Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, acte V, scène 3 - Monologue de Figaro

Bonjour!
J'ai réalisé un commentaire du monologue de Figaro. Mon plan était:
I Le désespoir de Figaro
II Une critique de la société
Je conclus en disant que cette oeuvre a une très grande portée politique car il confirme les idées des Lumières et annonce la Révolution de 1789. Par contre, je ne trouve pas d'ouverture...Je ne sais pas si quelq'un pourrait m'aider...
Merci d'avance.
Scène 3
Figaro, seul, se promenant dans l’obscurité, dit du ton le plus sombre :
Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante ! … nul animal créé ne peut manquer à son instinct : le tien est-il donc de tromper ? … Après m’avoir obstinément refusé quand je l’en pressais devant sa maîtresse ; à l’instant qu’elle me donne sa parole, au milieu même de la cérémonie… Il riait en lisant, le perfide ! et moi comme un benêt… Non, monsieur le Comte, vous ne l’aurez pas… vous ne l’aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! … Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ; tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter… On vient… c’est elle… ce n’est personne. – La nuit est noire en diable, et me voilà faisant le sot métier de mari quoique je ne le sois qu’à moitié ! (Il s’assied sur un banc.) Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ? Fils de je ne sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs mœurs, je m’en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé ! J’apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie, et tout le crédit d’un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! – Las d’attrister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre : me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé… de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : chiens de chrétiens ! – Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. – Mes joues creusaient, mon terme était échu : je voyais de loin arriver l’affreux recors, la plume fichée dans sa perruque : en frémissant je m’évertue. Il s’élève une question sur la nature des richesses ; et, comme il n’est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n’ayant pas un sol, j’écris sur la valeur de l’argent et sur son produit net : sitôt je vois du fond d’un fiacre baisser pour moi le pont d’un château-fort, à l’entrée duquel je laissai l’espérance et la liberté. (Il se lève.) Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (Il se rassied.) Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue ; et comme il faut dîner, quoiqu’on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume et demande à chacun de quoi il est question : on me dit que, pendant ma retraite économique, il s’est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s’étend même à celles de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni dé la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j’annonce un écrit périodique, et, croyant n’aller sur les brisées d’aucun autre, je le nomme Journal inutile. Pou-ou ! je vois s’élever contre moi mille pauvres diables à la feuille, on me supprime, et me voilà derechef sans emploi ! – Le désespoir m’allait saisir ; on pense à moi pour une place, mais par malheur j’y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint. Il ne me restait plus qu’à voler ; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens ! je soupe en ville, et les personnes dites comme il faut m’ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J’aurais bien pu me remonter ; je commençais même à comprendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi, en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde, et vingt brasses d’eau m’en allaient séparer, lorsqu’un dieu bienfaisant m’appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis, laissant la fumée aux sots qui s’en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci. Un grand seigneur passe à Séville ; il me reconnaît, je le marie ; et pour prix d’avoir eu par mes soins son épouse, il veut intercepter la mienne ! Intrigue, orage à ce sujet. Prêt à tomber dans un abîme, au moment d’épouser ma mère, mes parents m’arrivent à la file. (Il se lève en s’échauffant.) On se débat, c’est vous, c’est lui, c’est moi, c’est toi, non, ce n’est pas nous ; eh ! mais qui donc ? (Il retombe assis,) Ô bizarre suite d’événements ! Comment cela m’est-il arrivé ? Pourquoi ces choses et non pas d’autres ? Qui les a fixées sur ma tête ? Forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir, comme j’en sortirai sans le vouloir, je l’ai jonchée d’autant de fleurs que ma gaieté me l’a permis : encore je dis ma gaieté sans savoir si elle est à moi plus que le reste, ni même quel est ce moi dont je m’occupe : un assemblage informe de parties inconnues ; puis un chétif être imbécile ; un petit animal folâtre ; un jeune homme ardent au plaisir, ayant tous les goûts pour jouir, faisant tous les métiers pour vivre ; maître ici, valet là, selon qu’il plaît à la fortune ; ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux… avec délices ! orateur selon le danger ; poète par délassement ; musicien par occasion ; amoureux par folles bouffées, j’ai tout vu, tout fait, tout usé. Puis l’illusion s’est détruite et, trop désabusé… Désabusé… ! Suzon, Suzon, Suzon ! que tu me donnes de tourments ! … J’entends marcher… on vient. Voici l’instant de la crise. (Il se retire près de la première coulisse à sa droite.)
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Perceaval,

