Fiches méthode Bac de français 2020

Ce matin, a eu lieu l'épreuve de français : dans ses '' Carnets '', l'écrivain Joseph Joubert écrivait en 1814 : '' En littérature, il ne faut pas faire le beau '' . Sujet à piège...!
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Réponses

  • Un sujet a piege dites-vous... Pouvez-vous m'expliquer comment?
    Avez-vous passe l'epreuve? Merci :)
  • Oui, j'ai passé l'épreuve ce matin :)
    Personnellement, la polysémie de " faire le beau " m'a posé quelques hésitations. Si la citation était " En littérature, il ne faut pas faire beau ", la direction aurait été toute tracée...En revanche, faire " le beau " m'a paru plus problématique. Je pense qu'il y avait un assez gros piège, et qu'il ne fallait pas du tout traiter de la beauté dans la littérature.
  • Et ça s'est bien passé du coup ? :)

    Sinon qui a le droit de s'inscrire au concorus général, en fait ?
  • Coucou à tous (petite première sur ce forum \o/)
    Aujourd'hui aussi je me suis attelée au sujet avec la citation de Joubert. Je ne suis pas d'accord sur ta vision d'un "piège", il s'agissait sans doute plutôt de trouver dans l'ambiguité de la citation une autre dimension, une certaine richesse supplémentaire. Développer sur le caractère pédant d'une écriture ("faire le beau"), je ne suis pas sûre que c'était le but recherché : il m'a semblé étrange de fonder toute une dissertation sur un pur jugement de valeur dans une succession d'auteurs...d'ailleurs Joubert a édité Chateaubriand si je me souviens bien. Je me suis demandé quelque temps si sa réflexion avait un lien avec "l'orgueil national" de l'auteur ?... en rentrant chez moi j'ai lu dans un dictionnaire qu'il était un grand lecteur de Platon. La réflexion sur l'esthétique, sur le Beau ne m'a pas paru hors de propos.
    J'ai tenté la folie du plan en quatre parties pour ma part, je me suis bien amusée - l'essentiel on dira -, avec une partie axée sur le choix de l'éloge du laid, réhabiliter la laideur, un défi pour l'écrivain (j'ai évoqué Bacon, Ponge, Hugo en première partie, - je me suis permise le Bacon en intro de cette partie - ensuite j'ai songé au choix de "faire l'épouvante" et non faire le beau (Poe, Lovecraft, Maupassant), puis au mythe, au choix du monstrueux, de la démesure s'opposant nécessairement à l'harmonie, mais un choix du chaos pour tirer un bénéfice - catharsis -, j'ai aussi évoqué Michel Tournier, sa réflexion sur le mythe comme se devant de regimber contre tout ordre établi, et pour finir un petit paragraphe s'attardant sur l'idée que "ne pas faire le beau, c'est révéler, c'est agir" (litt. engagée), en concluant : la citation serait donc une déclaration "réactionnaire").
    Ensuite un second paragraphe sur l'idée qu'il est plus légitime encore de refuser une telle négation catégorique du beau, et qu'il s'agirait sans doute plus d'aspirer à une esthétique conservant cette valeur fondamentale (ce serait renier un pan de notre littérature, la recherche classique de l'harmonie → la phrase serait donc une proposition radicale pour une redéfinition de la littérature / j'ai ici évoqué le Parnasse "l'art pour l'art" , l'objet poétique comme bijou de langage, j'ai aussi évoqué les codes du classicisme ("faire le beau" = "fabriquer de toute pièce un beau codifié" ?) la réflexion de Joubert apparaissant donc comme une critique : il s'agit de ne pas se faire guider par ce que j'ai appelé la "mode" du Beau de chaque époque (les changements de vision du beau "interférant" - position toute nuancée je rassure - avec la création littéraire, créant des limites, forgeant un beau qui n'a plus toute sa teneur, les codes étant absurdes (cf en Angleterre et en France à l'époque du classicisme, deux visions diamétralement opposées de la versification)).
    Troisième partie, en teneur : "Il ne faut pas faire le beau", parce que ce serait aller à l'encontre de la vérité des choses. La littérature devant replacer les choses à leurs justes places. (les travers humains étant des réalités, pour atteindre une certaine véridicité, pour parvenir à une nouvelle légitimité, le beau doit s'effacer (cf naturalisme), ensuite la littérature doit chercher le désordre, le chaos, voire l'absurde par la force de l'histoire (avec la fin du "deus ex machina") et de l'Histoire (en gros, cf théâtre de l'absurde) : le beau n'est plus une priorité), enfin j'ai pensé à Sartre avec une recherche de l'humain tel qu'il est (La Nausée)).
    Pour finir une quatrième partie : "une déclarative à double sens : une critique de l'ordre classique de l'artiste au-dessus de l'homme, touchant au beau, hautain, sans considérer le monde dans son ensemble?" (l'écrivain doit se rattacher à la vie plus matérielle, en littérature il faut donc être proche du monde, s'éloigner des hautes sphères et rejoindre le monde plus misérable, plus laid peut-être mais plus vrai des petites gens (cf Misérables, Hugo) et pour finir une allusion à l'écriture américaine de Steinbeck et de London avec une certaine recherche de rugosité (l'expression de la rudesse de la vie) dans le style d'écriture - phrases parfois courtes, langage frôlant le vulgaire, parfois cru - dont se dégage pourtant un certain charme, comme une "aura" autour de l'oeuvre : finalement, Joubert ne suggère-t-il pas la recherche d'une autre beauté, plus humaine ?).
    En substance ma conclusion :" Joubert exprime sans conteste dans ses Carnets son intime conviction du besoin d'une autre littérature que celle bien lisse, bien respectable, celle clairement représentative des limites qui lui sont fixées. L'écrivain aspire au développement d'une esthétique de la beauté différente, plus naturelle et plus humaine. Chaque artiste ferait alors jeu égal avec les hommes, légitime, trouvant sa place dans la société. L'enjeu de la littérature serait donc une reconquête et une reconnaissance de l'humain" (plus une autre phrase dont je ne me souviens plus vraiment).
    Voilà, j'ai mis du coeur à l'ouvrage et de la bonne humeur, je serais vraiment très curieuse de savoir ce que vous avez fait de votre côté, de ce que vous pensez de ma réflexion (bien sûr ce que j'ai écrit a été recomposé d'un brouillon qui a été bien modifié...), histoire de partager un peu tout ça.
  • J'ai vaintement tenté de trouver la citation, voire des informations supplémentaires sur l'auteur mais elles sont trop maigres pour pouvoir accorder une direction précise...si quelqu'un la trouvait :) Et ta reflexion semble vraiment très bien, mais est surtout orientée dans une période qui suit la publication de la citation...je crois que pour comprendre en profondeur ce que Joubert recommandait, il fallait s'atteler sur des auteurs qui l'ont précédé...non ?
  • Je me suis aussi posé la question .. faire le beau, l'expression, ou faire le beau, "créer la beauté" ? J'avais rayé la possibilité de l'expression en me disant que elle était trop moderne ..

