparent de leurs terres, conquièrent leurs villes,
    Et les paiens a no loi convertissent. Et convertissent les païens à notre religion.
    Moine n'ont cure fors d'estre en abëie, Les moines n’ont de souci que d’être en abbaye,
    645 Et de mengier et boire vin sor lie, De manger (et), de boire du vin fermenté et rassis,
    Et de dormir quant il ont dit complie. Et de dormir lorsqu’ils ont récité les complies.
    Mais par cel Dieu qui tout a en baillie, Mais par ce Dieu qui a pouvoir sur tout [toute chose],
    Se li larron de cui jou vous oi dire Si les voleurs à propos desquels [dont] je vous entends parler,
    Me font laidure, anui ne vilonie, Me causent préjudice, me font outrage ou me méprisent,

    650 Por tout vostre ordene ne lairoie jou mie,
    Se jel puis faire, que aucun n'en ocie. »

    Od le li abes, de la paor souspire. L’abbé l’entend et soupire de peur.
    Ne desist mot por tot l'or de Rossie, Il ne dirait pas mot pour tout l’or de Russie,
    Tel paor a que li cuens ne l'ocie. Tant il a peur que le comte ne le tue.

    655 Li quens Guillaumes a son abé parole : Le comte Guillaume s’adresse à son abbé :
    « Biaus sire maistres, car me conseilliés ore. « Beau seigneur, maître, conseillez-moi donc à présent.
    Que ferai jou s'il me tolent mes botes, Que ferais-je s’ils me volent mes bottes,
    Qui sont si grans que es piés me lolotent ? Qui sont si grandes qu’elles ballotent à mes pieds ?
    A cascun pas les cuit perdre en l'enclostre, A chaque pas je crois les perdre dans le monastère,
    660 Grant paor ai que nes perde en la boe. » J’ai fort peur de ne les perdre dans la boue ».
    L'abes respont, que laissier ne li ose : L’abbé répond, car il n’ose pas l’[Guillaume] ignorer :
    « Vous lor rendés sans vilaine parole, « Vous leur remettez sans mauvaise parole,
    Et les cauchons et les tribous encore. » (Et) les haut-de-chausses et les chaussures de moines également».

    Et dist Guillaumes : « Dans abes, tu m'asotes ! Et Guillaume dit : « Seigneur l’abbé, tu me rends sot !

    665 Il giele fort si est dure la groe, Il gèle à pierre fendre et le sol rocailleux est dur,
    Poi vous en iert, maistres, s'ele m'afole ; Peu vous importera, maître, s’il me blesse ;
    Ne sai aler descaus parmi la groe, Je ne peux marchersans chaussure sur le sol rocailleux,
    Tout ensement que gars qui a pié trote. tout comme (de même qu’) un valet (qui marche à pieds)

    ________________________________________________________________________________________________

    615 Il est ivers si est froide la bise, / S'il le me tolent chou sera dïablie : Pensez-vous que la traduction « c'est l'hiver et la bise / le vent est si froid que s'ils me volent ce sera diablerie (une action répréhensible)» soit correcte (ou plus correcte que "c'est l'hiver tant la bise est froide" qui, je trouve, est un peu bancale)

    Ch'ont fait vo moine, que Jhesus malëie / Qui plus me heent que nul home qui vive : est-une interrogation indirecte ? ou une simple affirmation ?

    Por tout vostre ordene ne lairoie jou mie / Se jel puis faire, que aucun n'en ocie. » : ces deux vers me posent particulièrement problème. Selon Philippe Ménard, la tournure "Ne laier / laissier (que) ne + verbe au subjonctif" équivaut à l'expression d'une idée positive que l'on peut traduire par "n'avoir de cesse de"...
  • Dans l'ensemble, ce n'est pas mal. Je reviendrai sur certains points en soirée.
  • Voici encore deux trois questions : (désolée)
    * Le terme "service" Service : s. masc. < lat. Serviium, servitude. 1) Devoirs du vassal envers son suzerain, aide soutien 2) état de servage 3) mérite → Guillaume dit qu'il va faire son devoir ? Ou alors faire le "service divin" → la prière. Dans le contexte lequel des deux choisir ?

    *recevrés le martire : est-ce que "recevoir le martyre" signifie "subir la torture". L'abbé lui dit que le martyre fait partie de sa condition de moine...

