Emploi du subjonctif imparfait

Bonjour,

à propos de l’imparfait du subjonctif, on m’a dit qu’en français moderne on ne l’utilise presque plus. Alors, si je dis

“Je veux que tu le fasses”, ça marche; pourtant, si je disais

“Je voudrais” ou “Je voulais”, comment faudrait-il terminer la phrase ?

Merci
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Réponses

  • Il faut dire : "Je voudrais que tu le fasses" (Conditionnel présent dans la principale, subjonctif présent dans la subordonnée). Par contre, en "bon" français, : "Je voulais que tu le fisses" (Indicatif imparfait dans la principale, subjonctif imparfait dans la subordonnée).
    En français courant, on peut évidemment dire : "Je voulais que tu le fasses", mais dans d'autres langues, comme l'italien, la concordance est absolument obligatoire! Toute dérogation à la règle constituerait une faute grossière!
  • Merci pour la réponse, dont j’ai déjà fait trésor !
  • jacquesvaissier a écrit:
    Il faut dire : "Je voudrais que tu le fasses" (Conditionnel présent dans la principale, subjonctif présent dans la subordonnée).
    Et vous n'êes pas le seul sur ce forum à faire cette préconisation du subjonctif présent après le conditionnel présent.

    Pourtant je viens de lire dans une lettre de Rimbaud "Ce serait bien qu'il pût s'en charger". Et, comme j'ai cherché, j'ai trouvé ceci :

    http://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-16430.php

    Alors subjonctif imparfait ou présent après conditionnel présent ? Parmi les auteurs classiques (Voltaire, La Fontaine...) ontrouve constamment le subjonctif imparfait aporès in conditionnel présent.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    Tu as parfaitement raison Ponthieu.
    La recommandation classique de la sacro-sainte concordance des temps était le subjonctif imparfait après le conditionnel. Ainsi, encore dans cette grammaire du XIXe siècle :
    934230books.png
    https://books.google.fr/books?id=naMPAAAAQAAJ&pg=PA330#v=onepage&q&f=false
    C'est ce qui explique ce que tu lis chez les auteurs anciens et encore chez Rimbaud. Mais il faut reconnaître que cette recommandation n'est plus appliquée aujourd'hui, même dans la littérature, ou alors pour donner de la préciosité au style.
  • Merci lamaneur ! Donc si je comprends bien c'est uniquement parce que l'imparfait du subjonctif est plus ou moins ringard qu'on emploie le présent après un présent du conditionnel, en dépit de la règle de bonne concordance qui exige l'imparfait ?
    D'autre part ton lien est très intéressant. Au § 367, j'ai un problème. Il l'a trompé, quoiqu'il soit son frère est expliqué par Il est son frère, cependant il l'a trompé.
    Quelle explication donnerais-tu de : Il l'a trompé, bien qu'il fût son frère ? L'imparfait du subjonctif pourrait-il signifier que ce frère est mort ?
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    ponthieu a écrit:
    Quelle explication donnerais-tu de : Il l'a trompé, bien qu'il fût son frère ? L'imparfait du subjonctif pourrait-il signifier que ce frère est mort ?
    La concordance des temps n'était quand même pas une science parfaitement exacte ! Mais effectivement, on pourrait être tenté de conclure que le frère n'est plus vivant au moment où l'on parle. Cependant, dans ce cas, je m'attendrais peut-être à un autre temps principal : "il le trompa, quoiqu'il fût son frère".
  • LaoshiLaoshi Membre
    Il l'a trompé, bien qu'il fût son frère
    Pour ma part, je ne vois pas dans l'exemple proposé la marque de la vie ou de la mort du frère.
    L'imparfait du subjonctif est simplement employé parce que le verbe de la principale est au passé, et qu'apparemment on se trouve en présence d'un registre de langue soutenu.
    il est vrai que de nos jours l'imparfait du subjonctif, à défaut d'être ringard, n'est plus guère usité à l'oral, et rarement à l'écrit.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    gabiana a écrit:
    L'imparfait du subjonctif est simplement employé parce que le verbe de la principale est au passé, et qu'apparemment on se trouve en présence d'un registre de langue soutenu.
    Non, le §367 cité plus haut montre qu'en certaines occasions et toujours dans le registre soutenu, on utilise le présent.
  • gabiana a écrit:
    il est vrai que de nos jours l'imparfait du subjonctif, à défaut d'être ringard, n'est plus guère usité à l'oral, et rarement à l'écrit.

