Prépa littéraire Licence lettres modernes
Capes lettres modernes

Bonjour à tous,

Ayant fraîchement obtenu mon baccalauréat, je m'apprête à commencer des études de langues. Mon objectif professionnel, assez flou jusqu'ici, c'est, depuis peu, imposé comme une évidence : je souhaiterais devenir Professeur des universités, et plus précisément en littérature anglaise.
C'est un projet assez ambitieux, je le sais. Je me suis beaucoup renseignée sur le parcours à effectuer ; en théorie, de "simples" études en université peuvent permettre d'enseigner. Seulement, en pratique, cela me semble différent.. En effet, en consultant les curriculum vitæ des enseignants-chercheurs en exercice, on s'aperçoit que la plupart d'entre eux sont passés par la voie royale : hypokhâgne/khâgne, et même l'ENS..

Ainsi, ma question est la suivante : est-il réellement possible de devenir professeur en faculté en n'étant pas passé par les prépas, ni par l'ENS ? Et, si non, est-il possible d'intégrer une prépa à bac+1 ? J'avais décidé de renoncer à la prépa parce que je voulais me consacrer à ma passion pour l'anglais ; mais si cela me pénalise, au final...


Merci à tous ceux qui voudront bien m'éclairer, et me rassurer !

Amaryllis.

Réponses

  • Bonne nuit,

    L'important est d'être excellent, original, et de se constituer un bon réseau (les trois choses vont de pair). L'ENS est sans doute un des lieux privilégiés pour cela, mais ce n'est qu'un moyen, non un passage obligé (il n'y a pas que le système français dans la vie, du reste). Vous pourrez l'intégrer en venant de l'université après deux ou trois ans, avec un excellent dossier universitaire et un projet susceptible de retenir l'attention du département de littératures et de langues de l'ENS. Mais ce statut d'étudiant normalien n'est pas aussi avantageux, matériellement parlant (c'est la seule différence), que celui des élèves fonctionnaires qui ont passé le concours après une formation en CPGE.

    Vous pouvez aussi postuler pour rejoindre une CPGE l'an prochain.

    Cordialement.
  • Amaryllis a écrit:
    Est-il réellement possible de devenir professeur en faculté en n'étant pas passé par les prépas, ni par l'ENS ?
    Oui, bien sûr.
    Si la plupart des profs de haut niveau sont passés par la prépa, c'est parce que les meilleurs bacheliers s'orientent généralement vers cette voie. Mais ce n'est pas une obligation.
    Avoir fait l'ENS donne du poids à un dossier, mais là encore ce n'est pas une nécessité. Si vous êtes excellente, vous réussirez même sans passer par cette voie royale.
    Amaryllis a écrit:
    Et, si non, est-il possible d'intégrer une prépa à bac+1 ?
    Ce qu'a dit Arthur.
  • Merci pour ces réponses claires et rapides (je ne suis pas la seule insomniaque, apparemment!)
    Tout ce qu'il me reste à faire est de réussir excellemment mes années de licence - facile à dire - pour ensuite continuer mes études au sein de l'ENS ou d'une université anglaise...

    Courage ! :mad:
  • Amaryllis a écrit:
    ...pour ensuite continuer mes études au sein de l'ENS ou d'une université anglaise...
    Même cela n'est pas nécessaire, encore que cela aide. :)
  • Vu le peu de places offertes comparées aux nombre de candidats, il vaut mieux mettre toutes les chances de son côté, je crois... Quant à l'originalité, je n'ai pour le moment aucune idée de mon futur sujet d'étude, alors ! Même si c'est peut être normal.
    Je crois savoir que vous-même , Jean-Luc, êtes professeur en classe préparatoire ; je peux vous demander le parcours que vous avez effectué pour en arriver là ? Et aussi, ce qui vous retiens en prépa plutôt qu'en université ? :)
  • Amaryllis a écrit:
    Je crois savoir que vous-même , Jean-Luc, êtes professeur en classe préparatoire ; je peux vous demander le parcours que vous avez effectué pour en arriver là ?
    Hum! J'ai peur d'être un pur produit du système: Ulm (option LC) puis agreg (LC) et thèse en littérature française, financée par une "allocation couplée" (une forme de monitorat). Quelques années dans le secondaire, puis un poste en prépa. :)
    Amaryllis a écrit:
    Et aussi, ce qui vous retiens en prépa plutôt qu'en université ? :)
    Ce sont des carrières très différentes, presque totalement exclusives l'une de l'autre. Les professeurs de prépa d'une part, les maîtres de conférences et profs d'université de l'autre, appartiennent à des corps de fonctionnaires différents. Il est difficile de passer d'un corps à l'autre (une mauvaise manie française).
    Cela dit, je ne me sens en rien "retenu" en prépa. J'ai toujours aimé l'enseignement, et j'ai détesté la recherche en lettres (je n'ai fait de thèse que pour donner du poids à mon dossier). En outre, j'étais psychologiquement inapte à me constituer le réseau nécessaire pour être coopté comme enseignant-chercheur.
    Je me sens tout à fait à ma place aujourd'hui. :)
  • Cela dit, je ne me sens en rien "retenu" en prépa.