    * Il giele fort si est dure la groe : j'ai des soucis avec les multiples emplois de l'adverbe "si"... Ici, la traduction "il gèle et le sol est si dur" est-elle correcte ?

    * conseilliés or : une camarade me dit qu'elle considère la forme "conseilliés" comme un subjonctif présent. En lui donnant une valeur d'ordre. J'aurais préféré en faire un impératif, mais effectivement, cette forme est celle du subjonctif I. Puis-je malgré tout le traduire par un impératif, tout en sachant que c'est un subjonctif avec une nuance d'ordre ? Je ne sais pas trop comment le rendre autrement.

    * Le fameux vers 650 toujours : « Por tout vostre ordene » : Por + substantif peut se traduire par "malgré" ou "quel(le) que soit". Il me semble que c'est l'idée qui transparaît ici mais je n'en suis vraiment pas certaine. Ca serait "quelle que soit votre règle". Mais que faire du "tout", un renforcement de la préposition, peut-être ?
  • v. 615 : "C'est l'hiver, aussi la bise est-elle froide".
    v. 616 : diablerie = acte digne du diable, diablerie.
    v. 618 : "ne leur refusez pas".
    v. 625 : Attention à rendre le subj. : "puisse Jésus les maudire"
    v. 627 : faire le service = accomplir ses devoirs de vassal (en particulier le service d'ost).
    v. 637 : honisse = "maudisse".
    v. 645 : sor lie = "sur lie". Il s'agit donc d'un vin particulièrement limpide.
    v. 650-651 : "En dépit de tout votre Ordre, je ne laisserai pas, si je le peux, d'en tuer quelques-uns".
    v. 664 : "tu me prends pour un sot"


    1° Il s'agit du service d'ost (obligation de servir dans l'armée du suzerain)
    2° Le mot martire a ici le sens religieux de mourir pour sa fidélité à son Ordre.
    3° Tout à fait.
    4° C'est un impératif. Le verbe conseillier comporte un -i radical!
  • Merci beaucoup pour votre aide.
    la phrase "Ch'ont fait vo moine, que Jhesus malëie, / Qui plus me heent que nul home qui vive". Quelqu'un me dit qu'il s'agit d'une interrogation directe. Une autre personne en ferait une focalisation : "c'est ce qu'on fait vos moines"... J'en perds un peu mon latin. La forme « ch' » peut-elle équivaloir à « qu' » ?

    * « aucun » se décline comme « un » en AF. Or, si on regarde la déclinaison, "aucun" ne peut être qu'un cas régime singulier et pas un CR pluriel (dont la forme est « aucuns »). De ce fait, je ne suis pas certaine de pouvoir le traduire quand même par un pluriel... Que faire ?
  • Nienna a écrit:
    Merci beaucoup pour votre aide.
    la phrase "Ch'ont fait vo moine, que Jhesus malëie, / Qui plus me heent que nul home qui vive". Quelqu'un me dit qu'il s'agit d'une interrogation directe. Une autre personne en ferait une focalisation : "c'est ce qu'on fait vos moines"... J'en perds un peu mon latin. La forme « ch' » peut-elle équivaloir à « qu' » ?

    J'ai négligé ce passage... La phrase n'est pas interrogative. Ch est la forme picarde de ço (chou ailleurs dans le texte). Donc "cela, vos moines l'ont fait..."


    * « aucun » se décline comme « un » en AF. Or, si on regarde la déclinaison, "aucun" ne peut être qu'un cas régime singulier et pas un CR pluriel (dont la forme est « aucuns »). De ce fait, je ne suis pas certaine de pouvoir le traduire quand même par un pluriel... Que faire ?

    Oui sans doute, mais il faut faire attention, l'orthographe est très fluctuante en AF, même pour les marques morphologiques (heureux temps!). Je l'ai "lu" comme un pluriel, mais on peut très bien en faire un singulier. "je ne laisserai pas d'en tuer un"
  • Oui, merci beaucoup pour vos réponses. Ca fait quelques jours que je travaille en permanence sur cet extrait et je ne vois plus des choses qui sont pourtant simples parce que je n'ai plus assez de recule... (je trouve quand même le sens des vers 625-626 relativement obscur).
  • Oui, en effet. Des vers n'auraient-ils pas été oubliés?
  • EllubEllub Membre
    Bonjour,

    J'ai également bientôt un examen d'ancien français sur le Moniage Guillaume (2ème rédaction) et j'ai quelques petits doutes quant à ma traduction. Un grand merci à qui pourra m'aider! :)