    Je rappelle que le sujet était une citation de Joseph Joubert qui dans ses Carnets a écrit en 1814 :

    "En littérature, il ne faut pas faire le beau."


    Des idées, commentaires ? :D
  • Freeze, peut etre que le piege etait justement dans l'expression ''faire le beau''. Il ne fallait peut etre pas se limiter a l'expression mais plutot evoquer la beaute de la litterature. ;) Mais encore, le terme etait effectivement polysemique, et justement on pouvait bien choisir la piste qui nous convenait.
    Linwood, je trouve ton travail impressionant. Bravo pour ces exemples et ces connaissances.
  • C'est vrai que l'expression est plutôt moderne ; Cependant, un sujet juste sur la beauté en littérature me paraît vraiment trop " simple "...D'ailleurs, quelle pensée bizarre que de dire qu'il ne faut pas de beauté en littérature...Et une autre citation de Joubert : " Il n'y a rien de plus beau qu'un beau livre ". Quelle direction choisir ? ...
  • Par rapport à ce que tu disais Freeze, quels exemples aurais-tu utilisé concernant la période "avant Joubert" ? je me suis posée la question de l'étendue des exemples à prendre, et le sujet spécifiait quelque chose comme "utilisez des genres et des époques variées pour discuter ce point de vue", je me suis donc permise d'utiliser des références plus modernes - pour assurer mes arrières j'ai parlé du mythe, de Mme de Lafayette, de la poésie du moyen-âge mais je serais vraiment très curieuse de ce que tu as envisagé =D.

    Je suis totalement d'accord sur l'étrangeté de l'idée "il ne faut pas de beauté", et d'ailleurs elle m'a paru assez "classique" - question du beau, comme tu le disais, je pense que c'est ce qui a fait que j'ai perçu le sujet comme accessible, alors que ceux d'autres années ont pu me laisser perplexe. Je pense que le challenge consistait à affirmer un parti pris sur ce sujet tout en restant assez large - ne pas supprimer totalement une interprétation. J'ai compris cette idée de "pas de beauté" comme "pas de beauté limitée/traditionnelle", après je me suis sans doute ramassée magistralement, peut-être que des membres du forum plus expérimentés pourraient nous indiquer la voie ?

