A antérieur / a postérieur

Encore une autre question au sujet de la phonétique
Faut-il toujours avoir recours au dictionnaire pour savoir si le a est postérieur ou antérieur?
Merci

Réponses

  • Les indications des dictionnaires peuvent varier, ce qui s'explique par le fait que la prononciation qu'ils indiquent est celle d'une époque donnée, pour un groupe sociologique de référence. Certains dictionnaires se donnent d'ailleurs la peine d'indiquer parfois des variantes.

    En principe la prononciation qu'un enfant apprend et reproduit est celle de ses parents, ou, plus généralement, celle de son entourage, et, point capital à l'heure actuelle, télé et radio comprises, où il s'agit de la prononciation dite standard, qui tend à s'imposer, au détriment des prononciations locales.

    Le a dit d'arrière a tendance à disparaître. Pas partout ! Certains milieux "conservateurs" s'attachent à le bien prononcer, ce sont les mêmes en général qui distinguent jalousement la prononciation fermée du futur (j'irai, de dirai, je ferai... : diré, feré) pour la distinguer soigneusement du conditionnel (irè, ferè, dirè...).

    Un ami anglais (oxfordien...) me disait il y a quelque temps que pour lui le mot français le plus dur à prononcer comme il l’aurait voulu est Pâques. Difficile de placer le a d'arrière, entre pac (pas d’arrière du tout, mais le plus fréquemment entendu en France) et poc ! Il aurait pu choisir tâche, grâce ou pâte. Même les Français y renoncent souvent. Il existait sur France-Info il y a quelques années une émission intitulée "La main à la pâte". Le présentateur disait chaque fois La main à la patte, il ne s'en rendait évidemment pas compte, et j'aurais été curieux de savoir ce que cela aurait donné si on lui avait fait remarquer le caractère fautif de sa prononciation. Il faut en effet beaucoup d'habitude pour ne pas tomber dans l'excès ou la caricature. Il s'agit d'une réelle difficulté de la prononciation française.

    Cela dit, pour répondre à votre question, non, il n'est pas toujours possible de savoir si un a est d'avant ou d'arrière. L'accent circonflexe est un indice, mais beaucoup de mots avec a sans accent circonflexe ont pourtant un a d'arrière. C'est l'usage qui les apprend.

    L’ouvrage de référence sur la prononciation française, et qui détaille bien le sujet qui vous occupe est le Traité de prononciation française, de Pierre Fouché (Klincksieck), épuisé chez l’éditeur mais facile à trouver sur abebooks par exemple.

    En règle générale les a inaccentués sont antérieurs. Exceptions : a avec accent circonflexe, comme châtain, gâteau, pâture... et quelques autres : Calais, Le Havre, les a suivis du son z, comme blason.

    Les a accentués peuvent également demander l'une ou l'autre prononciation. On prononce un a d'arrière dans les terminaisons -afle, -avre, -ase et -aze, Jacques, un gars, et les terminaisons en -aille.

    Mais ne vous découragez pas trop vite : tout début est difficile !
  • JehanJehan Modérateur
    Cela dit, les risques de confusion sont assez minces (patte /pâte, tache /tâche, mal/mâle, pal/ pâle, bal/Bâle..), et c'est pourquoi, en pratique, l'on se soucie assez peu de cette distinction, somme toute peu opérationnelle pour la compréhension du message oral. Ainsi, prononcer "blason" avec un a antérieur n'empêchera personne de comprendre.
  • Bien sûr, Jehan, je suis bien d'accord avec vous, la compréhension n'est pas affectée, même s'il faut parfois savoir rétablir le mot (c'est le cas de patte/pâte : la main à la patte a une signification, et qui n'est pas du tout celle de la main à la pâte... On est compris même en bafouilant ou en bredouillant. De même qu'on est compris en disant C'est ça que j'ai besoin, C'est ce que Monique s'est dite, ou en écrivant Les deux singes que j'ai vu prendre au piège...Je suis bien d'accord. Et je serais même partisan d'une réforme draconienne de la grammaire et de l'orthographe françaises, peut-être avec la grammaire anglaise pour modèle. J'emploie déjà votre participe futur dans mes écrits... et je suis compris ! Mais this is not the point, Jehan, la question de dany 1980 n'était pas Serai-je compris ou non, la question était Doit-on recourir à un dictionnaire pour savoir comment prononcer les a ? Et j'ai tâché de répondre à sa question.
  • Wowwwwww
    Vos réponses me soulagent. Dorénavant,Je n'ai plus à m'inquiéter. La prononciation de quelques mots me freinaient beaucoup. Chaque fois que je voulais participer à une discussion, je prenais beaucoup de temps pour réfléchir sur les mots que je devais prononcer.
    Merci
  • JehanJehan Modérateur
    Zorah, j'avais bien compris le sens de votre aide à Dany. :)

    Mais on ne peut pas toujours assimiler des "erreurs" de prononciation à des fautes de syntaxe ou d'orthographe.
    Que "blason" puisse à l'avenir se prononcer indifféremment avec a antérieur ou a postérieur, ce n'est ni syntaxique ni orthographique.
    J'ai simplement voulu rappeler ce constat des phonéticiens : quand dans une langue donnée deux phonèmes voisins perdent en grande partie leur valeur distinctive, les locuteurs tendent à cesser de percevoir leur différence, puisqu'ils n'en perçoivent plus l'utilité.
    Depuis le Moyen Âge, il semble que nous ayons perdu quelques diphtongues, par exemple.
    De nos jours, le phonème [œ̃], qu'on le déplore ou non, est dans nos contrées de moins en moins différencié du phonème [ɛ̃], au profit de ce dernier. Car il ne sert plus guère qu'à distinguer brun et brin, emprunt et empreint. Même le pointilleux Brassens n'a guère hésité à faire rimer Verdun et Pétain. Sans bredouiller ni bafouiller...
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