    Voici l'extrait en entier avec mes propositions:

    486 « Biaus trés dous maistres, » dist Guillaumes li fiers,
    (Beau et très bon maitre? ...?; Guillaume le fier? Le farouche? Le hardi? L'impitoyable? ...?)
    « Jou sui vos moines, vos obedienciers,
    Si me devés et duire et enseignier
    (Si vous êtes sur le point de m'instruire et enseigner?)
    Et jou doi faire vo commant volentiers.
    490 Bien sai, chaiens ne m'a on gaires cier ;
    Sor moi est ore cis afaire jugiés,
    (Cette besogne est déjà décidée pour moi?)
    Que jou irai les poissons bargaignier,
    Et, se Dieu plaist, jou le ferai si bien
    Qu'a grant plenté en ara a mengier.
    495 Mais des larrons sui auques esmaiés,
    Quant de mes armes ne me porrai aidier
    Se les poissons voelent et le soumier ? »
    (Veulent? Volent?)
    Chou dist li abes : « Donés lor volentiers. »
    « Et s'il m'assalent ? » dist Guillaumes li fiers,
    500 « Que il me voeillent ocire et detrencier ?
    (Veulent? Veuillent?)
    Se il m'ocient ? Dites moi qu'il en iert ! »
    « Par foi », dist l'abes, « si avront grant peciét. »
    Li quens respont : « Or m'avés bien paiét !
    (Maintenant, vous m'avez bien satisfait ?)
    Se jou me lais ocire et depecier,
    505 Dont iere jou de ma mort parchoniers.
    Se il me fierent, ne m'oserai vengier ? »
    « Nenil », dist l'abes, « n'en avés le congié,
    Car li sains ordenes le vous desfent, et gié. »
    Od le Guillaumes, a poi n'est esragiés :
    (peu s'en faut pour qu'il ne se mette en colère)
    510 « Maistres, » dist il, « vos ordenes est trop griés ;
    Sifais covens puisse prendre mal cief ;
    Qui l'estora, Dieus li doinst encombrier.
    (Qu'il le faudra, que Dieu doive l'arrêter ?!?!)
    Assés vaut mieus ordene de chevalier :
    Il se combatent as Turs et Qu'il le faudra, que Dieu doive l'arrêter.as paiens,
    515 Por l'amor Dieu de laissent martirier,
    Et sovent sont en lor sanc batisié,
    Pour aconquerre le regne droiturier.
    Moine ne voelent fors que boire et mengier,
    Lire et canter et dormir et froncier,
    520 Mis sont en mue si com por encraissier,
    Par maintes fois musent en lor sautier.
    Biaus sire maistres, or m'avés castoié :
    De ces larrons qui sont el val plenier,
    (À propos de ces voleurs qui sont dans la grande vallée?)
    S'il me font honte, ne m'oserai corcier,
    525 Et s'il me fierent, ne m'oserai vengier,
    Ne me ferai fors que merci proier.
    Mais par les sains que requierent paumier,
    Ains en seroit tous li ordenes brisiés,
    (Plutôt que tout l'ordre en serait brisé ?)
    Se il me fierent, que jou nes face iriés. »
    530 L'abes l'entent, un poi s'est enbronciés,
    Dist a Guillaume, quant il l'ot si plaidier :
    « Non ferés, sire, por l'ordene blastengier ! »
    X
    « Biaus trés dous maistres, » dist Guillaumes a l'abe,
    « Vous me querrés grant anui et grant blasme,
    535 Quant jou ne puis od moi porter mes armes,
    Hauberc ne elme, ne espee qui taille.
    S'il me laidoient, jou ne sai que jou face,
    Chou iert grans hontes, par Dieu l'esperitable !
    Que ferai jou s'il me tolent ma cape ?
    540 C'est li abis qui tos les autres garde,
    Quant jou le port au vent et a l'orage ;
    S'il me tolent, jou i arai damage. »
    « Non l'avrés, voir ! » ce li respont li abes,
    « Onques por chou ne commenciés bataille :
    545 Por une seule vous en renderai quatre. »