    Ce n'est pas ce que je voulais dire ; je me doute bien qu'un poste en prépa doit être également très intéressant :)
    ...et j'ai détesté la recherche en lettres...

    C'est vrai que je n'arrive même pas à me figurer ce que doit être la recherche en lettres, ni dans tout autre matière littéraire... Hormis l'histoire, bien sûr...
    En outre, j'étais psychologiquement inapte à me constituer le réseau nécessaire pour être coopté comme enseignant-chercheur.

    Ce réseau est donc si important ? Mais comment se le constituer ? En faisant copain-copain avec tous nos enseignants ? Je ne me sens pas vraiment l'âme d'une lèche-botte, vous me passerez l'expression...
    Je me sens tout à fait à ma place aujourd'hui.

    Et c'est l'essentiel :D
  • PoloPolo Membre
    Quelques conseils à Amaryllis (j'ai été admise sur dossier à l'ENS en 2010 et je suis aussi à l'université Paris VIII à Saint-Denis). Réussir brillamment en licence, c'est bien sûr essayer d'avoir la mention TB (et c'est moins facile qu'on ne le croit à la fac !) mais c'est aussi saisir toutes les occasions de faire des travaux supplémentaires, non pas pour fayoter, mais pour s'exercer à l'oral (j'avais la chance d'être dans une petite fac en licence qui me permettait d'intervenir fréquemment en TD, de faire devant le groupe des explications de texte) et à l'écrit en rendant des travaux aux professeurs désireux de les corriger. Le site de l'ENS ne précise pas qu'il faut joindre au dossier une ou deux lettre(s) de recommandation, mais en demander ne pourra que booster le dossier. Celles que j'ai demandées à mes professeurs de licence ont sans doute bien mieux expliqué mes capacités, ma motivation et mes qualités que mes relevés de notes. Pour l'élève, elles redonnent aussi un surplus de confiance en soi qui manque souvent, étrangement, aux meilleurs étudiants. Cela permet d'envisager l'avenir avec un peu plus de sérénité.
    Tu te demandais dans une autre discussion si le fait d'être à Paris X allait être discriminant pour la suite. Non, en tout cas pas pour la candidature à l'ENS en tant qu'étudiante (j'ai fait ma licence à Valenciennes). Il me semble que les étudiants viennent de toute la France et ne sont pas que d'anciens khâgneux malchanceux au(x) concours. Un avantage certain à postuler dans ton cas, puisque tu désires faire des études de langues, ce sont les accords de l'ENS avec les universités étrangères : le choix est large et les conditions de travail, voire de rémunération, sur place sont avantageuses, bien qu'il soit possible que les normaliens aient la priorité sur les étudiants.
    Pour le master recherche, n'hésite pas à te renseigner sur les spécificités de chaque université tout au long de la L3, à rencontrer plusieurs directeurs de recherche potentiels et à te tenir au courant de la recherche universitaire dans les domaines qui seraient susceptibles de t'intéresser. Généralement chaque université est abonnée à un nombre conséquent de portails et de revues auxquels tu auras accès de chez toi (ou via la BU). L'originalité de ton sujet est toute relative. L'important n'est pas de trouver le sujet que personne n'a jamais effleuré (peut-être est-il, du reste, d'un intérêt médiocre et d'un ennui prodigieux), mais d'avoir une idée précise de ce qui a déjà été fait et des méthodologies mises en oeuvre pour traiter de ces sujets. C'est par une orientation nouvelle que ton sujet se distinguera. Mais pas de panique non plus : un sujet de M1 sera rarement révolutionnaire... Tire d'abord profit le plus possible des pistes de réflexion amenées lors des séminaires, n'hésite pas à toi-même intervenir (les professeurs proposent souvent de faire un exposé oral et/ou un dossier écrit : saisis ces opportunités si elles restent bien sûr en lien avec ton domaine de recherche) et dis-toi enfin qu'au niveau master les professeurs se comportent souvent moins comme des juges que comme des aides précieuses même s'il y a parfois des déconvenues. En tout cas, l'expérience humaine et intellectuelle avec mes professeurs à la fac fut excellente pour moi cette année et je te souhaite de connaître la même surprise.
    Bon courage !
  • Un grand merci pour ces précieux conseils, que je note très consciencieusement ! Ça me rassure un peu. Il y a pourtant quelque chose que je n'ai pas saisi ; pourquoi faut-il être à l'université en parallèle de l'ENS ? On effectue donc son master recherche alors qu'on est étudiant à l'ENS ? Ça m'aiderait un peu connaître ta semaine type, Polo... Si ce n'est pas trop demander

    En tout cas, c'est une grande nouvelle que d'apprendre qu'il existe des partenariats avec les universités étrangères ! Tu dois savoir que j'ai très envie d'étudier en Angleterre... (cf conversation précédente ;))
  • 76man76man Membre
    Amaryllis a écrit:
    En outre, j'étais psychologiquement inapte à me constituer le réseau nécessaire pour être coopté comme enseignant-chercheur.

