Incise ou apposition ?

Bonjour,

J'aimerais savoir si "nous l'espérons" est une incise ou une apposition (ou autre chose) dans la phrase suivante :

"Il existe, nous l'espérons, un grand horloger qui règle ce monde."
«1

Réponses

  • YvainYvain Membre
    C'est une incise; une proposition mise en apposition serait l'expansion d'un mot précis placé juste avant, et elle serait introduite la plupart du temps par "que". Ex : L'idée qu'on pourrait se passer de livres me fait frémir (excuse la banalité du propos!)

    "Nous l'ésperons" est une incidente, non une incise : voir ci-dessous la mise au point d'Eddy...
  • jacquesvaissier a écrit:
    C'est une incise; une proposition mise en apposition serait l'expansion d'un mot précis placé juste avant, et elle serait introduite la plupart du temps par "que". Ex : L'idée qu'on pourrait se passer de livres me fait frémir (excuse la banalité du propos!)

    qu'on pourrait se passer de livres est un complément de nom.
    Approsition : Je n'ai qu'une crainte, qu'on puisse se passer de livres.
  • YvainYvain Membre
    En effet, Ann 345; je n'avais pas cru bon de vérifier... Mais il faut bien dire que cela ne change pas grand chose du point de vue fonctionnel! Quand il s'agit d'un nom ou d'un GN, on parle bien d'apposition et d'apposition détachée s'il y a des mots intercalaires ou une ponctuation, comme dans ton exemple...
  • En effet cela ne change pas grand chose au fond de l'analyse, mais cela n'empêche pas de discutailler sur les détails. Il me semble que l'apposition n'est pas définie par le détachement, marqué par des virgules, mais par sa nature nominale.

    Ex : sa crainte, par ailleurs justifiée, avait pris une dimension pathologique.
    Là, c'est une épithète déliée, et non une apposition.

    Sa crainte, fruit d'une pathologie mentale grave, était néanmoins justifiée.
    Là, nous avons bien une apposition.

    Quant au complément du nom, il se définit par une mise en relation de deux mots par le biais d'une préposition. Cette préposition établit un rapport (possession, filiation, etc etc) entre les deux substantifs.
    Comparer :
    "La ville de mes rêve" et "La ville de Bruges".
    Dans le premier cas, "de" joue pleinement son rôle prépositionnel et nous avons un complément du nom. Dans le deuxième cas, le nom propre spécifie le nom commun : la préposition n'est qu'un tampon et nous avons une apposition.
    Et je ne pense pas qu'on dira qu'il n'y a apposition que si on détache de la manière qui suit :
    "Je n'aime qu'une ville, Bruges."

    Dans "L'idée qu'on pourrait se passer de livres", je n'analyse pas "qu'on pourrait se passer de livres" comme simple apposition, car celle-ci suppose une nature de substantif. Or il s'agit d'une proposition, qui complète le sens du nom "idée", et sans laquelle celui-ci est dépourvu de signification. Les appositions n'apportent normalement qu'une précision, et ne sont pas une nécessité contrairement au cas qui nous occupe. On a donc là une proposition complétive, qui complète non pas un verbe, mais un nom. Cela permet de définir la nature et la fonction, sans lui plaquer une terminologie grammaticale conçue pour définir les fonctions de groupes nominaux, ou infinitifs proches du nom.
  • Ouh là, c'est du lourd... ou de la dentelle, au choix. J'ai envie d'applaudir ! Merci en tous cas pour ces précisions si intéressantes.
  • Quant à moi, je ne comprends pas pourquoi Lucretius ne veut pas utiliser le vocabulaire habituel de la grammaire ni pourquoi il invente une « proposition » complétive complément d’un nom.
    Proposition complétive, subordonnée complétive. Proposition subordonnée qui a pour fonction d'être complément du verbe de la principale. (…) La plupart des grammairiens réservent le n. de complétive aux sub. qui ont pour fonction d'être compl. d'obj. dir., suj. ou attribut du verbe de la prop. princ.
    (Tlfi)
  • YvainYvain Membre
    Je ne comprends pas très bien... :(
  • Je peux me référer à la grammaire de Denis et Sancier-Château :

    "On appelle complétive une catégorie de propositions subordonnées, distinctes, dans le classement traditionnel, des relatives et des circonstancielles, ayant comme principal trait commun d'occuper dans la phrase l'une des fonctions essentielles du groupe nominal : complément d'objet surtout, mais encore sujet, attribut, terme complétif, etc."