    Personne ne peut m'éclairer? :/
  • 486 « Biaus trés dous maistres, » dist Guillaumes li fiers,
    (Beau et très bon maitre? ...?; Guillaume le fier? Le farouche? Le hardi? L'impitoyable? ...?)
    "Bon et très cher maître" dit le noble Guillaume.
    « Jou sui vos moines, vos obedienciers,
    Si me devés et duire et enseignier
    (Si vous êtes sur le point de m'instruire et enseigner?)
    Et vous devez m'instruire et enseigner
    Et jou doi faire vo commant volentiers.
    490 Bien sai, chaiens ne m'a on gaires cier ;
    Sor moi est ore cis afaire jugiés,
    (Cette besogne est déjà décidée pour moi?)
    Pour ce qui me concerne, cette affaire est d'ores et déjà décidée
    Que jou irai les poissons bargaignier,
    Et, se Dieu plaist, jou le ferai si bien
    Qu'a grant plenté en ara a mengier.
    495 Mais des larrons sui auques esmaiés,
    Quant de mes armes ne me porrai aidier
    Se les poissons voelent et le soumier ? »
    (Veulent? Volent?) veulent
    Chou dist li abes : « Donés lor volentiers. »
    « Et s'il m'assalent ? » dist Guillaumes li fiers,
    500 « Que il me voeillent ocire et detrencier ?
    (Veulent? Veuillent?) Et qu'ils veuillent... (que + subj est employé en substitut d'un second se)
    Se il m'ocient ? Dites moi qu'il en iert ! »
    « Par foi », dist l'abes, « si avront grant peciét. »
    Li quens respont : « Or m'avés bien paiét !
    (Maintenant, vous m'avez bien satisfait ?)
    Vous m'avez donné là un bel avantage !
    Se jou me lais ocire et depecier,
    505 Dont iere jou de ma mort parchoniers.
    Se il me fierent, ne m'oserai vengier ? »
    « Nenil », dist l'abes, « n'en avés le congié,
    Car li sains ordenes le vous desfent, et gié. »
    Od le Guillaumes, a poi n'est esragiés :
    (peu s'en faut pour qu'il ne se mette en colère)
    Peu s'en faut qu'il ne devienne fou de rage
    510 « Maistres, » dist il, « vos ordenes est trop griés ;
    Sifais covens puisse prendre mal cief ;
    Qui l'estora, Dieus li doinst encombrier.
    (Qu'il le faudra, que Dieu doive l'arrêter ?!?!)
    Celui qui l'instaura (= votre ordre religieux) (vbe estaurer), que Dieu lui donne de la peine
    Assés vaut mieus ordene de chevalier :
    Il se combatent as Turs et Qu'il le faudra, que Dieu doive l'arrêter.as paiens,
    515 Por l'amor Dieu de laissent martirier,
    Et sovent sont en lor sanc batisié,
    Pour aconquerre le regne droiturier.
    Moine ne voelent fors que boire et mengier,
    Lire et canter et dormir et froncier,
    520 Mis sont en mue si com por encraissier,
    Par maintes fois musent en lor sautier.
    Biaus sire maistres, or m'avés castoié :
    De ces larrons qui sont el val plenier,
    (À propos de ces voleurs qui sont dans la grande vallée?)
    A propos de ces brigands qui sont nombreux dans la vallée,
    S'il me font honte, ne m'oserai corcier,
    De ces brigands qui sont nombreux dans la vallée,
    525 Et s'il me fierent, ne m'oserai vengier,
    Ne me ferai fors que merci proier.
    Mais par les sains que requierent paumier,
    Ains en seroit tous li ordenes brisiés,
    (Plutôt que tout l'ordre en serait brisé ?)
    Se il me fierent, que jou nes face iriés. »
    L'ordre serait réduit à néant,
    s'ils me frappent, avant que je ne suscite leur colère

    530 L'abes l'entent, un poi s'est enbronciés,
    Dist a Guillaume, quant il l'ot si plaidier :
    « Non ferés, sire, por l'ordene blastengier ! »
    X Vous n'en ferez rien, seigneur, sous peine de porter atteinte à l'ordre !
    « Biaus trés dous maistres, » dist Guillaumes a l'abe,
    « Vous me querrés grant anui et grant blasme,
    535 Quant jou ne puis od moi porter mes armes,
    Hauberc ne elme, ne espee qui taille.
    S'il me laidoient, jou ne sai que jou face,
    Chou iert grans hontes, par Dieu l'esperitable !
    Que ferai jou s'il me tolent ma cape ?
    540 C'est li abis qui tos les autres garde,
    Quant jou le port au vent et a l'orage ;
    S'il me tolent, jou i arai damage. »
    « Non l'avrés, voir ! » ce li respont li abes,
    « Onques por chou ne commenciés bataille :
    545 Por une seule vous en renderai quatre. »
  • EllubEllub Membre
    Un grand merci pour votre réponse Mr Jacques! :)