    Ce réseau est donc si important ? Mais comment se le constituer ? En faisant copain-copain avec tous nos enseignants ? Je ne me sens pas vraiment l'âme d'une lèche-botte, vous me passerez l'expression...
    Sans réseau, difficile de devenir enseignant-chercheur. Donc oui, c'est très important. Mais inutile pour cela de faire le "lèche-botte" ;) Souvent, quand tu es un bon étudiant, tu es amené à parler avec tes profs après les cours, ne serait-ce que pour un conseil de lecture, une info supplémentaire sur un point du cours... Et puis des affinités se créent vite, notamment au moment du Master 1 (voire avant). Ensuite, la constitution du réseau passe surtout par ton prof, qui peut te mettre en relation avec d'autres spécialistes ou bien parler de toi avec ses collègues. Mais tu peux aussi faire des démarches plus personnelles, par exemple adhérer à des "groupes", etc.
  • PoloPolo Membre
    Amaryllis a écrit:
    Un grand merci pour ces précieux conseils, que je note très consciencieusement ! Ça me rassure un peu. Il y a pourtant quelque chose que je n'ai pas saisi ; pourquoi faut-il être à l'université en parallèle de l'ENS ? On effectue donc son master recherche alors qu'on est étudiant à l'ENS ? Ça m'aiderait un peu connaître ta semaine type, Polo... Si ce n'est pas trop demander

    En tout cas, c'est une grande nouvelle que d'apprendre qu'il existe des partenariats avec les universités étrangères ! Tu dois savoir que j'ai très envie d'étudier en Angleterre... (cf conversation précédente ;))

    Sauf cas très particuliers, l'ENS ne délivre pas de master. Un élève fonctionnaire-stagiaire ou un étudiant doit donc suivre chaque année quelques cours à l'ENS (le plus souvent aujourd'hui en vue d'obtenir le diplôme de l'ENS : c'est obligatoire pour les étudiants) et valider son master ailleurs (université ou d'autres établissements comme l'EHESS, l'EPHE etc.), ce qui suppose de suivre des séminaires, d'en valider un certain nombre et de faire son mémoire sous la direction d'un professeur extérieur à l'ENS (j'imagine qu'il y a quelques cas particuliers encore mais ce doit être rare).
  • Il y a quand même un nombre croissant de masters gérés et délivrés par l'ENS (et pour certains d'entre eux, tous les cours ont lieu à Ulm). Mais pas en anglais.

    http://www.ens.fr/spip.php?article35&lang=fr
  • PoloPolo Membre
    Oui je sais, mais ça ne me semblait pas nécessaire de complexifier la situation pour quelqu'un qui ne connaît pas encore bien le fonctionnement de l'ENS.
  • 76man a écrit :

    Sans réseau, difficile de devenir enseignant-chercheur. Donc oui, c'est très important. Mais inutile pour cela de faire le "lèche-botte" Souvent, quand tu es un bon étudiant, tu es amené à parler avec tes profs après les cours, ne serait-ce que pour un conseil de lecture, une info supplémentaire sur un point du cours... Et puis des affinités se créent vite, notamment au moment du Master 1 (voire avant). Ensuite, la constitution du réseau passe surtout par ton prof, qui peut te mettre en relation avec d'autres spécialistes ou bien parler de toi avec ses collègues. Mais tu peux aussi faire des démarches plus personnelles, par exemple adhérer à des "groupes", etc.

    À vrai dire, le discours qu'on me répète le plus depuis que j'ai choisi la voie de l'université, c'est "Aucune organisation, les profs se fichent de toi, que tu réussisses ou pas, que tu viennes ou pas..." Je ne m'imaginais donc pas que de véritables relations prof-élève pouvaient se créer. Mais si c'est le cas, tant mieux !
    Polo a écrit :

    Sauf cas très particuliers, l'ENS ne délivre pas de master. Un élève fonctionnaire-stagiaire ou un étudiant doit donc suivre chaque année quelques cours à l'ENS (le plus souvent aujourd'hui en vue d'obtenir le diplôme de l'ENS : c'est obligatoire pour les étudiants) et valider son master ailleurs (université ou d'autres établissements comme l'EHESS, l'EPHE etc.), ce qui suppose de suivre des séminaires, d'en valider un certain nombre et de faire son mémoire sous la direction d'un professeur extérieur à l'ENS (j'imagine qu'il y a quelques cas particuliers encore mais ce doit être rare).

    On suit donc des cours à l'ENS et à l'université ! Ce qui suppose une double charge de travail. Ça explique la difficulté d'accès à l'ENS, il faut être capable de tenir le coup...
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