    Après avoir distingué les différentes formes de complétives, l'article détaille les traits syntaxiques, précisant que la complétive peut occuper des fonctions nominales par rapport à un nom, avec pour ex : "l'idée que tu viennes me réjouit".
    On pourra me dire : puisqu'il occupe une fonction nominale, on peut lui donner un nom réservé à celles ci, comme complément du nom ou appositions. Mais cela ne me semble pas convenir, car les compléments du nom et les appositions sont aussi définies par leur forme. Je dirais donc que les complétives sont employées ici comme expansion nominale, et occupent par rapport au nom qu'elles développent la même fonction que les compléments du nom, épithètes, appositions, et propositions subordonnées relatives, tout en différant formellement de chacune d'entre elles.
  • Effectivement Riegel utilise aussi la dénomination de subordonnée complétive dans le paragraphe "modifieur propositionnel du nom".
    J'aurais dû chercher...
  • YvainYvain Membre
    Lucretius a écrit:
    Je peux me référer à la grammaire de Denis et Sancier-Château :

    "On appelle complétive une catégorie de propositions subordonnées, distinctes, dans le classement traditionnel, des relatives et des circonstancielles, ayant comme principal trait commun d'occuper dans la phrase l'une des fonctions essentielles du groupe nominal : complément d'objet surtout, mais encore sujet, attribut, terme complétif, etc."

    Après avoir distingué les différentes formes de complétives, l'article détaille les traits syntaxiques, précisant que la complétive peut occuper des fonctions nominales par rapport à un nom, avec pour ex : "l'idée que tu viennes me réjouit".
    On pourra me dire : puisqu'il occupe une fonction nominale, on peut lui donner un nom réservé à celles ci, comme complément du nom ou appositions. Mais cela ne me semble pas convenir, car les compléments du nom et les appositions sont aussi définies par leur forme. Je dirais donc que les complétives sont employées ici comme expansion nominale, et occupent par rapport au nom qu'elles développent la même fonction que les compléments du nom, épithètes, appositions, et propositions subordonnées relatives, tout en différant formellement de chacune d'entre elles.

    Tu parles d'or... Les propositions complétives sont en effet une classe de propositions comprenant la conjonctive (par "que"), l'infinitive et l'interrogative indirecte. Quant à la conjonctive complétant un nom, inutile de lui chercher une autre dénomination; en tout cas pas celle de"complément du nom", qui est sa fonction, non sa nature!
  • Quand on parle d'apposition, on ne parle pas de fonction ? Et qand on parle de complétive ne dit-on pas simplement que la proposition est un complément, quelle que soit les limites qu'on donne à la nature de ces compléments ?
  • YvainYvain Membre
    Si, mais où veux-tu en venir?
  • J'essaye de comprendre votre remarque.
  • YvainYvain Membre
    Anne345 a écrit:
    J'essaye de comprendre votre remarque.

    Je ne comprends pas ce que tu veux faire ressortir!

    Une petite mise au point concernant les natures et les fonctions :
    Le terme de "proposition complétive" désigne une nature (ou une catégorie grammaticale), comme les éléments qui entrent dans cette classe : propositions conjonctive, infinitive, interrogative indirecte.
    Les termes "apposition" ou "complément de nom", eux, désignent des fonctions.
    Le problème, c'est que la dénomination des natures interfère parfois avec celle des fonctions; ainsi, le mot "complétive", tout en désignant une nature, fait aussi référence à une fonctionnalité ("qui complète"), mais cette fonctionnalité" reste très générale, car elle ne définit pas le mode de rapport précis que l'élément en question entretient avec les autres mots. Le même problème se pose avec le mot "adjectif" qui, étymologiquement, renvoie à une fonction : le latin des grammairiens antiques, qui nous ont légué bien des dénominations, parle de "nomen adjectivum" pour désigner l'adjectif, c'est à dire de "nom qui s'ajoute" : l'expression comprend une nature et l'embryon d'une fonction; pour "pronom", il en est de même, par contre, "nom" et "verbe" désignent des natures seules.
    J'ajoute qu'on entretient souvent cette confusion en classe, en sens inverse cette fois, quand on dit à un élève de chercher "le sujet" ou "le COD" : en nominalisant ces désignations, on en fait des natures dans l'esprit de certains élèves!
    Je ne sais pas si j'ai répondu à ton objection...

    PS : Je me demande si le terme d' "apposition" ne conviendrait pas malgré tout mieux que celui de "complément du nom" dans les exemples que j'avais proposés; un élément CDN exprime un rapport ou une caractérisation, alors que l'apposition introduit une explication, un développement. La pensée que le livre pourrait disparaître... me fait frémir revient à dire : La pensée (le livre pourrait disparaître) me fait frémir ...
  • EdyEdy Membre
    Bonsoir, chers amies et amis !
    Voici trois extraits de mon projet afin d'illustrer :
    - la proposition incidente,
    - la proposition incise,
    - la complétive dont le terme opérateur est un nom.