    J'ai finalement traduit "beau et très cher maître" en considérant "beau" comme un terme d'adresse respectueux (qui aurait donné par exemple "beau-père, belle-mère".)
    Et effectivement, c'est bien plus clair avec le verbe "estaurer"!
  • Attention : j'ai corrigé deux passages :





    De ces larrons qui sont el val plenier,
    (À propos de ces voleurs qui sont dans la grande vallée?)
    A propos de ces brigands qui sont dans la grande (ou riche) vallée,


    Ains en seroit tous li ordenes brisiés,
    (Plutôt que tout l'ordre en serait brisé ?)
    Se il me fierent, que jou nes face iriés. »
    Je préférerais que l'ordre soit réduit à néant,
    s'ils me frappent, plutôt que de ne pas susciter leur colère (sous-entendu : en cherchant à me venger)
  • EllubEllub Membre
    En fait, l'on peut traduire "les voleurs qui sont nombreux" tout comme "la grande vallée", cela dépend si l'on considère "plenier" comme étant cas sujet pluriel ou cas régime singulier (et donc s'il se rapporte à "larrons" ou à "val")! J'ai eu mon examen aujourd'hui, le professeur m'a bien cuisinée sur ce vers un peu trop ambigu :P Je préfère la version des nombreux voleurs, cela a plus d'impact et colle mieux avec le contexte.
  • En effet, c'est ambigu. Instinctivement, je comprenais "nombreux", d'où ma première traduction, puis j'ai eu un remords de conscience...
    Mais la vraie difficulté était dans le passage "ainz ... que jou nes face iriés"...
  • EllubEllub Membre
    C'est vrai!
    En tout cas, je suis assez admirative de votre facilité à décoder l'ancien français. Pour moi, cela est vraiment difficile, notamment au niveau des orthographes qui diffèrent ou de la syntaxe qui me paraît chaotique - je sais qu'elle ne l'est pas, mais je ne m'habitue vraiment pas à cet ordre de mots!
  • C'est ce qui fait toute la saveur de l'AF : on découvre des langues en formation et une littérature largement méconnue...
  • bonjour à tous,
    je travaille sur le même passage du Moniage Guillaume (du vers 486 à 545). Ce post m'a déjà fort éclairée, néanmoins il me reste quelques incertitudes. Si quelqu'un passe par ici et peut éclairer ma lanterne ce serai vraiment fabuleux :)

    au v490 Bien sai, chaiens ne m'a on gaires cier ;
    j'ai traduis par "je sais assurément qu’ici on ne m’apprécie peu" mais je ne suis pas trop sure le mot (bien me perturbe un peu).

    au v 502: Par foi peut-on traduire cela par "sur ma parole"? où es-ce mieux de rester plus littérale et dire "par ma foi"?

    au v503 je n'ai pas vraiment compris la traduction de Or m'avés bien paiét ! qui a été faite plus haut. bien serais un nom =ce qui est utile, l'avantage, et paiet = satisfaire ? es ce possible qu'il soie ironique ?

    au v 505 Dont iere jou de ma mort parchoniers.
    ="ainsi je serai participantde ma mort." ?

    V511 Sifais covens puisse prendre mal cief ;
    = "une telle manière d’être peut prendre une mauvaise fin" ou cief = la fin. -> "une telle manière d'être peu mal finir"?

    V 513 Assés vaut mieus ordene de chevalier
    "il vaut beaucoup mieux un ordre de chevalier."

    V 516-17 Et sovent sont en lor sanc batisié,
    Pour aconquerre le regne droiturier.
    = " et sont souvent baptisé dans leur sang,
    Pour gagner le règne légitime." ?

    V 520-1 Mis sont en mue si com por encraissier,
    Par maintes fois musent en lor sautier.

    ="ils sont mis en retraite comme pour engraisser des procs.
    De nombreuses fois ils s’amusent dans leur recueil de psaumes." où sautier serai égal à psautier?

    v 530 L'abes l'entent, un poi s'est enbronciés,
    = "l’abbé l’entend, il s’est un peu caché."?

    v535 Quant jou ne puis od moi porter mes armes
    (le quant me pose un peu problème) : "lorsque je ne peux pas porter avec moi mes armes."

