Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour,

J'ai un sujet de dissertation qui est "théâtre et dépaysement" et j'avoue avoir quelques difficultés avec.
Peut-on entendre par dépaysement ce qui à trait à la réalité ou la vraisemblance d'une pièce de théâtre ou faut-il vraiment se baser sur la problématique "le théâtre est-il le lieu du dépaysement?"
Car en plus, mise à part le décor, des pièces comme celles de Racine ou corneille qui traitent de thèmes de l'Antiquité et qui, de ce fait, dépayse le lecteur, je ne vois pas en quoi le théâtre peut réellement dépayser!
Dans l'Antiquité par exemple, le théâtre traite de thème de la vie quotidienne, le théâtre élisabéthain lui aussi a un certain ancrage dans la réalité historique.....

Si quelqu'un peut en discuter avec moi...
Merci d'avance
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Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Tiange,

    Le théâtre dépayse d'abord parce qu'il est un lieu de conventions.
  • Merci pour votre réponse mais qu'entendez-vous par conventions?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Tout ce qui fait que l'univers théâtral n'est pas la vie ordinaire : une disposition scénique, un langage particulier, une manière particulière de représenter la réalité, une (ou des) tradition...

    Le spectateur au théâtre doit apprendre une "grammaire" pour profiter complètement de la représentation, comme le petit écolier doit apprendre à lire pour entrer dans l'univers des livres.
  • J'avoue que j'ai un peu de mal à comprendre...je pense que sur ces éléments, le dépaysement ne se fait que pour les lecteurs/spectateurs postérieurs, car si l'on prend par exemple le théâtre du XIIe ou même la comédie latine de Plaute, le langage ou les traditions s'ancrent dans les coutumes de la société de l'époque. Rien de vraiment dépaysant là-dedans à mon avis.
    Peut-être pouvons-nous convoquer le théâtre de l'absurde, qui lui finalement déroute le lecteur et les "attendus" du théâtre?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Depuis l'origine, le théâtre est une représentation conventionnelle et symbolique.
    Il n'a jamais été une photographie de la vie, ce qu'il ne peut être.
    Quand tu parles du théâtre du XIIe siècle, fais-tu allusion aux mystères ?
    Si c'est le cas, il faut y voir un espace scénique rituel avec plusieurs vues simultanées : terre, ciel, domaines infernaux, une visée didactique, l'intervention du surnaturel... Cette représentation n'est compréhensible que de l'initié, de celui qui baigne dans une certaine culture. Imagine comment le kabuki ou le nô pourraient être reçus aujourd'hui par un occidental non préparé.
    Tu commets l'erreur de penser que ce que tu as appris est naturel au point de ne plus voir l'artifice. La grammaire du théâtre occidental fait partie de notre culture, mais il ne faut pas grand chose pour que nous soyons déroutés dès que des innovations apparaissent comme dans le théâtre de l'absurde (ce que tu as relevé).
  • ce n'est pas que je ne vois pas l'artifice, je suis d'accord dans le fait que le décor, la mise en scène les costumes, et même le langage sont des éléments de dépaysement pour le lecteur, mais il me semble que, pour ce qui est du théâtre antique, les spectateurs contemporains ne subissent pas ce dépaysement (et ne le recherchent sûrement pas). Les acteurs sont habillés comme les gens de l'époque, les sujets sont des sujets de la vie quotidienne ou de la réalité historique etc....

    En fait avec ce sujet "théâtre et dépaysement" je pense que c'est le genre même du théâtre qui est au centre du sujet. Quand je pense à dépaysement je pense à paysage ce qui m'amène à description et finalement le genre de la description c'est le roman et non le théâtre! Il me semble donc qu'il faut chercher en quoi justement au fil du temps et de l'évolution du théâtre, le genre s'est en quelque sort émancipé de ces conventions premières.

    En ce qui concerne le dépaysement , je pense donc évoquer
    -tout ce qui à trait au décor, à la mise en scène etc....
    -le théâtre symboliste, qui veut réagir contre le réalisme des décors et donc inviter le lecteur, spectateur à faire travailler on imagination
    -le théâtre de l'absurde
    -l'hypotypose qui par la force des mots parvient à transporter le lecteur dans le monde dans lequel l'auteur veut le faire "voyager"
    -le théâtre de Racine ou Corneille par exemple avec les pièces qui abordent des sujets antiques et donc loin de ce à quoi s'attendent les lecteurs/spectateurs.

    Pour ce qui est d'un certain ancrage dans le présent, j'ai maintenant plus de mal à trouver....Peut-être évoquer le théâtre an,tique (encore lui!), les pièces de Molière dont les sujets s'ancrent dans les réalités de l'époque....

    Je pense que je vais vraiment avoir du mal à faire mes trois parties..... Je dois me plonger dans des ouvrages ce week end, des idées vont peut etre surgir!