    Tu peux ouvrir sur le valet au théâtre dont Figaro est sans doute la figure la plus illustre.
    Ou mieux,
    Situer ce monologue dans l'intrigue et montrer en quoi il est important pour la compréhension de la pièce.
  • jisousjisous Membre
    Bonjour !
    Je dois faire un commentaire sur le mariage de Figaro de Beaumarchais portant sur la censure et la liberté d'expression .
    Ma deuxième partie porte sur la critique de la société mais je n'arrive pas à argumenté mon paragraphe par rapport à l'extrait demandé (acte V, scène III ) , c'est à dire le monologue de Figaro.
    Merci de bien vouloir m'aider !! SVP !! :)
  • bonjour , je viens d'avoir un commentaire rédigé a faire sur un extrait du monologue de figaro a l'Acte 5 scène3 (extrait au dessous) et je voudrais savoir quel axes mettriez vous pour commenter ce texte.
    Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (Il se rassied.) Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue ; et comme il faut dîner, quoiqu’on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume et demande à chacun de quoi il est question : on me dit que, pendant ma retraite économique, il s’est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s’étend même à celles de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni dé la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j’annonce un écrit périodique, et, croyant n’aller sur les brisées d’aucun autre, je le nomme Journal inutile. Pou-ou ! je vois s’élever contre moi mille pauvres diables à la feuille, on me supprime, et me voilà derechef sans emploi ! – Le désespoir m’allait saisir ; on pense à moi pour une place, mais par malheur j’y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint. Il ne me restait plus qu’à voler ; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens ! je soupe en ville, et les personnes dites comme il faut m’ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J’aurais bien pu me remonter ; je commençais même à comprendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi, en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde, et vingt brasses d’eau m’en allaient séparer, lorsqu’un dieu bienfaisant m’appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis, laissant la fumée aux sots qui s’en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci.
    merci de votre aide :) :D

    ps: j'ai mis comme axe
    I- la malchance de figaro
    II- un pouvoir autoritaire

    je trouve que c'est totalement nul alors si vous voulez critiquer allez y!!! :)
  • j'ai mis mes axes a la suite du texte mais je les trouve totallement nul donc si vous voulez les prendre c'est a vos risques et périls

    voila bizz a tous
  • salut perceval,

    dis moi je dois aussi faire un commentaire sur ce monologue! J'ai excatement le mêmes parties que toi sauf que j'en ai une de plus,
    I/ Un monologue tragique
    II/ les satires de la société
    III/Figaro, miroir de Beaumarchais

    qu'est ce que t'en pense?
  • Bonjour. Je dois faire le plan de commentaire du monologue de Figaro (act v, scène 3) dans Le mariage de figaro..

    Mes axes de lectures sont: le vice et la malhonnêteté;l'amour et l'infidélité; la noblesse et les privilèges.

    Ma question est comment doit on faire pour commenter un monologue comme celui ci? Y a t il une méthode? Merci beaucoup pour votre aide.
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Ce monologue ne demande pas d'autre méthode d'analyse et de rédaction que celle du commentaire composé.
    Regarde ici.
    Tu as la chance en plus de disposer des axes.
  • Il serait également intéressant de s'interroger sur le statut de ce monologue. La tradition considère avec suspicion le monologue, qui contredit la loi de la vraisemblance : en effet, il est pour le moins rare qu'un individu parle tout seul. Les théoriciens "autorisent" donc le monologue… à condition qu'il soit court. Ce qui n'est clairement pas le cas de ce monologue, le plus long de l'histoire théâtrale!