    Enfin pour être sure le v537S'il me laidoient, jou ne sai que jou face, "s’il me malmène je ne sais pas ce que je ferais."

    et v 542 S'il me tolent, jou i arai damage.
    "s’ils me le volent, j’en aurai préjudice."

    Cela semble-t-il plutôt juste? déjà un grand merci !!! notamment pour les informations fournies dans les post précédents :)
  • karadoc a écrit:

    au v490 Bien sai, chaiens ne m'a on gaires cier ;
    j'ai traduis par "je sais assurément qu’ici on ne m’apprécie peu" mais je ne suis pas trop sure le mot (bien me perturbe un peu).
    « Je le sais bien, ici on ne me tient guère pour cher » (« cier » est la graphie picarde de « ch(i)er »).

    au v 502: Par foi peut-on traduire cela par "sur ma parole"? où es-ce mieux de rester plus littérale et dire "par ma foi"?
    Il faut traduire « (par) ma foi ».

    au v503 je n'ai pas vraiment compris la traduction de Or m'avés bien paiét ! qui a été faite plus haut. bien serais un nom =ce qui est utile, l'avantage, et paiet = satisfaire ? es ce possible qu'il soie ironique ?
    Bien sûr, la réponse est on ne peut plus ironique. « Bien » est un adverbe qui porte sur « paiet » ; le sens de "paier" est ici « satisfaire par un avantage » ; l’idée est que la réponse de l’abbé « fait une belle jambe » à Guillaume. Vous pouvez simplement traduire « vous m’avez bien satisfait ».

    au v 505 Dont iere jou de ma mort parchoniers.
    ="ainsi je serai participantde ma mort." ?
    Oui, si Guillame ne se défend pas, comme le lui demande l’abbé, il sera coresponsable de sa propre mort. Traduisez : « je serai coresponsable de ma mort ».

    V511 Sifais covens puisse prendre mal cief ;
    = "une telle manière d’être peut prendre une mauvaise fin" ou cief = la fin. -> "une telle manière d'être peu mal finir"?
    Non : "si fais covens" = "un couvent ainsi fait", "puisse prendre mal cief" : « puisse-t-il recevoir une mauvaise fin » = « puisse-t-il mal finir". Guillaume pense qu’avec de telles règles, un couvent est nécessairement nuisible.

    V 513 Assés vaut mieus ordene de chevalier
    "il vaut beaucoup mieux un ordre de chevalier."
    « l’ordre »

    V 516-17 Et sovent sont en lor sanc batisié,
    Pour aconquerre le regne droiturier.
    = " et sont souvent baptisé dans leur sang,
    Pour gagner le règne légitime." ?
    « Pour conquérir le royaume de justice » (= le royaume des Cieux). Passage vigoureux (le vers 516 est une merveille !), capital pour comprendre les rapports entre l’idéal chevaleresque et les valeurs religieuses ; en même temps, quelle critique implacable des moines !

    V 520-1 Mis sont en mue si com por encraissier,
    Par maintes fois musent en lor sautier.
    ="ils sont mis en retraite comme pour engraisser des procs.
    De nombreuses fois ils s’amusent dans leur recueil de psaumes." où sautier serai égal à psautier?
    "mue" signifie « lieu secret, retiré ». Je vous propose « clôture » qui fait jeu de mot avec l’image des bêtes à engraisser. Mais « por » ne signifie pas pour autant « porc », mais « pour » !!! Oui, « sautier » = « psautier ».
    v 530 L'abes l'entent, un poi s'est enbronciés,
    = "l’abbé l’entend, il s’est un peu caché."?
    Non : « l’écoute » ; « embronchier » = « s’assombrir ».

    v535 Quant jou ne puis od moi porter mes armes
    (le quant me pose un peu problème) : "lorsque je ne peux pas porter avec moi mes armes."
    Le sens de "quant" est plus causal que temporel ; traduisez « du moment que… »

    Enfin pour être sure le v537S'il me laidoient, jou ne sai que jou face, "s’il me malmène je ne sais pas ce que je ferais."
    « Je ne sais que faire » (subjonctif délibératif).

    et v 542 S'il me le tolent, jou i arai damage.
    "s’ils me le volent, j’en aurai préjudice."
    Oui, « le » renvoie à « chape » ; c’est une forme féminine picarde, indistincte du masculin.
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