Ronsard, Quand je suis vingt ou trente mois

Depuis quelques semaines, je travaille sur la compréhension d'un poème «Quand je suis vingt ou trente mois» (1550) de Pierre de Ronsard. Depuis ce temps, je comprends assez bien le poème, mais il y a des vers dans le poème que je ne comprends : « Avoir jadis verts les genoux » (vers 20) , « au lieu d'où plus on ne retourne » (vers 30) et « Bois, bien que perdiez tous les ans/ En l'hiver vos cheveux plaisants » (vers 13-14).


Ma question est la suivante: Quelles sont les figures de style rattachés à chacun des vers.

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour et bienvenue.

    Quand je suis vingt ou trente mois
    Sans retourner en Vendômois,
    Plein de pensées vagabondes,
    Plein d'un remords et d'un souci,
    Aux rochers je me plains ainsi,
    Aux bois, aux antres et aux ondes.

    Rochers, bien que soyez âgés
    De trois mil ans, vous ne changez
    Jamais ni d'état ni de forme ;
    Mais toujours ma jeunesse fuit,
    Et la vieillesse qui me suit,
    De jeune en vieillard me transforme.

    Bois, bien que perdiez tous les ans
    En l'hiver vos cheveux plaisants,
    1
    L'an d'après qui se renouvelle,
    Renouvelle aussi votre chef ;
    Mais le mien ne peut derechef
    R'avoir sa perruque nouvelle.

    Antres, je me suis vu chez vous
    Avoir jadis verts les genoux,2
    Le corps habile, et la main bonne ;
    Mais ores j'ai le corps plus dur,
    Et les genoux, que n'est le mur
    Qui froidement vous environne.

    Ondes, sans fin vous promenez
    Et vous menez et ramenez
    Vos flots d'un cours qui ne séjourne ;
    Et moi sans faire long séjour
    Je m'en vais, de nuit et de jour,
    Au lieu d'où plus on ne retourne.3

    Si est-ce que je ne voudrois
    Avoir été rocher ou bois
    Pour avoir la peau plus épaisse,
    Et vaincre le temps emplumé ;
    Car ainsi dur je n'eusse aimé
    Toi qui m'as fait vieillir, Maîtresse.

    1) = Bois, bien que vous qui perdiez tous les ans vos cheveux plaisants...
    Il y a là une métaphore : les feuillages qui tombent tous les ans sont comparés à des cheveux.
    Il y a aussi une personnification, puisque les bois sont ici des personnes chevelues.

    2) = Avoir autrefois les genoux jeunes, souples...
    Métaphore : comparaison avec une plante, une jeune branche.

    3) Je m'en vais au lieu d'où l'on ne retourne plus = Je m'en vais vers la mort.
    C'est une périphrase (dire en plusieurs mots ce qu'on peut dire en un seul).
  • bonjour j'étudie aussi ce poéme
    Ondes, sans fin vous promenez
    Et vous menez et ramenez
    Vos flots d'un cours qui ne séjourne ;
    Et moi sans faire long séjour
    Je m'en vais, de nuit et de jour,
    Au lieu d'où plus on ne retourne

    je n'arrive pas a expliquer cette strophe ,même si j'ai bien compris que lui se dirige vers la mort ,c'est la comparaison avec les ondes que je ne situs pas.
    si quelqu'un peut m'aider je l'en remerci :)
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir,

    Le cours d'eau coule en continu sans s'épuiser, ce qui n'est pas le cas de la vie du poète.
  • je vous remercie grandement :) grace a vous j'ai réussis à me débloquer d'une inpasse sur une questions de corpus qui était en standby depuis prés d'une heure
  • J'ai aussi une question pour ce poème.

    Et veincre le temps emplumé :
    Car ainsi dur je n’eusse aimé
    Toy qui m’as fait vieillir, Maistresse.

    Cette maitresse, c'est la vieillesse ou la nature?

    Merci beaucoup pour votre reponse!
  • YvainYvain Membre
    Ni l'une ni l'autre, c'est l'être aimé (réel ou poétisé), Cassandre !
    Et c'est là toute l'originalité du poème : les éléments naturels sont peut-être éternels, mais ils ne connaissent pas les joies et les peines de l'amour qui font apprécier l'épaisseur du temps ; ils ne vivent pas...
  • Merci!

    Et une autre question pour cette ode de Ronsard:
    6. A LA FONTAINE BELLERIE.ODE IX.

    O Fontaine Bellerie,
    Belle fontaine cherie
    De noz Nymphes, quand ton eau
    Les cache au creux de ta source
    Fuyantes le Satyreau,
    Qui les pourchasse à la course
    Jusqu’au bord de ton ruisseau,
    Tu es la Nymphe eternelle
    De ma terre paternelle :
    Pource en ce pré verdelet
    Voy ton Poëte qui t’orne
    D’un petit chevreau de laict,
    A qui l’une et l’autre corne
    Sortent du front nouvelet.
    L’Esté je dors ou repose
    Sus ton herbe, où je compose,
    Caché sous tes saules върба vers,
    Je ne sçay quoy, qui ta gloire
    Envoira par l’univers,
    Commandant à la Mémoire
    Que tu vives par mes vers.
    L’ardeur de la Canicule
    Le verd de tes bords ne brûle.
    Tellement qu’en toutes pars
    Ton ombre est espaisse et drue
    Aux pasteurs venant des parcs.
    Aux beufs laz de la charuë,
    Et au bestial espars.
    Iô, tu seras sans cesse
    Des fontaines la princesse,
    Moy célébrant le conduit
    Du rocher perse, qui darde
    Avec un enroué bruit
    L’eau de ta source jazarde
    Qui trepillante se suit.

    Que signifie le mot "jazarde"? Et est - ce que "trepillante" s'agit de trembler?
  • JehanJehan Modérateur
    jazarde : qui jase...
    Une eau qui coule peut jaser; elle gazouille, elle émet un petit bruit léger.
    trépillante : du vieux verbe trépiller (danser, sautiller); donc "sautillante".
  • Merci beaucoup!
  • JehanJehan Modérateur
    Bonjour.

    Et tu n'en as vraiment pas la moindre idée ?
    Avant toute aide, il serait bon que tu nous fasses part de tes premières recherches et réflexions.

    Au fait, de quel poème parles-tu ? De "Quand je suis vingt ou trente mois" ou de la Fontaine Bellerie ?
  • Pour le moment, voici où s’arrêtent mes observations:
    1) personnification de la Nature
    -CL du corps pour décrire la nature
    -Utilisation du pronom personnel « vous » ainsi que des terminaisons de l’an deuxieme personne du pluriel
    -métaphore des cheveux pour parler début leur feuillage

    Je parle du texte « Quand je suis vingt ou trente mois »
  • JehanJehan Modérateur
    Tu as quand même dû remarquer que la nature est décrite comme résistant au temps qui passe et rajeunissant sans cesse, par opposition au corps du poète...
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.