    Voici quelques questions dont les réponses pourront t'aider à nourrir ton analyse :
    - ce monologue a-t-il pour fonction de faire progresser l'intrigue ou de nous en apprendre plus sur le personnage?
    - de quoi parle Figaro ici? Ne parle-t-il que de la situation présente?
    - quels mouvements fait-il? À quelles étapes du discours correspondent-ils?
    - ce monologue est-il surprenant dans la bouche de Figaro? Quelle vision de la vie donne-t-il?
  • "Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus ?"
    Mon père désire que je me cultive et je pense qu'à 14 ans il serais temp en effet. Mais je ne compend pas ce que cette phrase veut dire ..Pourriez vous m'éclairez svp ? ou du moins pouvez vous m'expliquez le contexte ( pourquoi dit-il ceci ?)
  • AmmyAmmy Membre
    Cette pièce est écrite au XVIIIème, peu de temps avant la révolution française. C'est le valet Figaro qui dit cela à on maître, et c'est une phrase très osée pour l'époque. Il veut dire "après tout vous ne valez pas plus que moi, vous avez juste eu le chance de naître dans une famille noble, ça ne veut pas dire que vous ayez plus de qualités que moi, simple valet". A une époque où l'idée d'égalité entre les hommes n'était pas du tout d'actualité, tu imagines...
  • Merci infiniment Je comprends mieux =)
  • Bonjours, je peux peut être vous aider, j'ai eu ce texte en contrôle et j'ai eu une assez bonne note.Je vous donne mes axes
    I-un monologue autobiographique
    a-présent(souffrance...
    b-passé(enchaînement de malchances...)

    II-Que Beaumarchais rend vivant
    a-nombreux destinataires
    b-vivacité(éllipses, accumulation, questions...)
    c-indication scénique(autour du mouvement assis/debout mais à des moments clés)

    III-Qui possède une dimension polèmique
    a-verve de Figaro(procédés)
    b-satire sociale(société inégalitaire)
    c-satire politique(décision arbitraire et censure)
  • Bonjour à tous !
    Je passe bientôt mon oral de français, et je suis en train de terminer les dernières fiches. Pour le monologue de Figaro, j'ai modifié le plan qu'on nous avait donné, je voudrais avoir votre avis. Je sais que cela sera surtout en fonction de la problématique, mais j'espérais quand même avoir votre avis sur mon plan, en partant du principe que mon objectif est qu'il soit cohérent et qu'il recouvre les points importants de la scène.
    Je vous mets le texte, sachant que nous avons étudié uniquement la première partie.
    Scène 3

    Figaro, seul, se promenant dans l’obscurité, dit du ton le plus sombre :
    Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante ! … nul animal créé ne peut manquer à son instinct : le tien est-il donc de tromper ? … Après m’avoir obstinément refusé quand je l’en pressais devant sa maîtresse ; à l’instant qu’elle me donne sa parole, au milieu même de la cérémonie… Il riait en lisant, le perfide ! et moi comme un benêt… Non, monsieur le Comte, vous ne l’aurez pas… vous ne l’aurez pas. Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! … Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ; tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter… On vient… c’est elle… ce n’est personne. – La nuit est noire en diable, et me voilà faisant le sot métier de mari quoique je ne le sois qu’à moitié ! (Il s’assied sur un banc.) Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ? Fils de je ne sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs mœurs, je m’en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé ! J’apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie, et tout le crédit d’un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! – Las d’attrister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre : me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les mœurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l’instant un envoyé… de je ne sais où se plaint que j’offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie de la presqu’île de l’Inde, toute l’Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d’Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate, en nous disant : chiens de chrétiens ! – Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant. – Mes joues creusaient, mon terme était échu : je voyais de loin arriver l’affreux recors, la plume fichée dans sa perruque : en frémissant je m’évertue. Il s’élève une question sur la nature des richesses ; et, comme il n’est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n’ayant pas un sol, j’écris sur la valeur de l’argent et sur son produit net : sitôt je vois du fond d’un fiacre baisser pour moi le pont d’un château-fort, à l’entrée duquel je laissai l’espérance et la liberté. (Il se lève.) Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n’ont d’importance qu’aux lieux où l’on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur ; et qu’il n’y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (Il se rassied.) Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue ; et comme il faut dîner, quoiqu’on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume et demande à chacun de quoi il est question : on me dit que, pendant ma retraite économique, il s’est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s’étend même à celles de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni dé la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j’annonce un écrit périodique, et, croyant n’aller sur les brisées d’aucun autre, je le nomme Journal inutile. Pou-ou ! je vois s’élever contre moi mille pauvres diables à la feuille, on me supprime, et me voilà derechef sans emploi ! – Le désespoir m’allait saisir ; on pense à moi pour une place, mais par malheur j’y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l’obtint. Il ne me restait plus qu’à voler ; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens ! je soupe en ville, et les personnes dites comme il faut m’ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J’aurais bien pu me remonter ; je commençais même à comprendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi, en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde, et vingt brasses d’eau m’en allaient séparer, lorsqu’un dieu bienfaisant m’appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis, laissant la fumée aux sots qui s’en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci. Un grand seigneur passe à Séville ; il me reconnaît, je le marie ; et pour prix d’avoir eu par mes soins son épouse, il veut intercepter la mienne ! Intrigue, orage à ce sujet. Prêt à tomber dans un abîme, au moment d’épouser ma mère, mes parents m’arrivent à la file. (Il se lève en s’échauffant.) On se débat, c’est vous, c’est lui, c’est moi, c’est toi, non, ce n’est pas nous ; eh ! mais qui donc ? (Il retombe assis,) Ô bizarre suite d’événements ! Comment cela m’est-il arrivé ? Pourquoi ces choses et non pas d’autres ? Qui les a fixées sur ma tête ? Forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir, comme j’en sortirai sans le vouloir, je l’ai jonchée d’autant de fleurs que ma gaieté me l’a permis : encore je dis ma gaieté sans savoir si elle est à moi plus que le reste, ni même quel est ce moi dont je m’occupe : un assemblage informe de parties inconnues ; puis un chétif être imbécile ; un petit animal folâtre ; un jeune homme ardent au plaisir, ayant tous les goûts pour jouir, faisant tous les métiers pour vivre ; maître ici, valet là, selon qu’il plaît à la fortune ; ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, mais paresseux… avec délices ! orateur selon le danger ; poète par délassement ; musicien par occasion ; amoureux par folles bouffées, j’ai tout vu, tout fait, tout usé. Puis l’illusion s’est détruite et, trop désabusé… Désabusé… ! Suzon, Suzon, Suzon ! que tu me donnes de tourments ! … J’entends marcher… on vient. Voici l’instant de la crise. (Il se retire près de la première coulisse à sa droite.)

