L'ENS en candidat libre

Bonjour. :)

Je suis actuellement étudiant en première année dans un IEP (province) où j'ai été admis sur concours après un bac S. Mon école me plait, mais je me demande si je ne voudrais pas finalement m'orienter dans la Recherche. Or, l'ENS (Ulm) est une école qui m'attire énormément (ne serait-ce que pour le prestige, les conditions d'étude, et puis bien entendu les avantages d'un point de vue des débouchés une fois le doctorat obtenu etc.).

Le problème, (et non des moindres) est que je ne suis pas en prépa, mais dans un IEP, ce qui n'est quand même pas la même chose. (Ne serait-ce que vis-à-vis de la charge de travail et du nombre d'heures de cours...).

Alors je me demandais, : Ne serait-il pas possible de tenter le concours en candidat libre? Bon, je sais qu'il est possible de s'inscrire (c'est indiqué sur le site de l'ENS), mais est-il seulement possible de réussir? Lorsque je regarde les taux de réussite à l'issue des CPGE, je me rend bien compte (et j'ai peur) qu'il y ait un peu trop l'orgueil derrière ces vains espoirs alors que je ne suis que dans un modeste IEP.
Mais tout de même, je trouve le défi très stimulant intellectuellement. Je bave assez régulièrement devant les rapports du jury (chacun son délire hein) en ressentant très clairement l'envie de "me hisser à ce niveau" là. J'ai comme le pressentiment que ce concours n'attend pas seulement une brillante érudition mais également une qualité de réflexion, un sorte de finesse d'esprit et d'analyse en quelque sorte. Je ne trouve pas cet esprit à l'IEP. (En dehors des cours de ma prof d'Histoire, qui est... Normalienne ><) Je me dis que je ne peux sortir que grandi d'une telle préparation, même vouée à l'échec. Je garde cependant l'espoir et je me demandais ce que vous en pensiez.

Quelle serait la nature du travail que je devrais réaliser? J'envisage de contacter des profs (de l'IEP, et même d'ailleurs) afin de leur demander s'ils peuvent m'aider méthodologiquement (je comprendrais qu'ils aient autre chose à faire cela dit ><). J'ai également envie d'attaquer un double cursus IEP + Philosophie/Lettre. Il s'agirait bien évidemment de compléter tout ça avec de très nombreuses lectures et du bachotage en règle. (Et il faudrait aussi que j'apprenne le grec. Pourquoi pas prendre un ou deux livres de référence et bucher comme une brute histoire de rattraper le retard? )
Enfin bref, ce n'est pas la motivation qui manque, mais j'ai besoin de savoir s'il est totalement vain et utopique d'espérer. Et si ce n'est pas le cas, s'il y a un espoir, à quelle hauteur peut-il s'élever?

Autre question (liée cela dit) : Pensez-vous qu'il soit possible de jouer la carte de la non-conventionalité de mon parcours, justement? Je crois savoir qu'il n'y a ni d'économie, ni de sociologie, ni de droit, ni même de science politique en Khagne classique? (Hors BL). Or je ne fais précisément, que ça... >< Vraiment, mes références sont beaucoup plus Bourdieu, Weber et Durkheim que Platon, et l'analyse des idées politiques n'a plus de secret pour moi. (Enfin si, mais rêvons) Pensez-vous qu'il soit apprécié de glisser un peu de regard sociologique dans une dissertation d'histoire, ou d'utiliser quelques références bourdieusiennes en philosophie (ou soyons fou : Boltanskiennes, pour parler de façon aussi pédante que mes profs de socio)? Bien sur, ça ne suffirait pas. Mais je me dis qu'il y a "peut-être" une carte à jouer. (On se raccroche à ce qu'on peut, hein )

Merci de m'avoir lu, et merci d'avance à ceux qui prendront le temps de me répondre, s'il y en a. :)
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Réponses