    ■ Proposition incidente
    Proposition indépendante qui est insérée dans une phrase pour exprimer une considération accessoire, un commentaire, une parenthèse.
    * Je n'ai pas que le sexe à la bouche, si j'ose dire. (LUMEAU)
    * L'Amérique du Sud n'est pas le Pérou, si j'ose dire. (ANONYME)
    * Jamais, je le sens bien, sa présence ne sera à la hauteur de son absence. (DUVERNOIS)
    * La gloire n’est qu’une fumée, j’en conviens, mais l’homme n’est que poussière. (RIVAROL)
    * Tu as de beaux yeux, tu sais. (GABIN À MORGAN)
    * Vous avez perdu votre procès, c'est vrai, mais vous devez avoir eu bien du plaisir à m'entendre plaider.
    (DAUMIER)
    * Le travail est un trésor. Le travail des autres, cela va de soi. (JEANSON)
    * Je ne suis pas partisan des longues fiançailles. Elles donnent aux gens l’occasion de découvrir le caractère de l’autre avant le mariage, ce qui est rarement recommandé. (WILDE) (Relative incidente)
    * Cette pièce est, comme on dit dans la rubrique des faits divers, un de ces drames malheureusement trop fréquents. (WILLY)
    * Au lieu d'avoir été arrêté, comme nous l'avions écrit, pour avoir poussé sa femme dans les escaliers et lui avoir jeté dessus une lampe à pétrole, le révérend Wellman est mort célibataire il y a quatre ans. (UN JOURNAL ANGLAIS)
    * Elle est affreuse, mais elle a trois millions de dot ou, si vous voulez, de dommages-intérêts. (DE FLERS ET CAILLAVET)
    * Il me faut, disons le mot, cinquante mille francs. -- Par mois ? -- Par vous ou par un autre ! (GUITRY)
    * Quel homme charmant ! Courtois, distingué, généreux, affable, décoré, d’une honnêteté scrupuleuse. Je sais bien qu’il y a ses poèmes, mais, que voulez-vous, personne n’est parfait. (TAILHADE)
     Elle peut aussi avoir une forme interrogative (t'en souviens-tu ?), exclamative (c'est bizarre !) ou
    impérative (croyez-moi).

    ■ Proposition incise
    Proposition incidente de type assertif, qui est insérée dans une phrase pour identifier l'auteur des paroles rapportées. Normalement, son sujet et son verbe sont en inversion, au contraire de l'incidente.
    * Aimez-vous les uns les autres, a dit le Christ, mais il n'a pas interdit les préférences. (NORMAND)
    * Toi, tais-toi, me dit Élise, si je veux avoir ton opinion, je te la dirai. (JOUHANDEAU)
    * Je vais en voiture, disait une oie que le renard emportait. (PROVERBE PERSAN)
    * Le mensonge tue l'amour, a-t-on dit. Eh bien, et la franchise donc ! (HERMANT)
    * Il était, dit-on, dans son droit. Mais il est tout aussi mort que s'il eût été dans son tort. (CLAUDEL)
    * Celui qui a un bon voisin, disent les Grecs, possède un bien très précieux. C'est également vrai pour la femme du voisin. (BENTLEY)
    * Adieu, dit le mourant au miroir qu’on lui tend, nous ne nous verrons plus. (VALÉRY)
    * Le désir est souvent la passerelle de l’amour. L’essai est marqué, il faudrait alors, comme disent les rugbymen, le transformer. (DEHAYE)
    * Un enterrement passe. Parmi ceux qui accompagnent le mort, il y a un médecin. Tiens, s’écrie un gamin, depuis quand les médecins reportent-ils leur ouvrage ? (HUGO)
    * Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. (VOLTAIRE)
    * Comment allez-vous ? -- À moitié, répond l’hémiplégique. (JEAN-CHARLES)
    * Un peu de lait ? -- Une larme, répond la femme triste. -- Un soupçon, répond la femme jalouse. (JEAN-CHARLES)
    * Chéri, sanglote-t-elle, j'avais fait moi-même un gâteau, et le chien l'a mangé. -- Allons, chérie, ne pleure plus, je t'achèterai un nouveau chien. (HUMOUR U.S.A.)
    * Voyons, votre douleur passera avec le temps. -- Combien de temps ? -- Bien, deux, trois semaines ! -- C’est énorme, dit-elle en se remettant à pleurer. (CAPUS À UNE VEUVE)

     Lorsque la complétive dépend d'un nom ou d'un adjectif, le mode est le même qu'avec le verbe correspondant (ou un verbe de sens analogue).
    * Prouver * indicatif.
    * La preuve qu'il ne fut jamais mon médecin, c'est que je suis encore en vie. (BOILEAU)
    * La preuve que la Terre est ronde, c'est que les gens qui ont les pieds plats ont du mal à marcher. (CHARLES DE BERNARD)
    * La preuve que la Lune est habitée, c’est qu’il y a de la lumière. (BLANCHE)
    * La preuve que l’homme descend du singe, c’est que, lorsqu’il se sent perdu, il se raccroche à toutes les branches. (PRÉAULT)
    * La preuve que Dieu est l’ami des joueurs de boules, c’est que les feuilles des platanes sont proportionnées à la force du soleil. (PAGNOL)
    * La preuve que le théâtre est un endroit singulier : on s’habille pour entrer dans une baignoire. (ANDRÉ
    BIRABEAU)
    * Regretter * subjonctif.
    * Il est regrettable que l'Église ait mis le préservatif à l'index. (RADIO) (Confusion avec Index.)
    * Autres
    * Qui est amoureux de lui-même a du moins cet avantage que, dans son amour, il n'aura pas beaucoup de rivaux. (LICHTENBERG)
Connectez-vous ou Inscrivez-vous pour répondre.