    Plume11, ta remarque me fait plaisir - un peu plus que ça je suis flattée. Je trouve étonnant que beaucoup de gens se soient posé aussi frontalement la question de la polysémie de l'expression "faire le beau" : pour ma part j'ai réagi directement au sujet avec l'idée de créer le beau, l'expression "faire le beau" m'a interpellé après sans me laisser perplexe puisqu'elle me semblait fonctionner logiquement avec le reste de mon raisonnement. Et puis je suis sortie et quand j'ai annoncé le sujet à des proches, c'est tout de suite l'expression au sens de pavoiser qui leur a sauté aux yeux. C'est pour cela que j'aimerais l'opinion d'autres participants ou de connaisseurs du sujet, pour nous permettre de mieux cerner ses enjeux principaux.

    La citation "Il n'y a rien de plus beau qu'un beau livre" est tirée de quel contexte ?

    (par ailleurs, si des latinistes ont planché sur le texte de Pétrarque aujourd'hui je serais heureuse de partager mes impressions )
  • S.S. Membre
    Si ambiguïté il y a, si la citation n'est guère plus longue et éclairante, alors cultivez cette équivoque.
    S'il n'y avait pas de majuscule au "beau", l'hypothèse de Freeze est tout à fait recevable. Quand bien même ce n'était pas ce que Joubert voulait dire : vous ne pouvez connaître en détail la pensée de chacun, et sans note explicative, c'était un terrain d'analyse très pertinent.

    "Faire le beau" en littérature... C'est assez marrant...
  • "Faire le beau" en littérature... C'est assez marrant...

    Développe :P
  • Je ne remets absolument pas en cause l'utilisation d'exemples postérieurs, car la consigne spécifiait effectivement la diversité de ceux-ci...mais débuter avec un éloge du laid, tout en prétendant qu'il s'agissait de la réflexion de Joubert semble risqué...quant à la citation, elle est sans contexte il me semble, il s'agit juste d'une simple pensée comme ça. Ma direction, très très brièvement, s'est axée sur la prétention en littérature...Baudelaire, comme '' solution '' au problème ( '' donne moi ta boue et j'en ferai de l'or '' ) lié au narcissime des écrivains, je me suis servi de Sainte-Beuve pour tenter comme je pouvais de '' dénoncer '' l'embellissement des personnages de roman qui ne sont en réalité qu'un artifice de l'auteur qui veut se rendre beau lui-même, et de parler de la querelle des anciens et modernes pour prouver la nécessité d'avoir de la prétention, enfin quelque chose de relativement risqué et tiré par les cheveux.
  • Je trouve remarquable que tu te sois engagé dans une telle réflexion, j'aurais pour ma part été très vite à sec niveau exemples pour 6h. Je t'avoue que je ne connais pas vraiment Sainte-Beuve ni Baudelaire dans l'idée que tu évoques - il faut dire que je n'en suis pas vraiment une fine connaisseuse -, ça m'intrigue je vais faire des recherches La querelle des Anciens et des Modernes et la nécessité d'avoir de la prétention? tu veux dire pour "défendre son territoire littéraire" ? Je n'ai pas trop compris si c'est de cela dont tu voulais parler.

    (le choix de l'éloge du laid dans ma première partie m'est venu de la formulation "il ne faut pas...", c'est radical, donc c'est un choix assumé de ne pas faire le beau, et la première logique est de considérer le laid, le chaos, le désordre comme opposé au beau ? bien sûr la position est nuancée - bref je me trouve en accord avec moi-même je tourne en rond navrée -.-)
  • Oh détrompe-toi, la route était tellement pentue que j'ai du quand même broder pas mal ! :) le problême qui me chagrine, c'est de savoir d'un point de vue chronologique qui visait Joubert...personne avant lui n'avait eu l'idée de faire l'éloge du laid ; est-ce lui qui en est à l'origine ? Quant à la querelle, il a fallu énormément de prétention aux modernes, - des échanges virulents nous le montrent assez bien - pour s'estimer capable de dépasser ceux qui avaient atteint la perfection, et qu'on ne devait que contempler ou imiter, selon Boileau par exemple...s'ils n'avaient pas eu cette prétention, alors la littérature n'aurait pas '' progressé ''.
  • J'ai saisi ton argument ; en revanche quant à penser que Joubert serait l'instigateur de l'éloge du laid en littérature, ou plutôt du choix de la représentation de la laideur, il me semble que tu y vas un peu fort. Concernant la littérature en elle-même je n'ai pas d'exemples qui me viennent naturellement, mais en peinture, au moins au XVIème, on a l'embarras du choix il me semble. (Quentin Metsys avec sa Vieille femme grotesque ? le laid comme associé à l'ordinaire je pense aux natures mortes? ou peut-être est-ce que je cherche trop à rattacher des oeuvres à la thématique alors que leurs visées étaient toutes autres ?)

    Je suis tombée sur ça pour une rapide introduction sur Joubert, je ne sais pas ce que ça vaut : http://www.dailymotion.com/video/xfamg9_joseph-joubert-carnets-tomes-1-et-2_news
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