Fiches méthode Bac de français 2021

Bonjour à tous.

Futur élève de 1°S, je dois lire, pour la rentrée, trois œuvres sur lesquelles je pourrais être interrogé, dont le recueil Alcools, de Guillaume Apollinaire.

Si le sens des poèmes qu'il réunit n'est généralement pas facile à déterminer, l'obstacle ne tient le plus souvent qu'au lexique, voire à l'absence de ponctuation. Cependant, parmi tant d'autres, l'un échappe sérieusement à mon bon sens : il s'agit de "Cortège".

Examinons sa première strophe :
Oiseau tranquille au vol inverse
Qui nidifie l'air
À la limite où notre sol brille déjà
Baisse ta deuxième paupière la terre t'éblouit
Quand tu lèves la tête

Ce qui me pose problème, précisément, ce sont deux vers ou fragments de vers. D'abord, "À la limite où notre sol brille déjà" : que signifie ce groupe prépositionnel ? Faisons abstraction de l'adverbe "déjà" : oui, mais qu'est-ce donc que cette "limite où notre sol brille" ? Ensuite, "la terre t'éblouit/Quand tu lèves la tête" : comment l'oiseau peut-il être ébloui par la terre s'il lève la tête ? Dans ce cas, ce serait plutôt le soleil qui l'incommoderait !

Conscient que lire Apollinaire fait appel à un minimum d'imagination et d'abstraction, je sais à quel point ces remarques peuvent sembler naïves. Cependant, si quelqu'un pouvait m'aider, je lui en saurais gré.

Veuillez, du reste, pardonner la maladresse de ma syntaxe et les erreurs que j'aurais pu commettre en tant que nouveau sur ce forum.

Réponses

  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir,

    Justement, le "vol inverse" semble signifier un vol sur le dos. Tout le reste en découle.
  • Je vous remercie !
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Bonsoir,

    En complément de ma première piste, il pourrait y avoir une autre grille d’analyse que ce monde à l’envers.

    Apollinaire est un catholique convaincu et moderniste. Il reprend peut-être un symbolisme qu’il a abondamment développé dans « Zone ».

    Dans ce poème d'ouverture, l’oiseau se confond avec l’aéroplane et le Christ dans son ascension :
    « C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
    Il détient le record du monde pour la hauteur ».

    Dans « Cortège », l’oiseau reprend son sens divin, mais dans un « vol inverse », un vol en piqué du ciel vers la terre. Il s’agirait alors de cette colombe que l’on trouve dans certaines églises catholiques ou temples protestants, la tête vers le bas. Elle représente l’Esprit-Saint promis par le Christ après son départ vers le Père. L’oiseau est alors l’inspirateur du poète amené à interpréter le monde et ses mystères selon une perspective nouvelle, à rebours des pensées trop humaines...
  • Bonjour,
    Je suis en première et je dois faire un commentaire sur cortège de appolinaire, plus précisemment sur ces vers ci-dessous :
    Un jour je m'attendais moi-même
    Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
    Et d'un lyrique pas s'avançaient ceux que j'aime
    Parmi lesquels je n'étais pas
    Les géants couverts d'algues passaient dans leurs villes
    Sous-marines où les tours seules étaient des îles
    Et cette mer avec les clartés de ses profondeurs
    Coulait sang de mes veines et fait battre mon cœur
    Puis sur terre il venait mille peuplades blanches
    Dont chaque homme tenait une rose à la main
    Et le langage qu'ils inventaient en chemin
    Je l'appris de leur bouche et je le parle encore
    Le cortège passait et j'y cherchais mon corps
    Tous ceux qui survenaient et n'étaient pas moi-même
    Amenaient un à un les morceaux de moi-même
    On me bâtit peu à peu comme on élève une tour
    Les peuples s'entassaient et je parus moi-même
    Qu'ont formé tous les corps et les choses humaines

    Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
    Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
    Et détournant mes yeux de ce vide avenir
    En moi-même je vois tout le passé grandir

    je constate que ce poème est difficile et je voudrais bien le comprendre, pouvez vous m'aider à l'analyser ?
    Merci d'avance, en attandant votre réponse.
  • C'est vrai que c'est un poème compliqué.

    Voici pour toi, quelques pistes à méditer.

    * Guillaume est le poète . Or le poète connaît tout le monde.
    * Ce sont les autres qui construisent le poète ce qui laisse place à la création poétique. C'est le principe du cortège. Il y a concentration de la multiplicité en un seul être, le poète.
    * Il y a un balancement tout au long du poème entre la multiplicité et le singulier, l'unique.
    * Enfin on peut voir qu'un basculement s'opère entre le début et la fin de l'extrait. Le poème distingue divers moments.
  • Bonjour,

    Tu devrais relire la discussion précédente.
  • MDMD Membre
    Bonjour, je suis en 1ES, j'ai un dm à rendre pour demain.

    Je dois proposer une explication illustrée de la vision de la religion du poète dans "Cortège".
    Mais je ne comprends pas le poème lui-même pouvez m'éclaicir sur le poème afin que je puisse répondre à la question ?

