Grammaire française Participe passé

Ayant consulté différents dictionnaires donnant lieu à des interprétations contraires (dictionnaire pour collégien, lexis, cnrtl), je m'en remets aux spécialistes du coin:

- le verbe foncer, lorsqu'il signifie "s'assombrir", est-il le même verbe que celui qui a pour sens "aller vite" ou s'agit-il de deux homonymes?

- le mot "serres", assurément, est polysémique, mais "griffes" et "construction en verre..." relèvent-ils du même mot?

Réponses

  • JehanJehan Modérateur
    Bonsoir.

    Pour ce qui est de serre(s), il s'agit bien de polysémie du déverbal du verbe serrer.

    Pour ce qui est de foncer (devenir sombre) et de foncer (s'élancer), c'est plus compliqué.

    Le verbe foncer signifiant "devenir sombre" vient de "foncé" au sens d' "enfoncé", la couleur plus sombre paraissant enfoncée, en creux, par rapport à celles qui l'entourent.
    Famille de fond, du latin fundus.

    Le verbe foncer signifiant "s'élancer" est une altération du verbe fondre, de même sens, mais d'origine différente : verbe latin fundere, sans rapport étymologique avec fundus.
    Là où cela se complique, c'est que le sens premier du verbe fondre est " couler, (se) répandre".
    Le sens de "s'élancer, s'abattre brusquement" s'est fait par rapprochement avec le vieux verbe fondrer (s'effondrer, tomber brusquement) qui est, lui, de la famille de fond.
    Il y a donc eu influence réciproque des deux familles.
    Difficile de parler de polysémie, mais difficile aussi de parler de simple homonymie.
    Nous sommes là dans l'entre-deux...
  • Jehan a écrit:
    Bonsoir.

    Difficile de parler de polysémie, mais difficile aussi de parler de simple homonymie.
    Nous sommes là dans l'entre-deux...

    Bonjour!

    Pour foncer, c'est sans doute vrai sur le plan étymologique. Sauf que spontanément, je ne vois pas de lien avec les deux sens de foncer en question. D'ailleurs le Robert recourt à un traitement homonymique.
    La réponse à la question dépend donc de l'importance que l'on accorde ou non à l'aspect étymologique. De la façon dont elle est posée, je suppose que non. En outre, la réponse de Jehan (excellente par ailleurs) m'apparaît totalement contre-intuitive pour le locuteur moyen. Donc, pour répondre à la question, je dirais que ces deux sens de foncer sont des homonymes et qu'ils n'ont aucun lien (motivé) entre eux, sauf bien sûr peut-être un lien étymologique ténu.
  • JehanJehan Modérateur
    Il me semble que le Petit Robert ne recourt pas vraiment ici à un traitement homonymique, lequel consisterait à traiter les deux sens dans deux entrées séparées (comme par exemple balle, avec quatre entrées différentes et quatre étymologies distinctes). Les trois sens de foncer sont traités à des paragraphes différents de la même entrée, ce qui est plutôt un traitement polysémique.

    Le paragraphe consacré au sens "se jeter" mentionne certes "d'après fondre", mais la définition ("faire une charge à fond") rattache ce sens au sémantisme du mot fond, comme elle le fait pour les deux autres sens de foncer.

    Donc, une certaine ambiguïté demeure...
  • Bonjour,
    Oui c'est vrai j'ai pris un raccourci. C'est-à-dire que les chiffres romains séparent le plus souvent des sens irréconciliables ou qui n'ont rien en commun. Par exemple, témoin I dans le sens de témoignage et témoin II dans le sens de personne qui témoigne. Outre le même mot qui apparaît dans leur périphrase définitionnelle, je ne vois pas comment on peut considérer que témoin I et témoin II sont des sens différents d'un même mot. D'abord ce mot-ancêtre qui serait commun (s'il existait), qu'est-ce qu'il désignerait, une personne (un témoin) ou une chose (témoignage)? On voit bien qu'il est impossible de concevoir un sens qui réunirait ces deux sens de témoin.
    Donc sur le plan superficiel ou graphique, les chiffres romains caractérisent effectivement un traitement polysémique. Mais si on y regarde de plus près, les sens qu'ils séparent sont le plus souvent irréconciliables (ils n'est pas possible de définir ce qu'ils ont en commun tout simplement) et ils désignent donc des homonymes. C'est encore plus vrai quand il s'agit de catégories grammaticales différentes comme un adjectif et un nom (voir journal I et II ou résident I et II par exemple).