    Merci pour votre aide!
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour,

    Je ne suis pas sûr de te suivre dans ce que tu écris malgré la qualité de tes analyses.
    Le point de divergence provient sans doute de la compréhension du terme clé "dépaysement".
    Tu le rattaches à paysage, description.
    Le roman est-il le genre de la description ? non, c'est un genre narratif. Il partage avec le théâtre d'être un genre de l'action, mais le drama théâtral possède des caractéristiques particulières de condensation, d'appréciation visuelle et auditive immédiate... Comme le théâtre donne à voir et à entendre, il n'a pas besoin de la description sauf dans le cas particulier du "récit", justement dépaysant.

    Qu'est-ce donc que le dépaysement ? pour moi l'accès à un monde inhabituel, différent de la réalité quotidienne...
    Cet effet de distanciation est obtenu d'abord par le lieu, le style, la grammaire théâtrale...
    Il peut être produit par les sujets : féerie, tragédie, exotisme, éloignement historique...
    Est-ce à dire qu'un théâtre familier ne serait pas dépaysant ? tu as raison de te référer aux comédies plus proches de notre expérience habituelle, tu pourrais appeler à la rescousse le théâtre réaliste comme Les Corbeaux de Becque ou le drame bourgeois de Diderot... Cependant même ce théâtre du quotidien est dépaysant par l'acuité du regard, la contraction du temps, l'intensité des caractères...

    Pourquoi donc par essence le théâtre est-il dépaysement ? parce qu'il a inventé des conventions, des règles d'expression pour nous aider à pénétrer dans le secret de la condition humaine. Le théâtre, c'est un scalpel du cœur humain...
  • Merci pour cette belle réponse! Je vais réfléchir à tout cela ce week end, et je reviendrai surement vous faire part de mes réflexions!
    Merci en tout cas pour ces échanges. mais alors, si j'ai bien compris votre point de vue, le théâtre est dépaysement par nature? Si le lieu, le langage, les thèmes sont dépaysants, alors rien ne peut venir contrer la thèse "théâtre et dépaysement"?
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Mais oui, tu as bien compris mon point de vue !
    Tiange a écrit:
    rien ne peut venir contrer la thèse "théâtre et dépaysement"
    Si justement avec le dépassement final :
    Jean-Luc a écrit:
    Est-ce à dire qu'un théâtre familier ne serait pas dépaysant ? tu as raison de te référer aux comédies plus proches de notre expérience habituelle, tu pourrais appeler à la rescousse le théâtre réaliste comme Les Corbeaux de Becque ou le drame bourgeois de Diderot... Cependant même ce théâtre du quotidien est dépaysant par l'acuité du regard, la contraction du temps, l'intensité des caractères...
  • Bonjour!

    Alors ce week-end end j'ai relu attentivement nos échanges ainsi que quelques œuvres dont je disposaient dans ma bibliothèque! Tout d'abord je me demandé ce que vous entendiez par "acuité du regard" dans la comédie réaliste?
    Ensuite, j'ai retenu quelques éléments de mes lectures: est- ce que je pourrais parler de dépaysement par exemple pour la tragi-comédie d'Alexandre Hardy La Force du sang ? Parce que finalement cette œuvre est à mon sens imprégnée du théâtre baroque: sujets atroces souvent invraisemblables, situations exceptionnelles, scènes violentes ou pathétiques à souhaits etc... tout est fait pour grossir la réalité et donc, est-ce que ce pourrait être une forme de dépaysement pour le lecteur/spectateur?
    Second exemple de la tragédie classique: Théophile de Viau avec Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé . J'y ai vu une certaine forme de dépaysement dans la mesure où l'oeuvre se présente comme une suite de tableaux faits de monologues et tirages....
    Qu'en pensez-vous?

    J'avouerai que pour le moment j'ai beaucoup d'exemples (lieu, langage, thèmes, théâtre de l'absurde, théâtre symboliste etc...) mais je ne vois pas très bien comment donner de la cohérence à mes propos.

    Merci pour votre aide
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir,

    L'acuité du regard, c'est cette faculté à transfigurer la réalité, à la rendre intelligible, ramassée, évidente, lorsque l'auteur comique dégage des contingences de son époque les traits caractéristiques d'un type universel.

    Pour donner de la cohérence aux propos, il faut les classer par grands thèmes : scénographie, sujets, langage...
  • Bonjour,

    Je viens d'achever la lecture d'ouvrages théoriques et je me demandais s'il était possible dans ma dissertation les propos d 'Aristote qui pense que le monologues, les apartés et le récit dans une œuvre théâtrale sont des éléments qui rompt l'illusion du spectateur et donc le dépaysement n'est à mon sens plus valable! Je pense que ce sont des points qui pourraient venir nuancer la thèse qui veut que le théâtre soit dépaysant par nature.
    Qu'en pensez-vous?

    Par avance, merci
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Tiange,

    Le monologue, le récit et l'aparté font partie des ressources traditionnelles du théâtre, ils sont issus peu ou prou de la triple énonciation du langage théâtral.

    Par hypothèse, ils participent donc au dépaysement compris comme un éloignement des réalités quotidiennes. En effet il est peu naturel d'entendre une personne soliloquer ou commenter une action, interpeler des spectateurs. Le récit est artificiel non dans le rapport d'événements, mais dans leur traitement déclamatoire.