    Merci
  • Jean-LucJean-Luc Modérateur
    Il faudrait que tu lises les messages précédents.
    Je me demande personnellement si Apollinaire ne reprend pas des images de l'Apocalypse : la foule innombrable qui psalmodie, qui agite des rameaux, la cité mystique..., pour définir sa conception du rôle du poète et de la poésie.
  • Bonjour, je suis en 1ere S, et j'ai lu ce livre qui m'a amené à une étude de texte, une des questions est Comment ce texte donne-t-il la naissance d'un nouveau moi? J'ai fait plusieurs recherches et ma première piste serait que la progression est présente tout au long du texte de par les citations "un jour je m'attendais moi même" puis "Guillaume il est temps que tu viennes" et enfin "pour que je sache enfin qui je suis" mais notre professeur nous a demandé une copie entière sur cette question , il faut donc que j'aille plus loin avez vous des pistes?
  • De quel extrait exactement parles-tu ?
  • Nous parlons dans cette question de tout le poème Cortège
  • Cortège

    Guillaume Apollinaire


    Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
    Qui nidifie en l’air
    A la limite où notre sol brille déjà
    Baisse ta deuxième paupière la terre t’éblouit
    Quand tu lèves la tête

    Et moi aussi de près je suis sombre et terne
    Une brume qui vient d’obscurcir les lanternes
    Une main qui tout à coup se pose devant les yeux
    Une voûte entre vous et toutes les lumières
    Et je m’éloignerai m’illuminant au milieu d’ombres

    Et d’alignements d’yeux des astres bien-aimés

    Oiseau tranquille au vol inverse oiseau
    Qui nidifie en l’air
    A la limite où brille déjà ma mémoire
    Baisse ta deuxième paupière
    Ni à cause du soleil ni à cause de la terre
    Mais pour ce feu oblong dont l’intensité ira s’augmentant
    Au point qu’il deviendra un jour l’unique lumière

    Un jour
    Un jour je m’attendais moi-même
    Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
    Pour que je sache enfin celui-là que je suis
    Moi qui connais les autres
    Je les connais par les cinq
    sens et quelques autres
    Il me suffit de voir leur pieds pour pouvoir refaire ces gens à milliers
    De voir leurs pieds paniques un seul de leurs cheveux
    De voir leur langue quand il me plaît de faire le médecin
    Ou leurs enfants quand il me plaît de faire le prophète
    Les vaisseaux des armateurs la plume de mes confrères
    La monnaie des aveugles les mains des muets
    Ou bien encore à cause du vocabulaire et non de l’écriture
    Une lettre écrite par ceux qui ont plus de vingt ans
    Il me suffit de sentir l’odeur de leurs églises
    L’odeur des fleuves dans leurs villes
    Le parfum des fleurs dans les jardins publics
    O Corneille Agrippa l’odeur d’un petit chien m’eût suffi
    Pour décrire exactement tes concitoyens de Cologne
    Leurs rois-mages et la ribambelle ursuline
    Qui t’inspirait l’erreur touchant toutes les femmes
    Il me suffit de goûter la saveur de laurier qu’on cultive pour que j’aime ou que je bafoue
    Et de toucher les vêtements
    Pour ne pas douter si l’on est frileux ou non
    O gens que je connais
    Il me suffit d’entendre le bruit de leurs pas
    Pour pouvoir indiquer à jamais la direction qu’ils ont prise
    Il me suffit de tous ceux-là pour me croire le droit
    De ressusciter les autres
    Un jour je m’attendais moi-même
    Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes
    Et d’un lyrique pas s’avançaient ceux que j’aime
    Parmi lesquels je n’étais pas
    Les géants couverts d’algues passaient dans leurs villes
    Sous-marines où les tours seules étaient des îles
    Et cette mer avec les clartés de ses profondeurs
    Coulait sang de mes veines et fait battre mon coeur
    Puis sur cette terre il venait mille peuplades blanches
    Dont chaque homme tenait une rose à la main
    Et le langage qu’ils inventaient en chemin
    Je l’appris de leur bouche et je le parle encore
    Le cortège passait et j’y cherchais mon corps
    Tous ceux qui survenaient et n’étaient pas moi-même
    Amenaient un à un les morceaux de moi-même
    On me bâtit peu à peu comme on élève une tour
    Les peuples s’entassaient et je parus moi-même
    Qu’ont formé tous les corps et les choses humaines

    Temps passés Trépassés Les dieux qui me formâtes
    Je ne vis que passant ainsi que vous passâtes
    Et détournant mes yeux de ce vide avenir
    En moi-même je vois tout le passé grandir

    Rien n’est mort que ce qui n’existe pas encore
    Près du passé luisant demain est incolore
    Il est informe aussi près de ce qui parfait
    Présente tout ensemble et l’effort et l’effet

    Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

    Récit d'un protagoniste à la recherche de son identité. Il observe les gens, les connaît. Il contemple le cortège dont il ne fait pas partie mais qui peu à peu le constitue, lui apprend la langue. Il assume l' humanité qui l'a précédé. Le passé, le présent participent de cette identité qui se constitue. Le Moi dédoublé du début se constitue, se multiplie et le poète rend compte de la diversité des mondes par un langage renouvelé.
  • Je trouve que ce n'est pas le présent qui révèle au moi "celui-là que je suis". Le présent n'est qu'ombre et dissolution dans une fuite éperdue.
    Mais c'est du fond des temps que monte le cortège du passé que le moi "ressuscite" et qui va le constituer. Ce passé est invoqué et convoqué de façon chronologique, avec le lyrisme d'une âme apaisée et enthousiaste.
    C'est la même idée que dans Vendémiaire : Apollinaire est vêtu de l'habit d'Arlequin fait des pièces du passé et il claironne sa (re)naissance avec la même voix prophétique. Le grand œuvre s'accomplit ici, sous le regard mort et tellement vivant des anciens alchimistes (Agrippa de Cologne).

    Rien n'est mort que ce qui n'existe pas encore
    Près du passé luisant demain est incolore
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