    Ce n'est pas le problème. La question était de savoir quel changement de sens ou quelle implication différente il peut y avoir entre Il l'a trompé, bien qu'il soit son frère, exemple d'une "anomalie" d'emploi du présent du subjonctif donné par la grammaire, et Il l'a trompé bien qu'il fût son frère.
  • LaoshiLaoshi Membre
    Non, le §367 cité plus haut montre qu'en certaines occasions et toujours dans le registre soutenu, on utilise le présent
    Soit. J'admets mon ignorance de ces certaines occasions.
    Changement de sens
    Je ne le sens pas, en l'absence de tout contexte.
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    ponthieu a écrit:
    si je comprends bien c'est uniquement parce que l'imparfait du subjonctif est plus ou moins ringard qu'on emploie le présent après un présent du conditionnel, en dépit de la règle de bonne concordance qui exige l'imparfait ?
    Il faut dire que le mouvement a commencé il y a longtemps. Ainsi, dans Les Gasconismes corrigés, dans la version publiée en 1801, on trouve ceci :
    801483books.png
    Les Parisiens (colonne de gauche) préféraient déjà le présent de l'indicatif à l'imparfait.
  • lamaneur a écrit:
    Les Parisiens (colonne de gauche) préféraient déjà le présent de l'indicatif à l'imparfait.

    Oui, mais il est bien précisé que ce sont des parisianismes, donc bel et bien des "écarts" de langage, répréhensibles. Et, à mon humble avis, une erreur ne peut pas être donnée pour règle ! C'est donc un tort de dire qu'après un conditionnel présent dans la principale il faut un subjonctif présent dans la subordonnée, comme des membres de ce forum le font de temps en temps.. ;) . C'est induire en erreur. Une tolérance ou un usage courant mais fautif est à signaler comme tel, comme tu l'as fait, pas comme la règle. C'est simplement ce que j'ai voulu dire au départ.

    Il reste que ce forum est globalement, à mes yeux, extraordinairement intéressant et savant !
  • Bonjour,
    il y a quelques écrivains contemporains qui utilisent toujours abondamment le subjonctif imparfait et plus-que-parfait, ainsi que le conditionnel passé 2ème forme, comme par exemple Christian Oster (Éditions de Minuit). En le lisant, j'ai l'impression que c'est un peu pour jouer avec la langue.
    J'aurais cependant aimé avoir votre avis sur l'extrait suivant :
    <<Je pouvais me procurer le téléphone de l'hôtel.
    Mais je ne voulais pas l'appeler, je préférais que ce fût elle.
    Et j'avais la possibilité [...], mon numéro de téléphone, de le déposer à la réception de l'hôtel, pour qu'elle m'appelle.
    Ça impliquait en outre que je rentre chez moi et que j'attende son coup de fil [...].
    En même temps, l'idée, c'était aussi de la revoir.
    Mais c'était aussi qu'elle m'appelle, que ce fût elle qui vînt à moi.>>

    (Dans le train, C. Oster)
    Dans toutes ces phrases, la principale est au passé, pourtant j'observe une alternance entre le subjonctif imparfait et présent, parfois au sein de la même phrase, notamment la dernière ; moi, logiquement, j'aurais écrit "Mais c'était aussi qu'elle m'appelât, que ce fût elle qui vînt à moi", ou bien j'aurais tout écrit au subjonctif présent : "Mais c'était aussi qu'elle m'appelle, que ce soit elle qui vienne à moi".
    Je sais bien que la littérature n'est pas seulement régie par des règles, mais dans ce cas précis ça titille ma curiosité : qu'en conclure ? Est-ce :
    1) une mégarde de l'auteur (à laquelle je ne crois pas trop) ?
    2) un choix purement esthétique de l'auteur ("je remplace le subjonctif présent par le subjonctif imparfait quand ça me chante") ?
    3) ou bien encore une exception dans l'usage du subjonctif imparfait, comme dans l'exemple cité plus : "Il l'a trompé, quoiqu'il soit son frère" ? L'explication étant que les actions décrites par les expressions "pour qu'elle m'appelle", "que je rentre chez moi", "que j'attende son coup de fil" se prolongerait jusqu'au temps de l'énonciation ?
  • lamaneurlamaneur Modérateur
    J'ai l'impression que l'auteur ne se risque au PQP du subjonctif que pour "fût". En dehors, point de salut !
    On comprend bien qu'il ne tente pas le rentrasse et attendisse qui sont quand même un peu durs pour nos oreilles d'aujourd'hui et focaliseraient l'attention..
    Appelât aurait pu passer tout seul, mais prendre celui-ci et refuser les autres aggraverait encore le sentiment de mélange des temps. Il a cru bien faire en se contentant de "fût" qui est relativement discret.
  • C'est vrai les formes rentrasse et attendisse, je trouve ça assez dissonant.
    Pourtant, l'auteur ne s'en prive pas, dans d'autres extraits que je vous rapporte, piochés dans le même roman, à peine quelques pages plus loin :
    <<C'était le minimum que je pusse envisager, pour revoir Anne.>>
    <<Il voulait que nous le prissions à l'intérieur.>>
    (Cette dernière phrase détonne complètement je trouve, c'est très inhabituel !)
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