    Pour reprendre l'exemple de foncer qui a trois grands sens différents, je ne vois pas de définition ou de sens qui réunirait les trois sens de foncer I, II et III. C'est pour cette raison, je pense, que l'on peut dire que ce sont trois homonymes : ils n'ont rien de commun sur le plan sémantique (même si, comme vous le notez, ils partagent certainement un lien étymologique). L'exemple du verbe être, lui aussi avec ses trois sens romains différents, est éloquent : le sens d'avoir une réalité (le sens I) n'a rien à voir avec la copule décrite par le sens II (qui est d'ailleurs dépourvu ou vide de sens en tant que tel) ni avec les sens III qui fait allusion à un état ou à l'état d'une personne.

    En tous cas, tout cela montre à Alph que la différence entre l'homonymie et la polysémie est loin d'être aussi simple qu'elle n'y paraît!
  • JehanJehan Modérateur
    Loin d'être aussi simple, en effet.
    Où finit la polysémie, où commence l'homonymie ?
    Il me semble cependant que les véritables homonymes, par définition, se doivent d'avoir une étymologie différente.
    Voir Wikipedia (c'est moi qui souligne) :
    La polysémie est la propriété d'un mot qui a plusieurs sens ; plus généralement, c'est la propriété d'un signifiant qui renvoie à plusieurs signifiés. La distinction entre homonymie et polysémie tient donc à la distinction entre un signifiant et sa forme linguistique. Dans l’homonymie, on a affaire à des signifiants de forme identique mais différents : la différence apparaît dans les étymologies, la convergence des formes est le fait de l’évolution de la langue ; au contraire, la polysémie provient d’un élément et d'une étymologie unique qui revêt plusieurs sens.

    Et l'écart entre les sens de vocables issus d'une étymologie unique, lorsqu'il est très grand comme ici, n'en fait pas pour autant de véritables homonymes.
  • Jehan a écrit:
    Il me semble cependant que les véritables homonymes, par définition, se doivent d'avoir une étymologie différente.

    J'ai le sentiment que c'est un critère important mais qu'il est souvent déficient en raison de sa nature historique. Je me rends compte aussi que ça dépend des dictionnaires puisqu'un ouvrage comme le Lexis, distingue, pour les 3 sens de foncer vus précédemment, trois homonymes (entrées précédées de numéros).
    Là où c'est intéressant, c'est que suivant le même principe de l'étymologie le Lexis attribue une étymologie différente à chacun de ces sens, contrairement au Robert qui semble y voir une même origine étymologique (les deux ouvrages respectent le même principe du traitement homonymique justifié par l'étymologie mais aboutissent à des résultats différents).

    C'est donc dire qu'il y a aussi une question d'interprétation des données étymologiques. En effet, on peut se poser aussi la question jusqu'où doit-on remonter dans la filiation du sens pour conclure qu'il y a un lien étymologique? Les groupements et dégroupements de sens prêtent des changements brusques à un phénomène continu et graduel.

    Enfin, j'ai aussi remarqué, et cela rejoint mon point de départ, que le Lexis crée des entrées homonymes à des mots qui ont la même étymologie, comme navette 2 et navette 3 (qui sont des homonymes de navette 1). Le Lexis joue d'ailleurs beaucoup sur cette opposition entre homonymie et polysémie (groupements et dégroupements).