  • S.S. Membre
    Vraiment, je ne vous le conseille pas. Ce serait le meilleur moyen de rater l'un et l'autre.
  • Je ne pense pas , d'excellents élèves de prépa, ayant été préparé pour le concours, ne l'obtiennent pas. Alors quelqu'un qui n'est pas en prépa et qui n'y ait jamais passé ( oui car certains entre à l'ENS en étant à la fac mais après trois ans de prépa) , c'est de l'utopie. On apprend pas seulement des "connaissances" , on y apprend des savoir faire. Par exemple les versions et les commentaires en langue étrangère , ce ne sont pas les élèves bilingues qui ont les meilleurs notes , c'est la preuve que les connaissances ne suffisent pas. Si tu veux vraiment l'ENS , arrête l'iep et tente d'entrer dans une prépa AL ou BL....
  • HugoOHugoO Membre
    Odin a écrit:
    Autre question (liée cela dit) : Pensez-vous qu'il soit possible de jouer la carte de la non-conventionalité de mon parcours, justement? Je crois savoir qu'il n'y a ni d'économie, ni de sociologie, ni de droit, ni même de science politique en Khagne classique? (Hors BL). Or je ne fais précisément, que ça... >< Vraiment, mes références sont beaucoup plus Bourdieu, Weber et Durkheim que Platon, et l'analyse des idées politiques n'a plus de secret pour moi. (Enfin si, mais rêvons) Pensez-vous qu'il soit apprécié de glisser un peu de regard sociologique dans une dissertation d'histoire, ou d'utiliser quelques références bourdieusiennes en philosophie (ou soyons fou : Boltanskiennes, pour parler de façon aussi pédante que mes profs de socio)? Bien sur, ça ne suffirait pas. Mais je me dis qu'il y a "peut-être" une carte à jouer. (On se raccroche à ce qu'on peut, hein )

    Merci de m'avoir lu, et merci d'avance à ceux qui prendront le temps de me répondre, s'il y en a. :)

    Perspectives de réussite quasi-nulles sans passer par une prépa, mais pour ton côté socio-éco-sciences po, ça peut être très apprécié en Histoire et en Philo, donc ce serait un plus, si tu faisais une prépa AL.
  • HugoO a écrit:
    Perspectives de réussite quasi-nulles sans passer par une prépa...
    Malheureusement, je ne peux qu'ajouter ma voix à ce concert de mauvaises nouvelles. Intégrer Ulm en candidat libre est déjà rare, et cela n'arrive guère qu'à des gens ayant fait au moins une khâgne.
    Mon conseil: finissez l'IEP, faites une licence en même temps, et entrez à l'ENS sur dossier au niveau Master.
  • Je suis étudiant en khâgne A/L en province et ce projet de passer le concours en candidat libre me paraît utopique. Je passe Ulm puisque je suis dans la khâgne qui prépare à ce concours.
    En histoire, le programme est très dense : "Les mondes du travail en France de 1789 à 1946" et demande d'avoir suivi les cours. Après, vous ne le passerez évidemment pas cette année. Les programmes d'histoire à ma connaissance sont chaque année très denses.
    La langue ancienne demande une maîtrise que l'on ne peut acquérir uniquement en faisant énormément de versions. Il faut aussi parfaitement maîtriser évidemment la grammaire et le vocabulaire. Je fais l'épreuve de version + commentaire et il y a une thématique sur laquelle on a besoin d'avoir des concepts. Notre professeure de latin a fait un cours très complet.
    Il y a aussi une matière d'option. Là encore, avoir des cours est fondamental. Mon option est lettres modernes et même si ma professeure est loin d'être parfaite, il faut un entrainement et des connaissances pour le commentaire littéraire sur programme, épreuve qui demande une très grande réactivité car elle ne dure que 4 heures.
    La philo demande là encore d'avoir suivi des cours ainsi que la langue vivante, rien que pour la maîtrise du commentaire.
  • OdinOdin Membre
    Je vous remercie tous pour votre sincérité. :)
    Je pensais bien que ce serait impossible. :/ C'est très dommage tout de même. Je sais que le métier d'Enseignant chercheur n'est pas facile, les bourses pour les doctorants sont difficiles à obtenir, la précarité peut attendre les postdoc. L'ENS c'était vraiment pour moi (en plus du côté prestige etc. mais bon, ça à la limite... ) le moyen d'aborder sereinement mon avenir. :/ Là du coup je sais pas vraiment quoi faire.

    Mon projet serait de me spécialiser dans l'Histoire (médiévale, pourquoi pas ). La seule fac dans laquelle je puisse faire une licence est celle du Mirail (Toulouse), dont je ne connais pas la réputation mais... :/ Quel serait ensuite l'intérêt d'intégrer l'ENS sans passer par le concours? Les conditions du doctorat sont les mêmes pour les élèves que pour les étudiants à l'ENS?

