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Commentaire du discours contre l'esclavage de Robespierre

Bonjour,

Je crée ce topic car je ne peux pas modifier le nom du sujet sur l'autre... Et bref il me manque aussi le commentaire du discours de Robespierre contre l'esclavage (13 mai 1791)

Le voici :
"Dès le moment où dans un de vos décrets, vous aurez prononcé le mot esclaves, vous aurez prononcé et votre propre déshonneur et le renversement de votre Constitution.
Je me plains au nom de l'Assemblée elle-même, de ce que, non content d'obtenir d'elle tout ce qu'on désire, on veut encore la forcer à l'accorder d'une manière déshonorante pour elle et qui démente tous ses principes.
Si je pouvais soupçonner que, parmi les adversaires des hommes de couleurs, il se trouvât, quelque ennemi secret de la liberté et de la Constitution, je croirais que l'on a cherché à se ménager un moyen d'attaquer toujours avec succès vos décrets pour affaiblir vos principes, afin qu'on puisse vous dire un jour, quand il s'agira de l'intérêt direct de la métropole : vous nous alléguez sans cesse la Déclaration des droits de l'homme, les principes de la liberté, et vous y avez si peu cru vous - mêmes que vous avez décrété constitutionnellement l'esclavage. L'intérêt suprême de la nation et des colonies est que vous demeuriez libres et que vous ne renversiez pas de vos propres mains les bases de la liberté. Périssent les colonies, s'il doit vous en coûter votre bonheur, votre gloire, votre liberté. Je le répète : périssent les colonies et les colons veulent, par des menaces, nous forcer à décréter ce qui convient le plus à leurs intérêts. Je déclare au nom de l'Assemblée, au nom de ceux des membres de cette Assemblée qui ne veulent pas renverser la Constitution, au nom de la nation entière qui veut être libre, que nous ne sacrifierons aux députés des colonies, ni la nation, ni la colonies, ni l'humanité entière. […]"

==> Pas de plan là aussi... mais quelques pistes :
J'ai remarqué le champs lexical juridique du texte "Constitution" "Assemblée" ce qui intéresse Robespierre, c'est la loi et surtout le respect de la loi.

On peut le voir dans la phrase "démente tous ses principes".
Par ailleurs Robespierre commence son texte par "dés le moment où vous aurez..." or, la Constitution fait déjà référence aux esclaves ==> Il critique indirectement les textes.

Il dénonce l'utilisation abusive des lois, peut être critique t-il une sorte de régression ? On a pu évoluer en mettant en place une Constitution, des règles, mais certains, trop avides de "gloire" de "bonheur" la modifient à leur guise.

Aussi, il mets en avant la contradiction des personnes présentes à l'Assemblée qui toujours se réfère à la Déclaration mais jamais ne l'applique correctement (==> esclavage remis en cause qui provoque la remise en cause de tout un système)

Voila. Un peu d'aide pour ce texte me permettrait de finir mes révisions et surtout d'avoir tous les commentaires/plans de mes textes histoire de les revoir la veille de l'épreuve...
Merci d'avance !

Réponses

  • Bonjour.

    Si l'on veut ne pas divaguer sur ce discours de Robespierre, il faut voir quel était l'objet de la discussion à l'Assemblée Constituante les 12 et 13 mai 1791.

    Il ne s'agissait pas d'abolir l'esclavage dans les colonies, où l'Assemblée avait admis que l'article 1 de la Déclaration des droits de l'homme, à savoir "Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit", ne s'appliquerait pas.

    Au contraire, le 28 mars 1790, l’Assemblée Constituante avait décrété la formation d’assemblées coloniales ; chacune serait « autorisée à faire connaître son vœu sur la constitution, la législation et l’administration qui conviennent à la prospérité et au bonheur des habitants » de la colonie. Les "citoyens actifs" seraient éligibles dans ces assemblées coloniales.

    Le problème soulevé dans les discussions des 12 et 13 mai 1791 était celui de savoir si les "hommes de couleur libres", c'est-à-dire, en fait, les mulâtres propriétaires (qui, eux-mêmes, possédaient parfois des plantations et des esclaves noirs) pourraient faire partie de ces assemblées coloniales.

    Morau de Saint-Méry, député de la Martinique, voulut, alors que ce n'était pas l'objet de la discussion, constitutionnaliser l'esclavage en faisant adopter l'article: « L’Assemblée nationale décrète, comme article constitutionnel, qu’aucune loi sur l’état des esclaves dans les colonies d’Amérique ne pourra être faite par le Corps législatif que sur la demande formelle et spontanée de leurs assemblées coloniales. »

    Cette proposition provoqua non pas la réplique que vous reproduisez (tirée des Mémoires de Robespierre), mais une réplique proche. En somme ce que Robespierre reprochait à Moreau de Saint-Méry, c'était l'usage du mot "esclave" au lieu de "personne non-libre".

    Si vous voulez connaître la position de Robespierre dans ce temps-là, le mieux est de se reporter à sa déclaration du 12 mai 1791:
    « Mais sur quoi se fonde le parti des blancs qui veulent dépouiller leurs concitoyens [c’est-à-dire les hommes libres de couleur] de leurs droits ? quel est donc le motif de cette extrême répugnance ? Cela diminuera, disent-ils, le respect des noirs à l’égard des blancs qui ne peuvent les conduire que par la terreur. Aux raisons victorieuses qui ont été données contre cette objection, j’ajoute que la conservation des droits politiques que vous prononcez en faveur des gens de couleur ne ferait que fortifier la puissance des maîtres sur les esclaves, puisque si vous donnez à tous les citoyens de couleur propriétaires et maîtres le même intérêt, si vous n’en faites qu’un seul parti ayant le même intérêt à maintenir les noirs dans la subordination, il est évident, dis-je, que la subordination sera cimentée d’une manière encore plus ferme dans les colonies, au lieu que si vous faites une scission entre les blancs et les hommes de couleur, qui n’auront pas les mêmes droits et les mêmes intérêts que les blancs, vous les rapprocherez, dis-je, de la classe des nègres ; et alors s’il y avait quelque insurrection à craindre de la part des esclaves contre les maîtres, il est évident qu’elle serait bien plus redoutable étant soutenue par les hommes libres de couleur qui n’auront pas le même intérêt à la maintenir. Vous voyez donc, messieurs, à quoi se réduisent toutes ces arguties prodiguées par une partie des colons blancs pour obtenir le droit de dominer dans les colonies. Vous voyez que ces objections sont évidemment contraires à l’intérêt bien entendu non seulement des colonies, mais à celui de la classe des blancs. »

    Au bout du compte, l'Assemblée Constituante adopta le décret de Saint-Méry, en y remplaçant le mot "esclave" par "personne non-libre" et laissa l'initiative aux colons blancs quant au problème de savoir si les hommes de couleur libres seraient éligibles dans les assemblées coloniales.

    Le récit de cette séance est atterrant, mais mieux vaut le prendre tel qu'il est plutôt que de dispenser à l'école un catéchisme sans rapport avec la réalité. Le "lobbying" (ici des colons blancs) auprès des députés existait. Déjà!

    Post Scriptum:
    Soyons précis. Le 15 mai 1791, l'Assemblée Constituante accorde aux gens de couleur nés de père et de mère libres (c'est-à-dire à une faible minorité des gens de couleur) les mêmes droits civiques qu'aux Blancs, et elle laisse aux assemblées coloniales l'initiative quant aux droits des autres gens de couleur libres.
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