    Donc Alph a bien raison de se poser la question! Et je dois reconnaître que je n'ai pas vraiment de réponse même si je croyais en avoir une assez solide! Même si je dois aussi reconnaître que l'étymologie joue un rôle important dans la définition des homonymes, je reste par contre très critique face à l'application de ce critère auquel je préfèrerais qqch de plus scientifique et de plus cohérent avec l'intuition des locuteurs.
  • JehanJehan Modérateur
    Pour que ce soit à la fois plus scientifique et plus en accord avec l'intuition des locuteurs, ce n'est pas gagné d'avance... Sur quoi se fonde l'intuition des locuteurs dans ce domaine, si ce n'est sur l'écart plus ou moins grand entre les divers sens ? Ce qui est une appréciation assez subjective.

    Par curiosité quels sont les sens donnés pour navette 2 et pour navette 3 dans le Lexis ?
  • Jehan a écrit:
    Pour que ce soit à la fois plus scientifique et plus en accord avec l'intuition des locuteurs, ce n'est pas gagné d'avance... Sur quoi se fonde l'intuition des locuteurs dans ce domaine, si ce n'est sur l'écart plus ou moins grand entre les divers sens ? Ce qui est une appréciation assez subjective.

    Par curiosité quels sont les sens donnés pour navette 2 et pour navette 3 dans le Lexis ?

    Eh bien comme j'ai signalé, la différence entre témoin I et témoin II (un document qui témoigne et une personne qui témoigne) ne me semble pas du tout subjective et je pense que tous les locuteurs seraient d'accord sur ce point. Il ne faut pas oublier que ce sont les grossières différences de sens qui déterminent l'homonymie sémantique (non étymologique!). Les nuances subtiles relèvent quant à elles de la polysémie. Elles sont par ailleurs décrites et désignées par le terme technique d'acception. En somme, plus les différences sont grandes, moins l'appréciation est subjective il me semble.

    Pour ce qui est de navette, le lexis recense de nombreux sens qui sont répartis en 4 homonymes. Voici ce que je peux restituer comme information :

    1. NAVETTE [prononciation] n.f. (de nef, par anal. de forme; v. 1200). 1. Instrument de tisserand pour porter et faire passer les fils de la trame entre les fils de la chaîne d'une étoffe. - 2. Pièce de la machine à coudre qui renferme la canette. - 3. Mar. Pièce en bois destinée à recevoir le fil utilisé dans la fabrication de sangles, filets de pêche, etc. - 4. Navette volante, navette utilisée en tissage mécanique. - 5. Navette spatiale, véhicule spatial réutilisable, conçu pour assurer des liaisons entre la Terre et l'espace circumterrestre.
    2. NAVETTE [prononciation] n.f. (de navette 1; 1353). Liturg. Petit vase où l'on met l'encens destiné à être brûlé à l'église.
    3. NAVETTE [prononciation] n.f. (de navette 1; v. 1750). 1. Véhicule (train, car, bateau, etc.) servant à des liaisons courtes et répétées entre deux lieux; service de transport assuré par ce véhicule : Prendre la navette. - 2. Procédé par lequel deux assemblées parlementaires se mettent d'accord - quoique siégeant séparément - sur le texte d'une loi. - 3. Faire la navette, aller et venir continuellement entre deux lieux déterminés : Sa profession l'oblige à faire la navette entre Tours et Paris (syn. FAIRE L'ALLER ET RETOUR). Le projet de loi fait la navette entre le Sénat et l'Assemblée nationale.
    4. NAVETTE → NAVET 1.

    Comme je disais, et si je fais la bonne lecture, on constate que navette 2 et 3 sont des homonymes même s'ils sont dérivés étymologiquement de navette 1.
  • AlphAlph Membre
    Je suis surtout rassuré de voir qu'il n'y a pas de réponse évidente et qu'il est donc permis, parfois, de se tromper.
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