    Ce qui m'inquiète vraiment c'est de me lancer dans des études longues et difficiles, pour à terme ne pas parvenir à trouver de poste.
  • Pourquoi ne pas te réorienter l'année prochaine dans une hypokhâgne AL ou BL?
  • S.S. Membre
    Ce qui m'inquiète vraiment c'est de me lancer dans des études longues et difficiles, pour à terme ne pas parvenir à trouver de poste.
    Ouais, on a tous les mêmes inquiétudes, dans le domaine des lettres ou des sciences humaines. Mais bon, l'IEP vous désintéresse tant que cela ? Parce qu'en terme d'intégration professionnelle, c'est assez rentable (préparation aux concours ENA, etc.) !
  • OdinOdin Membre
    Pour plusieurs raisons (de la meilleure aux moins bonnes) :

    -C'est trop tard, les vœux sur APB sont bouclés, seul l'ordre peut désormais changer. Et je ne pense pas qu'une prepa accepte un nouveau dossier comme ça, avec du retard sur les autres.
    -Cela reviendrait à abandonner une école au diplôme (quasi) assuré, relativement bien "côté", bref : un filet de sécurité. Pour deux ans de travail intense avec à la clé l'éventualité (pas certaine :( ) de réussir. Pour faire cela, il faudrait que je sois convaincu de mes capacités. :)
    -Pas certain que mes proches me laissent faire... (mais ça, c'est plus une difficulté qu'un véritable obstacle. )

    Voila. :)


    S. : L'IEP m'interesse d'un point de vue professionnel, mais moins d'un point de vue personnel. D'abord les matières : pas de philosophie, pas de lettres, de l'histoire strictement contemporaine, ce semestre par exemple, on ne fait que du droit et de l'économie. Pas vraiment ce qui me passionne. Et puis surtout, c'est la manière d'aborder les disciplines. On voit rien dans le fond, ils ne demandent pas de nous de l'intelligence, ils demandent de nous du brillant : et quand je dis "brillant", c'est au sens littéral. Il faut que ça brille, que nos plans soient carrés et que les titres fassent des étincelles. On survole tout sans jamais aller bien loin, le niveau d'exigence est assez faible et on ne nous entraine pas vraiment l'esprit. (Très rares sont les disserts d'histoire à faire par exemple, on travaille d'une manière générale très peu). Enfin, je dis ça, c'est pour dresser un tableau strictement négatif, mais ce serait malhonnête de ma part. En contre-partie, il y a tout de même l'acquisition d'une culture générale intéressante du point de vue politique, juridique, économique etc. En un mot, on nous apprend à "comprendre le monde tel qu'il est". On acquiert quand même des connaissances, faut pas pousser non plus. C'est juste que ce n'est pas "stimulant".

    Pour ce qui sont des débouchés, c'est clair que l'IEP est plutôt rentable. Mais la majeure partie des postes correspondent à des métiers juridiques, commerciaux, ou bien dans la fonction publique. On nous forme de manière générale à travailler dans ces milieux etc. Mais justement je me demande si ces milieux m'intéressent. Je me vois mal me forcer à m'intéresser à des choses très pragmatiques comme celles là. J'ai envisagé de préparer le concours de l'ENA, mais : Le programme ne m'intéresse pas (droit, éco) et les métiers ouverts par la suite, pas tellement non plus (administrateurs civils etc.), malgré leurs indéniables avantages au niveau financier, sécurité de l'emploi, privilèges divers et variés etc. Quant aux métiers réellement intéressantes disponibles à la sortie (et il y en a!), les places sont rares, chères, les secteurs souvent en déclin, les situations souvent précaires etc.

    Voila. Mais cela dit, il est possible que je murisse et que j'accepte l'idée de travailler dans quelque chose qui ne me plait pas trop trop, mais qui en contre-partie me donne une situation confortable (pour me poser, avoir une famille etc.). C'est juste que pour l'instant, la recherche me parait bien plus intellectuellement stimulante.
  • Odin a écrit:
    -C'est trop tard, les vœux sur APB sont bouclés, seul l'ordre peut désormais changer. Et je ne pense pas qu'une prepa accepte un nouveau dossier comme ça, avec du retard sur les autres.

    Tu as l'air très motivé. Si tu joins à ton dossier une lettre de motivation où tu te montres aussi enthousiaste qu'ici, tu devrais avoir tes chances. Il ne me semble pas qu'il soit impossible de rentrer en hypokhâgne par cette voie.
    Voila. Mais cela dit, il est possible que je murisse et que j'accepte l'idée de travailler dans quelque chose qui ne me plait pas trop trop, mais qui en contre-partie me donne une situation confortable (pour me poser, avoir une famille etc.). C'est juste que pour l'instant, la recherche me parait bien plus intellectuellement stimulante.

    Peut-être suis-je trop idéaliste, mais je pense que tu cours à l'échec et à la dépression si tu t'engages consciemment dans un métier dont tu sais qu'il ne te plaira pas. Tu as aujourd'hui la possibilité de faire ce que tu aimes, ce ne sera plus le cas dans 10 ou 20 ans.
  • PaigePaige Membre
    C'est étrange de demander hypokhâgne après science po... C'est plutôt l'inverse : on fait hypokhâgne pour réussir Science po où on a échoué après la terminale.