    I- Une scène entre comédie et tragédie
    1- Les éléments de la tragédie
    => Avec les éléments de pathétique, la ponctuation expressive et le thème de la Destinée propre à la tragédie.

    2- Les éléments comiques
    => Avec le thème du cocuage, le picaresque.

    II- Un "vrai" personnage (je ne l'exprimerai pas comme ça à l'oral)
    1- Un personnage audacieux
    => Qui ose faire des reproches, s'adresse au comte qui n'est pas là sur un ton de défi, son insolence.

    2- Un personnage doté d'une épaisseur psychologie / romanesque (là aussi je peux changer l'intitulé)
    => Le désarroi de Figaro, ses désillusions concernant les femmes, son passé révélé.

    III- Les idées développées par Beaumarchias
    1- La liberté
    => Evocation de la censure, liberté d'expression et liberté religieuse.

    2- La question du mérite

    3- Les problèmes économiques



    Qu'en pensez-vous ?
  • Qu'il y a un énorme oubli : le texte est un monologue, le plus long monologue de la scène française, qui suspend l'action.
    Il faut donc le lire avec l'œil d'un metteur en scène : pourquoi cette longue suspension ? quel effet doit-elle produire sur le spectateur ?
    Pour l'acteur, c'est une occasion de se mettre en valeur, de faire son numéro, comme on dit : quels gestes ? quelles intonations ?

    Ne pas voir de tonalité tragique : pathétique, oui, mais pas tragique, Beaumarchais ne mélange pas les genres; en 1787, il fait jouer à Paris un opéra Tarare, sur une musique de Saliéri, qui transpose l'intrigue du Mariage à la cour d'un souverain oriental.
    Le tragique est dans Tarare, dans le Mariage, on ne trouve que du pathétique...
    et de l'auto-dérision !

    Revoyez votre plan sans oublier le plus important : la fonction dramatique de cette scène.
  • Merci pour votre réponse Delia.
    Pour ce qui est du pathétique / tragique, j'avais en fait lu ça dans le profil bac, qui disait qu'on retrouvait des éléments tragiques notamment avec le thème de la destiné. Je peux éventuellement appeler mon I "Un scène entre comique et pathétique" et évoquer l'élément de la destiné en disant que ça nous rappelle un peu le tragique, sans trop rentrer dans les détails ?

    C'est vrai que je ne me suis pas attardée sur la longueur du monologue. Cependant est-ce que mon plan est correct ? Il suffirait que je raconte les éléments dont vous m'avez parlé dans les différentes parties et ça irait ?
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