    Comment peut-on comprendre la rupture de l'illusion ? Est-elle fin du dépaysement ? De fait les trois ressources évoquées conduisent toutes à une prise de distance à l'égard de l'action ; le spectateur est invité à ne plus consommer une belle histoire, mais à réfléchir, à prendre position pour ou contre le personnage de théâtre, à exercer sa sympathie ou sa répulsion... Avec l'aparté, il est tiré par la manche, sollicité. Là encore le charme des péripéties est rompu.

    La réponse apportée dépend de la définition préalable du dépaysement.

    Il faudrait ajouter que certains auteurs inventent des écarts qui peuvent jouer en faveur de la vraisemblance ou contre elle. Par exemple le monologue peut traduire la folie, la perte de contrôle comme pour Oreste dans Andromaque ; Anouilh peut s'en servir pour réinventer à l'époque moderne le chœur antique... L'aparté dans l'Avare traduit les bougonnements du serviteur maltraité dont Harpagon saisit quelques bribes : le voilà réintroduit naturellement dans le dialogue tout en gardant sa puissance comique.
  • Merci pour votre réponse. En fait, en y réfléchissant durant la journée j'en suis venue à la même analyse que vous: soit on considère que les apartés, monologues ou récits sont des moyens en faveur du dépaysement, soit au contraire ils participent à rompre l'état de "dépaysement" dans lequel le lecteur/spectateur est plongé....J'ai un peu de mal à trancher sur la question car les deux possibilités sont acceptables à mon sens....
  • Bonjour !!!

    Une longue absence sur ce forum! j'étais quelque peu prise par la rédaction de mon mémoire....
    Concernant le sujet qui nous occupe, je dois avouer que je n'ai pas bien avancé! J'ai fais de nombreuses lectures, j'ai trouvé des arguments et des exemples qui peuvent aller dans la thèse et l'antithèse (dépaysement/ rupture du dépaysement par un rappel de la réalité) mais j'ai beaucoup de mal à trouver une idée directrice pour ma synthèse. J'avais pensé à un axe qui serait davantage ciblé sur le lecteur/spectateur mais la encore les idées ne foisonnent pas......Si toutefois vous songez à quelque chose, c'est avec plaisir que j'en parlerai avec vous (même si depuis le début nous n'avons pas toujours été sur la même longueur d'ondes :) )

    Bon week end (ensoleillé)

    Jessica
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonjour Jessica,

    Pour moi qui émets en hautes fréquences, la source fondamentale du dépaysement se situe dans le lieu et le mode d'expression du théâtre. Sa particularité est de focaliser sur l'être humain. La scène théâtrale est un espace clos dont le quatrième mur est de verre. Le spectateur devient voyeur, comme un entomologiste qui observe une espèce rare... Le théâtre est appelé par sa nature physique à devenir un laboratoire ou un lieu symbolique... Quant au mode d'expression, il conduit à examiner de manière particulière la communication dans les fonctions du langage et les expressions non verbales qui constituent dans la vie ordinaire 80 % de cette même communication.

    Bonne fin de semaine studieuse ! ;)
  • Bonjour !

    je pense que le dépaysement est aussi tout simplement le fait de transposer une histoire sur une scène parce que dépaysement = faire changer de pays, de milieu, de cadre.
  • Re bonjour Jean-Luc!


    Merci pour cette réponse très....complexe et philosophique :) Je n'ai pas tout assimilé (en toute franchise) mais je vais réfléchir à tout cela! Il faut absolument que je trouve une troisième partie acceptable...il me reste encore quelques jours :) !
    Merci pour votre aide depuis le début!

    Jessica Bonjour Sofanie!

    Tout d'abord merci pour ta contribution! ;) En ce qui concerne le dépaysement, je suis d'accord avec toi, les éléments que tu cites font partie du dépaysement. Je pense d'ailleurs aborder tout ce qui est cadre (espace scénique), mais aussi les thématiques liées au dépaysement, le langage particulier du théâtre ou encore les grands courants qui se veulent dépaysant (théâtre de l'absurde, tragi-comédie, entre autre). En contre partie , je pense qu'il y a encore dans le théâtre des "marques" ou des procédés qui rompt ce dépaysement. Mon souci réside dans le fait de trouver une troisième partie qui puisse couronner le tout ! Je ne vois pas comment dépasser le sujet sans trop m'en éloigner et un plan thématique, à mon niveau, ne me paraît pas de bon augure....

    Merci pour ton aide.
    A bientôt

    Jessica
  • Et bien pour ta 3ème partie tu pourrais rester dans le théâtre tout en élargissant le sujet, comme une ouverture peut être? Mais c'est vrai que ça reste très délicat! :/
  • Je pensais rester dans le théâtre dans tous les cas, car sortir du genre ne me paraît pas judicieux mais justement le problème est là: élargir sans pour autant m'éloigner du sujet. J'avais penser me focaliser sur la réception (lecteur/spectateur) mais les idées ne fusent pas ;)
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