    Science po c'est la voie ( :rolleyes: ) royale pour trouver un métier alors que l'hypokhâgne - khâgne : la majorité vont en fac ensuite dont l'issue est incertaine.

    Renseigne toi plutôt comment suivre des cours en auditeur libre en faculté - il me semble que le volume horaire de science po est d'environ 20 heures - c'est possible de suivre des cours par plaisir pur en philosophie! Peut-être un cours hebdomadaire de deux ou quatre heures pour renouer avec ton plaisir: où tu n'auras pas de contrainte.
  • Paige a écrit:
    C'est étrange de demander hypokhâgne après science po... C'est plutôt l'inverse : on fait hypokhâgne pour réussir Science po où on a échoué après la terminale.

    Science po c'est la voix royale pour trouver un métier alors que l'hypokhâgne - khâgne : la majorité vont en fac ensuite dont l'issue est incertaine.

    Renseigne toi plutôt comment suivre des cours en auditeur libre en faculté - il me semble que le volume horaire de science po est d'environ 20 heures - c'est possible de suivre des cours par plaisir pur en philosophie! Peut-être un cours hebdomadaire de deux ou quatre heures pour renouer avec ton plaisir: où tu n'auras pas de contrainte.


    Oui , mais le métier qu'il veut faire n'est peut être pas atteignable avec un iep.
  • Je ne sais si l'IEP de Toulouse permet de poursuivre des études d'histoire, mais il me semble qu'à Science Po il y a préparation à l'agrég. d'histoire et de la recherche en contempo.

    Si tu hésites sur ta future carrière, inscris-toi dans un double cursus (en Histoire au Mirail par exemple); ton parcours en IEP sera alors un vrai plus pour faire une thèse en histoire (mais il faut savoir que l'agrég. d'histoire est sans doute le passage obligé pour envisager un recrutement dans le supérieur).

    Les normaliens ne font généralement pas leur thèse à l'ENS mais ont des directeurs de thèse dans les universités.
  • Un diplôme d'un Iep ne garantit pas toujours un emploi.
  • OdinOdin Membre
    Oui je pense que l'an prochain déjà je vais attaquer un double cursus IEP + Philo Ou Histoire. (Jsais pas encore ). A la fac je peux faire une formation à distance et recevoir les cours par la poste etc. Bref, bien pratique. Et puis en un coup de métro je suis à la fac et je peux assister aux cours en temps que candidat libre, c'est vrai. :)

    Julian : Comment as-tu fait? Tu as été obligé d'abandonner ton IEP définitivement où il t'était possible de revenir ensuite? Il faudrait que je me renseigne, je crois que l'IEP Bordeaux accepte ce genre "d'équivalence". Tu as fait ça pour tenter l'ENS et parce que la recherche te plaisait?

    Pour ce qui est du débat des débouchés, je pense que ce n'est pas aussi simple que les "On dit". La difficulté réside dans le fait qu'il n'y a pas de statistiques précises pour les élèves issus de prépas (disons qu'ils sont difficilement traçables après coup). Tandis que pour les IEP, ça existe. Les stats sont pas si dégueux que ça.

    Selon le rapport de l'observatoire de l'insertion professionnelle (OIP) de l'IEP Toulouse, je cite :
    Délai d’accès à l’emploi

    · La moyenne du délai d’accès à l’emploi est inférieure à 3 mois. 44% de nos
    diplômés trouvent même un emploi en moins d’un mois.
    44% ont trouvé immédiatement à l’issue de leurs études
    74% ont trouvé en moins de 3 mois
    87% ont trouvé en moins de 6 mois

    Il reste certes 13% qui ne trouvent pas d'emploi après 6 mois de recherche. Ça me semble quand même un joli score au regard de la situation actuelle sur le marché de l'emploi. Après, dans ce rapport (disponible sur le site de l'IEP), il est précisé les secteurs, la nature des jobs : 37% CDD, 35% CDI, et le reste c'est d'autres types de contrats.

    Enfin voila, ce rapport est très complet, je pense relativement fiable, et montre bien que l'association IEP = Chômage est en partie biaisée.
    Maintenant c'est comme pour tout, l'école ne fait pas tout et il faut aussi que l'étudiant se charge de son projet professionnel, fasse des stages etc. :) Tout tombe pas tout cuit dans le bec, notre époque n'est plus celle de nos parents. :/



    Mais bref, ce n'est pas tellement la question. Je ne m'inquiètes pas franchement pour savoir si je trouverai un emploi ou pas (ai-je tord?). Je m'inquiètes plutôt de savoir si cet emploi me plaira ou pas (ce qui est déjà un luxe, je crois).
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